Les vies encloses

Chapter 5

Chapter 53,031 wordsPublic domain

La fumée a monté des toits languissamment Pour aller dans le ciel rejoindre une nuée Où, pensive, elle s'est comme continuée... Ô nuée, amarrée au fond du firmament! C'est un calme navire, une île irrésolue Que des alluvions de fumée ont accrue... Et le vent léger joue en ce jardin changeant Tantôt s'élargissant et tantôt s'allongeant, Nuée inconsistante, à peine située... Mais la fumée entre dans elle et disparaît; La fumée est la jeune soeur de la nuée, Toute fragile et l'air d'apporter un secret; Or la nuée, en l'accueillant, s'en influence, Car la fumée est gaie ou sévère, suivant Qu'elle sort d'une auberge ou monte d'un couvent; La nuée, à son tour, en change de nuance Et quand nous la voyons rose ou grise ou tout or C'est qu'en elle est entrée une fumée en fuite, Lui racontant: récit d'amour, récit de mort, L'histoire des foyers qui par l'âtre s'ébruite.

VI.

L'aube a déchiré l'ombre et commence d'éclore, D'un mauve de prélude enflé jusqu'au lilas; S'étant taillé des nuages en falbalas, Elle se décolore, elle se recolore. Alors c'est le miracle opéré comme un jeu: Le ciel est tout à coup une plaine de brume; Une église à vitraux qu'un peu d'encens enfume; Le ciel est un bûcher de lis qui sont en feu; Dans des tulles en fleur, le jour naissant s'infuse; Puis il descend du ciel une fraîcheur d'écluse... Et, comme l'eau tombant qui s'engendre de soi, Des vapeurs ont jailli par chutes graduées, Telle une cataracte aux liquides nuées. L'horizon se recueille, un moment se tient coi, Mais voici qu'à nouveau la jeune aube irradie; Elle achève la nuit sous sa clarté brandie Et tend dans l'air de clairs tissus en espalier; La lune, au fond, se dédore comme une icône. Quelle chimie en fièvre a su multiplier Ces affluents de rouge et ces halos de jaune Comme si l'aube avait délayé l'arc-en-ciel?

Explosion de la jeunesse! L'aube exulte, Puis se calme; et bientôt, assagie, elle sculpte Des nuages dans l'or uni d'un ciel de miel!

VII.

Dans les ciels de Toussaint la pluie est humble et lente! Maladive beauté de ces ciels où des fils Ont capturé notre âme en leurs réseaux subtils, Écheveau qu'on croit frêle et qui nous violente! Quel remède à l'ennui des longs jours pluvieux? Et comment éclaircir, lorsqu'on y est en proie, Le mystère de leur tristesse qui larmoie? Sont-ce les pleurs du ciel -- pleurés avec quels yeux? Sont-ce les pleurs du ciel -- en deuil de quelle peine? Car la pluie a vraiment une tristesse humaine! Pluie éparse. Elle nous atteint! C'est comme afin De nous lier à sa peine contagieuse. Elle s'étend dans l'atmosphère spongieuse Et, grise, elle renaît d'elle-même sans fin. Pluie étrange. Est-ce un filet où l'âme se mouille Et se débat? Est-ce de la poussière d'eau? Ou l'effilochement fil à fil d'un rideau? Est-ce le chanvre impalpable d'une quenouille? Ou bien le ciel a-t-il lui-même des douleurs Et pleut-il simplement les jours que le ciel pleure? Alors tout s'élucide: attraction des pleurs! La pluie apporte en nous les tristesses de l'heure; Insinuante, jusqu'en nous elle descend; Elle cherche nos pleurs et va les accroissant, Ô pluie alimentant le réservoir des larmes! Inexorable pluie! Apporteuse d'alarmes! Nous n'en souffrons si fort que pour prévoir un peu Qu'après la pluie et les heures sombres enfuies, Même lorsque le ciel sera de nouveau bleu, Il nous faudra plus tard pleurer toutes ces pluies.

VIII.

Le soleil monte et brûle au haut du ciel d'été. Comment subir ses feux, son or diamanté, Luxe aveuglant d'un grand Saint Sacrement solaire? Or voici çà et là le reposoir paisible D'une nuée aux plis ombreux d'étoffe claire; Grâce à ces frais abris, l'azur est accessible: Jardins disséminés aux quinconces de neige, Grottes de ouate et de mousseline bouffante, Éventails de duvet dont le ciel chaud s'évente.

Ô nuages, frais comme les nus du Corrège Et bombant, eux aussi, des croupes nonchalantes; Fraîcheur des chairs, celle des eaux, celle des plantes, Tout ce que l'Univers a de frais s'y résume! Dans les immensités par le soleil chauffées Ils sont de bons relais, des oasis de brume, Des étapes aux rafraîchissantes bouffées...

Ainsi les plans divins sont bien harmoniés! Que ferait le désert sans le frais des palmiers? Et que ferait l'azur s'il n'était versatile Avec, sans cesse, un nuage qui le ventile?

IX.

La lune m'a hanté d'un paysage blanc, Pays immaculé dont la candeur enjôle, Terre anormale et qui scintille en assemblant Un climat d'île chaude et la blancheur du pôle. Unanime blancheur: des rivières de lait, Tout opaques, que ne maquille aucun reflet; Rien que des lis, sans papillon qui les obsède; Des collines d'une neige qui serait tiède; Des roseaux écorchés dont la moelle est à nu Pour avoir l'air dans l'air d'une moisson de cierges. Ô lune! pays blanc d'où je suis revenu, Fou d'avoir traversé votre dortoir de vierges!

X.

Torpeur de certains soirs à la fin de l'été! Le ciel brûle, il est en fièvre, rouge et livide! Il est mélancolique et plein d'anxiété Comme, après la musique, un jardin qui se vide. L'aspect en change à tout instant -- telle la mer; Mais le ciel est solide; on dirait une chair Que tourmente à cette heure une pensée impure, Délire de malade et cauchemar du soir. L'astre, comme une plaie, au bas du ciel, suppure... Qu'est-ce qui va venir et qu'est-ce qu'on va voir? Le ciel de plus en plus est tragique; il bouscule Les nuages, comme un fiévreux ses oreillers; Couchants de l'équinoxe et de la canicule! Ici, des lacs de fiel; là, des rayons caillés Comme du sang; plus loin, des fleurs empoisonnées, Un moutonnement, blanc vert, de brebis mort-nées; Ah! les tragiques soirs! Ciel pestilentiel Qui, plein d'angoisse, a l'air d'un Jardin des Olives, Ou, plein de fièvre, a l'air de vendanges lascives; Ciel d'amour, ciel de mort, ô trop vénéneux ciel, Vénéneux comme le maquillage des pitres... Trouble de ces soirs lourds emplis d'exhalaisons Où l'on se signe, au fond des peureuses maisons, Devant un éclair brusque et qui soufre les vitres!

XI.

Le soleil dans la brume est en convalescence. Va-t-il guérir de la brume tout éphémère? Va-t-il mourir de la brume qui s'agglomère? Il a l'air de quelqu'un qu'on revoit dans l'absence; Il lutte, son visage est exsangue et se fane; La brume s'interpose; elle est si diaphane Que c'est comme un encens anémié qui fume, Que c'est comme une vitre, un écran de fumée Derrière lesquels l'Astre attend sa destinée. Obstacle frêle, dirait-on, que cette brume; Mais pas assez pour que le soleil s'en délivre, Soit le malade, ôté des vitres, qui va vivre...

XII.

C'est fini, la légende enfantine des astres, De les croire vivants, de les songer des lis; La nuit souffre de ses millénaires désastres. C'est fini de rêver le ciel, comme jadis, Un champ bleu qu'une main partiale ensemence; La science le prouve une agonie immense: Soleils mourants dont le décès est calculé; Déserts nus, sans écho; cendre de nébuleuses; Étoiles qui sont des orphelines frileuses; Globes dont le soupir est inarticulé Achevant de périr comme en des léthargies. Ciel qui s'éteint! Vaste hôpital de l'Infini, Où la lune, antique diseuse d'élégies, Semble malade, tant son visage est blêmi; Tels soirs surtout, elle est plus pâle et délayée: On dirait une hostie, au fil du ciel, noyée; On dirait un cadran de tour miré dans l'eau; Lune en exil et que nulle étoile n'escorte; À l'horizon désert, elle a l'air d'être morte, Lune exsangue sur l'oreiller de son halo!

XIII.

Le soir tombe, le vent tiédit, édulcoré Par la calme fraîcheur des pièces d'eau voisines; On sent dans l'air du lilas neuf et des glycines; Tandis qu'un astre vieux, d'or détérioré, Émerge, puis un autre un peu moins incolore. Or les jeunes étoiles ont aussi jailli; Alors, honteux du premier astre trop vieilli, Voilà le ciel soudain qui le réincorpore!

XIV.

Mon coeur s'est affligé du départ des nuages, Navires indolents, cygnes appareilleurs, Eux qui partent sans cesse et qui s'en vont ailleurs Et vivent la bonne aventure des voyages.

Bohémiens des crépuscules, ils s'en vont, Clairs fichus! Au hasard erre la caravane... Ils sont tout assombris dès que le ciel se fane, Et ce sont les pays traversés qui les font.

Ô petite nuée, au vent, qui se modèle Sur la forme d'un astre ou d'un continent blond Que, dans sa course molle, elle admire en surplomb; Ciel du soir où chaque île a vu sa soeur jumelle!

C'est de toujours partir qu'on est toujours changeant! Beaux nuages, brume frêle qui s'abandonne! Moi je vis comme un arbre -- et me sens monotone... Ah! se quitter enfin soi-même, en voyageant.

Partir! Être le nuage qui se disperse, Qui se livre, docile, au vent, aux tours, aux mâts; Ne vouloir être aussi que selon les climats Et selon la douceur de l'heure qu'on traverse.

Recommencer sa vie en la changeant! Oui, c'est Se refaire une autre âme en face d'autres fleuves; Se sentir toujours neuf devant des roses neuves; S'éveiller chaque jour comme si l'on naissait!

Mais qu'est-ce une autre terre, une autre floraison, Et le temps qui chemine avec d'autres visages? C'est dans soi qu'on peut voir les plus beaux paysages, Faible âme, qu'aimantait ce départ d'horizon!

Le voyage est un leurre; on cesse jour à jour D'être soi, pour changer selon le site et l'heure; Ne vas-tu donc pleurer que si la source pleure, Et ne penser à Dieu que si tinte une tour?

Sois toi-même en restant dans ta maison fermée, Au lieu de devenir un autre à chaque adieu; Bonheur subtil d'orner en soi sa destinée D'un voyage qu'on rêve et qui n'a pas eu lieu!

L'ÂME SOUS-MARINE

I.

Donc on a l'air de vivre et de mirer la vie, Et d'être une eau docile où le couchant s'enflamme, Une eau candide où le matin se clarifie, Comme si l'Univers cessait au fil de l'âme.

Oui! c'est vrai que notre âme est pleine de reflets: Arbres, visages, ciels, maquillant sa surface, Et les astres qui sont comme des feux follets, Et tout ce que la vie à sa surface enchâsse.

Oui! c'est vrai que notre âme au monde se fiance! Mais qu'est-ce de mirer la simple vie humaine Quand, dans ses profondeurs, s'ouvre un divin domaine: Tout le royaume glauque de l'Inconscience.

Qui l'eût prévu sous cette calme nappe d'eau? Voici le gouffre et les richesses sous-marines: Un idéal trop beau, tombé comme un fardeau, Et des rêves, petites algues argentines...

Puis le corail des belles lèvres attendues, Et, par delà des sables d'or, la grotte triste D'un amour trop rêvé qui nulle part n'existe, Et qu'on leurre en aimant quelques pâles statues.

Vaste abîme du fond de l'âme, insoupçonné: Un rêve qu'on croyait mort et qui continue, Des désirs s'ébauchant dans une argile nue, Un orgueil qui, dans l'ombre, est un roi détrôné.

Prolongement sans fin de cette vie occulte: Tout un pavoisement, toute une panoplie; Une espérance un peu vague qui se déplie; Un souvenir ouvrant sa fleur dans l'herbe inculte.

Puis des fièvres roulant leurs vagues de phosphore, Comme si tout le clair de lune était en nous. Quels sont ces péchés noirs que moi-même j'ignore Et qui hantent mon âme avec de grands remous?

Sombre trésor intérieur de mes pensées; Royaume souterrain auquel enfin j'accède; Et cette mer du fond de l'âme, immense et tiède, Où sont des cris et des tendresses renoncées.

Ah! ce que l'âme sait d'elle-même est si peu Devant l'immensité de sa vie inconnue, Sans même le soupçon d'être un abîme bleu Au fond duquel sa Destinée est seule et nue!

II.

Toute une vie en nous, non visible, circule Et s'enchevêtre en longs remous intermittents; Notre âme en est variable comme le temps; Tantôt il y fait jour et tantôt crépuscule, Selon de brefs et de furtifs dérangements Tels que ceux du feuillage et des étangs dormants. Pourquoi ces accès d'ombre et ces accès d'aurore Dans ces zones de soi que soi-même on ignore? Qu'est-ce qui s'accomplit, qu'est-ce qui se détruit? Mais, qu'il fasse aube ou soir dans notre âme immobile, La même vie occulte en elle se poursuit, Comme la mer menant son oeuvre sous une île!

III.

Nous avons nos Limbes obscures Où dorment des projets mort-nés, Comme des enfants sans figures.

Rêves en germe, espoirs aînés, Rosiers trop faibles, lis trop pâles, Avant l'avril déracinés.

Nous avons nos Limbes mentales Où sont des désirs mal éclos, Des fleurs où manquent des pétales;

Jardins obscurs comme un chaos Où des amours non abouties Vivent encor, mais les yeux clos.

Ah! tant d'images décaties! Et tout ce beau froment en vain Qui rêvait d'être des hosties.

Sombre royaume souterrain, Labyrinthe d'inconscience, C'est là qu'on est un peu divin...

Un rêve y dure, un voeu s'élance; Un espoir vit, quoique déçu; Un reflet à l'eau se fiance;

Et cela bouge à mon insu Dans ce clair-obscur de moi-même: Tout un Univers mal conçu,

Et tout des songes sans baptême!

IV.

Nous ne savons de notre âme que la surface! C'est ce que sait, de l'eau, le nénuphar au fil De cette eau; ce que sait, d'un miroir, le profil Qui s'y mire; ah! plonger dans l'étang, dans la glace!

Nous ne savons de notre âme que ce que sait De la mer un enfant qui joue avec la vague; Il suit au loin, dans la brume qui les élague, Les vaisseaux que tantôt leur ombre devançait.

Ah! plonger dans la mer! savoir tout de l'abîme: Les monstres, les coraux, tant de trésors sombrés, Et les zones du fond vertes comme des prés, -- Ce qu'on voyait à la surface est si minime!

Et plonger dans notre âme -- elle est un gouffre aussi -- Pour voir les rêves nus, le combat des pensées, Et les projets qui sont des perles nuancées, Tout le Moi sous-marin dans le cerveau transi.

Pour le plongeur de l'âme y a-t-il une cloche? Ah! oui! descendre au fond de son propre destin, Savoir ce qui se passe en cette mer sans fin, Et démêler tout ce varech qui s'effiloche.

Mais cette vie en profondeur, nous l'ignorons; Ne connaissant de notre âme que la surface, Ce que sait de la mer vaste l'enfant qui passe Et ne voit qu'à fleur d'eau bouger les vaisseaux prompts.

V.

Je rêve de plonger jusqu'au fond de mon âme Où des rêves sombrés ont perdu leur trésor; Je soupçonne qu'il y a là des bagues d'or Et des lingots à faire fondre dans la flamme Pour y couler mon effigie ainsi qu'un roi. Mais à quoi bon descendre en l'âme sous-marine? Surtout ne soyons pas le plongeur qui s'obstine; Laissons plutôt cette richesse sans emploi, Car les profondes eaux de l'âme sont perfides! Peut-être bien qu'au fond du cristal reculé Je trouverais la coupe du roi de Thulé... Mais quel émoi si je revenais les mains vides!

VI.

Nous connaissons si mal notre pauvre âme immense! Elle est la mer, un infini, un élément, Qui ne cesse jamais et toujours recommence; Mais nous n'en savons bien que le commencement.

Notre âme? Elle est aussi la grande Ville Bleue Dont nous avons peur comme des enfants perdus Qui, muets, sans oser dépasser la banlieue, En regardent les toits et les clochers pointus.

Effroi d'entrer dans cette ville, de descendre Dans cette mer; enfin de tout voir et savoir: D'un ancien amour mort, ce qui reste de cendre; Ce qui subsiste de reflets dans le miroir.

On ne connaît qu'un peu de soi, quelques pensées Qu'on croit mener comme un berger bien obéi, Mais c'est la lune, au loin, qui les a recensées Et qui les conduit paître en son jardin bleui.

On ne sait que le bord de l'âme, quelques rêves, Un peu de flots venus au-devant de nos mains; Tandis qu'à l'infini se prolongent les grèves... Des plongeurs ont cherché les trésors sous-marins.

L'âme entend par moments des bruits; elle soupçonne Que c'est sa Destinée en marche à son insu Qui circule parmi la Ville Bleue et sonne Les cloches, pour un deuil qu'elle n'aura pas su.

L'âme présume un peu sa vie intérieure; Elle devine un peu par instants qu'il y a Quelques enfants de choeur, avec leur voix mineure, Qui cheminent dans elle en blancs Alléluia.

Vaste univers qu'elle contient et qu'elle ignore: Tous ces élans, tous ces songes, tous ces essors; Tant de péchés nouveaux, une faune, une flore; Et des vaisseaux, au fond de l'eau, pleins de trésors!

Clair-obscur traversé d'ombres somnambuliques; Désirs s'évertuant à sortir de la mer; Rêves anciens crus morts et devenus reliques; Fruits d'or où fait son oeuvre un invisible ver.

Tant de choses que l'âme aveugle continue: Des rêves qu'elle sent et qu'elle ne voit pas; Une action sans but qui lui reste inconnue Et dont on ne sait qui poursuit le canevas.

L'âme s'effraie! Ah! son trop peu de clairvoyance Devant cet infini dans elle refluant; Et son Entendement dans cette Inconscience Heurte la mer et meurt comme un pauvre affluent!

ÉPILOGUE

Ici toute une vie invisible est enclose Qui n'a laissé voir d'elle et d'un muet tourment Que ce que laisse voir une eau d'aspect dormant Où la lune mélancoliquement se pose.

L'eau songe; elle miroite; et l'on dirait un ciel, Tant elle s'orne d'étoiles silencieuses. Ô leurre de ce miroir artificiel! Apparence! Sérénités fallacieuses!

Sous la blanche surface immobile, cette eau Souffre; d'anciens chagrins la font glacée et noire; Qu'on imagine, sous de l'herbe, un vieux tombeau De qui le mort, mal mort, garderait la mémoire.

Ô mémoire, par qui même les clairs instants Sont douloureux et comme assombris d'une vase; L'eau se dore de ciel; le choeur des roseaux jase; Mais le manque de joie a duré trop longtemps.

Et cette eau qu'est mon âme, en vain pacifiée, Frémit d'une douleur qu'on dirait un secret, Voix suprême d'une race qui disparaît, Et plainte, au fond de l'eau, d'une cloche noyée!

[1] Sic. Probable coquille de l'édition : « de » [2] Sic. Probable coquille de l'édition : « On s'y oublie » [3] Sic. Probable coquille de l'édition : « enlisement » [4] Alexandrin de 13 pieds : probable coquille de l'éditeur. Le vers original doit être : « Avant ce calme octobre, il ne s'appartient guère » [5] Sic [6] Alexandrin de 13 pieds : probable coquille de l'éditeur. Le vers original doit être : « Ah ! ce soleil trop clair, cette lumière neuve ! »