Les vieilles villes des Flandres: Belgique et Flandre française
Part 9
Anvers reprenait le cours de ses prospérités. Quelques secousses encore pendant les grandes guerres et un siège en 1814, rappelèrent les mauvais jours; cela s'acheva après la Révolution belge de 1830 par le siège de la vieille forteresse des Espagnols restée aux mains des Hollandais. Le général Chassé, commandant de la citadelle, bombarda la ville, mais, investie par une armée française, la citadelle capitula en décembre 1832.
L'Hôtel de ville avait été achevé en 1565; incendié lors de la Furie espagnole, il fut restauré ou plutôt réédifié tout de suite après. Anvers n'est pas une de ces grandes communes de la période gothique; c'est une ville de la Renaissance, et son temps de gloire, c'est le seizième siècle. L'Hôtel de ville ne monte pas, il n'a pas de beffroi lancé à l'escalade des nuages et qui s'élève en élan passionné, tout en âme, en imagination fière et joyeuse; c'est un large et ample monument d'une architecture qui ne cherche rien du tout, mais entend jouir commodément des agréments de la vie, de la richesse et du luxe. L'architecture de la Renaissance classique, ce serait, on peut bien le dire sans blasphème artistique, une architecture d'opulent parvenu qui fait bâtir en y mettant le prix, en prenant dans les cartons quelque chose de cossu et de tout fait.
C'est néanmoins un bel édifice, bien proportionné, solidement assis; ses nobles colonnades, le superbe pavillon central en avant-corps pyramidant élégamment, la longue galerie ouverte qui règne en haut, forment un ensemble majestueux, mais il n'y a pas de détails particuliers à chercher et à savourer, de fioritures à caresser particulièrement des yeux ou du crayon comme on en trouve dans tel modeste petit bâtiment de petite cité.
Une fontaine du sculpteur Jef Lambeaux dresse, sur un massif rocheux posé à même sur le pavé de la place, le bon chevalier Brabo en costume du commencement du monde, lançant à toute volée les mains du méchant géant Antigon, étendu mort sur la pente du rocher.
A l'intérieur on voit de nobles salles et d'intéressantes décorations, surtout les belles compositions du grand peintre Leys, l'artiste aux étonnantes reconstitutions, qui faisait si bien revivre les gens, les esprits, les sites, les architectures du Moyen-Age, dans l'atmosphère même du temps, à ce qu'il semble: la joyeuse Entrée de Charles-Quint, le bourgmestre Lancelot d'Ursel haranguant les milices communales sur la Grand'Place, en 1541, au moment de marcher à la bataille, la Régente Marguerite de Parme à Anvers, etc...
La Grand'Place est en train de prendre une physionomie dans le genre de celle de la Grand'Place bruxelloise, avec la restauration ou reconstitution des vieilles façades des maisons de corporations qui la bordent, lesquelles, hélas, avaient été bien abîmées, abandonnées et transformées depuis longtemps. On refait les pignons, on redonne du style aux façades trop dénaturées. Il y a les maisons des Serments ou Corporations, celle des charpentiers, celle des drapiers du seizième siècle, reconstruite après la Furie espagnole, la maison des Tonneliers, la maison de l'Arbalète ou de Charles-Quint, de 1515, la plus haute, six étages et une façade complètement en fenêtres, avec des pilastres décorés, des armoiries; on vient de rétablir au sommet du pignon la statue équestre de saint Georges, patron de la Guilde des Arbalétriers. A côté, s'érige une autre grande façade gothique.
Les rues autour du Palais-Municipal, rue des Serments, rue des Rôtisseurs, à côté de ces pignons nouveaux, sont toutes d'aspect ancien; les hautes façades ont un grand caractère, pignons immenses, noircis par les siècles, longues lignes de fenêtres à meneaux. Combien d'étages jusqu'à la pointe du pignon? On ne sait. Et tout le quartier est ainsi.
Les bouchers ont toujours et partout formé une corporation puissante. Cela se voit aux édifices qu'ils ont laissés. A Anvers, la maison de la Vieille Boucherie est colossale, c'est un autre Steen à peu de distance du premier, une énorme construction de briques de deux couleurs, un carré de 45 mètres, à pignons majestueux flanqués de hautes tourelles. L'édifice datant de 1501, est éclairé par de belles fenêtres ogivales. Les bouchers faisaient bien les choses, il y avait même dans l'édifice une chapelle très ornée.
Aujourd'hui, on restaure l'édifice, ou du moins on le dégage, pour commencer, des vieilles maisons qui l'enserraient.
Un trou sombre formant passage voûté, sur le côté, le long d'un calvaire sous un auvent, arrange un coin bien pittoresque parmi ces vieilles maisons, au pied des sombres murs de briques aux assises alternativement rouges et blanches, écorchés par les griffes du temps. Sur un autre coin, c'est une Vierge érigée au mur d'une tourelle, avec une lanterne à ses pieds. C'est d'ailleurs une note très anversoise: partout, dans la vieille ville, on aperçoit au coin des rues saints ou madones, témoignages de la piété du passé.
L'église Saint-Paul, tout près, possède sur son flanc droit un monumental Calvaire qui n'est pas une merveille de goût, arrangé en montagne de rochers, portant sur toutes les pointes des statues d'apôtres, de saints et d'anges, avec des grottes encadrant divers épisodes de la Passion.
Le centre moderne de la vie anversoise, c'est la Place Verte, sous la cathédrale, un carré d'arbres, avec la statue de Rubens au milieu.--Ce centre de la vie était, jusque vers 1800, le cimetière de la cathédrale.--Il y a bien du mouvement, mais, en dépit de tout le bruit, des flots d'étrangers qui passent et repassent, c'est toujours en haut que les yeux sont attirés, vers l'immense cathédrale qui domine tout le fond du tableau.
Elle élève sa masse puissante, la longue nef avec la coupole en oignon du petit clocheton central, et, par-dessus tout cela, le jaillissement de la grande tour, filant ogive sur ogive, toujours plus haut, jusqu'aux étages de la flèche. Mais c'est par-dessus les pignons en escalier du vieux Marché au blé que paraît plus audacieuse, plus fantastiquement aérienne, cette flèche qui s'élance, échelons par échelons, avec des tourelles posées sur des tourelles, des pinacles hissés sur des pinacles, et reliés par des arceaux pour l'arc-bouter, la soutenir jusqu'à la dernière pointe, à 123 mètres du sol.
Ramenons nos yeux à terre. Au pied de la Tour, sur le Marché aux grains, le Puits de Quentin Metzys pose ses fioritures en ferronnerie sur une margelle toute neuve. C'est le chef-d'œuvre du vieux forgeron peintre Anversois qui, sur la pointe d'un berceau de vignes, feuillages et lis enroulés et entremêlés, en fer miraculeusement forgé, plaça la statuette de Sylvius Brabo en chevalier du quinzième siècle brandissant les mains du géant.
Ce puits, jadis, était devant l'ancien Hôtel de ville, il fut transféré ici quand on construisit le grand édifice au temps de la Renaissance.
L'intérieur de la cathédrale immense, aux nefs d'une surprenante majesté, est un musée d'œuvres d'art parmi lesquelles beaucoup de modernes, car l'église, outre les dévastations des iconoclastes vers 1566, a souffert terriblement à la Révolution. La chaire, du dix-septième siècle, énorme, est un morceau curieux, avec ses statues, sa tente supportée par des arbres, tous ses chérubins soulevant les draperies, le grand ange tombant du ciel en sonnant de la trompette et de grands oiseaux, toute une basse-cour.
Il y a les célèbres Rubens: _la Mise en Croix_, _la Descente de Croix_ et l'_Assomption_.
La maison des parents de Rubens est tout près d'ici sur la longue place de Meir. Le grand peintre a fait construire en 1610, à côté, sur la petite rue, une belle maison du style pompeux qu'il affectionnait, maison transformée, malheureusement, et dont il ne reste que des fragments.
Devant Pierre-Paul Rubens, cavalier de noble tournure, ambassadeur, homme politique, admirable peintre, le Rubens des chairs roses et dodues, des grasses Flamandes à fraises, des gentilshommes de belle prestance, évidemment on ne se sent pas ému comme devant le mystérieux et profond Rembrandt, mais on est séduit par cette belle Flandre épanouie, pleine de santé, et bien reposée des terribles émotions du seizième siècle.
Il y a des Rubens partout à Anvers. L'église Saint-Jacques en possède aussi de célèbres; c'était la paroisse du grand peintre, inhumé dans la chapelle de la famille. Musée encore, cette superbe église, commencée vers la fin du quinzième siècle, dont la haute tour se dresse inachevée, au milieu d'énormes échafaudages.
Dès le quinzième siècle, Anvers possédait une Bourse, bientôt devenue trop étroite; la ville en construisit une autre en 1532. Les négociants se réunissaient alors en de vastes locaux entourant un préau à arcades d'un gothique capricieux. Anvers était une place de riches banquiers; dès le seizième siècle, il s'y traitait même des emprunts de princes, tout comme aujourd'hui. Brûlée plusieurs fois, cette Bourse fut définitivement ruinée par un dernier incendie en 1858. On la reconstruisit plus grande, sur le même emplacement, dans le même style ogival extrêmement fleuri.
L'ancien préau, doublé d'un étage de galeries et couvert d'un plafond supporté par de belles ferronneries, forme une très curieuse salle, avec de beaux portiques d'entrée, sur la rue de la Bourse ou sur la rue des Douze-Mois.
Anvers est une ville de contrastes! Juste devant la Bourse, un étroit couloir, en sortant de la rue très moderne et très animée, mène dans une petite cour silencieuse et paisible comme un béguinage, où de vieilles maisons entourent une petite chapelle désaffectée, aux ogives en partie bouchées, avec des tuyaux de cheminées sortant des trilobes. C'était l'hospice du Métier des Merciers. Un menuisier rabote dans la cour, une fontaine coule sous un pilier portant un vieux Saint-Nicolas tout rongé, tandis qu'à deux pas, de l'autre côté de la rue, la Bourse s'agite et bourdonne.
Un coin délicieux et bien en dehors des temps, c'est la vieille maison Plantin-Moretus, poétique musée du passé docte et artiste, que les siècles en tourbillonnant semblent n'avoir même pas effleuré. On ne le devinerait pas de l'extérieur, ce musée, sur le petit Marché du Vendredi aux maisons quelconques, il faut pousser la porte pour retrouver le seizième siècle dans la belle cour de l'imprimeur au Bois-Dormant.
Toute la maison du bon imprimeur Tourangeau, fixé à Anvers après quelques pérégrinations, en 1576, est demeurée intacte. Son appartement, sa chambre avec son lit, comme s'il était toujours là, et le bureau des correcteurs, la boutique où se vendaient les livres à la célèbre marque plantinienne, le _Compas d'or_, les ateliers de composition et les vieilles presses à bras qui ont tiré les beaux volumes visibles dans la boutique, la fonderie de caractères, les collections des bois et des cuivres ayant servi à l'illustration des vieilles éditions. C'est un asile charmant, cette belle cour à arcades, où, sur la façade de briques, des vignes plantées par le vieil imprimeur, montent encadrer de leurs pampres, les grandes fenêtres à meneaux. Hélas, le bon Plantin, que l'on s'attend à rencontrer en quelque couloir, l'a quittée il y a trois siècles, mais ses descendants, la dynastie des Moretus, l'ont occupée, y ont imprimé des livres jusqu'en 1876, époque où la maison, achetée par la ville, fut transformée en Musée.
Que de choses encore dans Anvers, de vieilles maisons et de grands édifices modernes, des musées, des statues: Van Dyck, Quentin Metzys, Téniers, Jordaens, Leys, un jardin zoologique superbe, un parc établi sur l'emplacement d'un vieux bastion. Et vers le port, toujours en rumeur,--où tout le travail est fait par des corporations d'ouvriers organisés, depuis le seizième siècle, en plus de cinquante nations ou groupes ayant gardé les appellations adoptées à l'origine,--dans le tumulte des chargements, des charrois, parmi tant de hangars et de magasins, il se trouve encore quelques vieux bâtiments curieux, comme la Porte de l'Escaut, sur le quai, ou la Maison Hydraulique, construite en 1553, avec un réservoir pour alimenter les brasseries du quartier.
XII
ALOST.--TERMONDE.
Deux Hôtels de ville pittoresques.--Aventures et catastrophes.--Sièges. --Pestes et incendies.
Alost, petite ville industrielle, à mi-chemin entre Gand et Bruxelles, plus peuplée qu'il ne semble à première vue, n'a pas très grand caractère, et n'éveillerait pas un intérêt bien considérable, n'était la très belle maison de ville qui se dresse sur sa Grand Place.
C'est une très ancienne ville, il faut le dire, et qui a des annales assez chargées. S'il ne lui est pas resté beaucoup de maisons ou d'édifices de son vieux temps, si sa physionomie s'est un peu banalisée, cela tient sans doute aux mauvais moments qu'elle eut à passer dans le cours des siècles.
En 1360, un incendie réduisit en cendres les trois quarts de ses maisons. Une terrible aventure la mit à mal deux siècles après; au temps des guerres religieuses, la Furie espagnole de 1576 partit d'Alost. C'est un corps d'Espagnols occupant la ville enlevée par surprise, qui donna le signal. Réunis sur cette grande place d'Alost, les soldats mutinés, rendus furieux par une série d'échecs et par les misères de la guerre, furent harangués par Juan de Navarese et l'élurent pour chef. Après avoir mis consciencieusement à sac la malheureuse petite cité, ils marchèrent sur Anvers pour lui faire subir le même sort.
Toujours comme Anvers, quelques années après, Alost eut à subir la visite de l'armée du duc d'Alençon. D'autres visites ne furent pas moins désastreuses pour les habitants; en 1485 et 1580, ce fut la peste qui fit chaque fois un nombre considérable de victimes. L'église principale, la collégiale Saint-Martin, possède un grand tableau de Rubens rappelant ces tristes épisodes: Saint Roch et les pestiférés ou Alost ravagée par la peste.
L'Hôtel de ville d'Alost est très particulier, non point par la magnificence de son architecture, les exubérances du gothique flamboyant ou la belle ordonnance, mais par un arrangement de lignes et de détails curieux, et par le caractère pittoresque de l'ensemble. Le beffroi, le pignon à tourelles, les morceaux ajoutés, gothique et gothico-Renaissance, tout s'arrange de façon très amusante.
Le beffroi est une tour carrée du quinzième siècle, terminée par un campanile à carillon sur la jolie plate-forme. Sous deux statues décorant une des faces et représentant d'anciens comtes d'Alost, s'inscrit la date de 1200 juste. Si l'Hôtel de ville suivant l'habitude de toutes les vieilles personnes, ne se vieillit pas un peu par coquetterie, cela fait un bel âge, et comme il vient d'être restauré, il semble porter très bien ses sept cents ans.--_Ni espoir, ni crainte_, dit une inscription sur le beffroi, sans doute en souvenir des pestes, assauts, mises à sac et autres catastrophes qui tombèrent sur la ville. Brrr..., c'est beau le stoïcisme.
Le beffroi s'accompagne d'un beau pignon décoré avec un second campanile à la pointe et une tourelle sur le côté. Sur l'angle s'avance une annexe de la fin du quinzième siècle, très joli petit édifice du gothique de la dernière période, très orné, très fleuri, à pignon ondulé, avec des statues et des pinacles. Les décrochements de la façade donnent des ombres nettes qui soulignent et ajoutent au pittoresque des lignes et des détails.
Pour ajouter par la couleur quelque chose de plus, il y a au fond de la place une rangée de maisons à pignons du seizième siècle portées sur arcades, façades de briques avec encadrements de pierres. Une statue au milieu de la place s'entoure des voitures, des échoppes et des déballages du marché: c'est Thierry Mœrtens, célèbre imprimeur, né à Alost, et qui fonda en sa ville natale un des premiers établissements typographiques de Belgique.
L'Hôtel de ville a, par derrière, une deuxième façade plus sévère, un grand pignon éclairé de belles fenêtres et flanqué aussi de tourelles.
La vieille église Saint-Martin fait face au beffroi, au bout d'une petite rue; la pauvre église serait probablement fort belle, si, ayant échappé aux catastrophes de 1360 et de 1576, elle n'avait été ravagée par un incendie en 1605. Elle n'a pour ainsi dire pas de façade, on tourne autour par des petites rues et l'on ne trouve que les entrées latérales, de jolis morceaux, des arrangements de transepts, de chapelles et de toits très mouvementés.
Autre gentille petite ville, autre Hôtel de ville intéressant, à peu de distance; c'est Termonde ou Dendermonde, au confluent de la Dendre et de l'Escaut.
Dans la grasse verdure des prairies, parmi les bouquets d'arbres où çà et là des maisonnettes mettent la note rouge d'un toit de tuiles, la Dendre vire et sinue capricieusement, enserrant des remparts, des talus de batteries, tournant autour des bastions bas et s'élargissant en étang devant une porte. Il faut passer plusieurs ponts, franchir plusieurs bras de rivière pour entrer en ville. Termonde est une vieille place forte et elle a toujours compté l'eau de ses rivières comme son principal rempart.
Toutes ces eaux qui font la beauté et la fraîcheur de sa campagne lui ont servi en 1667 lorsque Louis XIV, arriva avec cinquante mille hommes, se flattant de prendre rapidement la ville, comme il venait d'enlever Alost et la plupart des places de la Flandre et du Hainaut. Mais, aux approches de l'ennemi, les défenseurs de Termonde n'eurent qu'à ouvrir leurs écluses, la campagne fut transformée en un lac, et l'armée française dut aussitôt lever le siège.
Cependant, en 1706, l'armée de Marlborough vint assiéger une garnison française, c'est l'année de Ramillies, le temps des tristesses et des revers pour le grand Roy vieilli, et cette fois Marlborough prend la place, après six jours de tranchée ouverte.
Comme tous les Hôtels de ville de Belgique, celui de Termonde vient d'être restauré. Sa large façade claire compte trois pignons à gradins donnant du pittoresque au grand comble; au milieu, monte le beffroi, haute tour carrée, encastrant en haut l'horloge entre quatre tourelles, et couronnée d'un gracieux petit campanile.
Comme décoration de façade, ce sont des statues accrochées tout le long, sous des niches, un balcon bretèche au beffroi et en bas un petit perron gardé par le lion de Flandre.
Sur le côté gauche de la place, un autre édifice important fait vis-à-vis à l'Hôtel de ville, un grand bâtiment avec un toit énorme, de hautes lucarnes à gradins et une fine tourelle sur le côté; c'était jadis la Halle aux draps convertie aujourd'hui en Musée.
Il y a une église intéressante, Notre-Dame, qui peut montrer un grand décor d'autel de Saint-Nicolas, des fonts baptismaux curieux, et diverses œuvres d'art. David Téniers habita longtemps Termonde. Etait-ce là qu'il portait ses tableaux à vendre au marché sur son âne?
XIII
MALINES.--LOUVAIN.--AUDENARDE.
La Grand'Place.--La Tour géante de Saint-Rombaut.--Un grand palais ruiné.--Vieux logis.--Orfèvrerie de pierres à Louvain.--L'Eglise Saint-Pierre.--Autres tours géantes écroulées.--L'Université.--La Grand'Place d'Audenarde et l'Hôtel de ville.--Notre-Dame de Pamele.
La dominante architecturale de Malines, ce n'est pas un beffroi de maison communale, c'est un clocher d'église: la très grosse et très haute tour de Saint-Rombaut. La vieille cité catholique, la vieille ville des dentelles,--très abandonné, le fuseau des dentellières,--bien que modernisée sur ses grandes voies, conserve, dans les quartiers serrés du centre, assez de vieux édifices pour faire cortège à son imposante cathédrale au formidable clocher.
La Dyle, une rivière pas bien large, tourne et retourne à travers les maisons et se divise en plusieurs bras. De temps en temps, on trouve un pont, une percée dans les vieilles murailles, c'est la Dyle qui passe et disparaît sous des voûtes, sous des bâtisses désordonnées, sous des verdures, dans des cours et des jardins.
La Grand'Place, qui se prolonge à droite et à gauche par d'autres places, est admirablement encadrée de très beaux monuments. On trouve d'un côté les Halles, ou plutôt le bâtiment composé des Vieilles Halles et du palais bâti par Charles-Quint pour le Grand Conseil. A gauche, l'ancienne Maison échevinale; en face, une rangée de belles maisons du seizième siècle, accompagnant un Hôtel de ville du dix-huitième, au-dessus desquelles maisons se dressent la nef de Saint-Rombaut, l'abside avec ses magnifiques fenêtres et toutes ses chapelles et la tour colossale.
Saint Rombaut était venu d'Ecosse prêcher le christianisme à Malines vers l'an 700; l'église actuelle date des quatorzième et quinzième siècles. Malines fut érigé en Archevêché pour le cardinal Granvelle, le célèbre ministre de Philippe II, qui eut aussi le titre de Primat des Flandres. C'était en 1559, le roi Philippe II procédait à la réorganisation des Pays-Bas et nommait, entre autres, Guillaume d'Orange, au gouvernement de Hollande, et le comte d'Egmont à celui de Flandre et d'Artois; la duchesse Marguerite de Parme, fille naturelle de Charles-Quint, était gouvernante générale.
La tour étonne par ses proportions et charme quand on suit le détail des lignes; ce sont d'énormes contreforts habillés de belles sculptures, de niches, de dais, de pinacles, de balustrades, et cela monte à 97 mètres, jusqu'à une belle plate-forme portant une amorce de flèche qui n'a jamais été construite.
Cette géante de pierres, incomplète, ressemble à la Tour Saint-Jacques de Paris, mais elle est plus massive et plus haute. On devait encore lui ajuster une flèche proportionnée à sa taille, montant d'une soixantaine de mètres encore, mais les événements du seizième siècle ont arrêté sa construction. Les habitants de Malines ne peuvent se consoler de ne point voir cette flèche dans leur ciel, et ils accusent Guillaume d'Orange de leur avoir volé les pierres amassées pour la construction, en vue de bâtir la ville de Willemstadt, créée par lui au milieu des polders, en avant de Rotterdam.
Pour se rendre exactement compte des proportions de la tour, il suffit de regarder à ses pieds le pavé de la place. Au centre, s'élève la statue de Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint, gouvernante des Pays-Bas, qui avait établi sa résidence à Malines. On a reproduit, autour de la statue, sur le pavé, le cadran de l'horloge placée tout en haut de la tour et ce cadran mesure 13m.70.