Les voyous au théâtre (Histoire de deux pièces)

Part 5

Chapter 52,660 wordsPublic domain

. . . . . . . . . . . Je n'ai pas besoin de faire remarquer que ce scénario ultra-réaliste rappelle par plus d'un point les sujets traités par les grands tragiques. La qualité des personnages, le milieu dans lequel ils s'agitent, la langue qu'ils parlent distinguent certainement les héros d'Eschyle, de Sophocle ou de Corneille, des individualités mises en scène par M. Méténier. Mais au fond nous retrouvons chez eux la férocité, le courage indomptable, le respect de la foi jurée, l'amitié dévouée jusqu'à la mort, le point d'honneur dont s'honorent et se parent les protagonistes des drames classiques. Je n'insiste pas sur ces rapprochements.

Le charme de _La Casserole_ est tout entier dans la vérité de la mise en scène. Poussant jusqu'à l'exagération le scrupule artistique, la direction du Théâtre Libre avait engagé, à la représentation, d'authentiques rôdeurs de barrières, des _poivrots_ sortis la veille de Sainte-Anne, des _grinches_ momentanément sans ouvrage, et des apprentis _escarpes_. De ces bêtes humaines suant l'alcool dans des loques pittoresques, fournies certainement par un recéleur, s'exhalait une odeur très nauséabonde, que humaient à pleines narines detrès belles dames, en quête d'impressions vives. Mais ces spectatrices ont dû se contenter de ces satisfactions olfactiques, simple relent de crasse et de boue. Le dialogue ne dépasse pas, s'il l'atteint, les audaces de quelques romans modernes.

(_Le Gaulois_)

Et le spectacle s'est terminé par _La Casserole_, le clou de cette représentation unique.

. . . . . . . . . . . Notre confrère Hector Pessard nous a affirmé que cette pièce était jouée par des repris de justice.

En ce cas, le Théâtre Libre ne serait pas seulement une chose malpropre; il deviendrait encore une chose dangereuse.

(_L'Éclair_)

C'est un grand tort de formuler un jugement au sortir immédiat d'une représentation. Je viens de reconnaître l'absolue justesse de cette vérité à propos de cette fameuse _Casserole_ de M. Oscar Méténier, dont on a tant parlé ces jours derniers.

Si j'avais été obligé de donner mon avis sur ce drame des bouges aussitôt après la répétition générale, il est certain que j'aurais blâmé l'auteur; et voilà qu'après vingt-quatre heures de répit, je ne trouve plus que des éloges à lui adresser.

D'où vient ce revirement d'idées? Tout simplement de ce que, pendant ce court laps de temps, le drame poignant, sincère, qu'il y a dans l'œuvre, s'est dégagé des piments qui l'assaisonnent et qu'il m'est apparu dans le calme, tandis que, abasourdi, je l'avoue, au sortir de la répétition, par un dialogue auquel on m'excusera d'avoir mis quelques heures à m'habituer, je n'avais saisi que confusément les diverses péripéties par lesquelles l'action se déroule.

Ce n'est pas un joli monde assurément que celui où s'agitent le Merlan, le père Chabot, la Terreur de la Maube, la Grande Carcasse, Lisa, la Rouquine. Mais ce monde-là existe, il vit près de nous, avec ses douleurs aiguës et ses joies brutales, ses vices dégradants et ses vertus relatives. Oui, ses vertus! Cela peut paraître surprenant que le Merlan et la Grande Carcasse aient un code de l'honneur comme tout le monde. Cela est cependant, et voilà pourquoi le drame est passionnant et sincère; voilà pourquoi, lorsque la Grande Carcasse se révolte à l'idée qu'on peut la prendre pour une voleuse, elle s'écrie avec la plus grande sincérité, la plus absolue bonne foi:

--Putain, oui! putain tant qu'on voudra; mais grinche, jamais!

Voilà pourquoi encore le Merlan accomplit ce qu'il appelle un acte de haute justice lorsqu'il plante son couteau dans le dos de la fille qu'il accuse d'avoir, par ses révélations à la police, envoyé à la «Nouvelle» son ancien amant, le Marin, accusé et convaincu de crime.

. . . . . . . . . . . Et c'est pour cela que nous applaudissons ferme à la tentative désormais victorieuse de M. Antoine et de ses camarades. C'est parce qu'ils ont montré au public un idéal tout autre que celui si conventionnel de l'ancien théâtre, un idéal de vérité et d'exactitude.

(_La Jeune République_)

PRESSE BELGE

La conférence de M. Méténier a été des plus intéressantes, et il n'a pas eu de peine à se rallier les sympathies de son auditoire.

C'est un je m'enfichiste narquois, un philosophe sincère. Il a occupé pendant plusieurs années les fonctions de secrétaire de commissaire de police dans les différents quartiers de Paris, ce qui lui a permis de voir la vie de très près et d'arriver à cette conclusion: La vertu est un mythe.

. . . . . . . . . . . Cette conférence a obtenu le plus vif succès, et l'auteur dramatique n'a pas eu moins de bravos que n'en avait obtenu le conférencier.

. . . . . . . . . . . _La Casserole_--ce qui veut dire, en argot, une femme qui moucharde pour la police--nous montre des souteneurs s'occupant de leurs petites affaires dans un cabaret borgne. La Grande Carcasse, c'est ainsi qu'on nomme la Casserole, a jadis dénoncé un ami du Merlan à la police.

Résultat: Dix ans de travaux forcés.

Le Merlan, qui aimait tendrement son ami, a juré de se venger de la Carcasse. Le hasard la lui fait rencontrer au cabaret en compagnie du père Chabot. Celui-ci a été volé dans le bouge, et la Carcasse, qui est bonne fille, réclame l'argent du vieux; sinon, elle dénoncera les assistants à la police. Le Merlan, qui brûle du désir d'aller retrouver son ami à la Nouvelle, plonge un couteau dans la poitrine de la Carcasse et se fait arrêter.

La pièce est curieuse, intéressante et parfois émouvante, et ces scènes de mœurs bizarres ont vivement intéressé le public, qui a rappelé à grands cris tous les artistes et l'auteur.

(_La Chronique_)

Entre le vaudeville et le drame l'auteur de _La Chair_ et de _Monsieur Betsy_ nous a fait une conférence sur _les voyous dans la littérature_.

Un bruyant succès que cette conférence-causerie dans laquelle M. Oscar Méténier a parlé surtout de ses livres, de son théâtre, mettant de la crânerie et peut-être un peu trop de coquetterie à exposer la synthèse de _La Casserole_, à dire comment il fut amené à étudier les types populaires qui sont les héros de sa littérature.

. . . . . . . . . . . Après cette causerie on a écouté religieusement la pièce. Et l'on a été empoigné, serré à la gorge par une émotion douloureuse devant le dénouement éclaboussé de sang de ce tableau de mœurs violent où vibre de la passion.

(_L'Indépendance Belge_)

. . . . . . . . . . . Quant à la conférence de M. Méténier, c'est un petit chef-d'œuvre d'impertinence délurée et elle a été acclamée.

. . . . . . . . . . . Méténier, tel qu'il nous est apparu hier, est un petit homme vif, à l'œil très noir, au sang très chaud, le petit tapin de la vérité dans l'art. Avec un sourire entre cuir et chair d'une insolence charmante, il est venu expliquer son âme au public en affirmant que son âme lui plaisait beaucoup, à lui Méténier, telle quelle; qu'on pouvait la discuter si l'on voulait, mais que pour lui il s'en souciait comme de ça. Au demeurant, cette âme est simple, droite et aimable à voir. Elle est éprise de sincérité, elle hait les hypocrites fadaises dont nous sommes tant écœurés et elle se laisse aller avec une facilité naïvement crâne aux indignations qui servent le faible et le déshérité contre le fort et le privilégié.

. . . . . . . . . . . Où M. Méténier est vraiment supérieur et séduisant, c'est dans les tableaux voyous. M. Méténier aime le peuple parce qu'il le trouve plus sincère, meilleur, moins canaille que les autres classes; et l'affection qu'il lui porte ne recule pas devant ses vices et ses lèpres. Au contraire, M. Méténier, s'attarde plus volontiers encore au spectacle de la populace, de cette populace de souteneurs et de filles méprisables, irresponsables et si pittoresques qui nous a donné déjà les modèles de tant d'œuvres saisissantes.

. . . . . . . . . . . C'est tout cela qu'il nous a expliqué, sur un ton combatif et vite, et vite, comme un homme qui décharge son cœur et qui est bien aise de le décharger.

Son succès a été considérable et de pleine sympathie.

Et le succès de _La Casserole_ aussi.

. . . . . . . . . . . La pièce est d'un très vif intérêt de détails, et la langue, pour un peu moins montée en couleur qu'elle n'était dans la nouvelle, n'en est pas moins encore fort curieuse et d'une sincérité absolue. M. Méténier n'a pas voulu atténuer la violence de son récit, et ce ne sont pas des audaces qu'il en a fait disparaître; il a seulement, et pour la clarté, remplacé quelques mots d'argot trop incompris par quelques vocables de langue courante.

. . . . . . . . . . . Voici que M. Alhaiza annonce trois représentations nouvelles de _La Casserole_. C'est une pièce à voir. Il y a du reste, au fond de toutes les œuvres de cette école-là, une grande idée de pitié sociale, pareille à celle qui guidait l'auteur de la _Puissance des Ténèbres_, et qu'on ne saurait trop aider à faire son chemin.

(_La Réforme_)

. . . . . . . . . . . _La Casserole_ a été jouée au Molière par les artistes de M. Alhaiza au milieu d'une grande affluence de monde.

. . . . . . . . . . . Nous ne conseillons pas aux dames le spectacle actuel du Molière, mais tous les hommes un peu curieux de suivre l'évolution que M. Méténier (et avec lui quelques auteurs parisiens) veut faire subir à l'art dramatique, iront voir et entendre l'épisode mis en scène avec un rare talent par cet écrivain fécond, et, il faut le dire, admirablement doué au point de vue de la concision du dialogue et de la façon d'exposer une situation.

(_L'Éveil._)

J'engage tous les lecteurs de _L'Artisan_ à se rendre au Molière pour y applaudir _La Casserole_, le drame naturaliste d'Oscar Méténier. On ne peut s'imaginer l'exactitude des scènes composant cette _Casserole_, surtout pour les personnes ayant suivi de près les usages des quartiers... nobles (lisez: Belleville, la Roquette, etc.) de Paris.

M. Méténier peut se vanter d'avoir remporté un grand et légitime succès.

(_L'Artisan_)

L'affiche rouge de la _Matinée_ d'hier, au Molière, n'avait guère effrayé le public, car la salle était pleine, et il y avait nombre de dames--plus de dames même, m'a-t-il semblé, qu'aux spectacles ordinaires. La curiosité des choses défendues ne s'est pas affaiblie chez le sexe aimable depuis notre mère Eve. Il est vrai que cette matinée comportait une attraction particulière: une conférence de M. Oscar Méténier, un des plus marquants écrivains de l'heure actuelle, l'auteur, notamment, d'_En Famille_, joué naguère sur cette même scène du Molière, et de _Monsieur Betsy_.

Dans une causerie aimable et spirituelle, après avoir remercié le public belge de l'accueil qu'il a fait à ses œuvres, et après avoir payé un tribut de reconnaissance à notre compatriote, l'excellent artiste José Dupuis, dont le talent a été d'un si précieux concours à _M. Betsy_, M. Oscar Méténier nous a dit comment il avait été amené à connaître, étudier, et... presque aimer, ce monde des bas-fonds parisiens, dont il trouve les vices moins odieux, en somme, que les vices--cachés--des classes plus élevées, qu'il a été également à même de découvrir,--thèse qu'il a appuyée de faits piquants.

. . . . . . . . . . . M. Oscar Méténier a hautement revendiqué pour l'écrivain, l'auteur dramatique, et pour lui et le Théâtre Libre en particulier, le droit absolu de peindre, de représenter ce qu'il veut, ce qu'il voit. La jolie vaillantise de M. Oscar Méténier a été très applaudie, même de ceux qui ne partageaient pas ses idées, ou toutes ses idées. Et l'on peut dire que M. Oscar Méténier, s'il n'a pas, peut-être, fait triompher sur toute la ligne la cause du Théâtre libre à Bruxelles, lui a, tout au moins, par sa parole ardente et convaincue, acquis l'intérêt de ses auditeurs.

Après la conférence de M. Méténier nous avons eu _La Casserole_, une de ses premières œuvres, un tableau absolument naturaliste et très pittoresque de la société louche des bas-fonds excentriques de Paris. Sans valoir _En Famille_, un autre tableau du même monde, _La Casserole_ est une œuvre intéressante en sa vérité étrange. Elle a été très bien enlevée par ses interprètes du Molière........

(_Le Soir_)

. . . . . . . . . . . Quant à _La Casserole_ de M. Oscar Méténier, l'auteur de _M. Betsy_ et de _En Famille_, interdite par la censure, nous la classons de suite parmi les œuvres destinées à se perpétuer.

. . . . . . . . . . . Ce petit acte est plein de vie et fournit une étude très serrée des mœurs interlopes des quartiers mal famés de Paris.

. . . . . . . . . . . L'auteur a été rappelé après la chute du rideau et on l'a fêté comme il le méritait.

Le Molière est entré dans une bonne voie; aussi espérons-nous que son dévoué directeur voudra bien continuer cette série intéressante d'art jeune et libre.

(_L'Impartial bruxellois_)

M. Oscar Méténier, l'écrivain réaliste bien connu, qui a jeté un si grand jour sur les bas-fonds de la société parisienne et qui a dépeint avec un talent incontestable, dans ses romans et ses nouvelles, les mœurs des voyous, des souteneurs et des filles, est venu donner jeudi, à la première matinée libre, une conférence des plus intéressantes.

Trois quarts d'heure durant il a parlé avec une simplicité charmante et un esprit bien français sur: _les Voyous dans la littérature_. Il a défendu crânement ses convictions littéraires, a cinglé, avec une ironie fine et mordante, l'hypocrite indignation du monde bourgeois qui s'élève contre la hardiesse de certaines expressions et l'exposition des scènes prises sur le vif.

. . . . . . . . . . . Cette conférence, que le public a fort goûtée et vigoureusement applaudie, était suivie de _La Casserole_, drame en un acte de M. Méténier lui-même.

Cette dernière pièce, d'un réalisme saisissant et d'une grande puissance dramatique, dévoile un coin tragique de la vie du souteneur, en même temps qu'elle est une étude de l'argot moderne.

(_Le Peuple_)

. . . . . . . . . . . Oscar Méténier a fait au public bruxellois sa simple profession de foi avec une remarquable franchise d'allures. Il a développé, en l'appliquant au théâtre, la thèse invoquée par les romanciers d'aujourd'hui qui n'admettent point l'art sans la vérité et qui affirment que l'art est une manifestation de la vérité. En une causerie concise, gauloise, marquée tout du long au sceau de l'esprit gaulois, avec une note gouailleuse personnelle à l'orateur, celui-ci a fait le procès--peu solennel!--du théâtre ohnettique et feuillettatoire; il a prouvé que sa _Casserole_, dans sa forte nudité, était moins immorale que les quatre actes du _Maître de Forges_.

. . . . . . . . . . . Enfin, le conférencier a plaidé la cause de l'indépendance personnelle dans l'art, l'indépendance sans limites et sans chaînes, et résumé son opinion dans une phrase aussi catégorique que profonde:--«J'ai fait _La Casserole_, comme j'ai fait _En Famille, parce que ça m'a plu_; s'il est des imbéciles qui sur mon passage poussent des cris de terreur et des hurlements d'indignation, je souris et je passe outre. Somme toute, je n'impose mes pièces à personne; les voit jouer qui veut et je ne sache pas que j'aie pour principe d'avoir trompé quiconque sur la marchandise!...»

Ponctuée dans ses passages saillants par les applaudissements significatifs du public, cette profession de foi a valu à Oscar Méténier un succès qui frisait le triomphe. Ce triomphe s'est retrouvé au reste pendant la représentation de _La Casserole_, le corollaire de la conférence donnée par l'auteur.

Cet acte d'une vérité puissante, brutalement conçu sur un tableau vécu, sans trame, sans intrigues, sans entrées ni sorties scéniques puant la banalité des vieux refrains admis, a empoigné vigoureusement le public. Une scène de mœurs, âpre, sinistre par son milieu, sinistre par son action d'une simplicité cruelle. Avec son éclectisme d'homme de théâtre, Méténier n'en a pas moins su, tout en respectant les formules nouvelles, choisir ses effets scéniques,--et l'on est resté stupéfait, haletant, devant ce tableau vivant, génialement exact!...

. . . . . . . . . . . Faut-il dire qu'artistes et auteur ont été ovationnés triomphalement? Et faut-il dire aussi que le théâtre libre, le théâtre vrai, le théâtre de l'avenir a fait une glorieuse étape de plus? A M. Méténier et à la vaillante troupe du théâtre Molière la gloire d'avoir remporté cette victoire nouvelle!

(_La Lutte_, de Namur)

M. Méténier, l'auteur de _la Casserole_, a fait sa conférence, nourrie d'idées et de souvenirs personnels, sur «les voyous dans la littérature».

M. Méténier, avant de s'adonner entièrement à la littérature, a été secrétaire de différents commissariats de police de Paris, notamment dans les quartiers excentriques de Belleville, Grenelle et la Roquette.

Il y a appris à connaître le peuple et à l'aimer; à l'aimer malgré ses vices, car le peuple est franc et sincère dans ses vices, alors que le grand monde, sous le couvert de ce qu'il est convenu d'appeler la morale, ajoute à ces mêmes vices l'hypocrisie.

Le conférencier a expliqué ainsi la prédilection qu'on retrouve dans ses livres pour une certaine classe de la population.

M. Méténier a été vigoureusement applaudi.

_La Casserole_, qu'on jouait ensuite, est une pièce en un acte; les situations sont très osées, la scène se passe dans un monde d'escarpes et de filles perdues, les mots sont quelquefois très raides, mais tout est justifié: cette pièce, au fond, est d'une moralité âpre et austère.

L'interprétation en a été très convenable; Mlle Leinde s'y est surtout fait remarquer dans le rôle de Carcasse.

(_Nouvelles du Jour_).