Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Part 8

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Lorsqu'il y a une jeune fille dans la maison, c'est elle qui «fait le ménage».

Les premiers arrivés sont servis d'abord, les hommes toujours en dernier.

La maîtresse de maison ou sa représentante offre un verre sur un petit plateau, elle tient la bouteille à la main et verse devant la personne; puis, elle passe l'assiette de gâteaux. Les visiteurs vont reporter leurs verres sur un endroit du plateau laissé vide à cet effet.

Si on offre du thé, n'ayez que du lait non bouilli.

Lorsqu'il y a des enfants, on peut offrir des tartines de confitures, des tablettes de chocolat, des carrés de pain d'épice; mais là s'arrête ce qu'on peut présenter.

Les oranges _épluchées_ et les grappes de raisins sont les seuls fruits offrables.

Comme souvent on ne donne pas de serviettes pour le lunch, j'engagerai les dames à placer leur mouchoir commodément dans leur ridicule, leur manchon, afin de ne pas être contraintes de se livrer à cette gymnastique particulière qui vous fait lever et fouiller désespérément dans les plis de votre jupe avant de trouver la poche, maintenant qu'on a l'ingénieuse idée de la cacher à un endroit quelconque.

Pour les hommes, ils ont la facilité de mettre le mouchoir dans la poche de poitrine ou dans l'entre-bâillement du gilet.

Les femmes relèvent leur voilette, ne la quittent pas et ne se dégantent pas; pourtant le gant droit peut être enlevé ou, si on a des gants longs, on passe la main dans l'ouverture du gant; les hommes les enlèvent carrément.

Répétons que le five o'clock est facultatif, qu'on ne manque en rien aux bonnes manières en le supprimant ou en le faisant aussi simple que possible.

_Les repas de chasse._

Doivent être surtout copieux et plantureux: l'ordonnance du repas doit céder la place à la quantité de grosses pièces nécessaires pour restaurer des affamés qui ont marché durant plusieurs heures.

Comme potage, bouillon aux pâtes, ou la vulgaire, mais tant appréciée soupe à l'oignon qui, dit-on, «ravigote» sûrement les disciples de saint Hubert.

Les pâtés de gibier, les pièces de venaison, les fromages, les fruits; pas ou peu de chatteries; un bon plum-pudding flambant clair, arrosé de rhum, réjouit les convives par ses flammes bleuâtres; des vins vieux, pas de champagne, une bonne tasse de café, de la fine champagne vénérable, la table garnie de verdures automnales pourprées par l'automne. Médor ou Diane, auxquels on offre un os--dame, ils ont été à la peine, ils peuvent bien être au plaisir--une bonne pipe, quelques histoires gauloises, une poignée de main aux amis--et même, si vous n'avez tué qu'une alouette ou envoyé un grain de plomb à un rabatteur, vous déclarerez, en enfonçant fièrement votre chapeau de feutre, quelquefois orné d'une plume de faisan par la maîtresse de la maison, que «vous avez fait une bien belle chasse».

A propos de chasse, messieurs, nous vous en prions, pas de costumes de brigands d'opéra-comique; un complet en velours côtelé, de bons gros souliers bien larges, un chapeau de feutre, chemise de flanelle, cravate molle, et en route!

Un mot des chasseresses. Si nous allons à la chasse pour faire de la coquetterie, du flirt, nous avons bien tort; dans ces réunions, l'homme s'évanouit, le chasseur reste et voit, souvent d'un mauvais œil, une femme qui manie un fusil. Habillons-nous avec des bottines lacées, bien montantes, la culotte de zouave, et, par-dessus, la jupe plissée, veste courte et lâche, chapeau de feutre, pas de gants; si nous avons du coup d'œil et si nous sommes bonnes marcheuses, nous pourrons suivre sans faire gronder les chasseurs du sexe fort.

_Les repas de funérailles._

Ont encore lieu à la campagne et c'est naturel; les gens sont venus souvent de plusieurs lieues à la ronde, pour rendre les derniers devoirs à un des vôtres; il est donc du plus élémentaire savoir-vivre de penser au bien-être de ses hôtes.

On n'est pas forcé, lorsqu'on est proche parent du défunt, d'assister à de tels repas; un ami ou une amie vous remplace.

Très simple doit être le menu: potage, viandes froides, charcuterie, vin ordinaire.

_Les banquets._

La table est en fer à cheval, en patte d'écrevisse, en T; le président est au milieu.

Voici un extrait du protocole:

Roi ou président.

Princes du sang ou sénateurs et députés.

Cardinaux.

Ministres.

Grands-officiers.

Conseillers d'État.

Grands-officiers de la Légion d'honneur.

Généraux de division.

Présidents de cours d'appel.

Archevêques.

Préfets.

Présidents de cours d'assises.

Généraux de brigade.

Évêques.

Sous-préfets.

Présidents de tribunaux de première instance.

Présidents de tribunaux de commerce.

Maires.

Commandants d'armée.

Commandants de Consistoire.

Les titres des personnages sont mis sur leurs cartes.

Monsieur le ministre de l'Intérieur S. E. l'ambassadeur S. M. la reine d'Angleterre

Il est presque toujours indispensable de s'adresser, pour l'organisation d'un banquet, aux fournisseurs «spécialistes».

_Les vieilles coutumes françaises._

Sont la santé, la chanson, la philippine et le «trinquage».

Commençons par ce dernier, qui est de plus en plus condamné.

Pourtant, si le verre vous était tendu, n'hésitez pas, sinon à le choquer mais à le toucher avec le vôtre en vous inclinant gracieusement. On peut encore dire, en levant son verre: Je bois à la santé de madame ou de monsieur un tel, en s'inclinant; en ce cas les convives lèvent leurs verres et le vident; les femmes peuvent se contenter d'y tremper leurs lèvres. Le maître de la maison répond par une phrase dans le genre de celle-ci: «Et moi je bois à vous tous, mes chers amis». Lorsqu'on «toaste», coutume anglaise implantée en France, c'est le maître de la maison qui prend l'initiative, à moins qu'on ne soit réuni chez lui pour sa fête ou pour un anniversaire; alors c'est généralement le convive le plus qualifié ou le plus âgé qui porte le toast. Les femmes ne doivent jamais toaster.

A une noce, lorsqu'on porte la santé des jeunes époux, ils ne doivent pas répondre, l'émotion peut les en empêcher; c'est le père de l'un ou de l'autre qui prend leur place. On ne se lève plus pour porter un toast, si ce n'est dans les banquets officiels ou dans les réunions ouvrières.

Alors, ce n'est plus un toast mais un discours, et, nous vous en prions, méfiez-vous de la longueur, ayez pitié des pauvres gens qui vous écoutent!

Voici dans quelles circonstances on peut toaster:

A une pendaison de crémaillère: l'amphitryon porte la santé de ses hôtes et leur dit qu'il espère bien les voir souvent dans sa nouvelle demeure;

A un anniversaire de mariage; ce sont les invités qui toastent; le mari doit répondre en termes émus;

Au sujet d'une décoration, d'un avancement, d'une promotion, un convive éminent porte un toast: l'heureux personnage doit répondre en termes flattés;

A un mariage: j'ai déjà dit que le jeune époux s'abstenait;

A un baptême: le baby ne répond généralement pas, si ce n'est par des cris, et l'auteur de ses jours prend la parole en phrases attendries.

La philippine n'a plus cours que dans la très grande intimité; elle amenait un présent obligatoire et une familiarité déplacée.

Donc, ne «philippinons» pas, sauf avec les très jeunes gens des deux sexes; un bouquet est alors le seul cadeau qu'on peut offrir ou accepter.

_Les déjeuners._

Le déjeuner n'est jamais un repas de cérémonie, sauf quand il s'agit d'un déjeuner de noce ou de baptême; en ce cas, c'est un déjeuner dînatoire, puisque le potage y figure.

Les déjeuners sont à éviter, ils coupent la journée; mais cela dépend des occupations qu'on a.

Les hommes viennent en costume ordinaire; les femmes en toilette de ville; la robe d'intérieur élégante peut être la mise de la maîtresse de maison, jamais la simple robe de chambre.

Le potage est remplacé par les huîtres ou par toute une gamme de hors-d'œuvre.

Les biftecks, côtelettes, viandes froides, pâtés, œufs sous toutes les formes, poissons frits, fromage, gâteaux secs, fruits sont les éléments d'un déjeuner; on évite les plats à sauce, les gros rôtis, les glaces et pourtant, quand on veut faire un petit gala, on a recours à ces diverses choses; du reste, la fantaisie est admise.

On peut prendre le café à table ainsi que les liqueurs.

_Les bals._

Encore quelque chose de terriblement difficile pour les maîtresses de maison qui ne disposent ni d'un hôtel, ni d'un très grand appartement.

Il faut d'abord une véritable débauche de lumières; puis beaucoup de glaces reflétant les lumières, les doublant.

De même pour les fleurs ou plutôt les plantes vertes; mettons-les en profusion; surtout des palmiers, avec leurs larges feuilles en éventail qui font si bien ressortir le damas d'une tenture, la blancheur esthétique d'une statue de marbre, la sévérité grandiose d'un bronze, le coloris d'un tableau ou le ton doucement ocré d'une terre cuite.

Une maîtresse de maison un peu artiste doit savoir organiser des coins, des retraits avec des palmiers.

Les fleurs, orchidées surtout, puisque c'est la mode, doivent garnir les vases, les potiches.

Je conseille une pièce peu éclairée, où les personnes lassées du bruit et de la lumière pourront venir se reposer.

Dans une chambre ou dans un petit salon sont disposées des tables de jeux, avec des cartes, des jetons, des marques, de petits bouts de table avec bougies allumées et casquées de mignons abat-jour roses ou verts; des boîtes de cigares ouvertes, des allumettes, des cigarettes et des pastilles cachou doivent être placées sur un meuble.

Si la salle de jeu est une chambre à coucher, mettez un paravent devant le lit; c'est plus convenable et plus joli.

Les cartes d'invitation sont lancées au moins quinze jours avant, car il faut penser aux toilettes que les dames peuvent avoir à préparer, et deux semaines ne sont pas de trop pour mettre au point la robe de bal qui est toujours assez compliquée, sinon par elle-même du moins par ses accessoires.

_Modèle d'une carte d'invitation à un bal._

Monsieur et Madame Alfred V.... prient Monsieur et Madame X. de leur faire l'honneur de passer avec eux la soirée du lundi 29 mars.

On dansera.

22, rue Saint-Marc.

Une carte de visite doit être aussitôt renvoyée; c'est l'accusé de réception et le remerciement.

Inutile de prévenir d'un refus; ce n'est pas comme pour un dîner, les préparatifs sont les mêmes et peu importe l'absence de quelques personnes de plus. Quelquefois, au dernier moment, on se trouve libre et si on avait refusé il n'y aurait plus moyen de revenir sur sa décision.

Lorsqu'on a assisté au bal, on doit renvoyer une carte huit jours après, puis faire une visite (les hommes n'y sont pas tenus); avez-vous refusé, il est de bon goût de faire une visite explicative à la maîtresse de la maison si on est assez lié pour cela; sinon, on s'abstient.

La toilette de la maîtresse de la maison peut être jolie, mais elle ne doit pas mettre toutes voiles dehors, afin de ne pas éclipser ses invitées qui, quelquefois, pourraient lui en savoir mauvais gré: on a vu des haines de femmes éclore à propos d'un chapeau.

Le grand décolleté, le demi-décolleté, même l'entre-bâillement discret sont permis dans un bal; la règle n'est plus inflexible comme il y a quelques années et les personnes souffreteuses peuvent, sans manquer au savoir-vivre, aller au bal dans une toilette demi-montante.

Les jeunes filles renoncent aux robes de tulle et de tarlatane; c'était joli, flou, mais cela durait l'espace d'une nuit et, les façons coûtant cher, la génération actuelle, plus pratique, prend de léger taffetas, de la bengaline, de la gaze de soie, même du crépon de laine, qui peut fournir plus d'un bal.

La robe d'une entière blancheur a fait place, elle aussi, à toutes les teintes délicieusement fausses qui sont en vogue, et les jeunes filles sont habillées comme les jeunes femmes, sauf le décolleté plus modeste et l'absence de bijoux.

Les gants doivent toujours être très longs, montant au-dessus du coude; je préfère les teintes rosées, biscuit, gris clair, au gant blanc.

La petite palatine de satin piqué ornée de cygne ne se porte plus; on a tout simplement une gaze, une mantille, qu'on peut jeter sur ses épaules.

En fait d'accessoires, la femme n'a plus que l'éventail, le mouchoir et le carnet de bal.

La sortie de bal se laisse au vestiaire.

La toilette des hommes est toujours la même: habit noir, pantalon noir, gilet noir à cœur, cravate blanche, souliers vernis, gants blancs, les seuls dont le corsage des dames n'a pas à redouter le contact. Dans le grand monde, on arbore la culotte courte, les bas de soie noirs, l'escarpin, l'habit rouge et même, suprême fantaisie, l'habit en soie glacée, gorge-de-pigeon.

C'est fort joli dans un certain milieu.

Les bals sont généralement indiqués pour dix heures et demie ou onze heures; on doit être «paré», comme on dit en style maritime, une demi-heure avant.

Il ne faut pas arriver trop tôt pour voir «allumer les chandelles»; pas trop tard non plus.

Je n'engagerai jamais les maîtres de maison désireux d'avoir foule dans leurs salons à donner des invitations en blanc; sait-on qui peut venir?

Les jeunes femmes ne vont pas seules au bal; il leur faut mari, père, frère, ami de la famille ou dame sérieuse comme chaperon; pourtant, une personne n'ayant nul tenant aurait grand tort de se priver d'un plaisir; elle n'a qu'à arriver des premières et à se placer près de quelqu'un de connaissance ou près d'une personne avec laquelle la maîtresse de maison la mettra en rapport.

Les maîtres de maison s'occupent de placer les premiers arrivants; ensuite, c'est un peu au gré de la fantaisie.

Règle générale, les femmes sont assises dans un bal, les hommes jamais.

Un des grands soucis pour des personnes donnant un bal, c'est de réunir le nombre de danseurs, _dansant_, nécessaire.

Pour ce, ils sont forcés de se montrer éclectiques.

La maîtresse de maison doit peu danser; il faut qu'elle s'occupe de mettre tout le monde en train, de chercher les danseurs pour les trop obstinément délaissées.

Autant que possible, l'orchestre doit être installé sur une estrade avec des plantes vertes le dissimulant.

Une remarque. On doit faire distribuer fréquemment des rafraîchissements aux musiciens, mais pas de liqueurs; à la fin du bal, on les fait souper ou, s'il n'y a pas de souper, on leur sert du bouillon, du Bordeaux, du Champagne.

Pour l'organisation d'un orchestre, on peut s'adresser à des facteurs de pianos, à des marchands de musique; ils vous procureront un personnel très convenable.

Les invités doivent adresser leur première invitation à la maîtresse du logis et à ses filles.

Les jeunes filles en entrant au bal marchent seules derrière leur mère, qui est au bras du maître de la maison ou d'un de ses aides de camp; elles donnent le bras à leur père, à leur frère ou à l'ami qui les accompagne.

Les jeunes filles s'asseyent devant ou près de leur mère ou de la dame qui leur sert de chaperon; un homme veuf conduisant sa fille au bal doit la mener de suite près d'une personne âgée de leur connaissance.

La jeune fille doit danser dans le salon où est la personne qui l'accompagne; de même, au souper, elle doit être placée non loin.

L'usage américain qui veut que la jeunesse ait son salon pour elle seule, soupe seule, a de grands inconvénients et, si j'avais une fille, je ne le permettrais certes pas.

Un homme doit éviter d'ordinaire de faire danser trop souvent la même personne.

Pour inviter à danser, le cavalier salue la dame et lui dit, à voix basse, ces mots sacramentels: «Madame--ou Mademoiselle,--voulez-vous me faire l'honneur de m'accorder ce quadrille,--ou de danser cette valse avec moi?»

Celui qui emploierait le mot plaisir en place de celui d'honneur serait peu correct.

Lorsque la femme accepte, elle s'incline et dit: «Volontiers--oui,--avec plaisir», également à voix basse; ses phrases sont devinées plutôt qu'entendues.

Consulter longuement son carnet de bal serait incivil.

Pour refuser, on dit simplement: «Merci, je suis invitée».

Lorsqu'on refuse de danser avec quelqu'un pour une raison ou pour une autre, on doit rester à sa place.

Si on veut se ménager d'accorder la danse suivante, il ne faut pas déclarer «qu'on ne danse plus», mais dire: «Je vous remercie, je désire me reposer un moment».

Le cavalier n'insiste pas; il peut se représenter plus tard, mais si on le refuse de nouveau, il doit s'abstenir.

Dans le cas où deux messieurs réclameraient leurs droits en même temps et paraîtraient disposés à tourner à l'aigre, il faut que la danseuse ait l'esprit de mettre les deux parties d'accord.

Si une dame vous refuse, n'invitez pas de suite sa voisine directe.

Dans un bal, les hommes vont saluer les dames qu'ils connaissent; s'il y a une chaise libre à côté, ils peuvent s'y asseoir un _instant_; ne jamais rester devant une femme, debout, à causer; cela la masque ainsi que ses voisines et peut les empêcher d'être invitées à danser.

Lorsqu'on a invité une personne pour un quadrille, on prend pour le vis-à-vis le premier couple qu'on voit en quête de partenaires.

Parler en dansant la valse est non seulement difficile, mais de mauvais goût.

Peu d'hommes et peu de femmes savent danser correctement.

Voici la tenue exacte citée par la baronne Staffe:

Le cavalier se place à la gauche de la dame, enlace sa taille avec l'avant-bras et soutient de sa main gauche la main droite de sa danseuse, qui appuie légèrement sa main gauche sur l'épaule de son danseur.

Le bras gauche du cavalier doit être assez étendu pour pouvoir imprimer instantanément les changements de direction. L'épaule droite du cavalier doit être constamment perpendiculaire à l'épaule droite de sa danseuse et le corps de celle-ci ne doit pas se trouver en contact avec le corps de son cavalier.

Si vous tombez sur un mauvais danseur, faites contre fortune bon cœur et ne lui donnez pas des conseils d'un ton aigre; la réciproque est vraie.

Il est bon de s'arrêter de danser lorsque les dernières mesures se font entendre.

Le cavalier reconduit la dame à sa place, reprend son claque (il en est qui dansent avec, mais c'est gênant), s'incline, la dame en fait autant; avant, l'homme remerciait.

Les coiffures extravagantes et les décolletés trop... audacieux sont de mauvais goût.

L'officier qui danse défait son sabre chaque fois et le dépose _droit_ contre la chaise de sa danseuse.

A propos d'officiers, s'ils portent des gants blancs au bal, comme tout le monde, ils ne sont plus astreints à cette couleur pour la ville; ils portent journellement le gant peau de chien ou brique, à piqûres noires.

Lorsqu'on va dans plusieurs soirées, on doit partir sans jamais prendre congé des maîtres de maison, qui pourraient être vexés de votre désertion et tenter de vous retenir.

Les bals ne sont pas toujours suivis de soupers; il y a quelquefois un buffet qui doit être prêt dès la première heure du bal, quoiqu'il soit de mauvais ton d'y aller dès le commencement de la soirée.

Maintenant que la mode des buffets est en vogue, on ne sert plus de rafraîchissements entre les danses.

Pourtant je vais donner quelques indications pour le cas où il n'y aurait pas de buffet: entre chaque danse, si on veut, ou, au moins, toutes les trois danses, des domestiques chargés de grands plateaux avec des verres plats remplis aux _deux tiers_ de sirop de groseille, de grenadine, orgeat, glaces en coquilles, café glacé, chocolat glacé, petits fours, fruits confits dans leurs collerettes de papier plissé, doivent circuler dans le salon.

_Buffets.--Soupers._

Aussitôt les plateaux passés, d'autres domestiques, chargés de plateaux vides, recueillent verres, coquilles, petites cuillers; jamais, au grand jamais, ne déposons rien sur un meuble; dans le cas où vous auriez omis de remettre sur le plateau, il se trouvera toujours un homme bien élevé pour vous débarrasser de ce qui vous gêne.

La question des godets de papier contenant des fruits glacés, des noyaux et des queues a été débattue et, tout dernièrement, d'une façon charmante par Marie-Anne de Bovet. On sait donc qu'il ne faut pas avaler les noyaux, ni les jeter subrepticement derrière sa chaise ou derrière un meuble, ni les mettre dans sa poche, mais bien les enfermer dans leur enveloppe de papier et déposer le tout sur le plateau.

Oui, mais si le plateau a passé?

Dans ce cas, messieurs, mettez le corps du délit dans votre poche de gilet et vous, mesdames, dans un coin de votre mouchoir de poche.

Les verres à sirop sont toujours en cristal uni; les verres à pied ne sont de mise que pour le punch ou le vin chaud qu'on sert vers une heure du matin; lorsqu'il n'y a pas de buffet, on sert des tasses de chocolat chaud, de consommé chaud et froid, vers deux heures du matin; on peut aussi servir des verres de vin de Bordeaux et des coupes de Champagne; mais cela est facultatif, ainsi que les sandwichs.

Le buffet doit être très copieusement garni.

Comme il est fort difficile d'organiser un buffet pour un bal, qu'il faut beaucoup de matériel, des tables à tréteaux, des montants, etc., etc., j'engage à s'adresser à une maison de _premier ordre_ pour ce soin; je dis de _premier ordre_ car, pour une minime différence de prix, vous risquez d'avoir des fournitures peu fraîches et des vins de qualité très inférieure.

Les domestiques doivent être debout derrière la table.

Il faut placer un paravent derrière les serveurs; ce paravent dissimule une table où on envoie vivement la vaisselle sale, les détritus; on doit laver promptement la vaisselle et lui faire reprendre sa place; ainsi le buffet n'a pas trop l'aspect d'une ville mise à sac.

La décoration du buffet est faite par des fleurs et de belles grasses pièces, galantine, jambon, filet froid, volaille, fruits.

On invente tous les ans d'exquises choses qui sont les bienvenues dans les buffets: ortolan froid, pris dans de la gelée; coquilles de homard; bouchées aux crevettes; pâté de saumon; truffes au vin de Champagne, servies dans de mignonnes coquilles en argent, sandwichs au jambon, au foie gras, vins de toutes espèces, glaces, sorbets, punch, bouillon, etc., etc.

Le maître de maison et ses aides de camp doivent conduire tour à tour les dames au buffet; celles qui dansent y sont menées par leurs danseurs; il faut veiller aux timides et s'arranger pour qu'elles aient leur tour.

On ne doit pas conduire sa sœur, ou sa femme au buffet; encore moins, si on est venu nombreux, s'y rendre en famille. Lorsqu'on fait un souper par petites tables, sauf celles présidées par le maître et la maîtresse de la maison et où ils invitent les personnes auxquelles ils tiennent à faire honneur, chacun se place comme il l'entend.

Le souper doit être court; les danseurs grillent de retourner à la salle de bal et les personnes qui désirent se retirer verraient d'un mauvais œil se prolonger le repas.

Sauf le potage (toujours du bouillon), qui est chaud, tous les mets sont froids: filet de bœuf, volaille, galantine, jambon, pâté de foie gras, salade de légumes, ananas, fruits, Bordeaux, tisane de Champagne.

Après le souper, les personnes qui désirent partir, reparaissent au salon un instant et s'éclipsent pendant le brouhaha de la première danse.

_Le cotillon._

Est de rigueur maintenant dans tous les bals et se danse avant ou après le souper.

Il est de plus en plus aimé des jeunes filles et des femmes parce qu'il sert de prétexte à distribution d'objets plus ou moins coûteux, plus ou moins luxueux et toutes les femmes adorent emporter quelque chose.

Si on veut suivre la mode, point n'est besoin d'avoir un cotillon qui revient à dix mille francs, car on atteint facilement ce chiffre en offrant aux danseuses des éventails signés de noms de maîtres, des boîtes à poudre en argent, des pommes d'ombrelles en Saxe, des bijoux, enfin les mille fantaisies coûteuses que seule une maîtresse de maison millionnaire peut songer à offrir.