Part 18
En même temps, l'étude physique du bassin de la mer Morte se complétait et se rectifiait. Deux missionnaires américains, Edward Robinson et Eli Smith, donnaient, en 1838, une impulsion toute nouvelle à la géographie biblique. C'étaient les précurseurs de cette phalange de voyageurs naturalistes, d'historiens, d'archéologues, d'ingénieurs, qui allaient bientôt, sous les auspices de l'Association anglaise ou à côté de cette société, explorer, en tous sens, la terre des patriarches, en dresser la carte dans tous ses détails, procéder enfin à des découvertes multiples qui devaient jeter un jour nouveau sur les peuples antiques, possesseurs tour à tour de ce coin du bassin méditerranéen.
Mais ce n'est pas seulement cette contrée, si intéressante par les souvenirs qu'elle évoque en toute âme chrétienne, qui se voyait l'objet des études des érudits et des voyageurs. L'Asie Mineure tout entière allait bientôt livrer à la curiosité du monde savant les trésors qu'elle renfermait dans son sol. Les voyageurs la traversaient en tous sens. Parrot visitait l'Arménie; Dubois de Montpéreux parcourait le Caucase en 1839; Eichwald, en 1825 et 1826, explorait les rives de la mer Caspienne; enfin, Alexandre de Humboldt, grâce à la générosité de l'empereur de Russie Nicolas, complétait, dans la partie asiatique de l'Asie et dans l'Oural, les observations de physique générale et de géographie qu'il avait si courageusement recueillies dans le Nouveau-Monde. Avec le minéralogiste Gustave Rose, le naturaliste Ehrenberg, bien connu par ses voyages dans la Haute-Égypte et la Nubie, avec le baron de Helmersen, officier du génie, Humboldt parcourait la Sibérie, visitait les mines d'or et de platine de l'Oural, explorait les steppes de la Caspienne et la chaîne de l'Altaï jusqu'à la frontière de Chine. Ces savants s'étaient partagé le travail: Humboldt s'était chargé des observations astronomiques, magnétiques, physiques et d'histoire naturelle; Rose tenait le journal du voyage, qu'il a publié en allemand, de 1837 à 1842.
Les résultats scientifiques de cette exploration, pourtant si rapide,--en neuf mois seulement, les voyageurs n'avaient pas parcouru moins de 11,500 milles,--furent considérables.
Dans une première publication, parue à Paris en 1838, Humboldt ne s'occupait que de la climatologie et de la géologie de l'Asie; mais, à ce travail fragmentaire, succédait, en 1843, un ouvrage magistral, l'_Asie centrale_.
«Il y a consigné, dit La Roquette, et systématisé les principaux résultats scientifiques de son excursion en Asie et s'est livré à des considérations ingénieuses sur la forme des continents, sur la configuration des montagnes de la Tartarie; il y étudie surtout cette vaste dépression qui s'étend de l'Europe boréale jusqu'au centre de l'Asie, par delà les mers Caspienne et d'Aral.»
Il nous faut quitter maintenant l'Asie et passer en revue les différentes expéditions, qui s'étaient succédées dans le Nouveau-Monde, depuis le commencement du siècle. A l'époque où Lewis et Clarke traversaient l'Amérique du Nord, depuis les États-Unis jusqu'à l'océan Pacifique, un jeune officier, le lieutenant Zabulon Montgomery Pike était chargé par le gouvernement, en 1807, de reconnaître les sources du Mississipi. Il devait essayer en même temps de se concilier l'amitié des Indiens qu'il rencontrerait.
Bien reçu par le chef de la puissante confédération des Sioux, gratifié d'une pipe sacrée,--talisman qui lui assurerait la protection des tribus alliées,--Pike remonta le Mississipi, passa devant le Chippeway et la rivière Saint-Pierre, affluents considérables de cet immense cours d'eau. Mais, au delà du confluent de cette rivière jusqu'aux cataractes de Saint-Antoine, le cours du Mississipi est barré par une suite ininterrompue de chutes et de rapides. Arrivé sous le 45e degré de latitude, Pike et ses compagnons durent quitter leurs canots et continuer leur voyage en traîneau. Aux rigueurs d'un hiver épouvantable se joignirent bientôt les tortures de la faim. Rien n'arrêta les intrépides explorateurs, qui, continuant à suivre le Mississipi, réduit à trois cents verges de largeur, arrivèrent au mois de février au lac des Sangsues, où ils furent accueillis avec empressement dans un cantonnement de trappeurs et de chasseurs de fourrures de Montréal.
Après avoir visité le lac du Cèdre-Rouge, Pike revint à Port-Louis. Ce voyage pénible et dangereux n'avait pas duré moins de neuf mois, et, bien que son but ne fût pas atteint, il n'avait pas été sans résultat pour la science.
L'habileté, le sang-froid et le courage de Pike ne passèrent point inaperçus, et le gouvernement, en l'élevant peu de temps après au grade de major, lui confia le commandement d'une nouvelle expédition.
Il s'agissait cette fois d'explorer la vaste étendue de pays comprise entre le Mississipi et les montagnes Rocheuses, de découvrir les sources de l'Arkansas et de la rivière Rouge. Avec vingt-trois personnes, Pike remonta l'Arkansas, belle rivière, qui est navigable jusqu'aux montagnes où elle prend sa source, c'est-à-dire pendant plus de deux mille milles, excepté pendant l'été, où des bancs de sable en obstruent le cours.
Mais, pendant cette longue navigation, l'hiver était venu; les souffrances, qui avaient si durement éprouvé Pike pendant sa première expédition, se renouvelèrent avec un redoublement de rigueur. Le gibier était si rare, que, pendant quatre jours, le détachement dut se priver de nourriture. Plusieurs hommes eurent les pieds gelés, et ce malheur vint augmenter les fatigues de ceux qui étaient demeurés valides. Après avoir atteint la source de l'Arkansas, le major descendant au sud, ne tarda pas à rencontrer un beau cours d'eau qu'il prit pour la rivière Rouge.
C'était le Rio-del-Norte, fleuve qui prend sa source dans le Colorado, province alors espagnole, et débouche dans le golfe du Mexique.
On a pu juger, d'après ce qui a été dit des difficultés que Humboldt avait rencontrées pour obtenir la permission de visiter les possessions espagnoles, si ce peuple était jaloux de voir des étrangers pénétrer sur son territoire. Bientôt entouré par un détachement de soldats espagnols, le major Pike fut fait prisonnier avec tous ses hommes et conduit à Santa-Fé. La vue de leurs vêtements en lambeaux et de leurs visages émaciés, leur aspect misérable, ne témoignaient pas en faveur des Américains, que les Espagnols prirent tout d'abord pour des sauvages. Cependant, l'erreur une fois reconnue, Pike et son détachement furent conduits à travers les provinces intérieures jusqu'à la Louisiane, et ils arrivèrent, le 1er juillet 1807, à Nachitoches.
La fin malheureuse de cette expédition ralentit pendant quelque temps le zèle du gouvernement, mais non pas celui des simples particuliers, négociants ou chasseurs, tous les jours plus nombreux dans le pays. Plusieurs même traversèrent l'Amérique de part en part, du Canada au Pacifique. Parmi ces voyageurs isolés, il convient de citer plus particulièrement Daniel Williams Harmon, associé de la Compagnie du Nord-Ouest, qui, voyageant entre les 47e et 58e degrés de latitude nord, vit les lacs Huron, Supérieur, des Pluies, des Bois, Manitoba, Winnipeg, Athabasca, du Grand-Ours, et arriva jusqu'à l'océan Pacifique.
La Compagnie de fourrures d'Astoria, établissement situé à l'embouchure de la Colombia, fit aussi beaucoup pour l'exploration et la traversée des montagnes Rocheuses.
Quatre associés de cette Compagnie, partis d'Astoria au mois de juin 1812, avaient remonté la Colombia, traversé les montagnes Rocheuses, et, prenant leur route à l'est-sud-est, après avoir atteint à l'une des sources de la Platte, sur laquelle ils étaient descendus jusqu'au Missouri à travers un pays que personne n'avait exploré avant eux, ils étaient arrivés à Saint-Louis, le 30 mai 1813.
En 1811, une autre expédition, composée de soixante hommes, quittant Saint-Louis, avait remonté le Missouri jusqu'aux villages des Ricaras; après avoir éprouvé de grandes privations et perdu plusieurs hommes par le manque de nourriture et par suite de fatigues, elle était parvenue à Astoria au commencement de 1812.
Ces voyages n'avaient pas eu seulement pour résultat la reconnaissance topographique du terrain, ils avaient amené des découvertes bien singulières et tout à fait imprévues. C'est ainsi que dans la vallée de l'Ohio, depuis le pays des Illinois jusqu'au Mexique, on avait rencontré des ruines et des fortifications ou retranchements garnis de fossés et d'espèces de bastions, dont plusieurs couvraient cinq ou six acres de terrain. A quelle nation attribuer ces travaux, qui dénotaient une civilisation bien supérieure à celle des Indiens? Problème difficile, dont la solution n'est pas encore trouvée.
Déjà des philologues et des historiens s'inquiétaient de la disparition des tribus indiennes, qui n'avaient jusqu'alors été observées que superficiellement, et ils regrettaient qu'elles se fussent éteintes, sans qu'on eût étudié les langues qu'elles parlaient. La connaissance de ces langues, comparées avec celles de l'ancien monde, aurait peut-être fourni quelque indice inattendu sur l'origine de ces tribus errantes. En même temps, on commençait à étudier la flore et la géologie du pays, science qui réservait aux futurs explorateurs de si merveilleuses surprises.
Il était trop important pour le gouvernement des États-Unis de procéder rapidement à la reconnaissance des vastes territoires qui le séparaient du Pacifique, pour qu'il s'abstînt longtemps d'organiser une nouvelle expédition.
Le secrétaire d'État de la guerre chargea, en 1809, le major Long d'explorer la contrée située entre le Mississipi et les montagnes Rocheuses, de reconnaître le cours du Missouri et de ses principaux affluents, de fixer par des observations astronomiques les points les plus remarquables, d'étudier les tribus indiennes, de décrire enfin tout ce que l'aspect du pays et les productions des trois règnes y présenteraient d'intéressant.
Partie de Pittsburg, le 5 mai 1819, sur le bateau à vapeur l'_Ingénieur Occidental_, l'expédition arriva, le 30 mai suivant, au confluent de l'Ohio avec le Mississipi, qu'elle remonta jusqu'à Saint-Louis.
Le 29 juin était reconnue l'embouchure du Missouri. Pendant le mois de juillet, M. Say, chargé des observations zoologiques, parcourut le pays jusqu'au fort Osage, où il fut rejoint par le bateau. Le major Long profita de son séjour en cet endroit pour envoyer un parti reconnaître la contrée entre le Kansas et la Platte; mais ce détachement, attaqué et pillé, dut rebrousser chemin, après s'être vu enlever ses chevaux.
Lorsqu'elle eut reçu, à l'île aux Vaches, un renfort de quinze hommes de troupe, l'expédition gagna, le 19 septembre, le fort Lisa, près de Council-Bluff, où elle prit ses quartiers d'hiver. Violemment attaqués du scorbut, les Américains, qui ne possédaient aucun remède contre cette terrible maladie, perdirent cent hommes, c'est-à-dire à peu près le tiers de leur effectif.
Le major Long, qui, pendant ce temps, avait gagné Washington avec un canot, rapportait l'ordre de discontinuer le voyage le long du Missouri et de passer aux sources de la Platte, pour, de là, gagner le Mississipi par l'Arkansas et la rivière Rouge.
Le 6 juin, les explorateurs quittèrent donc le cantonnement des Ingénieurs, ainsi qu'ils avaient appelé leurs quartiers d'hiver, et ils remontèrent pendant plus de cent milles la vallée de la Platte, aux prairies herbeuses, peuplées d'immenses troupeaux de bisons et de daims, qui leur fournirent des vivres en abondance.
A ces prairies sans limites, dont pas un coteau ne vient rompre la monotonie, succède un désert de sable, qui s'élève en pente douce, sur un espace de près de quatre cents milles, jusqu'aux montagnes Rocheuses. Coupé de barrancas à pic, de cañons et de gorges au fond desquelles murmure, sous une végétation rabougrie et rare, quelque maigre ruisseau, ce désert n'a d'autres végétaux que les cactus aux dards pointus et redoutables.
Le 6 juillet, l'expédition avait atteint le pied des montagnes Rocheuses. Le docteur James en escalada l'un des pics, auquel il donna son nom, et qui s'élève à 11,500 pieds au-dessus de la mer.
«Du sommet de ce pic, dit le botaniste, le regard embrasse, au nord-ouest et au sud-ouest, d'innombrables montagnes toutes blanchies de neige: les plus éloignées en sont revêtues jusqu'à leur base. Immédiatement sous nos pieds, à l'ouest, gisait l'étroite vallée de l'Arkansas, dont nous pouvions suivre le cours vers le nord-ouest à plus de soixante milles. Sur le versant nord de la montagne était une masse énorme de neige et de glace; à l'est s'étendait la grande plaine, s'élevant à mesure qu'elle s'éloignait, jusqu'à ce que, à l'extrémité de l'horizon, elle semblât se confondre avec le ciel.»
En cet endroit, l'expédition se divisa en deux partis. L'un, aux ordres du major Long, devait se diriger vers les sources de la rivière Rouge; l'autre, commandé par le capitaine Bell, allait descendre l'Arkansas jusqu'au port Smith. Les deux détachements se séparèrent le 24 juillet. Le premier, trompé par les renseignements que lui donnèrent les Indiens Kaskaias et par l'inexactitude des cartes, prit la Canadienne pour la rivière Rouge, et ne s'aperçut de son erreur qu'en arrivant au confluent de cette rivière avec l'Arkansas. Ces Kaskaias étaient bien les plus misérables des sauvages; mais, intrépides cavaliers, ils excellaient à capturer avec le lacet ces sauvages «mustangs», descendants des chevaux importés au Mexique par les conquérants espagnols.
Le second détachement s'était vu abandonné par quatre soldats, qui avaient emporté, avec quantité d'effets précieux, les journaux de voyage de Say et du lieutenant Swift.
Les deux partis avaient eu, d'ailleurs, à souffrir du manque de provisions dans ces déserts recouverts d'une couche de sable, dont les fleuves ne charrient qu'une eau saumâtre ou bourbeuse.
L'expédition rapportait à Washington une soixantaine de peaux d'animaux sauvages, plusieurs milliers d'insectes, dont cinq cents nouveaux, un herbier de quatre ou cinq cents plantes inconnues, de nombreuses vues du pays et les matériaux d'une carte des contrées parcourues.
Le commandement d'une nouvelle expédition fut donné, en 1828, au même major Long, dont les services avaient été vivement appréciés. Quittant Philadelphie au mois d'avril, il se rendit sur l'Ohio, traversa l'État qui porte ce nom, les États d'Indiana et des Illinois. Après avoir atteint le Mississipi, il le remonta jusqu'à l'embouchure de la rivière Saint-Pierre, autrefois visitée par Carver, et, depuis, par le baron La Hontan. Long la suivit jusqu'à sa source, rencontra le lac Travers, gagna le lac Winnipeg, explora la rivière du même nom, vit le lac des Bois, celui des Pluies, et arriva au plateau qui sépare le bassin de la baie d'Hudson de celui du Saint-Laurent. Il avait enfin, par le lac d'Eau froide et la rivière du Chien, atteint le lac Supérieur.
Bien que toutes ces localités fussent, depuis de longues années, parcourues par les coureurs des bois canadiens, par les trappeurs et les chasseurs, c'était la première fois qu'une expédition officielle les visitait avec la mission d'en établir la carte. Les voyageurs furent frappés par la beauté des contrées arrosées par le Winnipeg. Le cours de ce fleuve, fréquemment interrompu par des rapides et des cascades de l'effet le plus pittoresque, coule entre deux murailles à pic de roches de granit, coiffées de verdure. La beauté de ces paysages, succédant à la monotonie des plaines et des savanes qu'ils avaient traversées jusqu'alors, remplirent les voyageurs d'admiration.
L'exploration du Mississipi, abandonnée depuis l'exploration de Montgomery Pike, fut reprise en 1820 par le général Cass, gouverneur du Michigan. Parti de Détroit, à la fin de mai, avec une suite de vingt hommes rompus au métier de coureur des bois, il gagna le haut Mississipi, après avoir visité les lacs Huron, Supérieur et Sandy. Son escorte, épuisée, dut camper en cet endroit, tandis qu'il reprenait en canot l'exploration du fleuve. Pendant cent cinquante milles, le Mississipi coulait avec rapidité et sans obstacles; mais, à cette distance, son lit était coupé de rapides, pendant une douzaine de milles, jusqu'à la chute de Peckgama.
Au-dessus de cette cataracte, le courant, beaucoup moins rapide, serpentait à travers d'immenses savanes jusqu'au lac des Sangsues. Après avoir gagné le lac Winnipeg, Cass arriva, le 21 juillet, à un nouveau lac, qui reçut son nom; mais il ne voulut pas pousser plus loin avec les faibles ressources qu'il possédait en munitions, en vivres et en hommes.
On s'était rapproché de la source du Mississipi, on ne l'avait cependant pas atteinte. L'opinion générale était que le fleuve sortait d'un petit lac, situé à soixante milles de celui de Cass, qui portait le nom de lac de la Biche. Cependant, ce fut seulement en 1832, tandis que le général Cass était secrétaire d'État de la guerre, qu'on songea à résoudre cet important problème.
Le commandement d'une expédition de trente personnes, dont dix soldats, un officier chargé de travaux hydrographiques, un chirurgien, un géologue, un interprète et un missionnaire, fut donné à un voyageur nommé Schoolcraft, qui, l'année précédente, avait exploré le pays des Chippeways, au nord-ouest du lac Supérieur.
Schoolcraft, parti de Sainte-Marie le 7 juin 1832, visita les tribus du lac Supérieur et entra bientôt dans la rivière Saint-Louis. Cent cinquante milles séparaient alors Schoolcraft du Mississipi. Il ne lui fallut pas moins de dix jours pour faire ce trajet, à cause des rapides et des fondrières. Le 3 juillet, l'expédition atteignait la factorerie d'un commerçant nommé Aitkin, sur le bord du fleuve, et y célébrait, le lendemain, l'anniversaire de l'indépendance des États-Unis.
Deux jours plus tard, Schoolcraft se trouvait en face de la chute de Peckgama et campait à la pointe des Chênes. En cet endroit le fleuve faisait beaucoup de détours au milieu des savanes; mais les guides conduisirent l'expédition par des sentiers qui abrégèrent considérablement la distance. Le lac à la Crosse et le lac Winnipeg furent ensuite traversés, et Schoolcraft arriva, le 10 juillet, au lac Cass, point qui n'avait pas encore été dépassé par les explorateurs précédents.
Un parti de Chippeways conduisit les voyageurs au camp qu'ils occupaient dans une île du lac. Le commandant, sûr des dispositions amicales de ces sauvages, laissa en cet endroit une partie de son escorte, et, accompagné du lieutenant Allen, du chirurgien Houghton, d'un missionnaire et de plusieurs sauvages, il partit en pirogue.
Les lacs Tascodiac, Travers, furent successivement visités. Un peu au delà de ce dernier, le Mississipi se partage en deux branches ou fourches. Le guide conduisit Schoolcraft par celle de l'est, et, lui faisant franchir les lacs Marquette, Lasalle et Kubbakunna, il l'amena au confluent de la Naiwa, principal tributaire de cette fourche, qui sort d'un lac infesté de serpents à tête cuivrée. Enfin, après avoir passé par le petit lac Usawa, l'expédition atteignit le lac Itasca, d'où s'échappe la branche itascane ou occidentale du Mississipi.
Le lac Itasca, ou de la Biche,--comme l'appelaient les Français,--n'a pas plus de sept à huit milles d'étendue, et il est entouré de collines, que vient assombrir le feuillage foncé des pins. Il serait à 1,500 pieds au-dessus de l'Océan, selon Schoolcraft, mais il ne faut pas attacher grande importance à ces mesures, car le commandant n'avait pas d'instruments à sa disposition.
L'expédition suivit, pour regagner le lac de Cass, la fourche occidentale et reconnut les principaux affluents de cette branche. Schoolcraft explora ensuite les Indiens qui fréquentaient ces contrées, et il conclut des traités avec eux.
En résumé, le but que le gouvernement se proposait était atteint, et le Mississipi était dès lors exploré depuis son embouchure jusqu'à sa source. L'expédition rapportait une foule de détails intéressants sur les mœurs, les usages, l'histoire et la langue des indigènes; enfin, l'histoire naturelle avait fourni un ample contingent d'espèces nouvelles et peu connues.
Mais l'activité des peuples des États-Unis ne se bornait pas à ces explorations officielles. Nombre de trappeurs se lançaient à travers des contrées nouvelles. Pour la plupart absolument illettrés, ils ne purent faire profiter la science de leurs découvertes. Il n'en est pas de même de Jacques Pattie, qui a publié le récit de ses aventures romanesques et de ses courses périlleuses dans la région qui s'étend entre le Nouveau-Mexique et la Nouvelle-Californie. En descendant le rio Gila jusqu'à son embouchure, Pattie a visité des peuples presque ignorés, les Jotans, les Eiotaros, les Papawars, les Mokees, les Yumas, les Mohawas, les Nabahos, etc., avec lesquels les relations avaient toujours été des plus rares. Il découvrit, sur les bords du rio Eiotario, des ruines d'anciens monuments, des murs de pierre, des fossés et des poteries, et, dans les montagnes voisines, des mines de cuivre, de plomb et d'argent.
On doit également un curieux journal de voyage au docteur Willard, qui, dans un séjour de trois ans dans le Nouveau-Mexique, visita le Rio-del-Norte de sa source à son embouchure.
Enfin, en 1831, le capitaine Wyeth et son frère explorèrent l'Orégon et la partie voisine des montagnes Rocheuses.
Depuis le voyage de Humboldt au Mexique, les explorateurs se succèdent dans l'Amérique centrale. Bernasconi, en 1787, avait découvert les ruines de Palenqué, aujourd'hui fameuses; Antonio Del-Rio en avait donné, en 1822 une description détaillée, qu'il avait même accompagnée de quelques dessins, dus au crayon de Frédéric Waldeck, futur explorateur de cette ville morte.
Le capitaine Guillaume Dupaix et le dessinateur Castañeda, de 1805 à 1807 avaient fait trois voyages successifs dans l'État de Chiapa et à Palenqué, et le résultat de leurs recherches parut, en 1830, dans un magnifique ouvrage, dont les dessins, dus à Augustine Aglio, ont été exécutés aux frais de lord Kingsborough.
Enfin, en 1832, Waldeck séjournait deux ans entiers à Palenqué, y faisait des fouilles, y levait les plans, coupes et élévations des monuments, s'appliquait à reproduire les hiéroglyphes encore inexpliqués qui les recouvrent, et il réunissait, aussi bien sur l'histoire naturelle que sur les mœurs des habitants, une foule de renseignements absolument nouveaux.
Il faut également citer le colonel don Juan Galindo, l'explorateur de Palenqué, d'Utatlan, de Copan, et d'autres cités enfouies au fond des forêts tropicales.
Après le long séjour que Humboldt avait fait dans l'Amérique équinoxiale, l'essor que ses explorations semblaient devoir donner aux études géographiques se trouva singulièrement entravé par les luttes des colonies espagnoles contre leur métropole. Cependant, aussitôt que les gouvernements indigènes eurent acquis un semblant de stabilité, des explorateurs intrépides s'élancèrent à travers ce monde qui était alors véritablement nouveau, car la jalousie ombrageuse des Espagnols l'avait fermé jusqu'alors aux investigations des savants.