Part 100
Après avoir achevé sa toilette, de Lussan, excellent catholique, comme on sait, se confessa et communia avec une dignité et un recueillement très-remarquables; après avoir rempli tous ses devoirs, il fut gai et plaisant comme toujours; il envisageait la mort sans effroi.
Salvador qui, d'abord, avait voulu faire le frondeur, qui avait repoussé les consolations de la religion, ne put résister aux exhortations du vénérable aumônier des prisons et à l'exemple de son complice, qui parvint à le décider à finir en chrétien, ce qu'il fit en effet.
Ce scélérat se confessa avec une abondance et une sincérité de coeur que l'on dut croire véritables; il fit même l'aveu d'un crime dont les hommes ne lui avaient pas demandé compte, il confessa l'assassinat commis sur la personne du malheureux serviteur de la maison de Pourrières, d'Ambroise, qui, ainsi qu'on se le rappelle, trouva une mort cruelle dans les ravins qui bordent le parc du vieux château, et après avoir reçu l'absolution, il reprit sa gaieté naturelle, et, de ce moment à quatre heures, il causa avec le bon prêtre et son complice, avec une lucidité et une aisance véritablement remarquables.
Le repentir manifesté par ces deux hommes, qui moururent avec un courage calme et sans forfanterie, fut-il sincère ou ne fut-il qu'une dernière comédie jouée par eux pour se divertir aux dépens de ceux qui regrettaient de voir se terminer sur l'échafaud une carrière qui aurait pu être brillante s'ils avaient bien employé les nombreuses facultés dont ils étaient doués? c'est un secret entre Dieu et eux.
A Dieu seul le privilége de lire dans les coeurs.
Epilogue.
Et maintenant, le lecteur va sans doute vouloir que nous lui apprenions ce que devinrent, après les événements que nous venons de rapporter, ceux des personnages de cette histoire, dont nous n'avons pas parlé dans les derniers chapitres qu'il vient de lire. Nous allons donc, avant de prendre congé de lui, satisfaire un désir que nous aurions été bien fâché de ne point entendre manifester.
A quelques portées de fusil de Senlis, bien loin de la grande route, au milieu d'une belle prairie, semée de bouquets d'arbres, il existe un joli petit village, nommé Saint-Léonard; à quelques pas de ce village est un noble et vieux château que ses nouveaux propriétaires viennent de faire réparer, et dans lequel ils ont réuni tout ce qui peut contribuer à faire chérir la vie des champs: des livres, des tableaux, de la musique. Non loin du château, à l'entrée du village de Saint-Léonard, est une jolie maison bourgeoise, dont la façade est ornée de quelques pieds de vigne vierge. Le château est habité par sir Lambton, Laure et son mari, la maison sert de retraite à Edmond de Bourgerel à sa femme, et à Lucie. La bonne madame de Saint-Preuil est morte entre les bras de ses enfants, heureuse de laisser sa chère nièce unie à un homme estimable.
Laure ne pouvait se résoudre à vivre loin de son amie, qui, ainsi qu'on l'a vu, ne s'était réfugiée chez Eugénie, que parce qu'elle avait deviné que sir Lambton ne voudrait pas qu'elle s'aperçût que sa fortune n'était plus ce qu'elle avait été, a voulu que son oncle vendît la propriété de Guermantes, et qu'il vînt se fixer à Saint-Léonard, et comme ses désirs n'ont jamais cessé d'être des ordres, sir Lambton et Servigny se sont empressés de lui obéir.
La plus étroite amitié unit Servigny et Edmond de Bourgerel, doués tous deux du plus noble caractère; Edmond, est de plus, un infatigable joueur de billard, ce qui plaît fort à sir Lambton, qui achève tranquillement sa vie, entouré d'êtres vertueux, et de trois beaux et joyeux enfants, qui bientôt ne lui laisseront pas le temps de regretter la vieille Angleterre.
Deux de ces enfants appartiennent à Laure et à Servigny, le troisième est celui d'Edmond et d'Eugénie. Il y a tout lieu de croire qu'ils ne feront pas mentir le vieux proverbe: _tel père tel fils_, ils paraissent doués des plus aimables qualités du coeur et de l'esprit, qualités qui, grâce à l'excellente éducation qu'ils reçoivent, deviendront avec l'âge des vertus solides...
Le bon abbé Reuzet visite souvent la petite colonie, qui vit heureuse à Saint-Léonard, il amène quelquefois avec lui un jeune avocat de ses parents, qui a déjà conquis une certaine réputation; ce jeune homme n'a pu voir, sans l'aimer, la douce Lucie, et nous croyons bien que cette femme ne le voit pas sans éprouver un certain plaisir. Si jamais il devient l'époux de Lucie, nous sommes certain qu'il lui fera oublier toutes les peines qu'elle a supportées.
La mère de Beppo, après la mort de son fils, est retournée en Provence, elle a emmenée Georgette avec elle; cette bonne femme a revu avec plaisir ses compatriotes, le ciel bleu de la belle Provence, et les grèves sablonneuses de la Méditerranée; nous croyons cependant qu'elle ne vivra pas longtemps; mais les soins affectueux de Georgette qui est devenue une très-honnête fille, et qui épousera probablement un pêcheur qui ne lui demandera pas un compte trop sévère de son passé, adouciront ses derniers instants.
Paolo est encore au service du général comte de Morengy, qui s'est fixé en Savoie, dans une jolie villa, près de la vallée de Chamouny; le général comte de Morengy, n'a fait que passer sous les yeux de nos lecteurs, nous leur dirons peut-être plus tard les raisons qui déterminèrent ce brave militaire à quitter sa patrie, que cependant il aimait autant que nous aimons notre dernière maîtresse.
Mathéo terminera ses jours à l'abbaye de la Meilleraye, frère Eugène (c'est le nom de religion du docteur Mathéo), est de tous les trappistes celui qui s'est imposé les pénitences les plus rudes. Dieu, nous aimons à le croire, daignera laisser tomber un regard de commisération sur ce pauvre pécheur, qui trouvera dans un monde meilleur, le repos qu'il n'a pu rencontrer ici-bas.
Les individus que nous avons souvent rencontrés chez la mère Sans-Refus, Charles la belle Cravate, grand Louis, Cornet tape dur, Robert, Cadet-Vincent, Mimi, Lenain, Dejean la main d'or, petit Crépine, Biscuit, Lasaline, et les autres, ont reçu la punition due à leurs crimes, les uns sont dans les maisons centrales, les autres sont au bagne où ils termineront probablement leur existence. Le grand Louis et Charles la belle Cravate, on le sait déjà, sont du nombre de ces derniers, ces deux misérables ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité.
Cadet Filoux, Coco-Lardouche et Cadet l'Artésien, ces trois vénérables représentants de l'ancienne _pègre_, sont morts en regrettant les us et coutumes du temps passé, c'est dire qu'ils sont morts en état d'impénitence finale. Messire Satan a dû, lorsqu'ils sont arrivés dans sont ténébreux séjour, leur faire une bien magnifique réception.
Fanfan la Grenouille, de voleur devenu agent de police, n'a pas su faire un bon usage des dix mille francs que la mère Sans-Refus lui donna, afin qu'il favorisât son évasion. Après avoir dépensé cette somme en folles orgies, Fanfan la Grenouille se trouva un beau matin sans ressources sur le pavé du roi. Force lui fut alors de reprendre son ancien métier; mais comme il avait pendant une longue oisiveté, à peu près perdu la plupart de ses facultés, il se laissa prendre la main dans le sac, et il alla rejoindre en prison tous ceux qu'il y avait fait entrer, triste retour des choses d'ici-bas!
Vernier les bas bleus, pris ainsi qu'on l'a vu avec Salvador et de Lussan, les a accompagné sur l'échafaud. Ce misérable n'a pas suivi l'exemple de ses complices, il est mort ainsi qu'il avait vécu.
De Préval prit un peu tard la résolution de vivre désormais en honnête homme; il rassembla tous ses capitaux, qu'il convertit en inscription de rentes sur l'Etat, et il se trouva à la tête d'un revenu d'environ cinq mille francs, c'était plus qu'il n'en fallait pour mener bonne et joyeuse vie dans une petite ville de province, et telle était, en effet, l'intention de Préval; mais le diable qui ne veut pas que ses féaux fassent souche d'honnêtes gens, lui réservait un tour de sa façon: de Préval rentrant chez lui à une heure avancée de la nuit, la veille du jour qui devait éclairer son départ de Paris, se trouva par hasard devant un malheureux auquel il avait gagné, à l'écarté, une somme très-considérable; cet individu avait acheté quelques heures auparavant une paire de pistolets, avec lesquels il voulait se faire sauter la cervelle, ils étaient tout chargés, et il se rendait aux Champs-Elysées, afin de se tuer à son aise, lorsqu'il rencontra de Préval; la vue de celui qu'il accusait, non sans raison, de sa ruine, alluma dans son sein une furieuse colère, et comme, lorsque l'on est bien déterminé à se tuer, on ne craint guère les suites d'une action désespérée, il déchargea l'un de ses deux pistolets dans la poitrine du pauvre de Préval.
--Tu ne voleras plus personne, dit-il lorsque le malheureux _grec_ tomba à ses pieds.
A la naissance du jour, deux cadavres furent relevés, l'un rue Monsigny, derrière la salle Ventadour, l'autre aux Champs-Elysées.
--«Nous vous raconterons notre histoire une autre fois, «dirent en même temps Mina et la Lorette, avant de quitter le marquis de Pourrières et ses deux amis. Ces mots, qui terminent le premier chapitre de notre second volume, promettaient à nos lecteurs les histoires de deux jolies femmes. Ces histoires, nous ne les avons pas données, par la raison toute simple qu'après en avoir pris connaissance, nous avons trouvé qu'elles ressemblaient tant à celle de Félicité Beauperthuis, qu'elles auraient fait double emploi avec elle; jeunes filles sages et naïves que la séduction lance sur un chemin qui n'est pas celui de la vertu, voilà le fond; la forme seule diffère. Cependant, comme peut-être quelques-uns de nos lecteurs désirent savoir quel est actuellement le sort de Mina et de la Lorette (nous avons tracé de ces deux femmes un portrait qui, nous le croyons, justifie leur curiosité), nous les instruirons en peu de mots.
Mina est toujours belle; un prince valaque est amoureux d'elle, et comme la courtisane, en ce moment follement éprise d'un mauvais sujet qui la bat et qui la quittera lorsqu'il l'aura ruinée, ne veut pas prêter l'oreille aux tendres discours du noble Slave, il est présumable que, plus tard, elle sera princesse; quant à la Lorette, elle vient de se retirer du monde; elle a épousé un riche négociant de province, auquel elle a fait croire qu'elle était très-vertueuse; elle habite actuellement une petite ville dont tous les habitants vantent la dignité de ses manières et la pureté de ses moeurs.
Nous venons de nommer Félicité Beauperthuis; cette pauvre fille, plus malheureuse que coupable, est morte dernièrement à l'hôpital de la Charité. Son corps fut, suivant l'usage, porté à la salle de dissection; on nous a dit que lorsque le drap qui la couvrait fut levé, un ancien chirurgien-major de régiment, nommé depuis peu de temps chef de l'un des services de l'hôpital de la Charité, se trouva presque mal et qu'il sortit de la salle en se cachant le visage entre ses mains, ce qui fit beaucoup rire messieurs les étudiants qui se trouvaient là.
Ces messieurs, à ce qu'il paraît, retrouvent très-souvent sur les tables de marbre de l'amphithéâtre, les malheureux objets de leurs passagères amours.
Coralie, la danseuse, malgré le vol commis à son préjudice par de Lussan et ses complices, est toujours la plus délicieuse créature qui se puisse imaginer; elle ruine ses adorateurs, c'est vrai, mais elle ne les trompe pas; elle ne promet à personne un amour qu'elle est incapable de donner: «elle vend des sourires, des oeillades et de doux propos,» et c'est peut-être parce qu'elle offre de rendre l'argent à ceux qui ne trouveraient par la marchandise de bonne qualité, qu'elle ne manque jamais d'acheteurs; elle dit, à qui veut l'entendre, qu'elle quittera le théâtre lorsqu'elle possédera cinquante mille livres de rente, et que, si elle n'épouse pas un diplomate, elle se fera dévote et gardienne si vigilante des bonnes moeurs, qu'elle chassera de chez elle celles de ses servantes qui ne sauront pas résister aux doux propos des lovelaces de l'antichambre.
Un affreux singe tient dans le coeur de Maxime la place occupée jadis par l'infortunée Miss; les lions de la loge infernale commencent à trouver les goûts de cette jeune fille un peu trop excentriques, mais Maxime ne s'inquiète pas plus de leurs discours, qu'un poisson d'une pomme; Maxime est si jolie, et il y a toujours à Paris un si grand nombre de riches étrangers.
Le père de Maxime est toujours frotteur; il boit souvent la goutte avec le fils de la fameuse baronne que nous avons rencontrée à Baden-Baden.
Cette dernière, qu'un procureur du roi malappris vient de faire condamner à quelques années de prison, n'en sortira que pour faire de nouvelles dupes; elle dit souvent à ceux qui lui rendent visite, qu'elle aura encore un riche appartement, des domestiques vêtus de splendides livrées, de beaux chevaux, et de magnifiques équipages; nous croyons que la baronne s'abuse étrangement, et que ses beaux jours se sont enfuis pour ne plus revenir; la mère des niais n'est pas morte, vous l'avez dit, madame, et vous ne vous trompez pas; mais il faut laisser à ses nouveaux enfants le temps de devenir grands avant de pouvoir les tromper, et grâce à Dieu vous êtes maintenant beaucoup trop vieille pour attendre.
Le poëte chevelu n'est plus maintenant un poëte incompris; il vient de publier le poëme épique qu'il avait l'intention de dédier au grand-duc de Bade; ce poëme, convenablement chauffé par la grande et la petite presse, a obtenu un succès pyramidal; aussi son auteur a été décoré par tous les souverains de l'Europe et des autres parties du monde; les libraires l'attendent à sa porte pour lui demander la faveur d'éditer un des ouvrages encore ensevelis dans les limbes de son cerveau; il sera de l'Académie avant Béranger, qui ne sera rien, pas même académicien.
Le noble duc et le comte étranger dont il raconta les infortunes conjugales à Roman pendant le court séjour que ce dernier fit à Baden-Baden, sont aujourd'hui ce qu'ils étaient jadis, ce qu'ils seront toujours, maris et contents; mais qu'importe, comme l'a fort bien dit le bon Lafontaine, qu'il faut toujours citer lorsqu'il s'agit des maris malheureux:
Quand on le sait, c'est peu de chose, Quand on l'ignore, ce n'est rien.
Le comte de *** exerce toujours l'honorable métier que vous savez, il sert sous les ordres du noble personnage grâce auquel Edmond de Bourgerel expia par plusieurs mois de captivité le crime énorme d'avoir écrit un mauvais drame; si vous passez près de lui, cher lecteur (nous avons tracé de cet homme un portrait si ressemblant qu'il vous sera facile de le reconnaître), si, disons-nous, vous passez près de lui, rappelez-vous cette chanson de Béranger:
Parlons bas, Ici près j'ai vu judas.
Passe-Partout et son camarade (il ne faut oublier personne) sont toujours de fines et adroites mouches, ils iront loin... s'ils ne sont pas pendus.
Madame Delaunay est à la tête d'un de ces établissements qui n'ont point de nom dans le langage des honnêtes gens.
«Le docteur Delamarre vend aux femmes trompées des conseils qui le conduiront tôt au tard devant la cour d'assises.» Cette prédiction de la danseuse Coralie s'est réalisée, l'infortuné docteur vient d'être condamné à plusieurs années de prison par la cour d'assises de la Seine. L'époux de la jeune Agnès, dont nos lecteurs se rappellent sans doute l'histoire, le père nominal de ses enfants, lui envoie des secours.
Le général de la milice citoyenne, qui faisait de si beaux présents à la danseuse Coralie, forcé de quitter Paris pour se soustraire aux poursuites de ses nombreux créanciers, se réfugia sur les terres de l'Eglise; le nom qu'il porte, célèbre en Italie, lui a valu un accueil favorable, il est maintenant un des meilleurs officiers de l'armée papale; nos lecteurs savent sans doute que les soldats de notre très-saint-père, ne montent plus la garde avec un parapluie.
_Pulchra Laverna_ _Da mihi fallere, da justem sanctum que videri_ _Noctem peccatis et fraudibus objicere nubem._
Nos lecteurs savent déjà que le digne ecclésiastique, qui ne récitait jamais d'autre prière que celle-ci, est actuellement évêque, mais ce qu'ils ne savent pas, ce que nous sommes heureux de pouvoir leur apprendre, c'est que ce saint personnage est un des plus fougueux champions de l'ultramontanisme, et qu'il tonne souvent en chaire contre la corruption et l'esprit irréligieux du siècle; on dit que ses sermons et ses mandements ressemblent aux homélies de l'archevêque de Grenade, mais, ce sont des méchants qui se permettent de semblables discours, et, pour notre part, nous ne voulons pas les croire.
Les méchants disent encore bien d'autres choses; ainsi, par exemple, ils assurent que si les deux honorables qui assistaient au banquet donné chez Lemardelay par Alexis de Pourrières s'occupaient un peu plus de leurs propres affaires et négligeaient tout à fait celles du pays, leurs créanciers seraient contents et que le pays ne s'en trouverait pas plus mal, faut-il les croire? Nous n'en savons vraiment rien.
La graine de niais de l'Anglais et du marchand de bonnets de coton ne trouve plus d'acheteurs, les annonces mirobolantes et les prospectus mirifiques du gérant de commandité ne trompent plus personne.
M. Roulin est devenu un honnête négociant; des choses aussi extraordinaires que celle-là arrivent quelquefois.
Le père des Lézards, l'infortuné Rigobert, trompé par la plupart des nombreux vauriens qu'il avait réchauffés dans son sein, a été obligé de fermer sa boutique; que vont devenir les malheureux reptiles qui trouvaient chez lui les moyens de changer de peau à si peu de frais?
N'oublions pas un avoué qui fit condamner une de ses anciennes maîtresses, coupable seulement de s'être rappelée les leçons qu'il lui avait données jadis, et un avocat qui apprit à un jeune voleur que la toge n'abrite pas toujours des gens irréprochables, le premier est chevalier de la Légion d'honneur, directeur du bureau de charité de son arrondissement, il est éligible, il a des chances pour arriver à la chambre élective; le second, grâce à une faconde inépuisable, est devenu l'un des aigles du barreau moderne; il sera riche un jour et épousera une héritière.
Et le comte palatin du saint-empire romain, et son inséparable ami? le premier a quitté Paris pour éviter d'être mené où l'on vient d'envoyer le second, c'est-à-dire dans une des villes maritimes du midi de la France; on dit même que des rets sont tendus à toutes les entrées de notre bonne ville pour le prendre comme dans un traquenard, s'il tentait d'y revenir.
Les biens de la maison de Pourrières, auxquels Salvador a fait une brèche considérable, ont été remis au fils du malheureux Alexis, mais il est probable que cet infortuné jeune homme n'en jouira pas longtemps; les malheurs et les privations de toute espèce qui ont assailli ses jeunes années ont ruiné sa santé; il ne s'abuse pas sur son sort, il a déjà fait son testament, dans lequel la femme Moulin (qui a réparé, autant du moins qu'elle l'a pu, le mal qu'elle lui avait fait) les deux filles de M. de Riberpré, Malaga et Brigantine et les membres de la famille Louiset n'ont pas été oubliés.
Fortuné a joint à son testament un codicille qui commence ainsi:
«Une femme estimable a porté pendant quelque temps le nom honorable qui bientôt va s'éteindre avec moi, n'ayant pas d'héritiers du sang, et pouvant, sans faire de tort à personne, sans blesser aucuns droits acquis, disposer comme je l'entends de la fortune qui m'est échue en partage, j'institue pour ma légataire unique, universelle, à la charge par elle d'acquitter les legs particuliers énoncés en mon testament: la dame Lucie, née de Casteval, veuve en premières noces de M. le général comte de Neuville, etc., etc.
»En réparant autant que je puis le faire une injustice du sort envers une femme aussi estimable que l'est la veuve du général comte de Neuville, je crois faire une action agréable à la fois et aux hommes et à Dieu.»
Et maintenant, cher lecteur, que nous sommes arrivé au bout d'une assez longue carrière, nous vous rappellerons ce que nous vous avons dit au deuxième volume de cet ouvrage que, lorsque nous nous sommes déterminé à l'écrire, nous voulions prouver ceci: «Que les fautes les plus légères ont presque toujours des suites déplorables, qu'il n'y a point de crime, quelque bien combiné qu'il soit, quelque épais que soient les voiles dont il s'enveloppe, qui échappe à la punition qui lui est due, que souvent les crimes sont punis l'un par l'autre, que les conséquences de toutes les liaisons qui ne sont pas fondées sur la vertu, sont toujours déplorables, qu'il n'est pas de chutes dont on ne puisse se relever, lorsque l'on a du courage...»
Si par l'accueil qu'il fera à notre ouvrage le lecteur nous prouve que, par le récit des aventures de Félicité Beauperthuis, d'Elisabeth Neveux, de Salvador et Roman, de Silvia et de Servigny, nous avons atteint le but que nous nous étions proposé, nous nous tiendrons satisfait, car nous aurons alors la conviction d'avoir écrit un livre utile. Quoi qu'il en soit, comme la tâche que nous nous étions imposée était peut-être au-dessus de nos forces, nous terminons par la formule qui clôt toutes les comédies de l'immortel Calderon.
Excusez les fautes de l'auteur.
* * * * *
NOTES:
[1] Maison.
[2] Entrer.
[3] Nom générique de tous les instruments dont se servent les voleurs.
[4] Corde.
[5] Redingote.
[6] J'ai une lanterne sourde, des allumettes et des fausses clés dans les poches de ma redingote.
[7] Froid.
[8] Du courage.
[9] Le vol.
[10] Matin.
[11] Acheter des habits au Temple.
[12] Je me donnerai.
[13] Neuve.
[14] Soierie.
[15] A cheval.
[16] Des cadenas aux fenêtres.
[17] D'entrer.
[18] Porte.
[19] Ouvrir.
[20] Prêtons l'oreille.
[21] Rien.
[22] Donne la chandelle.
[23] La maison est riche.
[24] Beaucoup à prendre.
[25] Pris sur le fait.
[26] Cachons-nous.
[27] Des couteaux.
[28] Hommes.
[29] Cacher.
[30] Lit.
[31] Les tuer.
[32] Des hommes comme il faut.
[33] Langue.
[34] Revient.
[35] Orfévre.
[36] Nous.
[37] Donné sa part.
[38] Oui.
[39] Dix mille francs en billets de banque.
[40] Les billets n'ont pas de nom.
[41] Voyons cette marchandise.
[42] Entends-tu.
[43] Comme ils parlent argot.
[44] Des voleurs.
[45] Des voleurs.
[46] Du grand genre.
[47] Vol.
[48] Regarde.
[49] Boucles d'oreilles.
[50] Bagues.
[51] Epingles.
[52] Chaînes.
[53] Diamants sur papier.
[54] Francs.
[55] Les fausses clés ouvraient bien.
[56] La marchandise.
[57] La cachette.
[58] Nous vendrons plus tard au recéleur.
[59] Qu'ils partent.
[60] A la cachette de ces riches.
[61] Liard.
[62] Le diable.
[63] La marchandise de l'orfévre qu'ils ont volé.
[64] J'en perds la tête.
[65] Fouiller.
[66] Marchandise
[67] Rien.
[68] Camarade.
[69] Mettre le feu dans la maison.
[70] Voleurs.
[71] Voleurs.
[72] Bons voleurs.
[73] Richards.
[74] Voler.
[75] Mouchards.
[76] Bêtise.
[77] Mouchards.
[78] Bisque.
[79] Les regarder.
[80] Caché.
[81] Marchandise.
[82] Si riche.
[83] Aux galères.
[84] C'est être fou.
[85] Des vols de cinquante mille francs à vendre au recéleur.
[86] Un vol.
[87] Te manger le coeur.
[88] Paris.
[89] Plus peur du froid.
[90] Culotte.
[91] Redingote.
[92] Epaules.
[93] Voleurs d'objets de peu d'importance, de mouchoirs, etc.
[94] Connaître et favoriser les ruses des voleurs.
[95] La police.
[96] Le voleur qui a déjà subi quelques condamnations.
[97] Bienvenue.
[98] Vol.
[99] Taisez-vous, ou faites silence.
[100] Ecoutez.
[101] Minuit sonne à la ville, l'instant du départ.
[102] Voleurs de poches.
[103] Fouillerez dans les poches.
[104] Entrée.
[105] Sortie.
[106] Sans crainte vous mêler dans la foule.
[107] Agents de police.