Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Part 9

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Il est de petits bibelots gentils, pas chers, qui font merveille; des japonaiseries, des rubans, des fleurs, les différentes fantaisies qui éclosent ici et là, sous le nom fameux d'«articles de Paris».

Bien des accessoires peuvent se confectionner chez soi et l'ingéniosité invente des figures absolument charmantes, pour une minime dépense.

Mais passons d'abord en revue ce qui s'achète.

=La troïka.=--Est une branche d'arbre qui rappelle le célèbre attelage russe. Cette branche est ornée de fleurs et de rubans; à ses extrémités se trouvent deux rubans avec un anneau doré au bout: trois dames s'attellent à la troïka, que tient la dame du milieu. Les deux autres tiennent les rubans. Un grand ruban est passé autour de la taille de la dame du milieu et les extrémités en sont tenues par le cavalier qui conduit l'attelage. La dame conductrice guide trois cavaliers attelés de la même façon à une autre troïka. On donne des colliers aux dames, des flots de rubans aux messieurs. Les deux attelages font le tour de la salle en sens inverse; au signal donné par le cavalier conducteur, la course s'arrête et chacune des dames danse avec le cavalier qui se trouve en face d'elle.

=Le portique.=--Sous un portique orné de roses et de rubans, on attache une clochette et un petit panier rempli de pétales de roses; deux rubans qui correspondent à la clochette et au panier sont tenus par une dame qui, à sa volonté, fait sonner la clochette ou basculer le panier qui laisse tomber une pluie de fleurs; dans ce cas le cavalier ne danse pas.

=Les tambourins.=--Le cavalier conducteur et la dame conductrice distribuent des tambourins ornés de différentes couleurs. Au signal donné, les dames dansent avec le cavalier portant leurs couleurs.

=Le sistre.=--Le sistre est distribué par les messieurs aux dames de leur choix; il accompagne l'orchestre d'un charmant bruit de grelots et de clochettes.

=Le diable au corps.=--On place deux cavaliers et une dame au milieu du salon. Les deux diables sont passés au cou des deux messieurs: celui des deux messieurs qui s'en débarrasse le premier en le détachant du mousqueton, le jette ou le passe à un autre cavalier et danse avec la dame.

=Le secret de Polichinelle.=--On renferme douze beaux hochets ornés de têtes de polichinelle de couleurs différentes dans une grosse tête de polichinelle montée sur un pied; douze autres petites têtes de couleurs semblables aux premières sont mises dans la grande collerette de Polichinelle; le cavalier conducteur distribue les hochets aux messieurs; douze dames viennent prendre chacune une petite tête et dansent avec le cavalier qui a le hochet correspondant.

=Les fleurs ou le parterre.=--De grandes branches de fleurs, différentes, sont placées au milieu du salon sur un parterre portatif; on distribue de petits écrans représentant les mêmes fleurs aux messieurs, qui choisissent chacun une danseuse et la conduisent au parterre où elle arrache la branche de fleurs correspondante.

=Aïda.=--On présente un gigantesque écran en plumes de paons, posé sur un beau pied; les grandes plumes ornées de nœuds de satin différents sont distribuées aux messieurs; douze petits écrans en plumes et ornés de nœuds semblables sont distribués aux dames; on range les messieurs sur une ligne, les dames défilent devant eux et s'arrêtent devant le cavalier aux nœuds correspondants.

=Les marguerites.=--De grandes marguerites blanches sont distribuées aux dames et de petites marguerites de couleurs différentes, en forme de décorations, aux messieurs. Au signal du cavalier conducteur, chaque dame tire un à un les pétales de sa fleur; au dernier pétale, par un mouvement de bascule, le cœur de la marguerite se retourne et change de couleur. Les couleurs correspondant aux couleurs des messieurs forment les couples.

=Le rosier.=--Un rosier de grandeur naturelle et garni de six, douze ou dix-huit roses très jolies de nuances différentes est placé au milieu du salon. Le même nombre de boutons de rose de nuances semblables aux premières sont piqués dans une corbeille de mousse; chaque cavalier conduit près du rosier la dame de son choix; celle-ci cueille la rose semblable au bouton que le cavalier a placé à sa boutonnière.

=La courte paille.=--On place une dame et deux cavaliers au milieu du salon; deux pailles, dont l'une s'allonge beaucoup, mais que l'on croit semblables, sont présentées aux messieurs par une dame; chacun des cavaliers choisit une paille et celui qui a la courte paille danse avec la dame.

A côté des accessoires coûteux il en est, avons-nous dit, beaucoup qu'on peut faire soi-même et qui ne demandent qu'un peu d'application.

=La pêche.=--Mettez au bout d'un bâton, recouvert de papier d'or ou d'argent, une ficelle; attachez à cette ficelle un petit four.

Une dame prend cette ligne improvisée et la balance au-dessus de la tête de ses danseurs agenouillés. Celui qui happe l'appât danse avec la dame et les autres dansent entre eux.

=La chandelle.=--Une dame monte sur une chaise tenant une bougie allumée; deux danseurs sautent et essayent d'éteindre la bougie; celui qui réussit danse avec la dame et le second danse seul auprès en tenant la chandelle.

=La grosse tête.=--C'est une énorme tête de carton représentant une figure comique, face de poupée, de Jeannot, rosière de Nanterre, etc., etc.; la dame qui tient la tête! la dépose sur celle du danseur qu'elle choisit et celui-ci danse à l'aveuglette; l'effet est quelquefois drôle.

=Les sacs.=--Une figure de mon invention, amusante peut-être: on fait des sacs en papier gris percés de trous de différentes grandeurs; les messieurs s'en couvrent entièrement la tête et s'alignent sur un rang afin que les dames choisissent leurs danseurs.

On ne peut les reconnaître à la taille, avec ces sacs de différentes grandeurs, et, la danse finie, lorsqu'on enlève ce couvre-chef d'un nouveau genre, on est souvent tout étonnée en voyant le visage du danseur.

=La poudre de riz.=--Une figure à éviter; elle tache les habits.

Toutefois, comme elle ne coûte absolument rien, il faut l'indiquer.

Deux danseurs se présentent; la dame enfarine le visage de l'élu et l'autre suit le couple en dansant et en tenant houppe et boîte.

=Le miroir.=--La dame assise tient un miroir et, tour à tour, les danseurs viennent y mirer leur visage; la dame efface avec son mouchoir les traits de ceux qu'elle ne veut pas agréer.

Faire défiler tout le bataillon des danseurs serait de goût douteux.

=Le coussin.=--La dame, assise, a un coussin devant elle. Elle pose le pied dessus, les danseurs vont tour à tour essayer de s'y agenouiller; si la dame refuse, elle doit retirer vivement le coussin.

=Le verre d'eau.=--Une dame tient un verre d'eau: elle l'offre à celui avec lequel elle veut danser; celui-ci le donne vide à un cavalier qui suit le couple en dansant seul et en tenant le verre d'eau plein; il ne le vide qu'après la valse; rôle vétilleux, demandant beaucoup d'adresse; figure dangereuse pour les robes des dames.

Le cotillon variant chaque année, je ne peux guère expliquer les figures; il s'en montre tous les jours.

Bien entendu on peut offrir ce qu'on veut, depuis des pelotes et des écrans jusqu'à des sachets et des mouchoirs.

_Les différents bals._

_Bals Cendrillon._

De récente importation est le bal Cendrillon qui finit à minuit, heure à laquelle l'héroïne des contes de Perrault perdit sa pantoufle.

Ce bal fait le bonheur des personnes aimant se coucher tôt, des mamans, des papas, voire des maris.

Il commence à huit heures; on passe des rafraîchissements, mais il n'y a ni buffet ni souper.

_Les bals d'enfants._

Ont lieu dans l'après-midi, de deux heures à six heures; il y a un goûter assis; on offre des tasses de lait.

L'orchestre, pour ces bals, peut se composer d'un simple piano tenu par une maman ou une grande sœur complaisante.

A propos d'orchestre, disons en passant qu'on ne doit pas lésiner sur le nombre des musiciens, que cela ne grossit pas beaucoup la dépense d'en avoir quelques-uns de plus, et que rien n'est piteux comme de voir sautiller cent personnages aux sons essoufflés d'un piano poitrinaire ou d'une petite flûte qui n'en peut mais.

Dans les grands bals, une jolie invention est de faire jouer l'orchestre en sourdine pendant le souper.

Les airs espagnols sont en vogue.

_Bals déguisés._

Bien jolis et bien agréables; il y a une sorte de laisser-aller où on peut donner libre cours à son esprit.

Le bal masqué est encore plus gai, plus amusant à la faveur de l'incognito et avec le tutoiement toléré quelquefois.

Les bals masqués ne sont amusants que dans des maisons particulières, où on est sûr que tout le monde est correct et que malgré la licence de l'incognito, des propos déplacés n'auront pas cours.

Les bals déguisés où tous les costumes se coudoyaient dans un chamarrement joli ont fait leur temps; on veut du nouveau, n'en fût-il plus au monde, et on inaugure les bals Charles IX où tout le monde est tenu d'avoir le costume du temps, et on danse la pavane;

Les bals Watteau, avec le menuet;

Les bals républicains, avec gardes françaises et ravaudeuses;

Les bals grecs, fort originaux;

Bals espagnols avec le fandango, bals italiens avec la tarentelle, bal chinois, bal russe, bal polonais, bal turc, bal suisse, enfin, tous les pays du monde peuvent être mis à contribution avec leurs costumes et leurs danses; de même les provinces françaises, le Poitou avec son ancien costume et le branle; l'Auvergne avec la bourrée, etc.;

Puis les bals de fleurs, les bals d'oiseaux. On donne aussi des bals déguisés _de jour_; ce sont des bals villageois où on mange simplement des crêpes et où on boit du cidre; ce ne sont pas ceux où l'on s'amuse le moins.

Les _bals blancs_ sont ceux où seules les personnes non mariées ont la permission de danser; les jeunes filles doivent être tout en blanc et les jeunes gens arborent une fleur de même couleur à la boutonnière.

Les _bals roses_, où peuvent danser les jeunes femmes, sont jolis; toutes les danseuses portent des robes également roses, et les danseurs se décorent d'une des roses de la saison.

Les _bals d'été_ se donnent dans les jardins, éclairés par des lanternes vénitiennes; les musiciens sont juchés sur des tonneaux; sous des tentes sont dressés des buffets.

_Les bals par souscriptions._

Lorsque, dans ces bals, une femme se présente sans cavalier, un des commissaires doit lui offrir le bras, la conduire, lui trouver une place convenable et l'y installer.

On ne doit jamais accepter d'être menée au buffet, payant, dans ces bals, si ce n'est par ses parents.

Si deux femmes se présentent ensemble et qu'il n'y ait qu'un commissaire de libre, c'est à la plus âgée que celui-ci doit donner le bras.

_Quelques conseils pour les bals._

Ne jamais trop faire frotter un appartement: autrement, gare aux glissades et aux chutes.

Ne mettez pas de fleurs odorantes.

Ayez des bougies très longues, afin de ne pas les renouveler plusieurs fois dans la soirée.

Ne chauffez pas les salons, mais chauffez fortement le petit salon de repos et la salle de jeu.

Que les hommes n'enlèvent jamais leurs gants sous aucun prétexte; le contact d'une main plus ou moins moite sur un corsage ou sur un gant a une action désagréable et tachante.

_Les garden parties._

On les nomme aussi Robinson ou Marly; c'est une mode qui vient d'Angleterre.

Les maîtres de maison vous invitent pour rester dans leur jardin.

Les rafraîchissements, les plaisirs, tout se prend dehors.

On dresse le buffet sous une tente, une tonnelle, un hangar.

On installe des jeux champêtres, des balançoires, des tourniquets.

A propos des parties en plein air, quelques conseils.

Il faut que le lieu du festin ne soit pas trop éloigné de la cuisine, de manière à ce que les mets n'arrivent pas froids.

Éviter de mettre rafraîchir les bouteilles dans des seaux sous les yeux des convives.

Il faut avoir un terrain sans pente pour mettre sièges et tables et caler solidement les uns et les autres.

Faire attention de ne pas se mettre sous les arbres d'où pleuvent les insectes.

Calculer les mouvements du soleil afin que les convives ne soient pas aveuglés.

Si le repas en plein air est un dîner, la maîtresse de la maison fera bien d'avoir une provision de châles légers qu'elle pourra jeter sur les épaules des frileuses.

Pour l'éclairage on emploie les lampes de jardin à globes fermés.

On peut aussi avoir un éclairage de lanternes chinoises ou vénitiennes.

Lorsqu'à la campagne on dîne dans la salle à manger et que le café est servi dehors, les domestiques placent tout ce qui est nécessaire sur une table et se retirent; le soin de servir est laissé à la maîtresse de la maison et souvent même on invite les convives à se servir eux-mêmes.

_Soirées._

Les soirées dansantes sont plus intimes que les bals; on peut y venir en robe demi montante; souvent il n'y a qu'un piano pour orchestre, et ce sont tour à tour des personnes de bonne volonté qui le tiennent.

Ces soirées donnent de graves soucis aux maîtresses de maison; elles sont forcées d'avoir de l'initiative, de guider les conversations, d'organiser les jeux, les petits jeux, les intermèdes; elles doivent ne négliger personne.

Les artistes qu'on peut avoir doivent être largement rétribués, mais cela n'empêche nullement de les traiter en personnes du monde; si ce sont des femmes, l'usage veut qu'on leur offre une gerbe de fleurs et qu'on les fasse reconduire en voiture.

S'il est convenu que tel artiste doit chanter deux ou trois morceaux, n'insistons pas pour en avoir un autre par-dessus le marché.

Dans un programme musical, des classiques et des modernes.

Les morceaux d'attraction doivent être exécutés au milieu de la soirée; les invités sont au complet, leur attention n'est pas encore fatiguée, les nerfs ne sont pas tendus comme au bout de deux heures de musique.

On ne doit pas entrer pendant l'exécution d'un morceau.

Les rafraîchissements se passent entre chaque «numéro».

_L'accompagnateur et celui qui tourne les pages._

Si on n'a pas pris un accompagnateur de métier, tort grave, il faut s'adresser à une personne de bonne volonté très expérimentée.

Il faut qu'elle soutienne la voix dont l'émotion glace le talent de la jeune personne ou du jeune ténor dont les notes tremblent.

Le savoir-vivre ordonne à l'accompagnateur de ménager les mesures si tel est le bon plaisir du chanteur ou de la chanteuse; de laisser aller complètement la pensée d'un maître afin de permettre à un amateur d'escamoter les passages où fatalement il sombrerait, enfin de s'annihiler complètement.

Bref, être accompagnateur est une mission à éviter si on peut le faire sans mécontenter ses amis; de même tourner les pages est un petit supplice.

Il ne suffit pas d'être un bon musicien pour s'acquitter de cette tâche.

Tel artiste joue de mémoire les dernières mesures de la page, tel autre les lit jusqu'au bout, il y a des reprises qu'on exécute ou qu'on saute.

Les uns exigent de vous une précision très grande, d'autres laissent tourner tranquillement; n'allez pas trop vite en vous acquittant de votre tâche; vous pourriez faire tomber la musique; feuilletez d'avance le morceau afin que les feuillets ne soient pas collés les uns aux autres.

Il est bon de ne pas s'offrir pour cet exercice difficile et d'attendre que le maître de la maison vous le demande; pourtant, si vous voyez un exécutant luttant péniblement pour tourner ses pages lui-même, il serait de bonne charité de lui venir en aide.

On doit nécessairement éviter de chanter après une personne un morceau similaire; si on lui est inférieur on est écrasé, et si on lui est supérieur on l'écrase; c'est donc désagréable pour tout le monde, y compris les maîtres de la maison et les invités.

Lorsqu'on chante et qu'une personne vous accompagne, on se tient debout près de l'instrument, le visage tourné de trois quarts vers l'assistance, en tenant à la main le morceau de musique sur lequel on jette les yeux de temps à autre. Inutile de dire que les grands gestes, les grands cris font mauvais effet.

_Le jeu._

On n'invite plus guère à une soirée de jeu; mais après le dîner les personnes qui ne dansent pas et qui ne font pas de musique aiment assez ce genre de divertissement.

Il faut établir les tables de jeux dans une pièce assez écartée afin que le bruit ne gêne pas les joueurs.

La pièce est relativement peu éclairée.

On place sur les tables des bougies coiffées de petits abat-jour verts et des petites lampes avec globe en verre dépoli également recouvertes d'abat-jour.

On doit avoir des jeux de cartes _cachetés_. Ce n'est que dans l'intimité qu'on peut se permettre des cartes ayant servi.

Le vieux savoir-vivre exigeait quelque chose de bien amusant: il fallait mettre de l'argent sous le chandelier afin de payer les cartes!

Les maîtres de maison doivent fixer le prix de la fiche, il n'est pas permis de le dépasser.

L'on se dégante pour jouer, mais on remet ses gants pour rentrer au salon.

L'on ne doit pas se retirer en gagnant beaucoup.

Les dettes de jeu se payent dans les vingt-quatre heures, au cercle; dans les maisons bourgeoises, on ne doit jamais jouer sur parole.

La loi ne permet pas de poursuivre une dette de jeu; c'est pour cela qu'on la nomme une dette d'honneur.

Une femme qui resterait toute une soirée à une table de jeu manquerait au savoir-vivre.

Les invités qui n'ont rien de mieux à faire, se groupent autour des joueurs et forment ce qu'on appelle «la galerie»; ils doivent s'abstenir de conseils, d'appréciations, ne pas prendre parti pour l'un ou pour l'autre dans un coup douteux, à moins qu'ils ne soient pris pour arbitres.

Les joueurs qui tenteraient de cacher leur jeu à la galerie, auraient l'air de suspecter la bonne foi des assistants.

Beaucoup de personnes perdent les plus simples notions du savoir-vivre lorsqu'elles se voient en présence des cartes et de l'argent.

Blâme aux dames qui profitent des égards qu'on leur doit pour se montrer d'une humeur massacrante, lorsqu'elles perdent.

La maîtresse de maison ne joue pas.

Le maître peut jouer, mais non s'attabler toute une soirée.

On doit faire passer des rafraîchissements aux joueurs.

Les marques, les fiches, tous les petits accessoires doivent être en parfait état.

_La Carte de visite._

Le savoir-vivre, qui exigeait impérieusement jadis qu'on envoyât des cartes de visite, au premier de l'an, permet maintenant qu'on n'en envoie plus.

Pour mon compte, je regrette fort cet usage; le petit carré de bristol venait vous dire: «Petit bonhomme vit encore» et bien des amis oubliés, des relations dénouées se reprenaient par l'envoi seul de la carte de visite.

Beaucoup de personnes doivent être, comme moi, fidèles aux vieux _us_ car, malgré le décret «chic», qui vous déclare philistin, si vous envoyez votre carte, on en confie encore chaque année à la poste un nombre très considérable.

La carte de visite pour un supérieur ou pour une personne à laquelle on veut témoigner égards, doit s'envoyer dès le 25 décembre afin qu'elle arrive le 31 décembre ou le 1er janvier, car les encombrements sont tels à cette époque qu'il faut fréquemment six jours et plus, pour l'arrivée des cartes de visite mises à la poste en «carte», c'est-à-dire, dans une enveloppe ouverte avec l'affranchissement du timbre de cinq centimes.

Tout autre est la carte sous enveloppe cachetée et affranchie à 15 centimes; elle arrive comme une lettre, du jour au lendemain.

C'est ce mode que je conseille pour les cartes qu'on a à cœur de voir arriver exactement.

Depuis 1895, les règlements de la poste permettent d'écrire quelques mots sur les cartes affranchies à 5 centimes, c'est-à-dire d'ajouter à son nom: _avec ses bons souhaits pour..._ ou quelque formule semblable.

Ce sont les plus jeunes personnes qui envoient en premier leurs cartes aux personnes plus âgées.

Les célibataires et les veufs envoient leurs cartes en premier à leurs amis mariés; l'homme répond seul à cette politesse; seulement, si le mari et la femme ont des cartes collectives comme celle-ci on l'envoie:

Monsieur et Madame L...

Notons que jamais une femme ne met sur sa carte son adresse imprimée; elle l'écrit à la main si elle a besoin de la faire connaître; mais, dans les cartes communes, l'adresse y est toujours.

Une demoiselle de trente ans peut avoir sa carte; avant cet âge, elle écrit son nom sur celle de son père ou de sa mère.

Il y a pourtant une exception à faire pour une orpheline de vingt-cinq ans; la carte est alors libellée ainsi:

Mademoiselle F....

Le nom de baptême ne figure généralement pas; pourtant, s'il y avait plusieurs sœurs ou parentes du même nom, la carte serait ainsi conçue:

Mademoiselle Berthe F....

Une veuve n'indique pas cette qualité sur sa carte, elle mettra simplement:

Madame R....

et si sa belle-mère vit encore, ou si elle a des belles-sœurs de même nom, elle mettra le prénom de son mari sur sa carte, tout comme s'il était vivant:

Madame Edouard R....

Lorsqu'on a plusieurs enfants, ce n'est pas manquer au savoir-vivre que d'ajouter au-dessous de son nom: et ses enfants.

Une dame ne doit jamais envoyer sa carte à un homme; exception faite pour les prêtres.

Le vieux savoir-vivre voulait qu'on envoyât autant de cartes qu'il y avait de membres dans une famille!

Voyez-vous une enveloppe bourrée de sept cartes?

C'était une étrange anomalie car, la carte équivalant à une visite, vous ne faites pas sept visites, mais une seule collective.

On a tout le mois de janvier pour envoyer sa carte.

Le supérieur renvoie toujours sa carte à un inférieur et ce dans le plus bref délai.

Les cartes doivent être en très beau carton, ni trop grandes, ni trop petites, les caractères simples, bien gravés. De fantaisie sont les cartes en carton de couleur ou en aluminium, ainsi que les cartes à facettes, les cartes grises à lettres rouges.

La carte glacée est aujourd'hui peu goûtée.

Lorsqu'on est titré, la couronne est placée au-dessus du nom. On met pour la carte collective des deux époux:

Marquis et Marquise de M....

Jamais le mot «monsieur» devant le nom d'un homme. M. Thiers avait pourtant des cartes ainsi libellées:

Monsieur Thiers

On pouvait lui passer cela, mais un bourgeois qui mettrait: Monsieur Durand, serait incorrect.

Une carte encore bien démodée est celle-ci:

Madame M...., née D....

On voit encore quelques cartes où le nom de la femme est mentionné, mais seulement dans les cartes à éviter.

Gardez-vous d'énumérer vos titres sur votre carte; c'est inutile.

Il existe des cartes grotesques.

J'en ai vu, de mes yeux vu, deux si ridicules que je veux les transcrire pour faire horreur aux générations présentes et futures. Elles étaient ainsi conçues:

Joseph R... abonné du chemin de fer du Nord!

Hippolyte B...

Neveu du général T...., membre honoraire des Sapeurs-Pompiers et de la Société des Sauveteurs.

Sauveteur lui-même.

Les femmes qui ont «un jour» mettent ce jour sur le coin gauche de la carte.

La carte sert à de multiples emplois et évite souvent une lettre.

Elle se joint à tout présent.

Elle s'envoie immédiatement à l'annonce d'un événement heureux ou malheureux, en attendant qu'on aille faire visite.

Elle se dépose, pliée, en cas d'absence.

Elle remercie du bon accueil fait à quelqu'un; d'un objet prêté, en renvoyant ledit objet.

Elle prévient qu'on accepte une invitation; elle accrédite quelqu'un: «_Madame D..._ vous recommande chaleureusement le porteur.»

Les enveloppes des cartes doivent être proportionnées: celles qui ballottent dans la leur, comme pois en cosses, ne sont pas admises; les toutes petites enveloppes d'où la carte déborde sont encore de mauvais genre.

_Les visites._

Les visites sont une des obligations de la vie mondaine, exception faite pour celles que l'amitié exige.