Lettre à l'Empereur Alexandre sur la traite des noirs

Chapter 6

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Mais, si l'Angleterre a été calomniée en France, la France, a son tour, a été calomniée en Angleterre. En effet, on nous a dit, (et j'aime à croire que la calomnie seule a pu inventer de tels bruits,) on nous a dit qu'en France certains personnages d'un haut rang et jouissant d'une grande influence politique, possesseurs de propriétés coloniales, ou ayant des relations d'intérêt dans les ports français où la Traite est exercée avec le plus d'activité, n'ont pas eu honte de voiler les horreurs de ce commerce profanateur, et même d'en protéger la continuation. On ajoute que les restrictions mises à la liberté de la presse, lesquelles n'avaient, en apparence, pour but, que de mettre le peuple à l'abri du blasphème et des provocations séditieuses, ont été employées à l'indigne usage de tenir la nation française dans l'ignorance du caractère véritable de ce commerce injuste et cruel. Mais, sans doute, il n'en peut être ainsi. Sans doute, c'est une des calomnies répandues a dessein par les ennemis de la nation française. J'ose l'espérer, les hommes que la Providence a placés dans un rang élevé, n'oublieront pas à ce point le soin de leur honneur et les devoirs qui leur sont imposés. Ils se rappelleront qu'ils ont été investis de l'honorable emploi d'être les précepteurs et les bienfaiteurs de leur patrie. Puissent-ils reconnaître enfin la véritable destination à laquelle ils ont été appelés! Puisse leur conduite à venir nous prouver victorieusement que le gouvernement français remplit avec joie les devoirs qui lui sont imposés par tant d'obligations sacrées.

Sire! qu'il soit permis aux amis de l'Afrique de s'adresser, dans cette circonstance, à Votre Majesté, comme principal garant des saintes obligations contractées à Vienne et ratifiées à Aix-la-Chapelle. Votre Majesté a proclamé, à la face du monde, sa ferme croyance aux saintes vérités du christianisme, et son respect pour ce livre divin où l'homme lit la charte de son bonheur et de son immortalité. Si, parmi les parties contractantes, il s'en trouvait qui considérassent ces déclarations comme des formules de diplomatie, et qui, faisant profession publique de respect pour la religion, déclinassent en secret sa divine autorité, certes, Votre Majesté ne saurait être de ce nombre. En Angleterre, du moins, les amis du christianisme aiment à croire que vos déclarations religieuses ne sont point un vain langage dicté par la politique, mais bien l'expression de votre conviction intime, l'acte spontané de votre conscience, et la règle constante de votre vie. C'est là que nous plaçons notre espoir. Nous ne doutons pas un moment que les lois de Dieu, les droits et le bonheur du genre humain, la religion, la justice, l'humanité, la bonne foi, et tous les sentimens les plus sacrés ne se présentent à l'esprit de Votre Majesté, comme autant de motifs qui l'engagent à prêter avec ardeur son aide et ses secours à l'accomplissement de cette grande oeuvre de miséricorde.

Mais, si Votre Majesté me permet de lui parler sans détour et avec toute la franchise que me prescrit l'intérêt de cette sainte cause, je lui déclare que, dans cette circonstance, le choix ne lui est point laissé. D'après les principes seuls du christianisme, il vous est défendu de fermer l'oreille aux cris des victimes de l'oppression; mais les stipulations d'un traité solennel obligent, en outre, Votre Majesté à accomplir la promesse qu'elle nous donna à Vienne. Votre Majesté n'est point intéressée, personnellement, dans ce grand débat. Cette circonstance est la plus favorable de toutes, puisqu'elle vous permet de prendre, au milieu des parties contractantes, le caractère de médiateur, et de juger dans cette grande cause pendante au tribunal de la nature et de la religion. S'il était possible que Votre Majesté se crût dispensée de remplir ses engagemens à cet égard, sous prétexte qu'elle n'a aucun intérêt personnel à les violer ou à les remplir, je vous dirais que c'est la volonté de Dieu que vous les remplissiez, dans toutes les hypothèses, avec le même zèle et le même respect. Quel triomphe pour les ennemis des Monarques légitimes! "Eh! quoi," diraient-ils, "si l'une des clauses des traités de Vienne, relatives aux cessions ou aux délimitations de territoire, eût été violée, à l'instant même on eût fait connaître cette violation, et on eût exigé une réparation prompte, immédiate. Mais le bonheur et la civilisation de près d'un tiers du globe habitable, ne sont-ils donc pas d'un intérêt aussi grave aux yeux de ces Monarques qui proclament les principes du christianisme comme la règle constante de leur conduite?" Et en effet, de pareilles accusations, si elles étaient prouvées vraies, ne justifieraient-elles pas l'opinion de ceux qui n'ont vu, dans cette association de Rois, connue sous le nom de _Sainte Alliance_, qu'une combinaison de vues politiques trop manifestes, et maladroitement déguisées sous le masque de la religion? Quel sujet de chagrin et de honte pour les véritables amis du christianisme, que de voir la religion ainsi profanée!

Mais, je le répète, nous ne pouvons nous arrêter, un seul instant, à de pareils soupçons, et c'est avec l'espoir le plus fondé et la confiance la plus entière, que nous supplions Votre Majesté d'interposer sa médiation, particulièrement en ce qui concerne la France. Cette demande, nous la faisons à Votre Majesté dans toute la sollicitude de notre coeur. Mais ce n'est pas à l'égard de la France seule, que nous invoquons votre médiation; nous l'invoquons également à l'égard des autres Puissances européennes auxquelles Votre Majesté s'est associée pour délivrer l'Afrique de ses oppresseurs. Jamais l'intervention de Votre Majesté ne fut plus urgente. Le nouveau point de vue sous lequel la question se présente, a beaucoup accru les difficultés. Quand il ne s'agissait que d'obtenir des diverses Puissances, qu'elles prohibassent, par des lois, un commerce qu'elles avaient solennellement condamné de la manière la plus énergique, comme empreint d'injustice et de cruauté, et qu'elles s'étaient engagées à abolir, par un traité solennel, il n'était pas difficile d'obtenir un acquiescement dont le refus eût été une violation par trop manifeste des principes les plus communs du bon sens et de la probité.

Mais, prohiber par des lois et permettre par le fait ce commerce criminel, opposer au mal des mesures telles qu'elles sont insuffisantes pour sa répression, que dirons-nous d'une semblable conduite? N'est-elle pas, de toutes, la pire et la plus funeste? Votre Majesté, sans doute, fera comprendre aux diverses Puissances contractantes, combien leur conduite actuelle les expose à cette imputation, quoiqu'injuste qu'elle puisse être dans le fait. Il n'est pas nécessaire d'indiquer à Votre Majesté les moyens dont elle peut se servir pour rendre à la cause de l'humanité cet important service. Hélas! Votre Majesté ne les connaît que trop bien. Qu'elle suive l'impulsion de sa conscience; qu'elle obéisse seulement aux mouvemens de son coeur; qu'à ses démarches préside cette énergie que donne la conscience, qu'assurent les sentimens généreux, et tout ira bien. La justice, l'humanité, la bonne foi, la saine politique et, par dessus tout, la religion, vous prêteront leur auguste et irrésistible appui. J'ai dit la religion: et en effet, ce n'est pas ici l'occasion de mettre en avant ces distinctions théologiques qui divisent malheureusement l'église chrétienne. Toutes les communions chrétiennes s'accordent à condamner la fraude, le vol, le brigandage et l'homicide: toutes s'accordent à commander la paix et la charité envers tous les hommes: toutes nous ordonnent d'employer au bonheur de nos semblables, non à perpétuer leur ignorance et leur infortune, les dons et les facultés qu'il a plu à l'Eternel de nous départir.

Pour ce qui est des considérations politiques, nous trouvons dans les événemens qui se pressent chaque jour d'éclore, la confirmation des hautes leçons que l'histoire nous a transmises dans chacune de ses pages. Tout doit nous convaincre, qu'abstraction faite de toute considération de justice ou d'humanité, celui-là s'abuserait étrangement qui, dans l'époque actuelle, prétendrait élever l'édifice d'un commerce national et d'une puissance coloniale, sur une base composée de matériaux de la nature de ceux que fournit la Traite. Insensé!... lui dirions-nous, ne voyez-vous pas les Etats-Unis d'Amérique affranchir leurs esclaves par milliers! Ne voyez-vous pas, dans la dernière guerre, l'Angleterre appeler à la liberté les esclaves de leurs ennemis! Ne voyez-vous pas, surtout, Haïti prendre, de jour en jour, une attitude plus imposante, capable de déconcerter tous les projets politiques de ses ennemis! N'entendez-vous pas mugir les feux souterrains de cette île volcanique! Ce bruit redoutable est le présage de nouvelles éruptions aux ravages desquelles l'oeil ni la pensée ne peuvent assigner de limites! Et c'est dans de telles circonstances, que des hommes d'état, qui n'ont pas perdu l'usage de leur raison, prétendent voir une combinaison avantageuse dans l'établissement de colonies trans-atlantiques dont la population serait fournie par la Traite!...

Mais j'ai honte de parler de considérations politiques, quand la voix du devoir et le cri de la conscience se font entendre si hautement. Ah! Sire! adressez vous aux ministres des Puissances contractantes au Congrès de Vienne. Adjurez-les de remplir les engagemens qu'ils ont contractés! Dites-leur qu'ils trahissent notre noble cause, en mettant tant de tiédeur, et en employant des moyens si faibles et si inefficaces, dans l'abolition de la Traite. Dites-leur qu'une telle froideur équivaut à un abandon total de la cause qu'ils s'étaient engagés à défendre, et n'est pas moins criminelle. Quant à moi, je le déclare, quand je jette les yeux en arriére, et que je considère tout ce qui a déjà été fait pour cette grande cause, je ne puis m'empêcher de croire que ce fléau dévastateur touche à sa fin. Les lumières qu'on a jetées sur cet horrible trafic, la connaissance universelle de la cruauté et de la criminalité qui y sont attachées, les événemens qui se passent sous nos yeux, les circonstances tant physiques que morales de l'époque où nous vivons, tout concourt à me persuader que nous touchons au moment de voir la suppression totale et définitive de cette horrible violation des lois de la justice et de l'humanité. Cependant, la Traite se continue encore; et dût-elle bientôt complètement cesser, elle aura du moins continué assez, pour accuser dans la postérité et couvrir d'une ineffaçable infamie, ceux qui lui auront résisté avec tant de faiblesse, et qui auront mis si peu de zèle à sa suppression. Ceux-là, surtout, qui ont participé à la mémorable déclaration de Vienne, et qui n'en ont pas moins continué d'être sourds aux commandements de la religion, du devoir et de la morale, qui n'en ont pas moins foulé aux pieds l'humanité et la foi des sermens, ceux-là, dis-je, ne peuvent avoir oublié la part qu'ils ont prise alors à une entreprise qui s'annonçait sous des auspices si honorables. Ils se rappellent l'acte solennel dans lequel ils déclaraient vouloir laisser, dans l'abolition de la Traite, un monument impérissable à la postérité. Ce monument existera en effet: il existera; mais il portera une inscription bien différente de celle qu'il eût dû porter. Cette inscription, au lieu de retracer, en caractères immortels, l'imperturbable persévérance de ces Monarques dans l'accomplissement des devoirs qu'ils avaient contractés à la face de Dieu et des hommes, transmettra à la postérité la plus reculée, les titres de leur honte; les plaintes de la justice et de l'humanité admises d'abord, puis, ensuite, indignement foulées aux pieds; les engagemens les plus saints, les sermens les plus sacrés mis en oubli; les intérêts du genre humain immolés à des intérêts commerciaux de peu d'importance et plus qu'équivoques; tandis qu'une nation soupçonnée de tout sacrifier à ses spéculations mercantiles, n'avait pas fait difficulté de renoncer à ce cruel commerce, en s'accusant d'y avoir participé trop long-temps, et en le dénonçant à la haine et a l'exécration des peuples civilisés.

Sire! puisse l'Eternel bénir les efforts de Votre Majesté!... Dans les travaux que vous allez entreprendre, songez que vous défendez une cause, digne des regards de la Divinité!... La paix, la charité envers tous les hommes, voilà les bases sur lesquelles elle s'appuie!... Ah! Tous les coeurs des gens de bien vont vous suivre! De tous les points de l'univers, leurs voeux et leurs espérances vont accompagner vos pas, et seconder vos efforts! Surtout, Votre Majesté trouvera dans son propre coeur, dans le témoignage de sa conscience, une récompense bien douce de ses philanthropiques travaux: mais une récompense plus chère et plus solennelle leur est destinée, dans ce jour où les mystères de la Providence seront révélés; où Dieu apparaîtra sans voile aux regards des hommes; où comparaîtront, confondus devant le même tribunal, les sujets et les rois accompagnés seulement du cortège de leurs actions; où, enfin, l'injustice et la cruauté auront pour jamais cesse de désoler la terre....

J'ai l'honneur d'être, avec le respect et l'attachement les plus sincères,

SIRE,

de Votre Majesté, le très-humble et obéissant serviteur,

WILBERFORCE

RÉSUMÉ DU DISCOURS PRONONCÉ PAR M. WILBERFORCE, DANS La Chambre des Communes, _Le 27 Juin, 1822,_ SUR _L'ÉTAT ACTUEL_ DE LA TRAITE DES NÈGRES.

RÉSUMÉ DU DISCOURS

PRONONCÉ PAR

M. WILBERFORCE.

En renouvelant aujourd'hui une motion analogue à celles que j'ai déjà présentées dans la dernière session et dans quelques-unes des sessions précédentes, je ne me dissimule point les inconvéniens qui accompagnent d'ordinaire ces propositions annuelles.

Quelle que soit l'importance du sujet, l'intérêt qu'il excitait primitivement s'affaiblit par degrés; et pour le bien même de la cause, il est souvent préférable de n'en occuper le public qu'à de plus longs intervalles. Mais la Chambre remarquera sans doute les circonstances particulières dans lesquelles nous nous trouvons placés, et qui me semblent rendre nécessaire la motion que je vais avoir l'honneur de lui soumettre.

Ayant aboli nous-mêmes la Traite des Nègres, l'humanité nous faisait un devoir de presser les autres nations d'imiter notre exemple, et de se joindre à nous pour l'accomplissement de ce grand oeuvre. Nous avons donc saisi l'occasion qui nous était offerte par le Congrès de Vienne; nous nous sommes adressés à tous les Souverains de l'Europe, mais spécialement à ceux dont les sujets s'étaient livrés précédemment au commerce d'esclaves, et nous les avons conjurés d'embrasser avec nous la bonne cause. Le Portugal s'est seul refusé à nos instances. La Russie, l'Autriche et la Prusse, quoique étrangères à la Traite des Nègres, et n'ayant point elles-mêmes de colonies, ont pris part aux déclarations solennelles qui ont marqué la Traite du sceau de l'infamie. Toutes les grandes Puissances réunies en cour suprême de justice, ont prononcé la sentence d'un crime qu'elles ont justement nommé la honte de notre siècle, et il a été livré par elles à l'exécration de l'humanité.

L'injustice et la cruauté du commerce d'esclaves ayant été reconnues par les Puissances européennes, des traités ont été conclus avec plusieurs d'entre elles pour assurer l'abolition de ce trafic. Toutes, à l'exception du Portugal, ont fixé une époque précise après laquelle la Traite serait à jamais interdite. Les Gouvernemens mêmes qui se sont refusés à une abolition immédiate ont pris l'engagement formel de ne faire la Traite qu'au midi de la ligne.

Il a été convenu avec plusieurs de ces Gouvernemens que des juridictions spéciales seraient établies pour juger les infractions aux lois qui prohibent la Traite. Il est donc naturel, ou plutôt il est nécessaire que nous nous enquerrions de temps à autre comment les traités sont exécutés, et quels pas nous faisons vers le but que nous avons en vue.

Une grande masse de documens a été soumise à la Chambre par le Gouvernement de Sa Majesté. Elle comprend sa correspondance avec les officiers de la marine royale sur la côte d'Afrique, avec les membres des commissions mixtes et avec les ministres du Roi auprès de différentes cours étrangères. L'adresse que je compte proposer aujourd'hui contiendra l'expression des sentimens qu'a excités en nous la lecture de ces pièces officielles. Mais avant d'entrer dans les détails de la question, je crois remplir un devoir en reconnaissant que mon noble ami, qui siège de l'autre côté de la Chambre (Lord Londonderry) a veillé sur les intérêts de notre glorieuse cause avec habileté et persévérance.

Je commencerai par les Pays-Bas. En considérant les diverses phases de l'histoire de ce pays et les longues relations d'intimité qui ont existé entre son gouvernement et le nôtre, sa lenteur, pour ne rien dire de plus, à exécuter des engagemens formels, lui fait aussi peu d'honneur que le manque d'empressement qu'il témoigne à mettre un terme à des pratiques qu'il a déclarées lui-même contraires à la justice et à l'humanité. Toutefois les argumens du noble Lord (Lord Londonderry), appuyés par les talens et le zèle du Ministre de Sa Majesté près la Cour des Pays-Bas, (Lord Clancarty), ont enfin amené cette Puissance à donner aux traités leur véritable et légitime interprétation.

La Traite des Nègres s'est faite long-temps avec impunité sous pavillon espagnol; mais un juste sentiment du devoir paraît s'être réveillé dans le sein des Cortès. Le Comte de Torreno a employé ses talens distingués en faveur de notre cause, et les Cortès ont enfin soumis à une peine infamante, (dix années de travaux forcés) le crime de la Traite, sous quelque forme qu'il se commette. Les malheureuses victimes qui seront trouvées à bord des vaisseaux négriers seront désormais délivrées de l'esclavage. Il est beau de voir un peuple qui jette les fondemens de sa propre liberté, se montrer sensible au droit qu'ont d'autres hommes à jouir du même bienfait; et la conduite de l'Espagne, dans cette circonstance, redoublera, je n'en doute point, l'intérêt qu'inspirent aux citoyens de la Grande-Bretagne les efforts de ce peuple pour établir son indépendance politique.

Quelque longues et quelque amicales qu'aient été nos relations avec la Cour de Portugal, je suis forcé de convenir que sa conduite, par rapport à la Traite des Noirs, a été honteuse à l'excès. Elle n'a eu qu'un seul genre de mérite, une persévérance inébranlable dans le mal. Au Congrès même de Vienne, tandis que toutes les autres Puissances européennes ont reconnu l'injustice et la cruauté de la Traite, tandis qu'elles ont fixé un terme pour l'abolir, le Portugal seul, tout en accédant à la première de ces déclarations, s'est obstinément refusé à la mesure qui en était la conséquence. Il s'est contenté de nous offrir de discontinuer ses barbaries sur la côte d'Afrique, si nous consentions à acheter cet acte de justice par une concession de privilèges commerciaux. A la fin, néanmoins, la Cour de Lisbonne a stipulé, moyennant une somme considérable pour prix de son consentement, que la Traite serait désormais interdite au commerce portugais au nord de la ligne. Elle a délivré par là de ses ravages une étendue de plus de mille lieues de côtes, et elle a borné son trafic à des contrées qui, ayant fait partie de ses domaines depuis des siècles, avaient des droits particuliers à sa protection et à sa bonté. Mais en dépit de cette convention, l'on rencontre encore des négriers portugais sur tous les points de la côte d'Afrique au nord de la ligne; et il a été prouvé que les Gouverneurs de quelques-uns des établissemens coloniaux de cette puissance prennent part à ces expéditions de forbans. Certes, il serait d'un mauvais augure pour les destinées à venir du Portugal, que le nouveau gouvernement de ce pays, en assurant sa propre indépendance, ne prît aucune mesure pour exterminer un commerce de fraude, de sang et d'infamie. J'ai meilleur espoir de sa législature actuelle; et les principes du nouveau gouvernement formeront, j'ose le croire, un heureux contraste avec ceux de l'ancien. En tout cas, sa conduite ne saurait être pire, en ce qui concerne la Traite des Noirs.

Je passe aux Etats-Unis d'Amérique. Ce pays a débuté plutôt que nous-mêmes dans la bonne oeuvre de l'abolition; mais il est pénible de voir, en étudiant les pièces déposées sur notre table, que le gouvernement de Washington, quoiqu'il ait fait de la Traite un crime capital, quoiqu'il l'ait rangée parmi les actes de piraterie, se refuse encore à la seule mesure qui paraisse devoir être efficace pour mettre un terme au trafic du sang africain: je veux dire, le droit réciproque de visiter les vaisseaux qui naviguent sur la côte d'Afrique.