Les voix intimes: Premières Poésies
Chapter 6
La mort, sans préférence, enlève aux deux armées Des hommes de valeur, que dis-je? des héros! Elle n'a pas d'égard pour leurs jeunes années, Non! comme les blés mûrs ils tombent sous sa faux!
O mort, cruelle mort! pour assouvir ta haine, Tu fais couler à flot le sang de tous ces preux; Tu plonges à la fois dans le deuil et la peine Des mères au coeur d'or et des enfants heureux! Ils n'ont plus de soutien, ils n'ont plus d'espérance! Ah! qui donc désormais leur donnera du pain? Qui les consolera quand l'amère souffrance Posera sur leur front sa redoutable main?...
Mais la mort ne dort pas, au contraire elle veille Et moissonne à son gré les faibles et les forts: _On a beau la prier_, elle n'a point d'oreille Pour écouter nos voix, nos douloureux accords... Elle épargne à présent les soldats de la Prusse Et frappe les Français qui luttent vainement; Ceux-ci vont succomber, quand Ducrot, plein d'astuce, Sous le dôme d'un bois les place adroitement. Le pauvre général a la douleur dans l'âme: Six cents vingt-deux des siens sont au nombre des morts! Que faire? va-t-il fuir? Non! ce serait infâme, Et partout le suivrait la honte et le remords... Mais il devra lutter, hélas! sans espoir même, Car les Prussiens à peine ont perdu cent soldats. «N'importe! je mourrai pour la France que j'aime, Dit-il: un Français meurt, mais il ne se rend pas...» Il crie à ses héros: «Quittons notre retraite Et derechef allons au poste de l'honneur: Impossible pour nous d'éviter la défaite; Prouvons donc aux Prussiens que nous avons du coeur!»
La résignation brille sur la figure De ces braves soldats luttant vingt contre cent; Mais personne ne jette une plainte, un murmure, Ils ont déjà juré de répandre leur sang!
Le général alors à leur tête se place En leur disant: «Soldats, imitons nos aïeux; Lorsque des ennemis s'emparaient d'une place, Ils les en délogeaient, eh bien, faisons comme eux!» Sur ce, l'oeil enflammé, le voilà qui s'élance, Vers la vaste clarière où règnent les Teutons; Il y parvient bientôt trompant leur vigilance, Et fait pleuvoir sur eux le fer de ses canons.
Les Allemands, surpris d'une attaque aussi rude, Ne peuvent tout d'abord riposter à ce feu; Mais leur général parle, et sa ferme attitude Leur donne du courage et les rassure un peu. Puis un combat nouveau, gigantesque, commence; Ces puissants ennemis ne se ménagent pas. On dirait, à les voir, qu'ils sont pris de démence, Tant ils semblent contents s'affronter le trépas. Balles, boulets, obus tombent comme la grêle; Une épaisse fumée aveugle les soldats; Aux plaintes des blessés, la trompette entremêle Sa larmoyante voix, aussi triste qu'un glas. Les Français luttent bien. Le bruit de la mitraille, Loin de les effrayer, augmente leur ardeur; Ils veulent à tout prix gagner cette bataille Que renferme pour eux le salut et l'honneur! Mais, qu'est-ce? entendez-vous les hourras frénétiques Qu'ils poussent vers le ciel en combattant toujours? Ils viennent de ravir aux sujets germaniques Douze ou treize canons aux énormes contours! Alors les Allemands, le front chargé de rage, Font mine d'avancer sous le feu des Français, Mais en vain! car ceux-ci redoublent de courage Et leur font essuyer un nouvel insuccès!
Ducrot observe tout. Il voit parmi ses braves Un homme culbuter à lui seul maints Prussiens, Leur infligeant à tous de ces blessures graves Que ne peuvent guérir les savants chirurgiens; Car ceux qui sont tombés sous sa fatale étreinte Sont là, sans mouvement, sur le terne gazon, La poitrine brisée et la prunelle éteinte, Mêlant leur dernier râle à la voix du canon! Mais ce chanceux tireur que l'héroïsme guide, Pourra-t-il résister aux coups des ennemis? Regardez-le: de sang sa tunique est humide; N'importe! il lutte encore, les membres tout meurtris! Puis, ô bonheur! il voit que l'ennemi recule; Il avance à la course avec ses compagnons, Poursuivant les fuyards les tuant sans scrupule, Comme on écraserait du pied des moucherons!... Tout à coup il terrasse un soldat héroïque Qui vient de dérober aux Français un drapeau; Il arrache au voleur cette belle relique, Plus pure à ses regards que le cristal de l'eau!
Quel est donc ce héros à la fière encolure Que Bellone a chargé des lauriers du vainqueur? Examinez les traits de sa noble figure, Et vous reconnaîtrez le forgeron Francoeur!... Les malheurs ont blanchi ses beaux cheveux d'ébène Et creusé sur son front un glorieux sillon; Blessé, mais non soumis, il est semblable au chêne Qui résiste longtemps aux coups du bûcheron... Il baise avec amour le drapeau de ses pères, Après l'avoir pressé tendrement sur son coeur; Et, sans respect humain, récite des prières Que sa famille, au ciel doit répéter en choeur!
L'ardeur chez les Prussiens semble un instant renaître, Car leur mitraille gronde encore avec éclat; Mais, d'un coup d'oeil, il est aisé de reconnaître Que c'est le désespoir qui les pousse au combat.
Ducrot veut balayer ces bandes étrangères Qui croyaient par leur nombre effrayer les Français: «Braves soldats! chassez ces infâmes vipères Pour qu'elles n'osent plus nous troubler désormais...»
Pierre alors se redresse et prend sa carabine, De l'échec de la veille il veut venger l'affront. Ciel! soudain son bras tremble et sa tête s'incline: Il vient de recevoir deux balles dans le front!
Il tombe sur le sol, théâtre de sa gloire, Ce modeste artisan que rien n'intimida, En murmurant ces mots que je livre à l'Histoire: Adieu, France chérie! Adieu, beau Canada...
1er février 1887.
SONNETS
MONTRÉAL
A M. LOUIS FRÉCHETTE
Bâtie au pied d'un roc à l'aspect grandiose, Et que Jacques Cartier appela _Mont-Royal_ Cette belle cité, que le Pactole arrose, Attache le progrès à son char triomphal.
Le commerce fleurit où fleurissait la rose, Car il a détrôné le règne végétal; La voix de la vapeur--moderne virtuose-- Fait retentir les airs d'un hymne magistral.
Là vit dans l'harmonie un peuple hétérogène Dont les fils, chaque jour, descendent dans l'arène Au seul mot d'industrie ou de prospérité.
Ils rêvent d'établir sur ce sol historique Une ville prospère, heureuse, magnifique, Et ce beau rêve touche à la réalité!
1er mars 1889.
QUÉBEC
A M. NAPOLÉON LEGENDRE
Assise sur le haut d'un vaste promontoire D'où le regard embrasse un féerique tableau, La ville de Québec semble du territoire Être la sentinelle ou le porte-drapeau!
Ses vieux murs délabrés, qui faisaient notre gloire, Tombent de jour en jour sous les coups du marteau; N'importe! elle progresse, et son nom dans l'histoire N'en brillera pas moins d'un éclat pur et beau!
Elle a dormi longtemps; la voilà qui se lève! Un pont traversera, de l'une à l'autre grève, Le cours majestueux du large Saint-Laurent.
De superbes palais embelliront ses rues; Des hôtels dresseront leurs dômes dans les nues; Et l'immortel Champlain aura son monument!
1er mars 1889.
ROSE FANÉE
L'autre soir, en ouvrant quelques feuillets de prose Cachés sous la poussière et jaunis par le temps, J'en vis rouler à terre une petite rose Qui me rappela l'heure où j'avais dix-sept ans.
A sa tige pendait un bout de satin rose Où j'aperçus le nom d'un ange aux traits charmants Qu'autrefois j'adorai mais, fleur à peine éclose, La mort vint la cueillir à quatorze printemps...
Je priai ce soir-là--le coeur plein de tristesse-- Pour celle qui dora l'aube de ma jeunesse Des rayons les plus purs des plaisirs et des ris...
Depuis, un autre amour a germé dans mon âme, Et je vois tous les jours sa bienfaisante flamme Illuminer le coeur de mes enfants chéris.
1er juin 1889.
A M. E. AUBÉ, JOURNALISTE
A l'occasion de son mariage.
Au banquet de l'hymen le seigneur te convie; Accepte avec fierté, jeune homme, cet honneur. Un ange d'ici-bas te consacre sa vie, Son amour, ses secrets, ses espoirs de bonheur!
Il faut se marier! C'est bien là ce qu'envie Tout être raisonnable et doué d'un bon coeur; Mais, dans ce siècle où l'âme à l'or est asservie, Trop de femmes, hélas! ne rêvent que grandeur!...
Sois heureux! sois heureux dans ton humble ménage! Chasse loin les doucis, et que pas un nuage N'assombrisse un instant le ciel de tes amours!
Dieu te donne aujourd'hui--récompense ineffable-- Une épouse au coeur d'or, intelligente, affable, Qui fera de ta vie un tissu de beaux jours!
Juillet 1881.
A L'AMIRAL THOMASSET
DE LA «MAGICIENNE»
Va sur le Saint-Laurent, ô ma muse chérie, Offrir un humble hommage aux marins valeureux Qui viennent sur nos bords, l'âme toute attendrie, Pour voir ce beau pays fondé par leurs aïeux!
O muse, ne crains pas d'être mal accueillie, Les Français sont toujours courtois et généreux; S'ils s'arment quelquefois du dard de l'ironie, Ce n'est que pour punir les sots, les orgueilleux.
Dis-leur que, sur le sol de la libre Amérique, Deux millions de coeurs, à la trempe énergique, Ont promis aux Français un éternel amour;
Et dis-leur que, malgré l'épreuve et la souffrance, La haine des tyrans et l'oubli de la France, Ils n'ont voulu trahir leur promesse un seul jour!
1er août 1878.
A M. P.-C. BEAULIEU
RÉPONSE
Oh! qu'ils sont beaux ces jours où la sainte espérance Entonnait dans mon âme un chant plein de douceur! Mon rêve se brisa, je connus la souffrance Et pleurai, mais en vain, ces moments de bonheur...
Berthe vivait pour moi; j'avais sa confiance. D'un amour grandissant nous goûtions la saveur; Le prêtre allait bientôt bénir notre alliance, Mais Berthe un soir partit pour un monde meilleur!
Je souffre maintenant--oui, je souffre en silence-- Et pourtant je bénis l'austère Providence Qui me versa l'absinthe et lui tendit le miel!
Je garderai toujours, mon ami, souvenance De celle qui dora longtemps mon existence Et brille désormais dans les splendeurs du ciel!
Avril 1880.
LE LAC BEAUPORT
A. M. M. PELLETIER
J'aime à te contempler, ô lac, que la nature A placé dans un lieu poétique et charmant! J'aime à voir tes flots noirs refléter la ramure Des pins que le zéphyr agite mollement!
Et je songe que là, dans leur retraite obscure, Les Hurons, autrefois, vivaient paisiblement; Mais sur tes bords mon oeil ne voit plus la figure D'un seul de ces héros: ils sont morts vaillamment...
Que de fois, ô beau lac, après une victoire, Les Hurons revenaient, le front chargé de gloire, Reposer près de toi leur membres tout meurtris;
Et, que de fois aussi, l'humble missionnaire, Portant pour bouclier la croix, le scapulaire, Allait y consoler ces malheureux conscrits!
1er août 1880.
A MONSIEUR C...
Depuis deux ans, poète à l'âme tendre, Ta lyre d'or a suspendu ses chants. Souffrirais-tu? Mais l'oiseau fait entendre Dans la douleur des murmures touchants.
Ton noble coeur doit pouvoir se défendre Du désespoir et des chagrins cuisants. Tous nos pensers, tu le sais, doivent tendre Vers le séjour du Maître des puissants.
Sois courageux! car c'est dans la souffrance Que nos aïeux retrempaient leur vaillance Quand ils luttaient pour la foi du chrétien!
Oui, chante encor: ta voix mélodieuse Fera connaître à la France oublieuse Les grands exploits du peuple canadien!
8 septembre 1885.
RÉPONSE
L'autre jour, en passant, je vis dans le vallon Une harpe au rameau d'un arbre suspendue; Le soleil lui versait comme des jets de plomb, Et nul vent ne touchait sa corde détendue.
Un silence de mort pesait sur l'étendue, Mais soudain un zéphyr, caché dans un buisson, S'en vint tourbillonner sur la harpe éperdue, Et l'instrument divin rendit encore un son.
Ami, mon luth gisait, frappé par la souffrance; Dans son désert brûlant nul souffle d'espérance Ne caressait mon coeur navré par les chagrins.
Mais hier votre muse, harmonieuse brise, Effleura de son vol ma lyre qui se brise. Et je fredonne encor mes modestes refrains! C...
15 septembre 1885.
LE PRINTEMPS
A M. PIERRE-GEO. ROY, DU «GLANEUR».
Le givre a disparu. L'oiseau dans la ramée Exhale vers le ciel ses chants mélodieux; L'aurore verse à flots sur la rose embaumée Comme des perles d'or, les charmes de ses yeux.
C'est le printemps vermeil; la brise parfumée Mêle au bruit du ruisseau son murmure joyeux; Dans les bosquets en fleurs, l'abeille, ranimée Bourdonne en butinant le miel délicieux.
O résurrection de la grande nature! Doux printemps, j'aime à voir ta riante verdure Dérouler sur le sol son tapis de velours!
Quand tu brilles, le front du malheureux se dresse; Les coeurs, jeunes ou vieux, tressaillent d'allégresse, Et d'une même voix célèbrent les beaux jours!
Mai 1891.
A L'AUTEUR
Oui, puisqu'il plût à Dieu de te faire poète, Courage donc, jeune homme, au front plein de fierté! Et, malgré les clameurs de la foule inquiète, Redis-nous plus souvent tes chants de piété.
Chante aussi nos forêts, notre rive coquette, La jeunesse, l'amour et les beaux soirs d'été; Exalte les grands noms que l'Histoire répète, Célèbre les aïeux, chante la liberté!
Chante avec les ruisseaux, les oiseaux et la brise. Rappelle-toi toujours que l'art nous civilise Et fait naître l'espoir dans tout coeur ulcéré.
Souviens-toi que chacun se doit à sa patrie, Et que l'homme oubliant son talent, son génie, Est indigne d'avoir au front ce feu sacré. W... Août 1877
RÉPONSE
Penser avant d'écrire est un principe exprès: Il est trop d'écrivains qui ne pensent qu'après...
Ayant ces deux beaux vers gravés dans la mémoire, Je devrais, n'est-ce pas? en faire mon profit; Mais le désir d'écrire, hélas! parfois me fit Oublier ce conseil d'un écrivain notoire!
Dis ton _mea culpa_, car tes vers m'ont fait croire Que j'étais un poète et même un érudit... Alors, ai-je besoin de me creuser l'esprit Avant d'écrire? oh! non--pour d'autres cette histoire...
Soudain je m'aperçois que ma vilaine lyre Ne rend que des sons creux... Allons, avant d'écrire, J'aurais dû, mon ami, penser et repenser!
Désormais je mettrai ce précepte en pratique, Ainsi je serai moins mordu par la critique Dont la terrible dent ne cherche qu'à blesser!
Août 1877.
A L'AMIRAL CAVELIER DE CUVERVILLE
Lu à l'amiral par une orpheline des Soeurs de la Charité.
Notre âme a tressailli de joie et d'allégresse, O pieux amiral, quand notre bon pasteur Nous a transmis ces mots, doux comme une caresse: «La France vous envoie un noble visiteur!»
Nous connaissions déjà les vertus, la tendresse De l'ange dont Veuillot parle en admirateur;[6] Vous avez hérité de sa grande sagesse, Puisque votre France est celle du Sacré-Coeur!
Ah! nous l'aimons aussi votre admirable France! Son nom est buriné dans le coeur de l'enfance Et brille en lettres d'or sur tous nos monuments.
Par elle nos aïeux se sont couverts de gloire; Or comment voulez-vous qu'en lisant leur histoire, Nous n'aimions pas la mère autant que les enfants...
19 août 1891.
[Note 6: Madame de Cuverville, mère de l'amiral.]
UN NOM GLORIEUX
A MES PETITS ENFANTS
_Rosa mystica._
Il est un nom que tout chrétien vénère Et qu'il apprend à chérir au berceau, Un nom qui brille au ciel et sur la terre, Dans la cité, comme dans le hameau.
Un nom puissant qui calme l'onde amère Et mène au port le fragile vaisseau, Nom glorieux que des hommes de guerre, En lettres d'or, mettent sur leur drapeau!
Et ce grand nom, c'est le vôtre, ô Marie! Nom que redoute et respecte l'impie Et que, parfois, il invoque à genoux...
Que votre nom, ô mère virginale! Soit le dernier que notre bouche exhale Quand s'ouvrira l'éternité pour nous!
1er mars 1892.
HYMNES, ROMANCES ET CHANSONNETTES
LA CRÈCHE DE NOËL [7]
Musique de M. N. Crépault
I
L'âpre saison déroule sur la terre Son lourd manteau de neige et de frimas; Le vent du soir soupire avec mystère Dans la ramure où brille le verglas. Il est minuit. Le carillon du temple Jette aux échos un hymne triomphant, Et le chrétien, à deux genoux, contemple (bis) Avec amour un adorable enfant (bis).
[Note 7: Dédié au révérend M.F.-H. Bélanger, curé de St-Roch, Québec.]
II
Il est plus grand que tous les rois du monde, Plus radieux que l'astre universel, Plus éloquent que la foudre qui gronde, Plus pur et saint que les anges du ciel! Et cependant, il est né sur la paille; Son divin corps éprouve des douleurs... Que l'univers d'allégresse tressaille, (bis) Car cet enfant rachète nos malheurs! (bis)
III
Au front du ciel une étoile rayonne, Guidant les pas des rois les plus puissants Qui vont offrir--en guise de couronne-- Au nouveau-né l'or, la myrrhe et l'encens! Allons chrétiens, à l'exemple des Mages, Nous prosterner devant le Rédempteur! Adressons-lui nos vertueux hommages (bis) Et redisons: Gloire au Libérateur! (bis)
Décembre 1887
LA CANADIENNE
Sur l'air de: «La Huronne»
I
Ravissante est la Canadienne Avec ses yeux pleins de douceur, Son teint rosé, son port de reine, Qu'admire le fin connaisseur. En robe de soie ou d'indienne, Elle plaît toujours au galant! Chantons l'aimable Canadienne, (bis) Amis, dans un joyeux élan! (bis)
II
Jadis, sur le champ de bataille, Elle cueillit plus d'un laurier, Et de nos jours elle travaille A maintenir l'ordre au foyer; De notre foi c'est la gardienne, Le champion ferme et vaillant. Chantons l'aimable Canadienne, (bis) Amis, dans un joyeux élan! (bis)
III
Regardez-là dans une fête Rire et parler avec chaleur, Puis souvent faire la conquête De celui qu'elle a pour causeur! On la proclame _magicienne_, Certes, c'est bien l'équivalent... Chantons l'aimable Canadienne, (bis) Amis, dans un joyeux élan! (bis)
IV
Charitable autant que gentille, Elle visite le réduit Où le feu rarement pétille, Où le bonheur jamais ne luit! Et l'or de cette humble chrétienne Sèche les pleurs de l'artisan... Ah! oui, Chantons la Canadienne, (bis) Amis, dans un joyeux élan! (bis)
Janvier 1881.
AUX RAQUETTEURS DE SHERBROOKE
Air: «Hiouppe! Hiouppe! sur la rivière, etc.»
I
Sherbrooke, c'est la ville Où la franche gaîté Sur tous les fronts scintille, L'hiver comme l'été.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
II
L'on vante sa largesse, Son hospitalité, Sa grande politesse Et son urbanité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
III
Ses habitants s'amusent Avec moralité, Mais jamais ne refusent De boire une santé!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
IV
Ils aiment la raquette Puis savent la porter; Leur gentille toilette Fait plus d'un coeur sauter.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
V
Ils sont déjà quarante, A part le comité, Et compteront soixante Avant la Trinité!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
VI
Car toute la jeunesse Désire _raquetter_; Elle comprend l'ivresse Qu'on éprouve à trotter.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
VII
Et, bravant la tempête, Le froid, l'humidité, Elle dit et répète: Courir, c'est la santé!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
VIII
Honneur à la raquette A son ancienneté, A sa forme coquette, A son utilité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
IX
Ce soulier poétique Fut jadis inventé, Sur le sol d'Amérique Par un homme futé!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
X
Il légua son ouvrage A la postérité, Qui, depuis d'âge en âge, L'a toujours imité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XI
O raquette, nos pères Aiment à te porter; Ils ne te laissent guères Qu'un instant pour lutter!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XII
Et nos bons missionnaires, Prêchant la vérité, Sur raquettes légères Ont mainte fois monté.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XIII
Nous sommes de leur race: C'est là notre fierté! Comme eux, fendons l'espace Avec agilité!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XIV
Que le vieux et le jeune Exempts d'infirmité, Se présentent sans gêne Devant le comité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
XV
Nous leur disons d'avance: Vous serez acceptés. Car les fils de la France Par nous sont bien traités!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Chantant la chansonnette, Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette Nous ne fatiguons pas!
CHANT D'ADIEU
Musique de M. N. Crépault.
Entendez vous ce glas, sombre harmonie Qui cause à l'âme un douloureux transport? C'est le sanglot d'un frère à l'agonie Qui lutte en vain contre l'avide mort!
Naguère au banquet de la vie Il renaît place avec honneur, Et sa figure épanouie Semblait refléter le bonheur.
Ivre d'amour et d'allégresse, Il savourait mille désirs, Quand soudain la mort vengeresse Vint mettre un terme à ses plaisirs!
En lui dérobant la lumière La mort lui dit en triomphant: «Ton corps deviendra la poussière Que foule le pied du passant!
«Avant que tes lèvres soient closes Fais entendre ce dernier cri: Adieu, plaisirs et rêves roses! Adieu, monde que j'ai chéri!»
Mais une voix enchanteresse Lui glisse à l'oreille ces mots: «Je suis la grâce et la tendresse, Je soulage et guéris les maux.
«Regrette et confesse tes crimes; Combats Satan avec fierté; Je donne aux âmes magnanimes La bienheureuse éternité!»
Ah! chrétiens, prions pour ce frère Qui nous a dit un triste adieu, Et croyons que notre prière Attendrira le coeur de Dieu!
Entendez-vous les sons mélancoliques Que l'orgue mêle au glas mystérieux Joignant nos voix à ces voix angéliques, Pour notre frère intercédons les cieux!
Novembre 1882.
BLANCHE, TE SOUVIENT-IL
Musique de M. Édouard Vincelette.
I
Te souvient-il de ces jours éphémères Où le bonheur dorait notre chemin, Où nous causions sous les yeux de nos mères, Coeur près du coeur, et la main dans la main? En souriant, tu m'appelais ton frères; Je te nommais avec plaisir ma soeur. Puis un matin--réminiscence amère-- Tu me laissas en proie à la douleur... Blanche te souvient-il? Blanche te souvient-il?
II
Tu t'envolas vers la rive de France, En me disant: «Je ne t'oublierai pas; J'adoucirai ta brûlante souffrance En t'écrivant quand je serai là-bas!» Et je suivis des yeux la blanche voile Qui t'emportait dans le lointain brumeux; Je priai Dieu d'allumer cette étoile Qui mène au port le voyageur heureux. Blanche te souvient-il? Blanche te souvient-il?
III
Tu m'avais dit qu'avec les hirondelles Tu reviendrais pour ne plus me quitter... Le printemps brille, et les oiseaux fidèles Sont revenus sous mon toit s'abriter. Toi seule, hélas! ô ma tendre colombe, Ne voles pas à mon parterre en fleur; Le ciel a-t-il ouvert pour toi la tombe, Ou bien le temps a-t-il fermé ton coeur?... Blanche te souvient-il? Blanche te souvient-il?
Juin 1883.
CHANT DU CLUB DE RAQUETTE «LE FRONTENAC» de Québec
Musique de M. Joseph Vézina.
I
Nous subissons comme nos pères, Sans murmurer, le poids du jour; Mais nous aimons, joyeux compères, Sur la raquette à faire un tour! Alors nos coeurs pleins d'allégresse Vibrent toujours à l'unisson; Et, sous le froid qui nous caresse, Nous redisons notre chanson!
REFRAIN: