Les voyous au théâtre (Histoire de deux pièces)
Part 4
Et qu'on ne dise pas que je prends pour exemples des cas isolés, que je ne cite qu'une variété de types populaires, la plus basse. Pas du tout! Dans le peuple, c'est partout la même inconscience, à des degrés différents. L'ouvrier qui travaille régulièrement préfère le concubinage au mariage, lequel n'est qu'une source d'embarras «dans le cas où on ne se conviendrait pas», en même temps qu'une occasion de dépense; il ne craint pas de boire un verre avec l'amant de sa fille, qu'il appelle son gendre; il le reçoit chez lui.
La seule honnêteté reconnue, c'est l'honnêteté naturelle, celle qui consiste à ne pas voler, à ne pas prendre le bien d'autrui.
Ceux ou celles qui tournent mal, sont, à mon sens, comme je le disais tout à l'heure, infiniment moins coupables que les criminels du grand monde, car ils n'ont eu pour les retenir ni l'exemple, ni l'excuse d'une vie aisée.
Aussi, je ne sais pas jusqu'à quel point il nous est permis, à nous, de jeter la pierre à des malheureux parce qu'ils se plaignent de l'injustice suprême qui condamne les uns à avoir faim tous les jours, alors que les riches, les braiseux de naissance, peuvent vivre sans être forcés de truquer.
Ces gonc's là, c'en a t'i de la chance,
a dit le chansonnier populaire Bruant, leur plus admirable interprète;
Ça mange et ça boit tous les jours!
Je ne me sens pas la force d'en vouloir à ces pauvres parias d'une société marâtre, parce qu'ils restent, voués de par leur origine et leur éducation, à une existence que les moralistes qualifient d'inavouable!
De quel droit, inavouable? Donnez-leur le moyen de vivre autrement.
Je les plaignais; depuis que je les ai vus, que j'ai vécu au milieu d'eux, je les excuse et je n'éprouve plus pour eux qu'une immense pitié... Je les aime même!
Il est de par le monde pas mal de bourgeois qui feraient pire, s'ils étaient à leur place.
Eux, la société les traite en ennemis; ils lui rendent la pareille, et à l'heure où ils commettent un crime, ils croient se défendre... simplement, et ils sont sincères.
* * * * *
Vous jugez, mesdames et messieurs, quelle abondante récolte de notes, de documents, d'observations, j'ai pu faire, d'autant plus que, intéressé au suprême degré par ces mœurs qui n'ont jamais été vues de si près je ne me contentais pas des occasions que me fournissaient mes fonctions.
Après avoir vu tout ce qu'il m'était possible de voir en tant que secrétaire, après avoir assisté à toutes les expéditions qui sont du ressort de la police et qui sont toujours si pleines d'imprévu et de pittoresque, arrestations, rafles, constatations d'adultères, réveil des condamnés à mort dans leurs cellules, après avoir constaté toutes les variétés de crimes, depuis le meurtre passionnel jusqu'à l'assassinat, toutes les variétés de suicides, dans les conditions et les circonstances les plus invraisemblables, j'ai voulu vivre par moi-même de la vie de ces êtres si curieux et si intéressants.
J'ai fréquenté pour mon plaisir et mon instruction personnelle tous les lieux où l'on coudoie le peuple, depuis l'assommoir bien fréquenté où l'ouvrier godailleur vient boire sa paie le samedi, jusqu'à l'arrière-salle enfumée et à double issue des mastroquets louches où les escarpes se partagent leur butin, à l'abri de tout regard indiscret.
Partout, je rencontrais des figures de connaissance et jamais, je dois le dire, je n'ai été l'objet même d'une menace. On savait que j'étais là, non par métier, mais par plaisir. Loin de se défier de moi, on profitait de ma présence pour me consulter, me demander conseil.
--Ah! si toutes les rousses vous ressemblaient, on serait bien plus heureux! soupirait un jour un de mes anciens clients.
--Dites donc, me dit une autre fois une grande femme dont une lie de vin coupait la figure en deux, vous savez, il va bien!
--Qui donc?
--Vous savez bien... mon amant, le petit Midy, qui est à la Nouvelle... Il se conduit parfaitement... Je lui envoie des timbres... il n'a pas le droit de recevoir de l'argent... Comment qu'il faudrait faire pour aller le retrouver là-bas? A qui dois-je m'adresser? Au besoin, je paierais la moitié du voyage... Vous seriez bien gentil de me faire la lettre!
Et j'écrivis la lettre, sur un coin de table graisseux.
Il s'agissait de Midy, l'un des assassins de Mme Ballerich.
J'ai beaucoup connu Gamahut, qui était un garçon fort doux, infiniment moins coupable que ses complices. Il était d'une force herculéenne et faisait les poids au Château-Rouge. Il était parti pour voler et il n'a tué que dans un moment d'affolement, parce qu'il avait été surpris.
Je l'ai vu mourir; il s'est montré très brave.
* * * * *
La plupart de mes livres ou de mes nouvelles ont pour point de départ ou pour sujet des histoires où j'ai été mêlé.
Il devait donc me venir la tentation de mettre à la scène quelques épisodes de la vie des voyous. J'avais traité en comédie un sujet gai dans _En Famille_; je voulus lui donner un pendant en composant un drame, et j'écrivis _La Casserole_.
Je m'appliquai à faire entrer dans le cadre étroit d'un acte toutes les variétés d'habitués de bouges, en grossissant un peu plus leurs façons d'être, afin de les rendre plus sensibles dans cette action qui ne devait durer qu'une demi-heure.
Je restituai une aventure dont j'avais conduit l'enquête:--Un souteneur tuant une femme qui avait dénoncé à la police son ami à lui... son ami--comment dirai-je pour être convenable?--son ami de cœur si vous voulez, et l'avait fait condamner aux travaux forcés.
De là le titre _La Casserole_, qui signifie en argot: mouchard, ou dénonciateur.
J'avais groupé autour de la figure centrale d'autres figures secondaires, mais personnifiant toutes les vertus et les vices de ce monde-là à leur plus haut degré.
Ainsi la femme soumise jusqu'à la mort à son amant qui la frappe et abuse d'elle, mais jalouse férocement.
La fille qui met plus haut que son honneur... le point d'honneur.
Le marlou formidable à côté du petit barbizet sans expérience qui ne demande qu'à se dessaler.
La vieille truqueuse alcoolique depuis trente ans en carte.
Le vieil ivrogne qui s'égare dans un bouge un jour de rigolade.
Enfin l'artiste habituel des tapis-francs, l'hercule qui y fait des poids à demeure et qui vit de la maigre recette qu'il y récolte.
Je croyais enfin avoir synthétisé complètement en aussi peu de scènes que possible un coin de la vie réelle des escarpes.
La chose avait été bien lancée; la curiosité était vivement excitée. C'était le dernier spectacle que donnait le Théâtre Libre en mai 1889, pendant l'Exposition.
Antoine avait bien fait les choses. L'interprétation et la mise en scène étaient admirables.
Un de mes amis les plus dévoués, M. Léo Will, un des hommes les plus forts de Paris et qui casse à volonté des pièces de deux sous avec ses dents, s'était fait acteur pour la circonstance et il avait accepté le rôle de l'hercule des bouges.
Il a bien voulu venir à Bruxelles reprendre son rôle et vous le verrez tout à l'heure jongler avec des poids dont il vous sera loisible de vérifier après le spectacle l'authenticité. Du reste, vous serez fixés quand vous l'aurez vu opérer.
Enfin, nous avions poussé la conscience jusqu'à recruter nos figurants parmi les professionnels. Pas un qui eût moins de huit condamnations. Tous nature. Le dessus du panier du Tout-Grenelle! Jamais mise en scène ne fut plus amusante à établir.
Antoine, par un post-scriptum à son programme, avait prévenu les personnes pudiques qu'elles feraient bien de se retirer après la première pièce.
_La Casserole_ fut donnée à minuit et demi devant une salle tellement bondée qu'on avait dû laisser ouvertes les portes des ouvreuses et qu'il y avait des spectateurs se haussant sur la pointe des pieds jusque dans les couloirs.
Les places faisaient prime et une épingle jetée du plafond ne fût pas arrivée à terre.
L'effet fut immense et la toile tomba à une heure du matin au milieu des applaudissements. C'était un succès de représentation; on s'était amusé, on avait ri quand il fallait rire; on avait tout accepté parce que les personnages que nous avions présentés étaient bien en chair et en os, que du vrai sang coulait dans leurs veines et qu'enfin ils exprimaient bien leurs passions vraies dans le langage de leur condition.
Le lendemain, dans la presse, ce fut non pas un éreintement, mais une véritable exécution, une exécution qui témoignait bien de l'affolement et du trouble dans lequel ma pièce avait jeté les esprits.
On n'en avait retenu que les violences, et on n'avait voulu voir là qu'un fait-divers banal; mais l'un trouvait qu'il était encore plus ignoble que tout ce que l'on avait pu rêver, l'autre que je n'avais pas donné en brutalité tout ce qu'on était en droit d'attendre de moi.
--Il n'y a là, en somme, disait celui-là, que des mots que nous-mêmes prononçons plusieurs fois par jour.
Seul, le critique du _Gaulois_ trouva que ce scénario ultra-réaliste rappelait par plus d'un point les sujets traités par les grands tragiques, Eschyle, Sophocle ou Corneille--à la qualité des personnages près--et qu'on retrouvait chez mes héros toutes les vertus dont se parent et s'honorent les protagonistes des grands drames classiques.
Lui seul avait compris quelque chose à mon drame.
Je ne fus pas le moins du monde peiné, comme vous le pensez, de cet accueil auquel je m'attendais, étant fixé depuis longtemps sur la compétence et la bonne foi de la critique française; mais si j'en avais eu besoin, j'aurais trouvé une consolation dans deux témoignages que je vous demande la permission de rapporter.
Une aimable et déjà mûre artiste de la Comédie Française, qui était sortie fort indignée de la représentation et qui n'a pas l'avantage de me connaître, disait le lendemain à une de ses amies:
--Cette pièce est répugnante, mais c'est tellement ça que pour l'avoir écrite l'auteur doit être un véritable...
Ici un mot qui pour l'oreille rime avec escroc.
C'était certainement le plus beau compliment que cette dame pût m'adresser. Sans doute qu'elle s'y connaissait.
L'autre témoignage émane d'un homme de la partie.
A l'une des dernières répétitions un de mes figurants, orné d'ailleurs de plusieurs condamnations pour coups et blessures, attira dans un coin de la scène M. Will, l'athlète de _La Casserole_, et lui dit:
--C'est épatant c'te pièce; j'ai jamais vu ça, j'en suis bobêche! On se croirait là-bas, à Grenelle. C'est comme ça qu'on est tous, y a pas à dire, nous autres, les hommes!
_Homme_ dans le sens d'_homme d'honneur_, car mon figurant peut s'appliquer, avec une variante, la déclaration des principes d'une de mes héroïnes:
«Maq... (pardon!) souteneur, tant qu'on voudra, mais pas voleur! Il se fait gloire de n'avoir pas une condamnation pour vol. Qui l'appellerait voleur passerait un vilain moment!»
Si j'étais critique, moi, je serais vexé qu'un pauvre bougre ait vu dans une pièce ce que je n'y aurais su trouver.
Et remarquez que mon figurant est _un public_, d'où il faut conclure que le seul critique qui sache rendre justice, et qui n'ait pas de parti pris, c'est le public qui sent. Tout le reste ne compte pas.
* * * * *
J'abuse de votre patience en dépassant les limites raisonnables d'une causerie; permettez-moi, mesdames et messieurs, de me résumer.
J'ai écrit ma pièce avec sincérité, ne reculant devant aucune expression, aucun détail de mœurs quelque répugnant qu'il pût être, parce que j'ai voulu donner l'impression de la vérité.
A ceux qui prétendent que j'ai voulu faire œuvre de scandale et que d'ailleurs ces mœurs brutales n'intéressent personne, je répondrai:
--Ceci est une opinion, attendu qu'elles m'intéressent, moi, et qu'au besoin cela suffit... Mais le public en venant et en m'applaudissant m'a bien prouvé que cela l'intéressait aussi.
Aux vertus qui protestent au nom de la morale, je répondrai au contraire que ma pièce est chaste en dépit des violences qu'elle contient. Elle dénonce une plaie sociale et ne donne à personne l'envie d'imiter mes héros.
A ce propos je demande la permission de citer ici quelques phrases d'un des plus distingués critiques de cette ville, M. Georges Rénory, qui dans un compte rendu très juste de _Monsieur Betsy_ écrivait dernièrement:
«La seule pièce ou le seul roman immoral (_j'ajoute, moi, s'il pouvait y en avoir un_), serait la pièce ou le roman qui, doucement, modérément, avec des élégances bourgeoises, des caresses de langage, entraînerait le lecteur ou le spectateur en dehors des conventions de mœurs, jugées à tort ou à raison, nécessaires par la grande masse pour le maintien de l'ordre établi.»
Et notez que, moi, je ne condamne pas même celui-là, l'écrivain étant maître de traiter son sujet au point de vue particulier qui lui convient ou qu'il croit le plus propre à intéresser.
Après tout, la morale n'est qu'une convention relative, modifiable selon les climats, les époques, les latitudes.
Chez nous, à Paris, chaque classe de la société a sa morale particulière.
«Or, dans _Monsieur Betsy_, continue M. Rénory, on nous offre le spectacle d'une morale différente de celle dans laquelle nous vivons et ayant force de loi dans un monde spécial. Nous trouvons cela curieux, parce que cela nous paraît insolite; mais je vous défie bien de découvrir dans tout ceci l'ombre d'un prosélytisme conscient ou inconscient.»
Nous avons, vous et moi, des notions apprises, des penchants ataviques, des opinions conventionnelles qui sont une autre morale, voilà tout. Sommes-nous bien sûrs d'être dans le vrai?
Mais sans vouloir pousser plus loin la discussion, pourquoi le roman, pourquoi le théâtre s'arrêteraient-ils devant certains êtres, qui sont, qui ont le droit d'être et qui au contraire font très salutairement réfléchir, parce qu'ils pensent autrement que nous?
Je n'admets pas plus la critique des tendances d'un roman que la critique des tendances d'une pièce.
Comme je l'ai dit tout à l'heure, ni le livre, ni le théâtre ne sont obligatoires.
Le titre du livre ou de la pièce, le nom de l'auteur,--la presse, si ce nom m'était inconnu,--me renseignent suffisamment.
Vous n'avez pas le droit de m'empêcher d'acheter ce livre, ni d'aller voir cette pièce, parce que tous deux sont contraires à votre morale à vous.
Si l'autre me plaît davantage, c'est mon affaire.
Faites comme moi: quand on joue _Le Maître de Forges_, restez chez vous, abstenez-vous!.. Mais n'entravez pas ma liberté et ne m'empêchez pas d'aller entendre _La Casserole_.
La critique, en France, ne veut pas comprendre cela.
Ici, mesdames et messieurs, l'habitude de la liberté vous fait juger toutes choses sainement, largement, sans parti-pris, avec une hauteur de vues inconnue chez nous.
Voilà pourquoi je vous soumets mon œuvre avec confiance.
Votre accueil me dira tout à l'heure si j'ai eu raison ou tort de l'écrire; mais j'ai si grande foi dans votre jugement que je serai le premier, si _La Casserole_ n'a pas le bonheur de vous plaire, à déclarer en toute sincérité que c'était évidemment moi qui m'étais trompé.
LA CASSEROLE JUGÉE par LA PRESSE
LA CASSEROLE JUGÉE par la
PRESSE FRANÇAISE
La représentation se terminait par une pièce en un acte, en prose, de M. Oscar Méténier, _La Casserole_.
Voici de quelle .... précaution oratoire on avait cru devoir faire précéder cet acte; les programmes portaient la mention suivante:
AVIS IMPORTANT.--_Le large éclectisme qui a fait représenter tour à tour avec un égal respect de toutes les écoles littéraires des œuvres très diverses, la_ NUIT BERGAMASQUE _comme_ EN FAMILLE, _et_ LA FIN DE LUCIE PELLEGRIN _comme_ LE BAISER, _amène le théâtre libre à jouer cette fois_ LA CASSEROLE, _œuvre d'un réalisme très violent, qui met en scène un cruel tableau des bas-fonds parisiens_.
LA CASSEROLE _terminera le spectacle_.
Cela met en méfiance, n'est-ce-pas? Ou du moins cela présage des audaces énormes.
Eh bien, c'est pis que tout ce qu'on pouvait rêver!
Nous nous refusons à raconter de telles choses à nos lecteurs. M. Méténier ne devrait pas, lui qui a du talent, écrire de telles pièces, car il risquerait de réhabiliter ceux qui ont sottement troublé la représentation de l'œuvre d'Ostrovsky, _l'Orage_.
Je ne parlerai pas davantage des interprètes. Le silence en ce cas est la meilleure des leçons.
(_Paris_)
. . . . . . . . . . . Notre lettre d'invitation nous prévient que _La Casserole_ est «une œuvre d'un réalisme violent». Pas si violent que cela peut-être. On y dit bien deux ou trois mots qu'il n'était pas jusqu'à présent d'usage de dire en public. Mais, ces mots, les hommes les mieux élevés les disent volontiers plusieurs fois par jour, si l'occasion s'en trouve. A cause de cela, il se pourrait qu'ils n'eussent pas un sens très intéressant.
(_Gil Blas_)
Pour _La Casserole_ de M. Oscar Méténier, nous aimons mieux la passer sous silence. Ce sont mœurs hideuses à voir et aventures qui ne sauraient se raconter dans une langue honnête.
(_La Lanterne_)
_La Casserole_ n'est qu'une vulgaire insanité.
La scène se passe dans un bal de barrière et nous nous dispenserons de la raconter ici.
Si M. Méténier croit faire de l'art nouveau, il se trompe; du nouveau, peut-être, car on n'a encore rien vu de si sale; mais de l'art, ça, jamais.
C'est tout au plus un fait-divers, tel qu'on le lit dans les journaux, avec les gros mots en plus.
D'intérêt point, de pièce non plus.
_Rolande_ n'était pourtant pas d'un langage fleuri, mais au moins il y avait quelque chose, une intrigue, des situations, tandis que là, rien!
Félicitons les artistes qui ont eu le courage de bien jouer une pareille ordure.
(_L'Autorité_)
_La Casserole_, disait le programme, terminera le spectacle.--C'était prévenir les dames qu'elles ne seraient pas obligées de subir la chose. Si la pudeur leur en faisait un devoir, elles pourraient s'en aller. Inutile de dire qu'elles sont restées fermes au poste. Beaucoup d'entre elles n'étaient venues que pour cela, de même qu'on ne va au feu d'artifice que pour voir le bouquet.
. . . . . . . . . . . L'éclectisme est une belle chose; mais le mien ne va pas jusqu'à goûter l'œuvre de M. Méténier. Cela n'est ni beau, ni propre, ni même intéressant.
(_Le Voltaire_)
Je ne dirai rien de _La Casserole_. C'est une chose dont ce n'est pas le lieu ici de parler. Je me demande même en quel lieu on en peut parler.
(_Le Soleil_)
. . . . . . . . . . . On dit dans cette pièce tous les gros mots possibles.... Cela excite un certain public. Pour moi, pas de caractères, pas d'analyse de passion, pas de drame... Il ne reste qu'une curiosité satisfaite, une curiosité qu'ont encore les dames--paraît-il--et sur laquelle, hélas! je suis blasé! J'ai ce goût mauvais et rétrograde que le mot de Cambronne me laisse froid sans le carré de la garde et les Anglais qui l'entourent.
(_Le XIXe Siècle_)
_La Casserole_ est une de ces scènes comme Henri Monnier en a écrit quelques-unes et qu'il a réunies sous ce titre: _Les Bas-Fonds_. On a tiré le volume à 100 exemplaires et l'exemplaire a coûté 100 fr. aux premiers souscripteurs. C'étaient des scènes qu'Henri Monnier récitait quelquefois dans un atelier, portes closes, quand on avait éloigné les femmes, sans en excepter les modèles. On l'eût bien étonné si on lui eût dit qu'un jour viendrait où la bonne compagnie parisienne se réunirait dans un théâtre pour écouter des pièces faites sur le modèle de ses scènes, mais d'où l'on aurait eu soin de retrancher tout goût d'arrangement et d'art, ce feu d'idéal qui rend l'ordure supportable et même piquante aux esprits blasés. Je ne sais rien de plus vilain et de plus assommant que _La Casserole_. Il n'y a pas là-dedans l'ombre de mérite d'aucune sorte. Ça n'éveille pas même la bête. Et dire qu'un millier de personnes ont attendu jusqu'à une heure du matin pour le plaisir d'entendre une actrice jeter en pleine scène le mot dont se qualifient entre elles les femmes de mauvaise vie! Voilà une curiosité bête! Enfin, c'est comme ça! Et il paraît que c'est une rénovation de l'art!
(_Le Temps_)
. . . . . . . . . . . . La pièce ignoble... c'est _La Casserole_.
M. Méténier cherche à s'imposer par le scandale. Un tort, car il ne manque pas de talent, encore que ce talent soit assez superficiel, comme il l'a démontré, notamment, dans ses adaptations inhabilement faites des mauvais drames russes[2].
[2] Il s'agit de la _Puissance des Ténèbres_ (!!!) et de _l'Orage_, qui ont été non pas _adaptés_, mais littéralement traduits.
. . . . . . . . . . . Donc une Casserole a livré un de ses amants, le Marin, _coupable d'une infinité d'assassinats_ (???). Ce Marin _a été guillotiné à la Roquette_ (???). Or, un compagnon du Marin, un filou surnommé le Merlan a juré de découvrir la Casserole et de venger son ami. Il fait comprendre qu'il n'était pas lié d'amitié seulement au Marin et que des liens plus tendres....
Faut-il continuer? Ou le dégoût vous a-t-il déjà pris à la gorge?
Le fait est que le Merlan tue la Casserole et dit aux agents avec émotion:
--_Guillotinez-moi! Je retrouverai là haut mon Marin!_ (!!!!!)
Rien à dire de plus sur cette étude de l'ordure. Pouah!
M. Antoine aura mal fini sa saison.
(_L'Evénement_)
. . . . . . . . . . . _La Casserole_ de M. Oscar Méténier est un tableau de mœurs dans le monde... où l'on assassine. A travers la hardiesse du dialogue, qui ne recule devant rien, se dessinent d'âpres figures de sinistres drôles, vigoureusement brossées. La pièce a obtenu un gros succès de curiosité.
(_Le Petit Parisien_)
. . . . . . . . . . . La pièce avait été placée délicatement à la fin du spectacle, afin que les personnes qui en seraient tentées pussent quitter la salle à temps. Il est inutile d'ajouter que la salle, à moitié vide jusque vers minuit, était remplie jusqu'au cintre lorsque la toile s'est levée pour les premières répliques de _La Casserole_. Seulement les espérances ont été déçues. Cet acte, d'une étonnante niaiserie, est en outre moins malpropre que d'autres que nous avons vus au même théâtre. Il y a des nuances dans l'immonde.
(_Le Moniteur Universel_)
. . . . . . . . . . . C'est un tableau, non pas populaire, mais outrageusement canaille que M. Méténier a brossé avec un talent réel.
Ce genre est grandement contestable et ne serait admis dans aucun théâtre public. Mais comme étude, je n'y trouve pas à redire. Les mêmes scènes grossières, les mêmes détails crapuleux sont traités couramment par les peintres, figurent dans les expositions, sont applaudis de tout le monde quand l'art y domine, et décrochent des médailles du jury.
Pourquoi la peinture vivante par le théâtre n'aurait-elle pas le même champ que la peinture figée par le pinceau?
Pourquoi ce qui provoque ici l'admiration fait-il jeter là les hauts cris? Pourquoi?
Mais il y aurait long à disserter là-dessus et voici que le jour fait pâlir ma lampe.
(_La France_)
. . . . . . . . . . . Ce sombre croquis des mœurs de la basse crapule n'a pas tenu tout ce qu'il promettait. On espérait plus de hardiesse de la part de l'auteur d'_En Famille_, et j'ai bien vu que les dames dissimulées dans les loges du Théâtre Libre n'avaient pas épuisé la grosse provision de pudeur offensée dont elles s'étaient munies avant de se rendre à l'invitation de M. Antoine. Un peu d'argot, quelques mots grossiers sont un fade ragoût pour des palais tels que les nôtres.
On est parti déçu.