Lettres à Mademoiselle de Volland
Part 51
Après avoir fait sept cents lieues en vingt-deux jours, je suis arrivé à La Haye, le 5 de ce mois, jouissant d'une très-bonne santé, et moins fatigué de cette énorme route que je ne l'ai quelquefois été d'une promenade. Je vous reviens comblé d'honneurs. Si j'avais voulu puiser à pleines mains dans la cassette impériale, je crois que j'en aurais été fort le maître; mais j'ai mieux aimé faire taire les médisants de Pétersbourg et me faire croire des incrédules de Paris. Toutes ces idées qui remplissaient ma tête en sortant de Paris se sont évanouies pendant la première nuit que j'ai passé à Pétersbourg. Ma conduite en est devenue plus honnête et plus haute. N'espérant rien et ne craignant rien, j'ai pu parler comme il me plaisait. Quand aurons-nous la douceur de nous revoir? Peut-être sous quinzaine; peut-être aussi beaucoup plus tard. L'impératrice m'a chargé de l'édition des Règlements de ses nombreux et utiles établissements. Si le libraire hollandais est un arabe, à son ordinaire, je le plante là, et je viens imprimer à Paris. Si j'en puis obtenir un traitement raisonnable, je reste jusqu'à la fin de ce cette tâche qui ne sera pourtant pas éternelle. Quoique la saison ait été si belle que, soumise à nos ordres, elle ne l'aurait pas été davantage; que nous ayons eu les plus belles journées et les routes les meilleures, cela n'a pas empêché que nous n'ayons laissé en chemin quatre voitures fracassées. Quand je me rappelle le passage de la Dwina, à Riga, sur des glaces entr'ouvertes d'où l'eau jaillissait autour de nous, qui s'abaissaient et s'élevaient sous le poids de notre voiture, et craquaient de tous côtés, je frémis encore de ce péril. J'ai pensé me briser un bras et une épaule en passant dans un bac à Mittau où une trentaine d'hommes étaient occupés à porter en l'air notre voiture au hasard de tomber et de nous précipiter tous pêle-mêle dans la rivière. Nous avons été forcés à Hambourg d'envoyer nos malles à Amsterdam, par un chariot de poste; une voiture un peu chargée n'aurait jamais résisté à la difficulté des chemins.
Je suis chez le prince de Galitzin, dont vous pouvez concevoir la joie en me revoyant par celle que vous ressentirez ou un peu plus tôt ou un peu plus tard.
Je crois déjà vous avoir dit qu'après m'avoir fait l'accueil le plus doux, permis l'entrée de son cabinet tous les jours depuis trois heures jusqu'à cinq ou six, l'impératrice a bien voulu souscrire à toutes les demandes que je lui ai faites en prenant congé d'elle: je lui ai demandé de satisfaire aux dépenses de mon voyage, de mon séjour et de mon retour, lui faisant remarquer qu'un philosophe ne voyageait pas en grand seigneur; elle me l'a accordé; je lui ai demandé une bagatelle qui tirait tout son prix d'avoir été à son usage; elle me l'a accordée, et accordée avec une grâce et des marques de l'estime la plus distinguée. Je vous raconterai cela, si ce n'est pas déjà une affaire faite. Je lui ai demandé un des officiers de sa cour pour me remettre sain et sauf où je désirerais, et elle me l'a accordé, ordonnant elle-même la voiture et tous les apprêts de mon voyage.
Mesdames et bonnes amies, je vous jure que cet intervalle de ma vie a été le plus satisfaisant qu'il était possible pour l'amour-propre. Oh! parbleu, il faudra bien que vous m'en croyiez sur ce que je vous dirai de cette femme extraordinaire! Car mon éloge n'aura pas été payé, et ne sortira pas d'une bouche vénale. Je vous salue, vous embrasse, et vous présente mon tendre respect. Vous êtes bien injustes si vous ne croyez pas que je vous rapporte les mêmes sentiments que j'avais en me séparant de vous; ce n'est pas mon cœur, ce seront vos âmes qui seront changées.
Je présente mon respect à Mme Bouchard. Si vous voyez M. Gaschon, rappelez-moi à son souvenir. Mademoiselle, je vous embrasse de tout mon cœur. Mais, est-ce que votre santé n'est pas rétablie?
CXXXVIII
La Haye, le 15 juin 1774.
MESDAMES ET BONNES AMIES,
Ce n'est pas un voyage agréable que j'ai fait; c'est un voyage très-honorable: on m'a traité comme le représentant des honnêtes gens et des habiles gens de mon pays. C'est sous ce titre que je me regarde, lorsque je compare les marques de distinction dont on m'a comblé, avec ce que j'étais en droit d'en attendre pour mon compte. J'allais avec la recommandation du bienfait, beaucoup plus sûre encore que celle du mérite; et voici ce que je m'étais dit: Tu seras présenté à l'impératrice; tu la remercieras; au bout d'un mois, elle désirera peut-être de te voir; elle te fera quelques questions; au bout d'un autre mois, tu iras prendre congé d'elle, et tu reviendras. Ne convenez-vous pas, bonnes amies, que ce serait ainsi que les choses se seraient passées dans toute autre cour que celle de Pétersbourg?
Là, tout au contraire, la porte du cabinet de la souveraine m'est ouverte tous les jours, depuis trois heures de l'après-midi jusqu'à cinq, et quelquefois jusqu'à six. J'entre; on me fait asseoir, et je cause avec la même liberté que vous m'accordez; et en sortant, je suis forcé de m'avouer à moi-même que j'avais l'âme d'un esclave dans le pays qu'on appelle des hommes libres, et que je me suis trouvé l'âme d'un homme libre dans le pays qu'on appelle des esclaves.
Ah! mes amies, quelle souveraine! quelle extraordinaire femme! On n'accusera pas mon éloge de vénalité, car j'ai mis les bornes les plus étroites à sa munificence; il faudra bien qu'on m'en croie, lorsque je la peindrai par ses propres paroles; il faudra bien que vous disiez toutes que c'est l'âme de Brutus sous la figure de Cléopâtre; la fermeté de l'un et les séductions de l'autre; une tenue incroyable dans les idées avec toute la grâce et la légèreté possibles de l'expression; un amour de la vérité porté aussi loin qu'il est possible; la connaissance des affaires de son empire, comme vous l'avez de votre maison: je vous dirai tout cela, mais quand? Ma foi, je voudrais bien que ce fut sous huitaine, car il en faut moins pour arriver de La Haye à Paris du train dont je suis revenu de Pétersbourg à La Haye; mais Sa Majesté Impériale et le général Betzky, son ministre, m'ont chargé de l'édition du plan et des statuts des différents établissements que la souveraine a fondés dans son empire pour l'instruction de la jeunesse et le bonheur de tous ses sujets. J'irai le plus vite que je pourrai, car vous ne doutez pas, bonnes amies, que je ne sois aussi pressé de me restituer à ceux qui me sont chers qu'ils peuvent l'être de me revoir. Sachez, en attendant, qu'il s'est fait trois miracles en ma faveur: le premier, quarante-cinq jours de beau temps de suite, pour aller; le second, cinq mois de suite dans une cour, sans y donner prise à la malignité; et cela, avec une franchise de caractère peu commune et qui prête au torquet des courtisans envieux et malins; le troisième, trente jours de suite d'une saison dont on n'a pas d'exemple, pour revenir, sans autre accident que des voitures brisées: nous en avons changé quatre fois. Combien de détails intéressants je vous réserve pour le coin du feu! Je commence à perdre les traces de vieillesse que la fatigue m'avait données; il me serait si doux de vous retrouver avec de la santé, que je me flatte de cette espérance. Je compte beaucoup sur les soins de Mme de Blacy, et sur ceux de Mme Bouchard; je les salue et les embrasse toutes deux. Mme Bouchard, qui ne pardonne pas aisément une bagatelle, me permettra apparemment de garder un long et profond ressentiment d'un mal qui ne m'a pas encore quitté. La première fois que vous verrez M. Gaschon, dites-lui que si son affaire n'est pas faite, ce n'est pas que je l'aie oubliée; les circonstances n'étaient guère propres au succès dans un pays où la souveraine calcule. J'ai vu Euler, le bon et respectable Euler, plusieurs fois: c'est l'auteur des livres dont votre neveu a besoin. J'espère qu'il sera satisfait. La princesse de Galitzin en avait fait son affaire avant mon départ, et depuis mon arrivée, le prince Henri s'en est chargé. Vous me direz: Pourquoi se reposer sur d'autres de ce qu'on peut faire soi-même? C'est que l'édition d'un des volumes publiés à Pétersbourg est épuisée, et que l'édition de l'autre volume s'est faite à Berlin, où je n'ai pas voulu passer, quoique j'y fusse invité par le roi. Ce n'est pas l'eau de la Néva qui m'a fait mal, c'est une double attaque d'inflammation d'entrailles en allant; ce sont des coliques et un mal effroyable de poitrine causés par la rigueur du froid à Pétersbourg, pendant mon séjour; c'est une chute dans un bac à Mittau, à mon retour, qui ont pensé me tuer; mais la douleur de la chute et les autres accidents se sont dissipés; et si votre santé était à peu près aussi bonne que la mienne, je serais fort content de vous.
J'avais laissé Grimm malade à Pétersbourg; il est convalescent et au moment de son retour; il revient l'âme navrée de douleur: la landgrave de Darmstadt, qu'il avait accompagnée, son amie, la mère de la grande-duchesse, vient de mourir. Je ne saurais vous dire l'étendue de la perte qu'il fait en cette femme. Ma fille m'apprend que, pendant mon absence, vous avez eu quelque bonté pour elle; je vous en fois bien mes remerciements. Ne craignez rien pour ma santé; nous nous retirons de bonne heure, nous ne soupons presque pas. Je n'ai pas encore le courage de travailler; il faut laisser le temps à mes membres disloqués de se rejoindre; c'est l'affaire du sommeil; aussi, depuis mon retour, je dors huit à neuf heures de suite. Le prince a son travail politique; la princesse mène une vie qui n'est guère compatible avec la jeunesse, la légèreté de son esprit, et le goût frivole de son âge; elle sort peu; ne reçoit presque pas compagnie, a des maîtres d'histoire, de mathématiques, de langues; quitte fort bien un grand dîner de cour pour se rendre chez elle à l'heure de sa leçon, s'occupe de plaire à son mari; veille elle-même à l'éducation de ses enfants; a renoncé à la grande parure; se lève et se couche de bonne heure, et ma vie se règle sur celle de sa maison. Nous nous amusons à disputer connue des diables; je ne suis pas toujours de l'avis de la princesse, quoique nous soyons un peu férus tous deux de l'antiquomanie, et il semble que le prince ait pris à tâche de nous contredire en tout: Homère est un nigaud; Pline, un sot fieffé; les Chinois, les plus honnêtes gens de la terre, et ainsi du reste. Comme tous ces gens-là ne sont ni nos cousins, ni nos intimes, il n'entre dans la dispute que de la gaieté, de la vivacité, de la plaisanterie, avec une petite pointe d'amour-propre qui l'assaisonne. Le prince, qui a tant acquis de tableaux, aime mieux avouer qu'il ne s'y connaît pas que d'accorder le mérite de s'y connaître à aucun amateur.
Bonjour, mes bonnes amies; agréez mon tendre respect, et me croyez tout à vous, comme j'étais et je serai toute ma vie.
CXXXIX
La Haye, le 3 septembre 1774.
MESDAMES ET BONNES AMIES,
Mes caisses ont été embarquées hier pour Rotterdam; il ne me reste ici de butin que ce qu'on enferme dans un sac de nuit pour un voyage de cinq à six jours.
Le prince et la princesse de Galitzin font tout leur possible pour me retenir jusqu'à la fin du mois; ils prétendent que je devrais attendre, à côté d'eux, la dernière résolution de la cour de Russie sur un projet dont l'impératrice même a fixé l'accomplissement dans le courant de ce mois; mais il n'en sera rien; l'édition de son ouvrage n'est pas encore achevée; j'ai accordé dans ma tête une huitaine à l'imprimeur; passé ce terme, finira la besogne qui voudra. Malgré toutes les attentions de mes hôtes, malgré la beauté du séjour de La Haye, je sèche sur pied; il faut que je vous revoie tous. Qui m'aurait dit, lorsque je partis de Paris, qu'un voyage que j'imaginais de cinq à six mois serait presque trois fois plus long? Je lui aurais bien répondu qu'il en aurait menti par sa gorge. Enfin, je vais regagner mes foyers pour ne les plus quitter de ma vie: le temps où l'on compte par année est passé, et celui où il faut compter par jour est venu; moins on a de revenu, plus il importe d'en faire un bon emploi J'ai peut-être encore une dizaine d'années au fond de mon sac. Dans ces dix années, les fluxions, les rhumatismes, et les restes de cette famille incommode en prendront deux ou trois; tâchons d'économiser les sept autres pour le repos et les petits bonheurs qu'on peut se promettre au delà de la soixantaine. C'est mon projet dans lequel j'espère que vous voudrez bien me seconder. J'avais pensé que les fibres du cœur se racornissaient avec l'âge; il n'en est rien; je ne sais si ma sensibilité ne s'est pas augmentée: tout me touche, tout m'affecte; je serai le plus insigne pleurnicheur vieillard que vous ayez jamais connu. Adieu, mesdames et bonnes amies; encore un petit moment et nous nous reverrons. Je vous salue et vous embrasse de tout mon cœur. Madame de Blacy, on dit que, pendant mon absence, quelqu'un m'a coupé l'herbe sous le pied. Si vous êtes restée ce que vous étiez, vous auriez tout aussi bien fait de me garder. Si vous vous êtes départie de la rigidité de vos principes, je vous félicite de votre perversion et de votre inconstance. Comme je vais être baisé de Mme Bouchard si elle a conservé son goût pour l'histoire naturelle! J'ai des marbres, et tant de baisers pour les marbres; j'ai des métaux, et tant de baisers pour les métaux; des minéraux, et tant de baisers pour les minéraux. Comment fera-t-elle pour acquitter toute la Sibérie? Si chaque baiser doit avoir sa place, je lui conseille de se pourvoir d'amies qui s'y prêtent pour elle: mes baisers, comme vous pensez bien, seront les plus petits que je pourrai; mais la Sibérie est bien grande. Vous auriez fait la même faute que moi, si vous m'aviez laissé oublier de M. et Mme Digeon. Dites encore un petit mot de moi à M. Gaschon, si vous le revoyez avant moi. Il n'aura pas encore résigné sa charge de satellite du plaisir, la plus excentrique de toutes les planètes, qui le promène avec elle sur toutes sortes d'horizons. Adieu, mes bonnes amies; adieu; je reparaîtrai bientôt sur le vôtre, et pour ne plus m'en éloigner.
FIN DES LETTRES A MADEMOISELLE VOLLAND.
NOTES
[1] L'éditeur des Souvenirs du baron de Gleichen (Techener, 1868, in-12), M. Paul Grimblot voit dans ces dernières lignes une allusion difficile à expliquer. Diderot veut certainement rappeler la mort de la margrave de Baireuth (14 octobre 1758), dont Gleichen, son chambellan, avait été profondément affecté.
[2] D'Holbach, que Diderot ne désigne presque jamais que par son titre.
[3] Le grand sophiste, c'est Jean-Jacques. Son ouvrage était: J.-J. Rousseau à M. d'Alembert, sur son article Genève, dans le septième volume de l'Encyclopédie, et particulièrement sur le projet d'établir un théâtre de comédie en cette ville. (Amsterdam, 1758, in-8.)
[4] Voir ce compte rendu, t. VIII, p. 438.
[5] Quelle était la comédie nouvelle représentée le 1er juin 1759? L'Almanach des Spectacles n'en mentionne aucune à cette date ou aux jours précédents, ni à la Comédie-Française, ni à la Comédie-Italienne. Cette représentation fut sans doute ajournée. Le compte que Diderot annonce ici devoir en rendre manque dans la Correspondance de Grimm.
[6] Voir t. I, p. 431 et suiv., la notice sur l' Apologie de l'abbé de Prades, dont Diderot écrivit la troisième partie.
[7] Mesure du pays, contenant 400 livres de froment.
[8] Le petit château était un séjour imaginaire de bonheur que rêvaient Diderot et sa maîtresse. On verra souvent celui-ci revenir, dans cette, correspondance, à son plan de vie pour le petit château. (T.)
[9] L'enfant, malade, de Mme Le Gendre.
[10] LA FONTAINE, liv. I, fable X.
[11] Le château d'Isle et le parc, dont J. N. Volland a laissé le plan, furent achetés en 1786 par le comte de Paillot, dont la tombe se voit dans le cimetière du village. Ils appartinrent ensuite aux familles de Chiézat et Rouvay, puis à M. Royer, enfin à M. Chauvel. C'est la veuve de celui-ci qui les possède aujourd'hui.
Le château n'a que fort peu changé depuis un siècle. Les «boisures» dont parle Diderot et leurs trumeaux naïfs existent encore. Les grandes et les petites vordes n'ont pas perdu un seul de ces peupliers sous lesquels Diderot vint plus d'une fois rêver, et leurs pieds sont souvent baignés par sa «triste et tortueuse compatriote, la Marne», qui borne la propriété.
[12] C'est à Mme Le Gendre qu'il s'adresse ici.
[13] Il s'agit de l'arrêt du 8 mars 1759, révoquant les lettres de privilège accordés à l' Encyclopédie ; se peut-il que, cinq mois après sa promulgation, il fût encore inconnu à Diderot?
[14] Aux libraires-éditeurs de l' Encyclopédie .
[15] Le Grandval ou le Grand-Val, château situé sur la commune de Sussy, arrondissement de Boissy-Saint-Léger (Seine-et-Oise), appartient aujourd'hui à M. Berteaux, ancien négociant, qui l'acquit, il y a dix-huit ans, de M. Dubarry de Merval. Celui-ci l'avait racheté à la famille de Thierry, valet de chambre de Louis XVI, qui s'en était rendu propriétaire après la mort de d'Holbach, en 1789. Selon M. Berteaux, le Grandval appartenait en propre à Mme d'Aine. Les titres de propriété, dont quelques-uns remontaient au XVIe siècle, ont été dispersés en 1870, par les Prussiens; il n'a été conservé que quelques plans représentant la façade du Grandval, lors de la vente à Thierry, la disposition intérieure et le parc. C'est présentement un long corps de logis, d'où s'avancent deux ailes, entre lesquelles est une sorte de cour pavée. Les toits pointus du plan de 1789 ont fait place à une toiture moderne. La façade sud (en venant de Sussy) a été entièrement remaniée, la façade nord a été flanquée d'une rotonde moderne, formant vestibule. Les fossés ont été en partie comblés. Deux très-belles avenues d'ormes, taillées à la française, encadrent la pelouse qui s'étend entre le château et la grille. À gauche (en se dirigeant vers cette grille), les anciens communs, restés intacts, forment une des ailes de la ferme, en partie reconstruite par M. Berteaux. Le moulin, situé un peu au delà a disparu. Les vergers et les bois s'étendent jusqu'à la colline, d'où l'on domine La Varenne et qui offre aux regards un horizon immense.
L'intérieur du château a été aménagé selon les goûts modernes. Pourtant voici le grand salon, mais sa haute cheminée n'existe plus. La salle de billard, le salon de musique, sont intacts. La salle à manger a peu changé, mais la chapelle (à l'aile droite) où le «Croque-Dieu» de Sussy venait dire sa messe, est devenue une seconde salle à manger. Toutes les chambres du premier étage s'ouvrent sur le corridor qui s'étend d'un bout à l'autre de la façade. Celle de Diderot, située dans l'aile gauche, vaste et carrée, est éclairée par deux fenêtres, dont l'une s'ouvre précisément sur l'ancienne chapelle du rez-de-chaussée.
[16] Femme du maître des requêtes de ce nom, mère de Mme d'Holbach.
[17] Daumont (Arnulphe), savant médecin dauphinois, né en 1720, mort en 1800.
[18] La Saint-Denis.
[19] Mme d'Épinay.
[20] Voir sur M. de Montamy le t.X. ( L'histoire et le secret de la peinture en cire. )
[21] Chez Grimm.
[22] Le Monnier.
[23] En 1752, le roi de Prusse, qui s'y trouvait, avait engagé d'Alembert à s'y rendre de son côté.
[24] Mélanges de littérature et de philosophie , 1750, 5 vol. in-12.
[25] On lit dans la Correspondance de Grimm , 15 juillet 1763: «Une feuille, portant pour titre: Ressource actuelle , propose une loterie de six cent mille billets, dont chaque billet serait de cent louis, ce qui produirait quatorze cent quarante millions. De cette somme effrayante, l'auteur détache deux cent quatre millions pour composer les lots de sa loterie, dont le gros est de vingt millions; c'est une assez jolie petite somme pour risquer cent louis. Il est vrai aussi qu'il y a plus de cent cinquante-trois perdants contre un gagnant; mais l'auteur ne croit pas que ce soit un obstacle à voir sa loterie remplie. Auquel cas, il est en état de donner au roi, du soir au lendemain, un petit magot de douze cent trente-six millions pour les besoins actuels de l'État: il s'en faut bien que M. le contrôleur général trouve des ressources de cette abondance.» On voit que ce magnifique projet ressemblait fort, quant aux moyens, à celui dont parle Diderot. Peut-être n'est-ce que le même, revu et considérablement augmenté. (T).
[26] M. Hoop, chirurgien écossais, sur qui nous n'avons pu trouver aucun détail biographique.
[27] Voir, sur ce célèbre aventurier et mystificateur, les Souvenirs du baron de Gleichen qui le connut particulièrement, et le t. III (p. 324) des Œuvres inédites de Grosley. Troyes et Paris, 1813, 3 vol. in-8.
[28] C'est au moment du départ de Saint-Lambert que Mme d'Houdetot fit ce huitain exquis:
/$ L'amant que j'adore, Prêt à me quitter, D'un moment encore Voudrait profiter. Félicité vaine Qu'on ne peut saisir, Trop près de la peine, Pour être un plaisir. $/
[29] À la suite de l'attentat du 3 septembre 1758 contre Joseph Ier, roi de Portugal, onze accusés furent condamnés à mort, mais les PP. Malagrida, Alexandre et de Matos ne furent pas compris dans l'exécution de ce jugement. Le 3 septembre 1759, anniversaire de l'attentat, les Jésuites furent expulsés de Portugal et leurs biens confisqués. On en déporta 600 (et non 150) en Italie. Alexandre et de Matos restèrent en prison. Malagrida ne fut supplicié que le 20 septembre 1761.
[30] Sophie Arnould, qui n'était à l'Opéra que depuis le 15 décembre 1757, venait de prendre le rôle de Colette du Devin de village.
[31] Allusion probable à Candide qui venait de paraître.
[32] Amboile ou Ormesson, château situé à côte du Grandval et appartenant alors à la famille d'Ormesson.
[33] En effet, ce qu'on va lire est, moins les interruptions, bien entendu, reproduit dans l'article Sarrasins de l'Encyclopédie. Voir t. XII, p. 36 et suiv.
[34] Intendant du baron d'Holbach.
[35] M. Charon était le précédent propriétaire du Grandval.
[36] Pour l' Encyclopédie.
[37] Ici se trouvait le morceau intitulé: Le rosier du poète Sadi , reproduit t. IV, page 483.
[38] Ces vers charmants sont de Voltaire. Diderot les citait, de mémoiresans doute, ce qui explique les variantes qu'ils présentent ici. Composés à Cirey, dans l'automne de 1734, lors d'un séjour de Mme Du Châtelet, ils figurent sous le titre de Impromptu fait à un souper dans une cour d'Allemagne , au t. V des Nouveaux mélanges publiés par les frères Cramer, et sous celui de l' Usage de la vie dans une édition des Poésies. Amsterdam, 1764, in-12. Un bibliophile qui signé E. Marnicouche a réimprimé ces stances (moins les deux derniers vers), intitulées cette fois Le bonheur de la vie , sur un texte collationné par M. Clogenson. (Rouen, Cagniard J., 1868, 40 ex. sur papier rose.)
[39] Sans doute encore Don Carlos , joué sur un théâtre particulier.
[40] Le Spartacus de Saurin avait été donné pour la première fois le 20 février 1760, et repris avec des changements le 21 avril suivant.
[41] Et Tartuffe? (Molière, le Tartuffe , acte I, sc. 5.)
[42] Michel Casimir Oginski, grand-général de Lithuanie, né en 1731, mort en 1803. L' Encyclopédie , à l'article Harpe, lui attribue l'invention des pédales pour cet instrument.
Il se mit en 1771 à la tête de la confédération lithuanienne pour s'opposer à l'invasion des Russes, et se fit distinguer par un courage qui était digne d'un meilleur succès. (T.)
[43] Damilaville remplissait la place de premier commis au bureau des vingtièmes. Elle lui donnait le droit d'avoir le cachet du contrôleur général des finances et de contre-signer les paquets qui sortaient de son bureau; il s'en servait pour faire parvenir franc de port toutes les lettres de ses amis. C'est ainsi que la plus grande partie de la Correspondance de Voltaire passa par ses mains. (T.)