Les vrais sous-offs: Réponse à M. Descaves
Chapter 2
M. Descaves a vraiment de l'impudeur lorsqu'il vient vous raconter que sous-officiers et bouchers s'entendent comme larrons en foire pour empoisonner nos soldats avec des viandes de rebut!
Et d'ailleurs, la condamnation sévère qui, tout dernièrement encore, frappait des misérables, coupables d'avoir fourni des vivres avariés aux troupes du camp d'Avor, est un exemple saisissant, présent à toutes les mémoires, de la surveillance exercée par l'autorité militaire pour rendre impossibles les faits avancés sans vergogne par l'auteur de _Sous-Offs_.
* * * * *
Il n'a pu dissimuler sur ce point, comme sur bien d'autres du reste, la fragilité de ses arguments. Il a senti trembler sous ses pieds, comme le sol de l'Etna à la veille d'une éruption, le terrain sur lequel il se plaçait. Aussi a-t-il employé, à l'appui de sa thèse, un artifice subtil, un stratagème de composition, que nous ne saurions trop flétrir.
A côté d'une foule de sous-officiers, qu'il habille en gibier de Cour d'Assises, et pour nous faire croire à une impartialité dont nous ne sommes pas dupes, il a tracé le portrait d'un adjudant intègre.
Le piège est grossier, et personne n'y a été pris.
Il aurait fallu, pour le tendre avec quelque chance de succès, que M. Descaves ne couvrit point de ridicule, en nous le peignant comme un esprit borné, le seul honnête homme qu'il ait daigné voir dans l'armée.
Ah, certes! en mettant en scène l'adjudant Boisguillaume, qui vit modestement à la caserne, passant entre son épouse et son sabre les rares instants que lui laisse l'accomplissement de ses doubles devoirs, on avait une belle oeuvre à faire.
C'est une oeuvre de haine qu'on a perpétrée!
Ah! la haine!!...
Combien il eut mieux valu, pourtant, ne pas se laisser aveugler par la rancune, et voir les choses telles qu'elles sont.
Mais, vous n'avez donc jamais assisté, M. Descaves, au défilé prestigieux de nos braves troupiers, à Longchamps, le 14 juillet?
Le colonel en avant, précédé des tambours et des clairons, les capitaines à la tête de leurs compagnies, nos braves sous-officiers en serre-file, les régiments, sous les plis claquants du drapeau qui semble rire à la victoire, aux mâles accents de la Marseillaise, défilent devant les représentants de la Patrie!
Si vous aviez assisté à ce spectacle grandiose, M. Descaves, vous auriez appris, à l'allure martiale, à la belle tenue, à la santé radieuse, à l'héroïque gaîté de nos soldats qu'il ne peut y avoir place dans leurs rangs pour toutes les plaies honteuses que vous avez voulu nous y montrer!
Et puis, prenez y garde, M. Descaves. En accusant les moeurs de l'armée, en taxant d'immoralité ceux qui sont ses véritables instructeurs, vous jetez l'injure à la France tout entière.
L'uniforme, tout le monde le porte, aujourd'hui. Les galons, ils sont l'apanage des plus dévoués et des plus dignes; tous peuvent y prétendre; et c'est maintenant surtout, que tout soldat porte dans sa giberne le bâton de maréchal!
L'armée n'est plus une caste; c'est l'incarnation du Peuple. Le fossé qui séparait autrefois l'élément militaire de l'élément civil n'existe plus.
Ce fossé, la redingote de M. de Freycinet l'a comblé!
* * * * *
Admettre la corruption de l'armée, c'est croire à la corruption de la nation elle-même. Accuser les sous-officiers de vol et de concussion, c'est accuser tous ces modestes travailleurs qui, dans nos administrations, tant privées que publiques, dans nos usines, dans nos ateliers, sont les plus intelligents et les plus dévoués auxiliaires de cette prospérité dont notre immortelle Exposition a donné un éclatant témoignage.
Ouvrez les journaux à la _Chronique du Bien_, lisez les comptes-rendus de ces séances où l'Académie française récompense solennellement des actes de vertu ou de haute probité; prenez connaissance de ces longues listes de médailles qui vont briller, éclatants témoignages de dévouement, sur la poitrine des sauveteurs, et comptez combien de noms d'anciens sous-officiers figurent sur les palmarès de l'honneur!
Pour les besoins de son infâme campagne de calomnies, M. Descaves veut nous faire croire que des gens qui font preuve, après avoir quitté l'uniforme, du désintéressement le plus méritoire, n'ont pas fait sous les drapeaux l'apprentissage de la vertu!
C'est se moquer de nous!
Non! Les soldats d'aujourd'hui sont les dignes fils de leurs aînés et nous pourrions les voir, si des heures lugubres sonnaient encore pour les destinées de la Patrie, sacrifier jusqu'à l'or de leurs galons sur ses autels, et, semblables aux vétérans de l'An II, porter comme l'a dit Victor Hugo:
L'épaulette de laine et la dragonne en cuir!
* * * * *
M. Descaves ne s'est pas tenu pour satisfait de nous montrer les sous-officiers lâches et cupides, il lui a fallu encore les souffleter avec une abominable accusation d'ivrognerie et de moeurs infâmes.
Alcool et absinthe, voilà leurs dieux!
Femmes mariées, servantes d'auberges, filles de mauvais lieu, sont l'objet de leur exploitation éhontée. Pour en tirer de l'argent, tous les moyens leur sont bons. Ils s'en vantent entre eux. Ils en rient. Leur cynisme laisse bien loin derrière lui celui des rôdeurs de barrière. M. Descaves a cousu le galon de leur grade sur une casquette à trois ponts!
Il nous est douloureux de nous étendre sur un pareil sujet, et, sans notre désir ardent de ne pas laisser debout une seule des poutres de cet échafaudage de carton qu'est _Sous-Offs_, nous nous arrêterions ici.
D'ailleurs, le sujet que nous traitons maintenant est d'une gravité exceptionnelle. Il ne suffit plus de donner un aperçu du livre, il faut en citer des passages entiers, pour n'être point taxé d'invraisemblance et de parti pris dans sa réfutation.
Laissons la parole à M. Descaves. Puisqu'il a osé porter le vilebrequin du cynisme dans le tonneau de la honte, qu'il en boive l'amère liqueur.
Voici des passages entiers de _Sous-Offs_:
_Page 45:_
«Deux sous-officiers, au moment de rentrer au quartier, heurtèrent deux vieilles femmes en cheveux, grelottant, l'une dans un paletot d'homme, l'autre dans un vaterproof trentenaire.
«--Nous nous retrouverons là, dit Favières.
«Et, sommairement, ils en emmenèrent chacun une, droit devant soi... Favières était tombé sur le dos, tout à coup impuissant, les yeux délicieusement frais sous les compresses de nuit pleuvante, roulé dans le beuglement de cette formidable bouche d'ombre qui l'injuriait, crachotait sur sa nudité partielle, tandis que la vieille femme rémunérée s'escrimait honnêtement.
«Il retrouva Tétrelle--délesté--qui l'attendait...»
_Page 55:_
«C'est drôle, notait Favières, chez le soldat, les sentiments habitent les parties basses; l'âme se répartit dans la culotte, entre la poche, la brayette et le fond...»
Décidément, pour la peinture des tableaux infâmes, M. Descaves est sans rival.
_Page 59:_
«Petitmangin, de ses nuitées en ville, ne rapportait que des sucreries et des pâtisseries légères, pêle-mêle avec du tabac, au fond de ses poches...»
Des goûts de petite fille à un militaire? Allons donc!
_Page 5:_
«Alors le sergent, les yeux humides, la face cuite, le nez pareil à une langue de feu dans un incendie de façade... A peu près ivre, il parlait seul, faisait des tournées d'inspection dans les compartiments voisins. On devait le hisser. On le passait comme un colis triomphal qui s'écroulait sous les banquettes.»
Quelle invraisemblance! Cet ivrogne amène des conscrits au régiment!
_Page 62:_
«Il s'était assis en tailleur, par terre, devant la malle béante, exposant le premier de ses compartiments superposés: Un capharnaüm où les objets de toilette et d'étagère confondus semblaient provenir du pillage d'une chambre de fille.»
C'est clair, cela. L'accusation est précise! Sans une citation textuelle, on ne l'eut pas cru.
_Page 64:_
«Nous dînons tous les dimanches au restaurant. _Elle_ me donne son porte-monnaie avant d'entrer et je le lui rends en sortant, après avoir payé... par exemple, des cadeaux utiles toujours...»
Cela soulève le coeur.
_Page 84:_
«Aucun choix n'était possible. Ils empoignèrent au hasard les femmes, la mère et la fille côte à côte, les renversèrent sur eux toujours assis...
«Favières exulta lorsque ses approches fourragères eurent pressenti Généreuse à l'indulgent accès d'un praticable estuaire.»
Sans le devoir de révéler tout entières les turpitudes du livre, jamais nous ne nous serions permis de reproduire cette abominable scène!
_Page 88:_
Dans une maison publique:
«Des femmes sur les genoux ou collées aux flancs, buvant, chantant et fumant, dans une atmosphère de luxure et d'ivresse, DES SOLDATS...»
Des soldats! M. Descaves ne les a jamais vus que dans un lieu infâme. Il ignore donc ce que c'est qu'un champ de bataille?
_Page 90:_
Une fille parle à un sous-officier:
«Justement mes amies n'ont personne; elles voudraient bien un petit homme comme toi, bien gentil, et qui les aimerait bien. Vrai, je fais des jalouses.»
Cette fille n'avait donc pas vu les deux sardines d'or?
_Page 95:_
«Deux prostitutions se partageaient le soldat sans relâche. La Maison se couchait quand s'éveillait le Quartier.»
C'est hideux!
_Page 100:_
«--Comment! Vous payez encore le coucher, s'écria Devouge, en réponse à l'énumération geignarde faite par Tétrelle des frais qu'entraînaient les plaisirs tarifés.
«--Ah! Tu ne voudrais pas. C'est déjà joli de ne leur rien donner, protesta Favières.
«--C'est différent... du moment que vous mettez du sentiment dans ces choses-là!...
«--Si vous vouliez, je dirais deux mots à Laure, qui parlerait à vos femmes... Le Gouvernement ne vous paye pas pour les entretenir...
«--C'est vrai, insinua Tétrelle. En somme il ne nous reste rien entre les mains...
«--L'argent n'a pas d'odeur, rectifia Devouge.»
La langue française n'a pas de mots pour flétrir de semblables indignités!
_Page 102:_
«Pâquerette s'était rassise en face de son amant; elle s'accroupit, explora une resserre dérobée, parvint à en extraire une pièce blanche, qu'elle glissa dans la main de Tétrelle:
«--Règle, dit-elle.
«Il prit l'argent...»
! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
_Page 110:_
Une fille écrit à son _sous-off_:
«Ne viens donc pas cette semaine. Je ne pourrais pas payer pour toi.»
Quel abîme de scélératesse!
_Page 111:_
«Autour d'eux, la boue montait, plus dense. Comme les femmes continuaient à payer les consommations, et qu'elles ne se trouvaient pas toujours là, quand le garçon rapportait la monnaie, Tétrelle réduisait le pourboire au strict convenable, et empochait la différence.
«Ce qui tombe au fossé est pour le soldat, disait Devouge.»
Ce qui tombe à l'égoût du mépris c'est un roman souillé de pareilles calomnies!!!
_Page 125:_
«C'était Blanc, le sergent de la classe, se soûlant effroyablement avec les pompiers de Neuville, sous prétexte d'apprendre les batteries à leur tambour.
«C'était Edeline, réussissant à s'introduire dans toute une famille... Il dînait, flattait le père, s'insinuait dans les BONNES GRACES de la mère, tout prêt d'atteindre son but. Le gîte, la table et... le reste, ce qu'il appelait les accessoires de solde.»
L'insulte à la famille, maintenant!
_Page 126:_
«Civil, dans la bouche du soldat, cela n'a d'équivalent que PANTE dans l'argot des souteneurs.»
Quelles expressions! C'est sans doute dans les carrières d'Amérique que le pamphlétaire les a recueillies.
_Page 193:_
«Des soldats attirés par le fracas de la musique avaient envahi la salle, s'y bousculaient pour tarir les bouteilles, recueillir le fond des verres, boire au moins l'ivresse des autres, pendant que Blanc, à croupetons dans un coin, facilitait paisiblement la libération de son estomac.»
Cela se passe le 14 Juillet, dans une cantine où nos braves sous-officiers célèbrent par un banquet fraternel notre grande fête nationale!
_Page 201:_
«C'était jour de repos officiel, jour de trêve. Le gros numéro et le numéro matricule prenaient _campos_. La Prostituée suspendait l'adultération du sang français QUE LA PATRIE LUI ABANDONNE, quand ses chantiers de carnage n'en ont pas soif.»
C'est encore le 14 juillet, qu'on n'a pas honte de choisir, pour lancer un crachat à la face de la Patrie!
O jour anniversaire de la prise de la Bastille, jour immortel, où le sang d'un peuple secouant ses chaines a scellé le monument de la Liberté future, c'est en vain que des reptiles visqueux essayent de te souiller de leur bave; tu es un soleil radieux et sans tache, qui planes trop haut dans les cieux modernes pour que l'outrage puisse t'atteindre jamais!
Une imagination en délire aura beau vouloir te représenter, fête auguste, comme une odieuse saturnale, comme une priapée abjecte, tu n'en resteras pas moins le grand jour, sacré entre tous, où pas un Français--si ce n'est peut-être M. Descaves--n'oserait se déshonorer par une intempérance qui ferait la joie de nos ennemis!
Ils ne sont pas nés en France, les ivrognes du 14 Juillet!
* * * * *
Toutes les concessions qu'on peut accorder à la thèse de M. Descaves, elles ont été énumérées par la plume trop impartiale peut-être de M. Edmond Lepelletier.
«Tous nos sous-officiers, écrivait-il dans l'_Écho de Paris_ du 15 décembre 1889, ne sont pas des anges. Il est parmi eux, comme partout, des souteneurs, des hypocrites, des lâches, des débauchés, des filous et des Alphonses. Ils _sortent de la société, les sous-offs, avant de sortir du rang_.
«Mais tous des misérables, des gibiers de lupanar, en attendant qu'ils deviennent gibier de bagne ou de peloton, allons donc!
«Ce n'est pas seulement calomnier les gradés de la jeunesse armée, c'est insulter odieusement toute la jeunesse française.»
L'éminent écrivain, à qui nous empruntons ces lignes, a dû se borner, dans un article de journal, à montrer l'exagération cynique des reproches adressés aux moeurs des sous-officiers. Il a montré ce qu'ils ne sont pas, nous allons faire voir ce qu'ils sont.
Qui n'a pas vu, par un radieux matin de printemps, par une belle après-midi d'été, par un beau ciel d'automne clair et rose, le pays et la payse, ce couple légendaire, s'avancer à pas lents, côte à côte, pleins d'affectueux respects mutuels, et chuchotant, avec une passion contenue, des mots d'amour?--Vision attendrissante que l'un de nos poëtes militaires les plus distingués rendait en ces vers mâles et vigoureux, où il rappelle ses modestes plaisirs hors de la caserne:
Le soir tombait, un soir équivoque d'automne Les bonnes se pendant rêveuses à nos bras, Dirent alors des mots si spéciaux, tout bas, Que notre âme depuis ce temps tremble et s'étonne.
Et ce sont ces gens là qui ne connaîtraient d'autre distraction que les plaisirs malsains des maisons de débauche, dont ils mettraient les filles en coupe réglées!
Ce n'est pas à dire, certes--et M. Edmond Lepelletier en a fait la judicieuse remarque--qu'on ne voie jamais la capote à galons étalée sur des canapés suspects. Mais, si certains civils mettaient un peu plus de discrétion dans les invitations qu'ils adressent à nos sous-officiers, de pareils faits n'auraient guère d'exemple.
D'ailleurs, une chute n'est jamais irrémédiable. Si bas qu'on soit entraîné, on peut toujours s'arracher à l'influence néfaste des mauvais conseils et rentrer dans le chemin du devoir et de l'honneur.
Nous n'en voulons pour témoin que cette citation d'un beau livre de C.-J. Lecour, la _Prostitution à Paris et à Londres_: «Le tragique, c'est ce militaire qui, en 48, entré pendant la nuit dans un lieu de débauche, se réveillait le lendemain dans les bras de sa soeur.»
L'auteur ne nous donne pas la suite de cet épouvantable récit, mais d'autres la connaissent. Le militaire, devenu sous-officier, sut faire des économies pour payer les dettes de sa soeur et l'arracher à l'infamie. Il la maria à un de ses collègues. Elle fut bonne épouse et bonne mère.
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Nous n'avons pas parlé jusqu'ici du mariage des sous-officiers. C'est un sujet que M. Descaves a traité avec son venin habituel. Il n'a pas hésité à nous montrer le cantinier du régiment qu'il met en scène, marié avec une coquine de bas étage, dont la seule préoccupation est de le tromper.
Vous êtes là pour répondre, noble pléïade de Françaises, héroïnes modestes, toutes cantinières, qui avez reçu la croix de la Légion d'honneur: Veuve Perrot décorée en Afrique; Annette Drevon, décorée en 1859, pour action d'éclat sur le champ de bataille de Magenta, où vous avez sauvé le drapeau du deuxième zouaves; Perrine Cros, du bataillon de chasseurs à pieds de la garde impériale, blessée à Palestro et à Magenta; Jeanne Bonnemère, du 21e régiment d'infanterie, médaillée en 1870, pour avoir avalé une dépêche au moment où les Prussiens s'emparaient de vous!
Si toutes les femmes de sous-officiers ne sont pas arrivées à votre gloire, du moins donnent-elles dans leur ménage l'exemple de toutes les vertus civiques, qui sont l'apanage de la Française.
Celles-ci, lorsque leurs maris, ayant quitté l'armée, occupent une de ces places accordées si libéralement par l'Etat à ses anciens serviteurs; celles-là apportent dans la vie civile l'exemple de toutes les qualités militaires. Elles nous préparent une génération forte et saine, ornement de nos sociétés de gymnastique et de nos orphéons; et le jour venu, elles n'hésiteraient pas, comme les mères Spartiates, à envoyer leurs fils au combat. Elles leur mettraient elles-mêmes dans la main l'arme vengeresse, en criant, sans pâlir:
--Voilà le sabre de ton père!
* * * * *
Il est temps de conclure.
Que reste-t-il de l'oeuvre de M. Descaves?
Dans l'opinion publique, elle est jugée. Ce n'est pas seulement un mauvais livre, c'est une mauvaise action. Les esprits, un instant troublés par l'audace des attaques contre notre armée, se sont heureusement rassérénés. Le peuple français tout entier sait qu'il peut avoir confiance dans ses défenseurs, et les familles, lorsque leurs enfants quittent le foyer pour aller payer l'impôt du sang, les confient joyeusement à la Caserne, comme à une école de dévouement et d'honneur.
La tentative anti-patriotique de M. Descaves a échoué. Il n'a plus, maintenant, devant le flot unanime des réprobations, qu'à courber la tête comme un coupable démasqué.
S'il lui reste au fond du coeur quelque chose de ce qui constitue un Français, il doit faire d'amères réflexions.
Le remords doit hanter vos nuits, M. Descaves. Comme les petits soldats du magnifique tableau de Detaille regardent passer en rêve les grandes ombres glorieuses des aïeux, qui, la face auréolée de gloire, agitent d'illustres drapeaux, vous devez voir, dans vos sommeils troublés de cauchemars, les spectres des héros que vous avez insultés, tendre vers votre front des bras accusateurs!
Par toutes leurs blessures béantes, ils crient vengeance contre vous.
Puissiez-vous, rentrant enfin en vous même, faire amende honorable; et, si vous ne brisez pas votre plume, après en avoir fait une arme empoisonnée, l'employer maintenant à cicatriser les plaies qu'elle a ouvertes.
Quant à vous, sous-officiers, héros modestes, serviteurs obscurs et dévoués de la plus noble des causes, ne vous inquiétez pas des viles attaques dirigées contre vous.
La patrie vous couvre de son palladium.
«Voulez-vous mon avis, mes chers sous-offs? écrivait M. Saint-Genest dans le _Figaro_ du 13 Décembre 1889; ne vous inquiétez pas: cela n'est rien. Secouez dédaigneusement la boue que l'on vous jette, et continuez à porter la tête haute, car tous ceux qui vous attaquent voudraient bien avoir la considération dont vous jouissez.»
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