Part 44
Les _Romanichels_ citent parmi les célébrités de leur corporation, deux _careuses célèbres_, la _Duchesse_ et la _mère Caron_, avant d'exercer ce métier, ces femmes servaient d'éclaireurs à la bande du fameux _Sallambier_, chauffeur du Nord, exécuté à Bruges avec trente de ses complices.
(D) Vol à l'intérieur et à l'étalage des boutiques.
(E) Ainsi que nous l'avons déjà dit: Le _chanteur_ est un voleur qui fait contribuer un individu en le menaçant de mettre le public ou l'autorité dans la confidence de sa turpitude. Si quelquefois de très-braves gens n'étaient pas les victimes des chanteurs, on pourrait sans qu'il en résultât un grand mal, laisser ces derniers exercer paisiblement leur industrie, car ceux qu'il exploitent ne valent guère plus qu'eux; ce sont des ces hommes que les lois du moyen âge, lois impitoyables, il est vrai, condamnaient au dernier supplice de ces hommes dont toutes les actions, toutes les pensées sont un outrage aux lois imprescriptibles de la nature; de ces hommes enfin que l'on est forcé de regarder comme des anomalies, si l'on ne veut pas concevoir une bien triste idée de la pauvre humanité.
Les _chanteurs_ ont à leur disposition de jeunes garçons doués d'une jolie physionomie qui s'en vont tourner autour de tel financier, de tel noble personnage et même de tel magistrat, qui ne se rappelle de ses études classiques, que les odes d'Anacréon à Bathylle et les passages des Bucoliques de Virgile adressés à Alexis, si le _pantre_ mord à l'hameçon, le _Jésus_ le mène dans un lieu propice et lorsque le délit est bien constaté, quelquefois même lorsqu'il a déjà reçu un commencement d'exécution arrive un agent de police d'une taille et d'une corpulence respectable: «Ah! je vous y prends, dit-il; suivez-moi chez le commissaire de police.» Le _Jésus_ pleure, le pécheur supplie: larmes, prières sont inutiles. Le pécheur offre de l'argent, le faux agent de police n'est pas incorruptible, tout s'arrange moyennant finance et il n'est plus question de procès-verbal.
Ce n'est pas toujours de cette manière que procèdent les chanteurs, c'est quelquefois le frère ou le père supposé du jeune homme qui joue le rôle de l'agent de police, cette dernière manière de procéder qui entraîne en cas de malheur une pénalité moins forte, puisqu'au délit principal ne se joint pas celui d'usurpation de fonctions, est même la plus usitée.
Beaucoup de gens bien certains qu'ils avaient à faire à des fripons, ont cependant financé; s'ils s'étaient plaint, les _chanteurs_ il est vrai, auraient été punis, mais la turpitude des plaignants aurait été connue, ils se turent et firent bien.
Une petite maison de l'allée des Veuves, voisine du bal Mabille, est habitée depuis plusieurs années par le nommé S... dit L..., qui exerce depuis très-longtemps à Paris le métier de _chanteur_, sans que jamais la police ait trouvé l'occasion de lui chercher noise, ses confrères, admirateurs enthousiastes de son audace et de son adresse, l'ont surnommé le _Sophano des chanteurs_.
(F) Le mot _charriage_ dans le langage des voleurs est un terme générique qui signifie voler un individu en le mystifiant, les _charrieurs_ sont donc en même temps voleurs et mystificateurs, et presque toujours ils spéculent sur la bonhomie d'un fripon qui n'exerce le métier que par occasion; ils vont habituellement deux de compagnie, l'un se nomme l'_Américain_, et l'autre le _Jardinier_. Le _Jardinier_ aborde le premier individu dont l'extérieur n'annonce pas une très-vaste conception, et il sait trouver le moyen de lier conversation avec lui; tout a coup ils sont abordés par un quidam richement vêtu qui s'exprime difficilement et qui désire être conduit, soit au Jardin du Roi, soit au Palais-Royal, soit à la plaine de Grenelle, pour y voir le _petite foussillement bien choli_, mais toujours à un lieu très-éloigné de l'endroit où on se trouve, il offre en échange de ce léger service une pièce d'or, quelquefois même deux, il s'est adressé au _Jardinier_ et celui-ci dit à la dupe: «Puisque nous sommes ensemble nous partagerons cette bonne aubaine, conduisons cet étranger où il désire aller, cela nous promènera.» On ne gagne pas tous les jours dix ou vingt francs en se promenant, aussi la dupe se garde bien de refuser la proposition, les voilà donc partis tous les trois pour leur destination.
L'étranger est communicatif. Il raconte son histoire à ses compagnons; il n'est que depuis peu de jours à Paris, il était au service d'un riche étranger qui est mort en arrivant en France et qui lui a laissé beaucoup de pièces jaunes qui n'ont pas cours à Paris, et qu'il voudrait bien changer contre des pièces blanches, il donnerait volontiers une des siennes pour trois et même deux de celles qu'il désire.
La dupe trouve l'affaire excellente, il y a cent pour cent à gagner à un pareil marché; il s'entend avec le _Jardinier_ et il est convenu qu'ils duperont l'_Américain_. «Mais dit le _Jardinier_, les pièces d'or ne sont peut-être pas bonnes. Il faut aller les faire estimer.» Ils font comprendre cette nécessité à l'étranger qui leur confie une pièce sans hésiter, et ils vont ensemble chez un changeur qui leur rend quatre pièces de cinq francs en échange d'une de vingt, ils en remettent trois à l'_Américain_ qui paraît parfaitement content, et ils en partagent une; les bons comptes font les bons amis, l'affaire est presque conclue l'_Américain_ étale ses rouleaux d'or, qu'il met successivement dans un petit sac fermé par un cadenas.
--Vous âvre fait estimer mon bièce d'or, dit-il alors, moi fouloir aussi savoir si fotre archent il être pon.
--Rien de plus juste répond le _Jardinier_.
L'_Américain_ ramasse toutes les pièces de cinq francs du _pantre_, et sort accompagné du _Jardinier_, soi-disant pour aller les faire estimer. Il va sans dire qu'il a laissé en garantie le petit sac qui contient ses rouleaux d'or.
Le _pantre_ est tout à fait tranquille; il attend paisiblement dans la salle du marchand de vin, chez lequel il s'est laissé entraîner qu'il plaise à ses deux compagnons de revenir; il attend une demi-heure, puis une heure, puis deux, puis les soupçons commencent à lui venir, il ouvre enfin le sac dans lequel, au lieu de pièces d'or, il ne trouve que des rouleaux de monnaie de billon.
(G) Les _cambriolleurs_ travaillent rarement seuls; lorsqu'ils préméditent un coup, ils s'introduisent trois ou quatre dans une maison, et montent successivement à tous les étages; l'un d'eux frappe aux portes, si personne ne répond c'est bon signe et l'on se dispose à opérer aussitôt, pour se mettre en garde contre toute surprise, pendant que l'un des associés fait sauter la gâche ou jouer le rossignol, un autre va se poster a l'étage supérieur et un troisième à l'étage au-dessous.
Lorsque l'affaire est _donnée_ ou _nourrie_, un des voleurs se charge de _filer_ (suivre) la personne qui doit être volée, dans la crainte qu'un oubli ne la force à revenir au logis, s'il en est ainsi, celui qui est chargé de cette mission, la devance et vient prévenir ses camarades, qui peuvent alors s'évader avant le retour du _mezières_ (du bourgeois).
Si tandis que les _cambriolleurs_ travaillent quelqu'un monte ou descend, et qu'il désire savoir ce que font dans l'escalier ces individus qu'il ne connaît pas, on lui demande un nom en l'air, une blanchisseuse, une sage-femme, une garde-malade. Dans ce cas, le voleur qui interroge ou qui est interrogé, balbutie plutôt qu'il ne parle, il ne regarde pas son interlocuteur et, empressé, de lui livrer passage il se range contre la muraille et tourne le dos à la rampe.
Si les voleurs savent que le portier est vigilant et s'ils présument que le vol consommé ils auront de gros paquets à sortir, l'un d'eux entre et en en tenant un sous le bras, ce paquet comme on le pense bien ne contient que du foin qui est remplacé lorsqu'il s'agit de sortir par les objets volés.
Quelques _cambriolleurs_ se font accompagner dans leurs expéditions, par des femmes portant une hotte ou un panier de blanchisseuse, dans lesquels les objets volés peuvent être facilement déposés, la présence d'une femme sortant d'une maison et surtout d'une maison sans portier avec un semblable attirail, est donc une circonstance qu'il est important de remarquer, si surtout l'on croit voir cette femme pour la première fois.
Il y a aussi les _cambriolleurs à la flan_ (voleurs de chambre au hasard) qui s'introduisent dans une maison sans avoir auparavant jeté leur dévolu; ces improvisateurs ne sont sûrs de rien, ils vont de porte en porte, où il y a, ils prennent: où il n'y a rien le voleur comme le roi perd ses droits. Le métier de _cambriolleur à la flan_, qui n'est exercé que par ceux qui débutent dans la carrière, est très-périlleux et très-peu lucratif.
Les meilleurs moyens à employer pour mettre les _cambriolleurs_ dans l'impossibilité de nuire, est de tenir toujours la clé de son appartement dans un lieu sûr, ne la laissez jamais à votre porte, ne l'accrochez nulle part, ne la prêtez à personne même pour arrêter un saignement de nez; si vous sortez prenez votre clé sur vous; cachez vos objets les plus précieux, cela fait, laissez à vos meubles toutes vos autres clés, vous épargnerez aux voleurs la peine d'une effraction qui ne les arrêterait pas, et à vous le soin de faire réparer le dégât que sans cela ils ne manqueraient pas de faire.
Les plus dangereux _cambriolleurs_ sont sans contredit les _nourrisseurs_; on les nomme ainsi parce qu'ils _nourrissent_ des affaires. _Nourrir_ une affaire c'est l'avoir toujours en perspective en attendant le moment le plus favorable pour l'exécution. Les _nourrisseurs_, qui n'agissent que lorsqu'ils ont la certitude de ne point faire coup fourré, sont ordinairement de vieux routiers qui connaissent plus d'un tour, ils savent se ménager des intelligences dans la place, au besoin même l'un d'eux y vient loger et attend pour commettre le vol qu'il eût acquis dans le quartier qu'il habite, une considération qui ne permette pas aux soupçons de s'arrêter sur lui, ce dernier n'exécute presque jamais, il se borne seulement à fournir aux exécutants tous les indices qui peuvent leur être nécessaire, souvent même il a la précaution de se mettre en évidence lors de l'exécution afin que sa présence puisse en temps opportun servir à établir un alibi incontestable.
Ce sont ordinairement de vieux voleurs qui travaillent de cette manière, le plus célèbre fut un nommé _Godé_, dit _Marquis_, dit _Capdeville_, encore aujourd'hui au bagne de Brest où il subit une condamnation à perpétuité.
Les vols de chambre sont ordinairement commis les dimanches et jours de fêtes.
(H) Les _roulottiers_ appartiennent presque tous aux dernières classes du peuple et leur costume est presque toujours semblable à celui des commissionnaires ou des routiers. Ils _travaillent_ toujours plusieurs ensemble, Lorsqu'ils ont remarqué sur une voiture un objet qui paraît valoir la peine d'être volé, l'un d'eux aborde le conducteur et le retient à la tête de ses chevaux tandis que les autres débâchent la voiture et en font tomber les ballots.
En général les _roulottiers_ procèdent avec une audace vraiment extraordinaire. Il est arrivé plusieurs fois à un _roulottier_ fameux, le nommé _Goupil_, de monter en plein jour et dans le quartier des halles, sur l'impériale d'une diligence et d'en descendre une malle comme si elle lui appartenait.
Pour se mettre à l'abri des entreprises des _roulottiers_, il ne faut attacher les ballots derrière les voitures, ni avec des cordes, ni avec des courroies, mais avec des chaînettes de fer qui ne pourraient être touchées sans qu'une sonnette placée dans l'intérieur de la voiture ne vînt donner l'éveil aux voyageurs.
Que les camionneurs aient un chien sur leur camion, le plus méchant qu'ils pourront trouver sera le meilleur; qu'ils renoncent surtout à la détestable habitude d'aller boire un _canon_ avec le premier individu qu'ils rencontrent.
Que les gardiens de voitures de blanchisseurs ne dorment plus sur leurs paquets de linge sale et l'industrie des _roulottiers_ sera mise aux abois.
Les plus fameux _roulottiers_ étaient autrefois les _France_; les _Mouchotte_, les _Doré_, les _Cadet Herrier_, les _César Vioque_. Ces individus et surtout le dernier, étaient capables de suivre une chaise de poste pendant plusieurs lieues; ces individus ont presque tous achevé leur existence dans les bagnes et dans les prisons. Le dernier s'est corrigé.
(I) Le costume du _bonjourier_ ou _chevalier grimpant_ est propre, élégant même, il est toujours chaussé comme s'il était prêt à partir pour le bal et, un sourire qui ressemble plus à une grimace qu'à tout autre chose est continuellement stéréotypé sur son visage.
Rien n'est plus simple que sa manière de procéder. Il s'introduit dans une maison à l'insu du portier ou en lui demandant une personne qu'il sait devoir y demeurer, cela fait, il monte jusqu'à ce qu'il trouve une porte à laquelle il y ait une clé, il ne cherche pas longtemps, car beaucoup de personnes ont la détestable habitude de ne jamais retirer leur clé de la serrure, le _bonjourier_ frappe d'abord doucement, puis plus fort, puis encore plus fort, si personne n'a répondu, bien certain alors que sa victime est absente ou profondément endormie, il tourne la clé, entre et s'empare de tous les objets à sa convenance, si la personne qu'il vole se réveille pendant qu'il est encore dans l'appartement, il lui demande le premier nom venu et se retire après avoir prié d'agréer ses excuses; le vol est quelquefois déjà consommé lorsque cela arrive.
Il se commet tous les jours à Paris un grand nombre de vols au bonjour; les _bonjouriers_ pour procéder plus facilement puisent leurs éléments dans l'_Almanach du Commerce_; ils peuvent donc au besoin citer un nom connu et autant que possible, ils ne s'introduisent dans la maison où ils veulent voler que lorsque le portier est absent.
Rien ne serait plus facile que de mettre les _bonjouriers_ ainsi que tous les voleurs dans l'impossibilité de nuire; qu'il y ait dans la loge du concierge un cordon correspondant a une sonnette placée dans chaque appartement et qu'il devra tirer lorsqu'un inconnu viendra lui demander un des habitants de la maison. Qu'on ne permette plus aux domestiques de cacher la clé du buffet qui renferme l'argenterie, quelque bien choisie que soit la cachette les voleurs sauront facilement la découvrir; cette mesure est donc une précaution pour ainsi dire inutile; il faut autant que possible garder ses clés sur soi.
Lorsqu'un _bonjourier_ a volé une assiette d'argent ou tout autre pièce plate, il la cache sous son gilet; si ce sont des couverts, des timbales, un huilier, son chapeau couvert d'un mouchoir lui sert à céler le larcin. Ainsi si l'on rencontre dans, un escalier un homme à la tournure embarrassée, tournant le dos, portant sous le bras un chapeau couvert d'un mouchoir, il est permis de présumer que cet homme est un voleur. Il serait donc prudent de le suivre jusque chez le portier et de ne le laisser aller que lorsqu'on aurait acquis la certitude qu'il n'est point ce qu'il paraît être.
(J) Les _ramastiques_ on _ramastiqueurs_, comme beaucoup d'autres fripons, ne doivent leurs succès qu'à la cupidité des dupes.
Ce qui suit est un petit drame qui malgré les avertissements de la _Gazette des Tribunaux_, se joue encore tous les jours dans la capitale, tant il est vrai que rien n'est plus facile que de tromper les hommes lorsque l'on caresse la passion qui les domine tous, la soif de l'or.
La scène se passe sur la place publique. Les acteurs principaux examinent avec soin les allants et les venants. Enfin apparaît sur l'horizon l'individu qu'ils attendent; sa physionomie, son costume, décèlent un quidam aussi crédule qu'intéressé. L'un des observateurs l'aborde et lui adresse quelques-unes de ces questions dont la réponse doit révéler à l'interrogateur l'état des finances de l'interrogé. Si les renseignements obtenus lui paraissent favorables, il fait un signe, alors l'un de ses compagnons prend les devants et laisse tomber de sa poche une boîte ou un petit paquet, de manière cependant à ce que l'étranger ne puisse faire autrement qui de remarquer l'objet; c'est ce qui arrive en effet, et au moment où il se baisse pour le ramasser, sa nouvelle connaissance s'écrie: «Part à deux.» On s'empresse d'ouvrir le paquet à la grande joie du _pantre_. On y trouve ou une bague ou une épingle magnifique, un écrit accompagne l'objet et cet écrit est la Facture d'un marchand joaillier qui reconnaît avoir reçu d'un domestique une somme assez forte pour le prix de ce qu'il envoie à M. le marquis ou à M. le comte un tel. «Nous ne rendrons pas cela, dit le fripon; un marquis, un comte a bien le moyen de perdre quelque chose et nous serions de bien grands niais si nous ne profitions pas de la bonne aubaine que le ciel nous envoie.» La dupe ne pense pas autrement il ne reste donc plus qu'à vendre l'objet, voilà le difficile. Le _ramastique_ fait observer que cela ne serait peut-être pas prudent, on ne se défait pas facilement d'un objet d'un aussi grand prix, comment faire? «Ecoutez dit enfin le fripon, vous me paraissez un honnête garçon et je vais vous donner une marque de confiance dont vous vous montrerez digne je l'espère; je vais laisser l'objet entre vos mains, mais comme j'ai besoin d'argent, vous me ferez l'avance de quelques centaines de francs, mais j'exige que vous me donniez votre adresse.» Le niais qui déjà est déterminé à garder toute la valeur de ce qu'on a trouvé s'empresse d'accepter la proposition, et dans son for intérieur il se moque de la simplicité de son compagnon; il ne cesse de rire à ses dépens que lorsqu'il a fait estimer la trouvaille par un joaillier qui lui apprend que le bijou qu'il possède vaut tout au plus quinze ou vingt francs.
Les _ramastiques_ sont presque tous des juifs. Chacun d'eux est vêtu d'un costume approprié au rôle qu'il doit jouer. Celui qui accoste est presque toujours vêtu comme un ouvrier, le perdant se distingue par la largeur de son pantalon dont une des jambes sert de conducteur à l'objet pour le faire arriver jusqu'à terre. Quelques femmes exercent ce genre d'industrie, mais comme il est facile de le présumer elle ne s'adressent qu'à des personnes de leur sexe.
Sur vingt individus trompés par les _ramastiques_, dix-huit au moins donnent un faux nom et une fausse adresse, s'il est vrai que l'intention doive être punie comme le fait, nous demanderons s'il ne serait pas juste d'infliger aux dupes une punition de nature à leur servir de leçon.
Ne soyez jamais assez sot pour vouloir partager avec un homme qui trouve un objet quelconque surtout si pour cela il faut dénouer les cordons de votre bourse.
(K) Voleurs qui se lient avec une personne pour la tromper ensuite d'une manière quelconque. Tous les membres de la grande famille des trompeurs peuvent donc être nommés ainsi. Le vol du lingot, commis au préjudice du limonadier à moustaches grises (qui n'est autre qu'un personnage dont déjà plusieurs fois nous avons parlé à nos lecteurs. _Ronquetti_, dit le _duc de Modène_), est un échantillon suffisant de la manière dont procèdent les _soulasses_.
(L) Les _Romanichels_, originaires à ce qu'on assure de la Basse-Egypte, forment comme les juifs, une population errante sur toute la surface du globe, population qui a conservé le type qui la distingue mais qui diminue tous les jours et dont bientôt il ne restera plus rien.
Les _Romanichels_ sont donc ces hommes à la physionomie orientale que l'on nomme en France, Bohémiens; en Allemagne, des Egyptiens; en Angleterre, Gypsis; en Espagne et dans toutes les contrées du midi de l'Europe, Gitanos.
Après avoir erré longtemps dans les contrées du nord de l'Europe, une troupe nombreuse de ces hommes, auxquels on donna le nom de _Bohémiens_ sans doute à cause du long séjour qu'ils avaient fait en Bohême, arriva en France en 1427, commandée par un individu auquel ils donnaient le titre de roi et qui avait pour lieutenants des ducs et des comtes. Ces hommes étaient régis par une constitution et des lois particulières, nous citerons seulement une de ces lois qui doit être encore en vigueur, lorsqu'un Bohémien avait commis un crime quelconque (un assassinat par exemple), il portait pendant un an cilice ou chemise de laine, et après il se croyait purifié. Comme ils s'étaient, on ne sait comment procuré un bref du pape qui occupait alors le trône pontifical, bref qui les autorisait à parcourir toute l'Europe et à solliciter la charité des bonnes âmes. Ils furent d'abord assez bien accueillis et on leur assigna pour résidence la chapelle Saint-Denis. Mais bientôt ils abusèrent de l'hospitalité qui leur avait été si généreusement accordée, et, en 1612, un arrêt du parlement de Paris leur enjoignit de sortir du royaume dans un délai fixé, s'ils ne voulaient pas aller passer toute leur vie aux galères.
Les Bohémiens n'obéirent pas à cette injonction, ils ne quittèrent pas la France et continuèrent à prédire l'avenir aux gens crédules, et à voler lorsqu'ils en trouvaient l'occasion. Mais pour échapper aux poursuites qui alors étaient dirigées contre eux, ils furent forcés de se disperser; c'est alors qu'ils prirent le nom de _Romanichels_, nom qui leur est resté et qui est passé dans le jargon des voleurs.
Il n'y a plus en France, au moment où nous sommes arrivés, beaucoup de Bohémiens, cependant on en rencontre encore quelques-uns, principalement dans nos provinces du nord, comme jadis, ils n'ont pas de domicile fixe, ils errent continuellement d'un village à l'autre et les professions qu'ils exercent ostensiblement sont celles de marchands de chevaux, de brocanteurs ou de charlatans. Les _Romanichels_ connaissent beaucoup de simples propres à rendre malades les animaux domestiques, ils savent se procurer les moyens de leur en administrer une certaine dose; ensuite ils viennent offrir leurs services au propriétaire de l'étable dont ils ont empoisonné les habitants et se font payer fort cher les guérisons qu'ils opèrent.
Les _Romanichels_ ont inventé, ou du moins ont exercé avec beaucoup d'habileté, le roi à la care dont nous venons de parler, qu'ils ont nommé _Cariben_.
Lorsque les _Romanichels_ ne volent pas eux-mêmes, ils servent d'éclaireurs aux voleurs. Les chauffeurs qui de l'an IV à l'an VI de la république, infestèrent la Belgique, une partie de la Hollande et la plupart des provinces du nord de la France, avaient des _Romanichels_ dans leurs bandes.
Les _Marquises_ (les _Romanichels_ nomment ainsi leurs femmes) étaient ordinairement chargées d'examiner la position, les alentours et les moyens de défense des _gernafles_ (fermes) ou _pipés_ (châteaux) qui devaient être attaqués, ce qu'elles faisaient en examinant la main d'une jeune fille à laquelle elles ne manquaient pas de prédire un sort brillant et qui souvent devait s'endormir le soir pour ne plus se réveiller.
(M) Les premiers vols à la _vanterne_ furent commis à Paris en 1814, lors de la rentrée en France des prisonniers détenus sur les pontons anglais, ceux de ces prisonniers qui précédemment avaient été envoyés aux îles de Rhé et de Saint-Marcouf, étaient pour la plupart d'anciens voleurs, aussi à leur retour, ils se formèrent en bandes et commirent une multitude de vols. Dans une seule nuit plus de trente vols commis à l'aide d'escalade vinrent effrayer les habitants du faubourg Saint-Germain, mais peu de temps après cette nuit mémorable, l'auteur de ce livre mit entre les mains de l'autorité judiciaire trois bandes de _vanterniers_ fameux; la première composée de trente-deux hommes, la seconde de vingt-huit et la troisième de seize; sur ce nombre total de soixante-seize, soixante-sept furent condamnés à des peines plus ou moins fortes.
Il serait facile de mettre les _vanterniers_ dans l'impossibilité de nuire, il suffirait pour cela à fermer à la tombée de la nuit et même durant les plus grandes chaleurs, toutes les fenêtres pour ne les ouvrir que le matin.