Les voix intimes: Premières Poésies
Chapter 7
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
II
Lorsque le ciel couvre la terre D'un manteau blanc aux plis moelleux, Et que la lune, avec mystère, Dore les champs de mille feux, Il faut nous voir, quatre par quatre, Raquette aux pieds, fendre le vent! Comme les preux qui vont combattre Nous répétons: En avant!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
III
Loin de la ville, assis à table Et près d'un poêle aux flancs rougis. Nous buvons un vin délectable Qui nous met gais, mais jamais gris... Puis, suivant la vieille coutume, Un amateur sort le violon; Et nous dansons, en grand costume, Lancier, quadrille et cotillon!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
IV
Parfois l'aurore aux teints de rose Vient nous surprendre à sautiller! Et notre front se fait morose, Puisqu'il nous faut capituler... Mais la gaîté--douce compagne-- Renaît soudain quand nous partons, Car la raquette et le champagne Nous font chanter sur tous les tons!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
V
Nous descendons d'un peuple sage A l'âme fière, aux bras vaillants, Qui s'illustra par le courage Et les exploits les plus brillants Nous conservons son caractère, --Même en étant sujets loyaux-- Et recueillons sur cette terre Les nobles fruits de ses travaux!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
VI
Nous saluons tous nos confrères Des autres clubs de ce pays, Et leur disons ces mots sincères: O raquetteurs, soyons unis! Soyons unis, aux jours de fête, Dans nos transports et nos désirs! Marchons ensemble à la conquête Du vrai bonheur et des plaisirs!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur, Notre patron du club de la raquette! Pour exalter la gloire de ton honneur, Nous te fêtons à la bonne franquette!
15 février 1889.
HYMNE A SAINT-FRANÇOIS D'ASSISE COMPOSÉ POUR LE TIERS-ORDRE DE SAINT-SAUVEUR
Air: «Faibles mortels».
I
O noble saint François d'Assise, Prêtez l'oreille à nos accents: Nous célébrons avec l'Église Vos bienfaits toujours renaissants! Presque au seuil de votre existence, Vous charmiez le pauvre pécheur Par votre amour pour le sauveur, Vos suaves conseils et votre pénitence!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
II
A l'âge serein de la vie Où l'homme se livre aux plaisirs, Vous renonciez, l'âme ravie, Au monde avec ses vains désirs. La charité, divine étoile, Dans notre âme attisait ses feux; Et Jésus montait à vos yeux Sur la mer de douleurs votre esquif à la voile!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
III
Il vous disait: «Va par le monde Prêcher à tous ma sainte loi; Va combattre le vice immonde, Fais naître dans les coeurs la foi!» Nouveau soldat plein de courage, Vous obéîtes à sa voix, Prenant pour seule arme sa croix, Pour unique drapeau sa radieuse image!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
IV
Vos sermons remplis d'éloquence Électrisaient les plus méchants; Vos vertus et votre indulgence Avaient des charmes séduisants. Maints sceptiques suivaient vos traces, Sans songer à se convertir. Lorsque soudain le repentir Pénétrait dans leur âme avec des flots de grâces!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
V
Puis quand sonna l'heure dernière, Dieu vous trouva mûr pour le ciel: Vous aviez bu l'absinthe amère, Et vous alliez boire le miel... O saint François, ami de l'ordre, Mettez la paix en notre coeur Afin qu'il devienne meilleur, Et propagez partout votre oeuvre: le Tiers-Ordre!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs Contre toute les malices Et les artifices Des esprits tentateurs! Oh! notre âme Vous proclame Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
FRANCE ET CANADA
Air: «Elle ne savait pas.» Musique de A. Thomas.
I
Elle ignora longtemps l'heureuse et fière France Que nous l'aimions toujours malgré son abandon, Et que nous conservions--symbole d'espérance-- Son drapeau rayonnant de gloire à Carillon!
REFRAIN:
Le ciel, à travers la tempête, Guida nos pas vers le succès. O patrie, en ce jour nous célébrons ta fête! O saint Jean, protégez (bis) le Canada français!
II
La France à notre égard n'est plus indifférente: Elle sait notre histoire et la conte en pleurant! Souvent le pavillon de sa nef élégante Flotte comme autrefois sur le beau Saint-Laurent!
REFRAIN:
Le ciel, à travers la tempête, Guida nos pas vers le succès. O patrie, en ce jour nous célébrons ta fête! O saint Jean, protégez (bis) le Canada français!
III
Oui, la France revient visiter notre plage Où coula tant de fois le sang de ses héros; Elle retrouve ici ses moeurs et son langage, Et voit que ses neveux lui sont restés loyaux!
REFRAIN:
Le ciel, à travers la tempête, Guida nos pas vers le succès. O patrie, en ce jour nous célébrons ta fête! O saint Jean, protégez (bis) le Canada français!
24 juin 1880.
CHANT DE L'OUVRIER
Musique de M. R. Lyonnais.
1er COUPLET
Quel est ce Canadien Qui passe dans la vie En prêchant l'harmonie Et pratiquant le bien? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
2ème COUPLET
Qui donc, à dix-huit ans, Sans crainte entre en ménage, N'ayant pour tout partage Que ses deux bras vaillants? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
3ème COUPLET
Au temple du Seigneur, Quel est celui qui prie Pour sa chère patrie Avec plus de ferveur? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
4ème COUPLET
Qui marche au premier rang, La tête haute et fière, Et porte la bannière Le jour de la Saint-Jean? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
5ème COUPLET
Qui supporte toujours Avec joie et courage L'humble et pénible ouvrage Et le fardeau des jours? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
6ème COUPLET
Qui a fait le Canada Si riche et si prospère? Ce n'est point l'Angleterre A qui l'on nous céda-- C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
7ème COUPLET
Où donc est la vigueur, L'espoir et l'allégresse, L'amour et la tendresse Et surtout le bonheur? C'est l'ouvrier, C'est l'ouvrier!
REFRAIN:
Reposons-nous, joyeux confrères, De nos labeurs, de nos efforts. Amusons-nous comme nos pères, Soyons unis pour être forts! En vrais lurons, Sur tous les tons, Chantons, chantons!
Septembre 1891.
CHANSON DES NOCES D'OR DÉDIÉE AU VIEUX PATRIOTE, M. J. SAUVIAT.
1er COUPLET
Nous accourons ici, bien-aimés père et mère, Avec nos fiers enfants pour fêter ce beau jour Où le ciel, exauçant notre ardente prière, Bénit vos cinquante ans de bonheur et d'amour.
REFRAIN:
Nos coeurs reconnaissants Débordent d'allégresse, De voeux et de tendresse Pour vous, noble parents! (Bis)
2ème COUPLET
Vous auriez pu peut-être acquérir la richesse Et même les honneurs que rêve l'orgueilleux, Mais vous avez compris, dans votre humble sagesse, Que l'honnête labeur rend l'homme plus heureux.
REFRAIN:
Ah! vive le labeur! Car l'ouvrier modèle Est la brebis fidèle Du céleste Pasteur! (Bis)
3ème COUPLET
Que dire en terminant cette pâle romance Écrite en votre honneur, vénérables parents! Puisse, dans sa bonté, la sainte Providence Vous accorder des jours nombreux et consolants!
REFRAIN:
Votre lune de miel Qui désormais scintille Aux yeux de la famille, Reluira dans le ciel! (Bis)
LA CAPRICIEUSE
Musique de M. Édouard Vincelette.
I
Quand je vous vois, petite, Sur moi fixer les yeux, Alors mon coeur palpite, Et je me sens heureux. Mais si j'ose, méchante, Vous dire un mot d'amour Vous prenez l'épouvante (bis) En me criant: bon jour! (bis)
II
Quand je cause et ricane Avec un beau minois, Vous m'engendrez chicane Et m'appelez: sournois! Mais si j'entre en colère, Un instant, contre vous, Votre bouche profère (bis) Aussitôt des mots doux! (bis)
III
Quand je pleure et soupire, Vous riez aux éclats; Et quand je ris, c'est pire: Vous pleurez comme un glas! Quand je dis: «Je désire Vous entendre chanter,» Vous vous mettez à lire (bis) Ou bien à méditer! (bis).
IV
Je subis ces caprices Depuis longtemps, hélas! Mais de vos artifices Aujourd'hui je suis las. Moi, je veux une amante Au coeur noble et pieux: Vous êtes trop changeante (bis) Pour rendre un homme heureux! (bis).
20 août 1886.
LA CHANSON DU PETIT PORTEUR
Air:«Dis-moi soldat, t'en souviens-tu?»
I
Vous qui coulez une douce existence Dans cette ville où tant de malheureux Mangent le pain amer de l'indigence, En ce beau jour, ah! soyez généreux! Entendez-vous frapper à votre porte? Allez ouvrir à l'enfant matinal Qui, plein d'espoir, fidèlement vous porte, Avec ses voeux, la chanson du journal.
II
Il n'est pas grand, néanmoins il est homme Par le courage et surtout par l'honneur. En le voyant, l'abonné le surnomme Le messager de joie et de bonheur. Mais il est pauvre, et s'en fait une gloire, Voulant sans doute imiter le Sauveur! En quelques mots il conte son histoire Dont le récit émeut tout noble coeur!
III
Regardez-le: son petit corps frissonne Sous les baisers de la neige et du vent; Hélas! il n'a, pour l'hiver et l'automne, Qu'un mince habit raccommodé souvent! Malgré le froid, il marche sans relâche Pour obéir à la voix du devoir; Et rien ne peut le ravir à sa tâche Tant qu'il lui reste un souscripteur à voir!
IV
Ah! n'est-il pas (douloureuse pensée) Le seul appui d'un infirme vieillard, Qui, sous le toit de sa hutte glacée, Souffre en levant vers le ciel son regard?... Et ce vieillard--sublime prolétaire-- Jadis peut-être a vaillamment lutté Contre les fils de la fière Angleterre Pour notre langue et notre liberté...
V
O Canadiens, en ce jour d'allégresse, Prêtez l'oreille aux soupirs du porteur! De ses parents soulagez la détresse, Il vous supplie au nom du Créateur! Donnez-lui donc cette part du bien-être Qui sert parfois à votre vanité; Et dans vos coeurs alors Dieu fera naître Les purs rayons de sa félicité.
1er de l'an 1887.
ROSE, ÉCOUTE-MOI
Musique de M. N. Crépault
I
Pourquoi, ma mignonne, Ne souris-tu pas Quand ma main couronne Ton front de lilas? Tu fais la pleureuse, C'est folie à toi; Sois jonc plus joyeuse (bis) Rose, écoute-moi! (bis)
II
Lorsque la nature Se pare de fleurs, Toute créature Doit cacher ses pleurs. Ah! ta bouche chante, C'est gentil à toi! Ne sois plus méchante: (bis) Rose, écoute-moi! (bis).
III
Depuis deux mois, Rose, Mon coeur est en feu; Je t'adore et j'ose T'en faire l'aveu Quoi! cela t'offense? Tu ris de ma foi? C'est trop d'insolence: (bis) Rose, écoute-moi! (bis).
IV
Un jour, ma coquette, Tu désireras L'amoureux poète Et ses doux lilas; Mais d'une autre reine Il sera le roi, Et dira sans peine: (bis) Rose, éloigne-toi! (bis).
12 février 1882.
RAYONS ET OMBRES
Musique de M. N. Crépault
I
J'avais cru que la vie, Dans ma simple candeur, N'était qu'une série De jours pleins de bonheur;
Que les mortels, sur cette terre, Buvaient le miel de l'amitié, Et que le riche au prolétaire Prodiguait l'or et la pitié.
REFRAIN:
Hélas! hélas! ces rêves roses, Sous la faux du destin, Comme les belles roses, Tombèrent un matin!...
II
Depuis ce jour, mon âme pleure Et ne croit plus à la gaîté. Et le dirais-je? à certaine heure, Je doute de la vérité!
REFRAIN:
Sans cesse en proie à la souffrance, Rien ne me semble beau. Et la désespérance Me conduit au tombeau!
III
Oh! qu'ai-je dit? mon Dieu, pardonne A ma faiblesse, et ma douleur! En me plaignant, je déraisonne, Car n'es-tu pas mon protecteur?
REFRAIN:
Du ciel écoute ma prière Qui s'élève vers toi; Sois toujours ma lumière, Mon esprit et ma foi!
1er avril 1880.
LES CANADIENS
Musique de M. Joseph Vézina.
I
Les Canadiens ont pour les fêtes Un goût qu'ils tiennent des aïeux; Les charmes des plaisirs honnêtes Séduisent leurs coeurs généreux. Ils ont bravé tous les orages Sans jamais perdre leur fierté, Et cultivé sur nos rivages La fleur de l'hospitalité.
II
Ils fêtent Dieu, reine, patrie, Par les concert mélodieux, Pratiquent la galanterie Envers le sexe gracieux. Ils chôment les anniversaires Des jours où leurs braves soldats, A de terrible adversaires, Livraient de glorieux combats!
III
La chicanière politique Les divise presque au berceau, Mais le souffle patriotique Les rassemble sous le drapeau. Contre l'outrage ou l'injustice, Ensemble ils s'élèvent la voix Et s'imposent tout sacrifice Pour le triomphe de leurs droits.
IV
Ils sont les vrais fils de la France Par le caractère et le coeur, Car ou milieu de la souffrance Ils conservent leur belle humeur! Oui, toujours gais comme leurs pères, Mais plus heureux en vérité, Ils vivent désormais, prospères, Dans la paix et la liberté!
Septembre 1891.
UNE GERBE D'ACROSTICHES
A M. VICTOR BILLAUD Secrétaire de l'Académie des Muses Santones, à Royan, France.
Asile du poète, ô belle Académie, Congrès où siège seul le talent reconnu, Ah! tu daignes offrir, trop généreuse amie, Dans ton temple un fauteuil à moi, barde inconnu! Eh! que pourrais-je faire au milieu de confrères Mûris par la science et le rude labeur, Imberbe que je suis?--J'oubliais: leurs lumières Eclaireront la voie de mon esprit rêveur.
Du reste, pour avoir un titre à leur estime Et le droit précieux de suivre leurs leçons, Souvent je leur dirai dans le langage intime: Ma lyre pour la France aura toujours des sons! Unissant mes accords à ceux de nos poètes, Sulte, Gingras, Gauvreau, Fréchette et Beauchemin, En choeur nous chanterons ses brillantes conquêtes, Sa grandeur, sa richesse et son heureux destin!
Sait-elle assez comment nous l'aimons, cette France? Ah! nous le lui dirons avec un fier accent. Nous avons partagé sa gloire et sa souffrance, Terrassé ses rivaux, lutté vingt contre cent... Oui, j'accepte, Monsieur, vos offres gracieuses! Nos muses désormais franchiront l'océan; Et voyageant ensemble elles diront, joyeuses: Succès, gloire à Québec! Succès, gloire à Royan!
10 avril 1886.
LA CANADIENNE
N'oubliez pas l'héroïque gardienne De nos berceaux et de notre foyer: Chantons en choeur la femme canadienne; Et couronnons sa tête de laurier! PHILÉAS HUOT.
Le touriste qui foule un instant nos rivages Autrefois habités par des hordes sauvages, Craint-il de rencontrer au bord du Saint-Laurent, Armé d'un long poignard, quelque barbare errant? Non, car il nous connaît, admire nos victoires, Aime à venir rêver sur nos fiers promontoires D'où son regard embrasse un féerique tableau, Image suspendue entre le ciel et l'eau! Et lorsqu'il aperçoit la femme canadienne-- Noble coeur, que le ciel nous donna pour gardienne-- Nul autre objet ne peut désormais le ravir, Et son plus grand bonheur serait de la servir! Eh bien, nous qui vivons sous l'attrait de ses charmes, Nous, que sa douce voix console en nos alarmes, Gravissons le Parnasse où fleurissent les vers, Et pour elle cueillons mille bouquets divers. Ne disons pas de mal contre les autres femme, Elle nous cribleraient de fines épigrammes! Rimer en leur honneur, tel n'est pas mon désir, A leurs bardes je laisse aisément ce plaisir... La femme canadienne: oh! quel nom poétique! Et comme il fait vibrer l'âme patriotique! Sulte, Poisson, Fréchette et Legendre ont chanté Tour à tour sur leur luth ce nom si respecté!
Blonde ou brune, ses yeux brillant d'intelligence Eclairent sa figure aux traits pleins d'indulgence; L'incarnat de sa bouche aux roses fait affront L'éclat de ses cheveux pare son joli front; En un mot, d'une reine elle a l'air, l'élégance! Incapable de vivre au sein de l'ignorance-- N'ayant pour cet état que _glace et que froideur_-- Son esprit au travail se livre avec ardeur, Tourmente la science, et, durant des années, Recueille des moissons de choses raisonnées. Un matin, franchissant la porte du couvent, Instruite et graduée, elle dit: en avant! Travaillant derechef sous le toit domestique, Elle acquiert un art agréable et pratique.
Modestie, ô sublime et trop rare vertu! Où donc te retrouver? dis-nous, où loges-tu? Dix mille voix pourraient me répondre, attendries: Elle est dans tous les coeurs de vos femmes chéries. Silence, il ne faut pas blesser l'humilité; Taisons sur ce sujet, même la vérité, Et que sa modestie envahisse notre âme!
Douce autant que modeste, elle souffre le blâme Ou parfois le relève avec habileté-- Unissant la finesse à la franche gaîté-- Chasse de nos foyers la folle zizanie Et fait régner partout la joie et l'harmonie.
C'est pour elle un bonheur d'assister l'indigent, Hélas! abandonné par le riche souvent. Au chevet du malade, elle accourt la première, Ramène l'espérance au seuil de la chaumière, Inculque dans l'esprit des jeunes et des vieux Tout principe qui doit rendre l'homme pieux. Aux kermesse du pauvre, elle dresse la table, Badine en déployant un courage indomptable; Le riche avec plaisir lui donne à pleine main; Et grâce à son bon coeur, le pauvre aura du pain! Honneur lui soit rendu! car aux jours de souffrance, Escortant le superbe étendard de la France, Riante, elle volait toujours au premier rang. Offrant à son pays son courage et son sang... Ils ne sont plus ces jours où l'humble Canadienne Quelquefois ripostait à la balle indienne. Un autre saint devoir occupe son esprit: Enseigner à ses fils la loi de Jésus-Christ!
Sa voix--sa douce voix à nulle autre pareille-- Inspire le respect et charme notre oreille; L'orateur, le poète et le vieil érudit Ecoutent cette voix que ma muse applaudit... Pour savoir la raison du respect qu'elles inspire, Allons consulter ceux qui sont sous son empire, Et tous nous répondront avec de fiers accents: Nous savons que son coeur est pur comme l'encens! Qui de nous oserait contester à cet être Une telle vertu, la plus grande peut-être? Il serait, celui-là (j'en appelle au lecteur) Honni de tous les siens comme un vil imposteur! Oui, la Canadienne est l'honneur de notre race; Nous sommes très heureux de marcher sur sa trace. Or, le vingt-quatre juin, dans le temple avec nous, Recueillie en son âme, elle prie à genoux. Après avoir longtemps, pour sa chère patrie, Imploré les faveurs de la Vierge-Marie, Triomphante, elle vient voir ses fils, orgueilleux, Déroulant des combats les drapeaux glorieux! Elle les suit des yeux, à l'ombre de l'érable. Sourit à leur bonheur qui semble inénarrable. Ils sont heureux vraiment ces rejetons gaulois, Défenseurs, au besoin, du pays de ses lois! Oh! Dieu, qu'elle est contente et qu'elle est empressée! L'amour de la patrie enflamme sa pensée! Elle voudrait pouvoir--bénissant le Seigneur-- S'élancer dans les rangs, marcher avec honneur! Ah! mais la convenance (arbitre tyrannique Voulant que l'homme seul, sur ce sol britannique, Ait droit de s'affirmer à la face des cieux), Interdit à la femme un rôle aussi pieux. Tandis que nous faisons ce doux pèlerinage, Cher au pauvre artisan comme au grand personnage, Optant pour sa demeure, elle y vole... et bientôt N'a plus pour la patrie une pensée, un mot! Non! car elle contemple une enfant caressante: Une enfant pour son coeur vaut la patrie absente... L'on exalte partout son hospitalité, Autant que ses vertus et sa noble beauté; Car son logis (parfois une humble maisonnette Abritant une blonde ou gentille brunette), Ne saurait contenir ceux qui veulent, le soir Avides de bonheur, à son foyer s'asseoir. Déesse par la grâce et par la courtoisie-- Ignorant du flatteur la tendre hypocrisie-- Elle sait plaire à tous; même les inconnus Ne l'approchent jamais sans être bien venus. Nos ancêtres, comme elle, abhorraient l'étiquette Et savaient s'amuser à la bonne franquette. Ils modulaient gaîment et redisaient en choeur Les modestes refrains qui font battre tout coeur:
_Vive la Canadienne, Vole, mon coeur, vole!_ etc.
La femme canadienne à pour titre de gloire Une fécondité que vantera l'histoire: Immense privilège offert par l'Éternel A celle qui comprend le devoir maternel.
Utile à son pays, cette mère admirable Remplit au Canada son rôle incomparable Avec un héroïsme inflexible, enchanteur, Inspiré par l'amour divin du Créateur. Tendre pour ses enfants, mais tendre sans faiblesse-- Désirant éloigner le vice qui les blesse-- Rébecca d'un autre âge, elle veille sur eux, Et fait naître en leur coeur des germes vigoureux... Ses enfants ont prouvé déjà qu'ils sont des hommes; Soldats, prêtres, tribuns, artisans, agronomes, En mille endroits ils ont--je le dis fièrement-- Défendu notre honneur en luttant vaillamment. Et de nos jours encore, ils combattent ensemble Sur un autre théâtre où la foi les rassemble. Adorant l'Éternel, ils défendent ses droits, Unissent leurs talents dans des combats adroits. Touché de leur amour, Dieu les immortalise En voulant que l'un d'eux soit prince de l'Église...[8] Louons la Canadienne! exaltons sa beauté. Sa gloire, ses vertus et son urbanité!
[Note 8: Son Éminence le cardinal E.-A. Taschereau.]
Juin 1889.
A MES POÉSIES