Chapter 8
J'ai lu toutes les _Lanternes_. _Il_ a eu des choses de premier _ordre_.--À propos de Marfori: «Ce courtisan, qui s'est trouvé trop _harponné_ par ma dernière Lanterne, et que la _marée_ révolutionnaire a porté sur nos côtes, veut, dit-on, m'envoyer des témoins.--Bravo! Nous nous battrons à l'hameçon!» Une, autre fois: «On annonce que _Barnum_ a perdu un phoque sur lequel il fondait les plus belles espérances.--On lui prête l'intention de remplacer cet animal par M. Marfori. Nul doute que pour une somme rondelette, Marfori ne consente à changer de _baquet_!»... Quand je vous verrai, je vous raconterai les choses saillantes, dont j'ai retenu sinon la forme, au moins l'idée.--J'ai vu G. qui est allé passer quelques jours en Angleterre. N'en dites rien chez lui.--Il a eu une excellente occasion de voir Londres _gratis pro Deo_.
On copie ma symphonie. Le copiste de Pasdeloup m'annonce mes parties d'orchestre pour cette semaine.
J'ai terminé les deux premiers actes de la _Coupe_. Je suis très content.
À bientôt, cher, et toujours mille fois votre ami de tout coeur.
* * *
Février 1869.
Mon cher ami,
Je suis désolé de vous savoir souffrant; si ma lettre ne vous trouve pas mieux, j'ordonne un repos de quelques jours.
Arrivons à votre affaire.--Au moment où les courtisans sont au comble de l'enthousiasme et vont proclamer Angus par anticipation, quatre officiers paraissent au haut de l'escalier.--Ils sonnent une fanfare grave, lugubre; tous s'arrêtent en s'inclinant! Harold paraît: _Le roi n'est plus!_ Tous les seigneurs se prosternent: Hélas!... Puis (?) sur le jeu d'Harold, les chambellans, les X., les Y., revêtus de leurs insignes, sortent du palais.--Les Cours de cassation, d'appel, etc., le Sénat, tout le bataclan, descendent sur une _marche_ grave et s'avancent sur le devant de la scène! Des officiers portent la couronne, le sceptre, tous les insignes de la royauté.--Paddock les suit, portant la coupe. À sa vue, épatement général, mouvement: on s'agite, on s'élance, et, sur la marche éclatante et pompeuse cette fois: _Gloire au maître de Thulé!_ Voilà, mon cher ami, comment cette scène doit être traitée.--Voilà pourquoi la _première_ version du livret est meilleure. Un simple rappel du choeur: «_Seigneur Angus, je dirais: Sire_», et Paddock: _Oui, cette royauté me tente._--Vous m'avez compris. Pour les fanfares, elles ne sont pas de moi, mais bien d'_Hérodote_ ou d'un autre.
La couleur de votre _fable_ n'est pas mauvaise, mais l'idée est molle. 1re _strophe_, presque un récit:
_Que ton choix souverain la donne_
avec autorité;
_À qui doit régner après moi!_
avec douleur, larmes.
À la 2e strophe, un dessin aux violoncelles, aux altos, une gamme chromatique serpentant à travers l'orchestre: l'astuce, la cruauté, la bassesse, etc. Les deux derniers vers avec éclat! 3e strophe, des trémolos sur le chevalet, des basses bizarres, des harmonies difformes: la grimace du singe terrible! Après ce vers:
_Le singe, avec une grimace,_
un silence. Paddock remonte la scène... pour se rapprocher de la mer. Il faut lancer la coupe, ne l'oublions pas! Que la coupe retombe sur la scène, et la pièce tombe!... Il faut penser à tout!
L'insensé! qu'a-t-il fait?
Vivace, tout de suite le 3/4.--Pas d'_Harold_ seul, pas d'_Angus_ seul, pas de _Myrrha_ seule! Du bruit, du tumulte, de l'agitation! Votre 3/4 est bon, c'est ce qu'il faut!...
Mais la fin, mon cher ami! Vous avez fait une barcarolle.
Votre musique dit:
Myrrha, la brise est douce Et le flot engageant, etc.
Vous voyez la nuance.--Le 6/8 est un mauvais mouvement pour la chose: un motif large, mais pas trop assis.--Dans le lointain, l'orage qui augmente jusqu'au lever[114] du rideau. Après, la 2e reprise du motif que je ferais dire par Myrrha à l'unisson d'Yorick: «Pêcheur, _la brise est forte, et le flot écumant_, si la mer _te rapporte, je tiendrai mon serment_.» Il est bon de l'engager; les auteurs de la pièce n'y ont pas assez songé. Une assez longue ritournelle: les flots montent; c'est une tempête. Pendant cette musique, le petit s'est échappé. Il est monté sur la galerie; il fait un signe d'adieu, un cri, et le motif à l'orchestre avec le tapage complet.
[Note 114: _Lapsus calami._ Il voulait écrire: baisser. C'est la fin de l'acte.]
Ce plan est la critique de votre travail.--Comme musique, ce n'est pas mauvais. Mais ce n'est pas cela.
Mettez en scène, mon cher ami, et vous verrez alors où vous pêchez! Songez donc à remplir cette grande scène de l'Opéra.--Mais, je vous le répète, reposez-vous.
Je répète ma symphonie petit à petit; c'est difficile, mais c'est bon, je crois!
Changement de front! Nouvelle direction de l'Opéra-Comique qui m'a demandé ouvrage par lettre! Nous cherchons une grande pièce: trois ou quatre actes.--C'est du Locle, le neveu de Perrin (ou plutôt Perrin lui-même, _Leuven_ reste pour la forme).--Le Théâtre-Lyrique sera entre les mêmes mains dans trois mois.--Bref, on veut me faire faire une grande machine avant l'Opéra. Je veux bien, et je serai charmé de lâcher le concours et d'essayer de changer le genre de l'Opéra-Comique.--Mort à la _Dame Blanche_!
À bientôt, cher, et à vous de tout mon coeur.
* * *
Février 1869.
Mon cher ami,
Votre lettre m'a fait un double plaisir:
1º Elle m'annonce le rétablissement presque complet de votre santé;
2º Elle m'apporte un bon travail qui a une réelle valeur, malgré les critiques que je vais vous adresser.
Entr'acte très bon, mais malheureusement beaucoup trop court!
Songez donc au temps que nos gandins mettent à s'asseoir, essuyer les lorgnettes, etc. Ce que vous avez fait est bon, mais ce n'est pas suffisant.
Le choeur est joli, d'une bonne couleur, les harmonies ont du vague, mais le rythme de barcarolle me chiffonne beaucoup. L'accompagnement est sur l'eau, et il doit être dans l'eau.
Le milieu (solo de sirènes) me plaît également, mais pourquoi la même musique pour deux strophes, qui diffèrent absolument de caractère. Il y a là deux types différents: la sirène sentimentale et la sirène railleuse.--Vous avez fait seulement la première.
À part ces trois critiques, je suis très content de votre envoi.--Malgré mon désir de vous voir, je vous conseille de ne venir qu'au beau temps. La boue et le ciel de Paris vous seraient peut-être nuisibles. Pensez-y.
Courage donc, cher, et mille amitiés de votre...
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Février 1869.
Mon cher ami,
X. m'ayant demandé de lui composer une valse sur des motifs du nouveau ballet de..., je me suis mis à l'oeuvre immédiatement; votre envoi était sur ma table, j'ai cru avoir affaire à une feuille de papier blanc... et voilà pourquoi vous trouverez au dos de votre romance une ignoble saleté. Pardon!
Soignez-vous, cher ami. Je suis heureux que vous vous décidiez enfin à écouter les conseils de votre médecin.--L'équitation, l'escrime vous donneront peut-être encore de meilleurs résultats que la philosophie.--Apprendre à connaître l'homme n'est pas toujours une besogne bien ragoûtante, alors même que l'on fait cette étude sur soi-même.--Promenez-vous, rêvez, respirez!... Votre santé s'en trouvera bien, et l'imagination ne s'en trouvera pas mal.--
J'arrive à votre envoi.--J'aime l'entrée de Claribel.--C'est très intelligent.--Il y a de la douleur, du.....[115] autant que de la féerie. C'est ce qu'il faut, et c'est (ce) qu'on ne fera pas généralement.
[Note 115: Un mot illisible.]
J'aime le récit de Claribel parce qu'il est vrai, simple et poétique; _blancs rayons_ est trop haut.--Comment voulez-vous prononcer sur ces notes excentriques quand il faut un son doux, égal, discret.
La sortie du choeur est insuffisante _comme durée_. Quarante choristes et trente danseuses à écouler. Manquent huit ou dix mesures.--Du reste, cela dépend un peu de l'arrangement de la scène.
J'aime le récit de la (_sic_) Claribel et de la sirène.--Très bien le 3/4 après _ce mal, c'est l'amour_.
_Et pourtant, c'est en vain que je lui tends les bras_ manque d'accent (mais ce n'est pas mauvais).
J'aime aussi la romance.--J'aime surtout le _Elle pleure_ de la Sirène.--C'est juste; il y a du charme là.
Peut-être (mais ceci est difficile à juger), peut-être votre Claribel est-elle trop résignée!... Peut-être faudrait-il plus de révolte, de rage. _Mais cet homme que j'aime_, surtout la deuxième fois, demande une explosion à mon avis. Mais cet effet ne peut s'obtenir en mettant les deux strophes sur la même musique.
En somme, c'est bien! C'est énormément supérieur au premier acte. Courage donc, mais ne vous fatiguez pas.--Travaillez à votre aise.
Rien de nouveau pour le choix d'un poème Opéra-Comique.--Du Locle et Sardou retapent la pièce qu'ils me destinent.--Du Locle n'a pas encore lu celle que je voudrais faire.--Perrin est, je crois, tout à fait dégoûté du poème de Leroy et Sauvage La symphonie se répète toujours. Ce pauvre Pasdeloup en sortira-t-il?
À bientôt, cher ami, et croyez toujours à l'affection solide et dévouée de...
* * *
Mars 1869.
Mon cher ami,
Grands progrès!...
Tout cela se tient. C'est fait. Comme scène, c'est bon.
Je reproche au choeur des sirènes d'être écrit à quatre parties en canon. Les voix se mêleront. Ce ne sera pas clair, et l'idée musicale, en somme, n'est pas suffisante.--Le récit de Claribel, la symphonie imitative, tout cela est bon.--L'air de Claribel manque de grandeur. Le début est joli, mais est-ce là la reine de l'Océan? C'est aimable!... mais il faut plus que cela. J'aime beaucoup mieux le milieu qui a de la tendresse, du charme, et qui est plus _grand_ que la première partie.--En somme, cela va!... Continuez. Je suis curieux de votre duo.--C'est la grosse affaire!...
J'attends toujours un poème.--L'affaire Leroy et Sauvage est lâchée définitivement.--Les auteurs sont embêtés! mais l'oeuvre n'était pas parfaite, loin de là: d'excellentes choses, mais d'autres choses faibles.--Du Locle est en Italie; il revient la semaine prochaine. Il dit à tout le monde que je serai une des colonnes de son édifice, etc, etc. Perrin me comble de témoignages d'estime, etc., etc.
Le moindre poème serait bien mieux mon affaire!
Il est vrai que jusqu'à présent, personne n'en a.--Perrin m'a dit, il y a deux jours: J'ai deux choses en vue. Du Locle revenu, nous allons marcher. C'est lui qui me demande; il me reproche mon indifférence, etc., etc. En somme, je _sais_ que mes affaires vont bien, mais que c'est long!
Choudens grave ma symphonie, _orchestre_, _arrangements_, etc. Quand venez-vous?
À bientôt, cher, et toujours ma meilleure amitié.
Ma symphonie a très bien marché.--_Premier morceau_: une salve d'applaudissements, quelques _chuts_, seconde salve, un sifflet, troisième salve.
Andante: une salve.
Final: beaucoup d'effet, applaudissements à trois reprises, chuts, trois ou quatre coups de sifflet. En somme, succès.
* * *
Avril 1869.
Mon cher ami,
Tout cela est bon. Peut-être ça manque-t-il un peu de modulations.--Dans ces bruissements, ces arpèges mystérieux, les transitions sont nécessaires. Un peu trop de si bémol, mais ce reproche n'a rien d'absolu.--Pourquoi n'avez-vous pas fait la réponse de la sirène?
Vous savez, l'invitation au ballet?... Vous auriez ainsi terminé toute la première partie de l'acte.--Peu important, du reste.--J'avais pensé pour l'entrée d'Yorick (que vous m'envoyez) à une combinaison de trois motifs:
1º La romance d'Yorick, premier acte;
2º L'entrée de Myrrha, premier acte;
3º _Myrrha, la brise est forte_, premier acte.
Yorick rêve... il pense à Myrrha... à son plongeon... Tout cela est confus. Je crois que des bribes de motifs à peine indiqués auraient été d'un joli effet.
J'approuve complètement votre projet de ne venir qu'au beau temps. Paris est en ce moment ordurier. C'est ignoble! On dirait un reflet fidèle de ce que vous savez bien!...
J'ai assisté hier à la répétition générale de _Rienzi_ au Théâtre-Lyrique.--On a commencé à huit heures.--On a terminé à deux heures.--Quatre-vingt musiciens à l'orchestre, trente sur la scène, cent trente choristes, cent cinquante figurants.--Pièce mal faite. Un seul rôle: celui de Rienzi, remarquablement tenu par Monjauze. Un tapage dont rien ne peut donner une idée; un mélange de motifs italiens; bizarre et mauvais style; musique de décadence plutôt que de l'avenir.--Des morceaux détestables! des morceaux admirables! au total; une oeuvre étonnante, _vivant_ prodigieusement: une grandeur, un souffle olympiens! du génie, sans mesure, sans ordre, mais du génie! sera-ce un succès? Je l'ignore!--La salle était pleine, pas de claque! Des effets prodigieux! des effets désastreux! des cris d'enthousiasme! puis des silences mornes d'une demi-heure.--Les uns disent: c'est du mauvais Verdi! les autres: c'est du bon Wagner! C'est sublime!--C'est affreux! c'est médiocre!--Ce n'est pas mal! Le public est dérouté! c'est très amusant.--Peu de gens ont le courage de persister dans leur haine contre Wagner.--Le bourgeois, le gandin sentent qu'ils ont affaire à un grand bougre, et ils pataugent.--Nous verrons mardi; le public d'hier, composé d'invités, était forcé d'être poli. D'ici à quelques jours, j'aurai peut-être terminé avec l'Opéra-Comique.--Je vous tiendrai au courant.
* * * * *
À bientôt, mon cher ami, et toujours croyez à la vive affection de votre
Je n'ai pas vu G. depuis une quinzaine.
* * *
Mai 1869[116].
Mon cher ami.
Je vous annonce _secrètement_ ce qui sera officiel dans huit jours.
Je me marie.
Nous nous aimons--Je suis absolument heureux.
* * * * *
Je vais passer l'été campé... Je ne m'installe qu'au 15 octobre.--D'ici là, notre existence sera très fantaisiste.
Ne dites rien à personne.
Votre ami.
_P.-S._ J'ai reçu votre mot.--Soignez-vous.--Je suis comme vous très occupé des élections.--Avez-vous lu _l'Homme qui rit..._ et le _Rappel_?
Espérons.
[Note 116: Pour les raisons que j'ai exposées dans l'introduction, p. 3, j'ai déjà fait quelques suppressions, et je vais, maintenant, en faire de plus longues et de plus nombreuses. Je ne crois pas, cependant, manquer aux convenances en donnant des fragments de cette lettre.]
* * *
Mai 1869.
Cher ami,
Je n'aime pas beaucoup à donner des conseils, mais une fois n'est pas coutume:
À votre place, j'irais me retremper à la campagne; je passerais l'été à me reposer, rêver; je travaillerais peu, je lirais modérément; je laisserais un peu de côté la philosophie et les inconvénients qui en découlent;--et au mois d'octobre ou de novembre ou même de décembre, je viendrais à Paris. Je suis peut-être un peu intéressé à vous conseiller cette combinaison.--Mon père est indisposé, et cette indisposition va peut-être retarder mon mariage de quelques jours. Je pars immédiatement. Je ne vous verrai pas.--Que ferez-vous à Paris en juin? Pas de théâtres, rien d'intéressant... Enfin, cher ami, voyez; mais je vous avoue que quel que soit mon bonheur, je me consolerais difficilement de ne pouvoir profiter de votre voyage.
Écrivez-moi. Qu'allez-vous faire?--_En juin_, nous nous verrons si peu...
Votre vrai ami.
* * *
Octobre 1869, 22, rue de Doual, Paris.
Mon bien cher ami,
La détermination que vous prenez est aussi favorable à votre santé morale qu'à votre santé physique. Ici, tout est troppmannisme, haussmannisme et napoléonisme! Vivez au grand air, cultivez, travaillez et moralisez! Supposez dans chaque département cent agriculteurs de votre trempe, et voyez où nous en serons dans vingt ans.--Ce que vous avez fait n'est pas perdu! Vous vous êtes préparé des jouissances d'autant plus grandes qu'elles contrasteront davantage avec vos occupations ordinaires.--Vos nerfs conserveront leur délicatesse, grâce à la musique, et vos muscles se fortifieront, grâce à l'agriculture. Vous pourrez exercer votre influence sur une certaine quantité d'hommes et vous aurez conscience du bien que vous ferez chaque jour.--Au point de vue du progrès humanitaire, vous ferez cent fois plus que vous n'auriez fait dans cette lutte fatigante, énervante et souvent, hélas, sans issue.
Avec les livres, votre intelligence et un petit séjour à Paris tous les deux ans, vous serez plus avancé que nos chroniqueurs les mieux informés.--À un autre point de vue, celui de la famille (quelque imparfaite que soit cette institution), vous vous ouvrez un avenir qui vous aurait été fermé bien longtemps, toujours, peut-être.
* * * * *
Vous faites bien de ne pas venir à Paris cet hiver; je vous verrais avec peine renoncer à vos nouveaux projets, car je _sens_ que de leur réalisation dépend votre bonheur. Installez-vous dans vos résolutions; exécutez, et l'air de Paris ne pourra plus vous être nuisible. Vous allez, sans doute, rester un temps assez long sans composer, _mais vous y reviendrez_, et je serai toujours là, vous le savez.--Je ne serais même pas étonné qu'un grand progrès fût le résultat de votre nouvelle situation.
Donc, mon cher, je suis heureux, content, complètement satisfait de cette grande résolution. _Vous faites bien_, et mon amitié pour vous ne saurait m'égarer.
Je suis éreinté en ce moment. Nous nous installons, grosse affaire, et je travaille à _Noé_[117].--J'ai livré deux actes.--Il faut donner le _troisième acte_ le 25 octobre et le _quatrième_ et dernier acte, le 15 novembre.--Je m'y suis engagé par traité et je m'exécute. Mais, par traité aussi, j'ai fait des réserves expresses pour l'interprétation. La _basse_ et la _première chanteuse_ me manquent.--Je ne les vois nulle part, et si je ne les trouve pas, _Noé_ attendra.--_Du Locle_ est de retour depuis deux jours. Nous allons donc enfin finir quelque chose.--Voilà, cher, où en sont mes affaires... Et G., où est-il? À Paris sans doute. Demeure-t-il toujours au même endroit? Dès que j'aurai des chaises, je lui écrirai de venir nous voir.
[Note 117: Voir l'introduction, pp. 27-28.]
Écrivez-moi toujours souvent. Je vous aime de tout mon coeur, vous le savez, et vos lettres me font grand bien.
Toujours, mon cher Edmond, votre ami dévoué.
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Juin 1870.
Mon cher ami,
Au galop un mot. Je pars. Je vais à Barbizon passer quatre mois. J'emporte une charmante pièce de _Sardou_ (pressée) et puis _Calendal_ et _Clarisse Harlowe_ etc.
Que de besogne.
* * * * *
Je vous renvoie vos manuscrits dans lesquels j'ai trouvé de bonnes choses. Je n'ai pas vu G. depuis deux mois.
Écrivez-moi à Paris. On m'envoie mes lettres.
Votre ami.
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Août 1870.
Mon cher ami,
J'espère bien que votre santé un peu délicate vous évitera le service actif. Ne négligez rien dans ce but. Ce pauvre G. doit être pris hélas! Je pense que le prix de Rome sauvera Guiraud.--Je rentre à Paris demain matin. La garde nationale sédentaire me réclame.--Eh bien... les 7 300 000 doivent être contents!... Voilà la tranquillité, l'ordre, la paix! Aujourd'hui, il s'agit de sauver le pays! Mais après?...
* * * * *
Et notre pauvre philosophie, et nos rêves de paix universelle, de fraternité cosmopolite, d'association humaine!... Au lieu de tout cela, des larmes, du sang, des monceaux de chair, des crimes sans nombre, sans fin!
Je ne puis vous dire, mon cher ami, dans quelle tristesse me plongent toutes ces horreurs. Je suis Français, je m'en souviens, mais je ne puis tout à fait oublier que je suis un homme.--Cette guerre coûtera à l'humanité cinq cent mille existences. Quant à la France, elle y laissera tout!...
Écrivez-moi à Paris, mon cher ami, dites-moi votre situation, car _nous_ sommes inquiets de vous.
Votre ami dévoué.
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Août 1870.
Mon cher ami,
* * * * *
On crie dans la rue la mort du prince Frédéric-Charles, mais ce n'est pas officiel, je crois.--Les choses vont mieux. Le langage de _Trochu_ me plaît. _Palikao_ dit: «J'ai nommé: j'ai envoyé», et _l'autre_ voyage en 3e classe. Il a bu un verre d'vin avec le chef de gare de Verdun.
Quelle fin!...
Votre ami qui vous aime de tout coeur.
Guiraud ne part pas. _Prix de Rome_ exempte. Je crois comme vous que la loi n'atteindra que les anciens soldats à moins de défaites nouvelles.--Deux cent mille hommes passent le Rhin. Berlin et les forteresses vont être dégarnis. Dans huit jours nous aurons de quatre à cinq cent mille Prussiens à quarante lieues de Paris; mais c'est le suprême effort. Si cette masse est rompue, la Prusse sera ce que la France voudra qu'elle soit! Espérons!
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Paris, 26 février 1871.
Cher ami, Paris débloqué, j'ai dû me rendre à Bordeaux pour affaires de famille. Je rentre et trouve votre bonne lettre................... ...........nous nous retrouvons debout, vivants, ou à peu près, sur les ruines de cette pauvre France, si coupable mais aussi bien malheureuse. Ce que coûtent les Napoléons, nous ne vivrons peut-être pas assez pour le savoir!
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Je voudrais cet été terminer _Clarisse Harlowe_ et _Griselidis_. _Griselidis_ est très avancée. _Sardou_ veut changer le dernier acte. Dès qu'il sera rentré à Paris, je vais le prier d'en finir afin que j'en puisse faire autant. Quant à _Clarisse_, c'est à peine commencé.
Avez-vous des nouvelles de G.? Écrivez-moi bientôt, cher ami, rétablissons notre correspondance, n'est-ce pas? et croyez à la vive affection de...
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Juin 1871.
Cher ami,
Enfin! C'est fini! C'est au nom de la République, au nom de la liberté, au nom de l'humanité que ces drôles ont assassiné des républicains comme mon pauvre Chaudey! Pauvre France! N'est-il donc pas de terme moyen entre ces fous, ces brigands et la réaction? C'est à désespérer! Nous sommes navrés, tous mes amis et moi.--Malheureusement, les récits n'ont rien d'exagéré! C'est l'assassinat et l'incendie élevés au rang de système politique! C'est infâme. Maintenant, que va-t-on faire? Allons-nous retomber dans la vieille légitimité?... Ce sera une trêve, et la révolution à l'horizon!... Hélas!...
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Adressez vos lettres, 8, route des Cultures, au Vésinet, par Saint-Germain-en-Laye, Seine-et-Oise.
Donnez-moi de vos nouvelles _à fond_. Parlez moi de G.
Depuis six semaines j'ai beaucoup erré. J'ai été obligé de _quitter_ Paris au galop.
Mille amitiés de votre toujours affectionné.
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Juin 1871.
Cher ami,
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Je vois que votre mariage, comme le mien, ne fait pas tort au travail.
Je finis mes deux opéras. Je lis beaucoup. Je n'ai pas un plan d'études aussi réglé que le vôtre, mais je commence à connaître une assez grande quantité de choses. Le malheur est que le désir de savoir vient en apprenant, mais pourquoi le malheur? Je vivrai, mourrai sans que ma curiosité soit satisfaite; mais plus je vais, et plus les systèmes philosophiques me semblent de purs enfantillages.
Mille amitiés de votre toujours mille fois dévoué.
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Septembre 1871.
Mon cher ami,
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