Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre
Part 5
Si vous invitez un professeur de chant ou de musique à dîner ou à passer la soirée, ne lui demandez pas de jouer ou de chanter quelque chose; cela aurait l'air de lui faire payer l'hospitalité.
Lorsque les enfants sont externes dans un collège, ils ne sont pas tenus à faire une visite le jour de l'an; étant demi-pensionnaires, ils doivent la faire, seuls, ou accompagnés du père ou de la mère.
Pensionnaires, cette visite est obligatoire pour l'enfant et pour les parents.
Pour les filles, la mère doit faire une visite; le père vient ou envoie sa carte.
Les professeurs qui donnent des répétitions à domicile peuvent simplement envoyer leur carte; les parents de l'élève renvoient la leur.
La grande politesse du professeur doit être l'exactitude. Il lui faut aussi une grande modération dans ses expressions, se tenir en garde contre la familiarité et contre l'excès de sévérité.
Étant en voyage, un enfant doit écrire au moins une fois à un professeur.
Lorsque vous avez un précepteur ou une institutrice à demeure et que l'élève et le maître dînent ou déjeunent seuls ensemble, ce dernier doit avoir le plus d'honneur et être servi le premier, il a le droit d'attendre toutes les marques de respect qu'on doit aux parents.
A la table de famille ou dans un dîner en ville où le professeur est convié avec son élève, il est servi après les autres, mais avant l'enfant.
En voiture, le professeur est placé devant avec l'enfant.
Lorsque les enfants ne paraissent pas aux grands dîners, les professeurs mangent avec eux, à part.
La chambre de celui qui fait l'éducation d'un enfant doit être contiguë à la sienne.
_Catéchisme et première Communion._
L'acte important de la jeunesse, celui dont on garde au fond du cœur le souvenir embaumé. Étape fleurie où, dégagé des limbes de l'enfance, on risque les premiers pas conscients sur la route de la vie, qu'on voit alors prismée de rose et de bleu et qui, souvent marâtre, vous flagelle si cruellement! Mais, au moment de la première communion, on est heureux et on a coutume de dire: «Le plus beau jour de la vie». Donc pour ce jour solennel où la petite âme a recouvré la blancheur baptismale, il faut une fête de famille qui le grave dans l'esprit du jeune néophyte.
C'est généralement un dîner où on réunit parents et amis; je ne conseillerai pas de donner une soirée; emmener l'enfant au théâtre serait de la plus haute inconvenance.
L'entourer de trop de petits camarades est également à éviter; j'ai vu une fois un enfant, très recueilli le matin, qui, au contact de ses jeunes camarades, s'était peu à peu dissipé et qui terminait cette belle journée par un pugilat en règle!
Pareil accident n'est pas à craindre avec les jeunes filles, mais il y a un autre écueil à éviter, celui de la coquetterie: elles pourraient faire admirer à leurs amies les présents, les bijoux qu'on leur a donnés, et l'on en a vu qui essayaient des effets de robe longue!
La première communion se fait, généralement, entre onze et douze ans.
L'instruction du catéchisme est obligatoire pendant deux années, un an de petit catéchisme, une fois par semaine, un an de grand catéchisme, deux fois par semaine.
L'acte de baptême est la seule pièce à produire.
On peut avoir _gratuitement_ cet acte à la paroisse où l'enfant a été baptisé; l'usage veut qu'on donne un franc ou deux à l'employé de la sacristie, bedeau ou suisse, qui vous le remet.
Si l'enfant fait son éducation chez lui, sa mère ou une personne de confiance doit le conduire au catéchisme, l'attendre et le ramener; si, au contraire, l'enfant est au collège ou à la pension, ce sont les chefs d'institution qui sont chargés de ce soin.
Voici le costume pour un petit garçon:
Une chemise de batiste à plastron uni ou à petits plis.
Cravate lavallière en soie blanche ou nœud tout fait en satin blanc.
Chaussettes de fil ou de soie, blanches, bottines vernies; costume en fin drap noir, forme veste, ou, si l'enfant est dans un collège ou dans une institution, l'uniforme de ladite maison.
Brassard en faille ou en moire blanche; gants de peau blancs, chapeau anglais ou casquette d'uniforme.
La toilette de la petite fille est plus compliquée, pourtant elle ne doit jamais se départir d'une simplicité élégante.
Chemise, pantalon de batiste avec ou sans nœuds de soie blanche; bas de soie ou de fil d'Écosse blanc, souliers de satin ou de chevreau blanc, corset blanc, jupon blanc amidonné un peu raide; robe de dessous en soie blanche ou en percaline glacée; robe de dessus en mousseline blanche bien fine; grand ourlet surmonté de cinq, sept, neuf ou onze petits plis lingerie; corsage tout plissé avec les manches que réclame la mode ou bien froncé à la vierge, avec les mêmes manches; ruche de mousseline de soie au cou, aux manches, ceinture molle en surah, dont on fait le nœud soi-même; petit bonnet de mousseline à ruche de tulle illusion; voile de mousseline retenu par de minuscules épingles à tête de perle fine.
Dans certains pays, le voile est remplacé par une couronne de fleurs blanches qui est cent fois plus jolie, mais il faut se conformer à l'usage de sa paroisse.
Une aumônière genre «Marguerite de _Faust_» en surah blanc, attachée à la ceinture, est préférable au petit sac passé au bras, qui embarrasse et qu'on risque de perdre. Gants de peau blancs, mousquetaires, ne strangulant pas le poignet; cierge uni. Comme boucles d'oreilles, une perle vissée à l'oreille.
Garçon et fille ont chacun un chapelet passé au bras gauche, assez souvent; maintenant ce sont des chapelets en grenat, en lapis-lazuli, en agate, montés en or ou en argent.
Pour le livre, on se conforme aux usages de la paroisse qui recommande soit un paroissien, soit un manuel de catéchisme.
Le paroissien est ou en ivoire, ou en nacre, en cuir de Russie ou en maroquin.
Les communiants offrent à leurs amis des images plus ou moins belles qu'on nomme «souvenirs de première communion», qu'ils portent eux-mêmes aux intimes et que leurs parents envoient, sous enveloppe _cachetée_, aux personnes qui sont en rapports moins directs avec la famille; celles-ci doivent renvoyer une carte _aux parents_, avec un mot affectueux pour l'enfant.
Ces images peuvent être en simple papier avec les emblèmes eucharistiques, en parchemin genre byzantin ou en gélatine avec derrière les mots suivants: Souvenir de la première communion de...... célébrée le....
On fait aussi des images au revers desquelles sont simplement gravés des versets de la Bible ou de belles pensées. Il est de bon goût de faire le lendemain une visite au prêtre qui a préparé l'enfant et de lui porter un cadeau.
Cet usage n'est nullement de rigueur à Paris.
A la campagne, on ne pourrait y manquer sous aucun prétexte; on peut offrir un bronze de piété, un volume rare ou même un objet de mobilier.
Voici une liste de cadeaux qu'on peut offrir à un petit garçon, ou à une petite fille; j'engage seulement les personnes qui les donnent à ne les apporter que le lendemain si ce sont des bijoux, afin que le tic tac de la première montre ou le chatoiement des premiers joyaux n'éveillent pas dans le cœur des jeunes néophytes des pensées peu en rapport avec l'acte qu'ils viennent d'accomplir:
--Statuettes en vieil argent, livres de piété, crucifix, porte-monnaie en écaille, en cuir de Russie ou en maroquin écrasé avec les initiales entrelacées en or, en argent, ou frappées; comme pour le livre de messe, le portefeuille assorti.
--Une épingle de cravate en or et perle, une garniture de boutons de chemise en or mat, une montre, une chaîne, des boucles d'oreilles, bracelet, rang de perles, bagues; pour les cadeaux plus modestes, signet avec agneau pascal en argent, petite croix en or émaillé, médaille avec peinture sur ivoire, bénitier, crayon ou porte-plume en or, argent ou nickel, dé argent ou or, mouchoir de soie blanche.
Le matin de la première communion, l'enfant doit demander la bénédiction de ses parents.
On n'invite pas au dîner le prêtre qui a préparé l'enfant; du reste, si on le faisait, il devrait refuser, car ayant eu tout un troupeau de petits fidèles, il ne peut faire une exception qui blesserait les autres.
Il ne doit pas y avoir de soirée après le dîner.
Les visites de première communion doivent se faire dans les trois jours, l'enfant revêtu de son costume, et la mère en toilette de cérémonie.
Le père n'est pas forcé, à Paris, de faire ces visites; dans certains pays, sa présence est obligatoire.
_Second mariage._
La veuve doit, d'après le code, attendre dix mois révolus avant de contracter union.
Le veuf peut contracter mariage aussi promptement qu'il le veut; toutefois s'il n'attend pas six mois au minimum il agit d'une façon inconvenante.
Le veuf peut entourer sa seconde union du même éclat que la première; la veuve, au contraire, se remarie toujours avec discrétion.
Une dame veuve qui se remarie ne retire pas sa première alliance; elle la porte avec la seconde, au même doigt.
La toilette de la veuve qui se remarie consiste en une élégante robe de ville; à part le rose, on choisit la nuance qui va le mieux au teint et à l'âge de la personne, avec un chapeau assorti.
Si, pour une raison quelconque, on trouve plus pratique une robe foncée ou même une robe noire, il sera de bon goût dans ce cas d'égayer la toilette par un chapeau clair et élégant.
On met quelquefois sur la tête une mantille de dentelle noire ou blanche, attachée par un piquet de fleurs: cet usage tend à disparaître de plus en plus.
La toilette de l'homme est la même qu'à un premier mariage.
Lorsqu'une veuve se remarie, il n'est pas d'usage de donner un bal; à peine une soirée et encore mieux vaut un dîner ou un déjeuner.
_Mariage d'une demoiselle âgée._
Les cérémonies sont les mêmes, mais il y a certains détails de toilette à observer.
Une demoiselle qui se marie à trente-cinq ou quarante ans s'habille exactement comme une mariée plus jeune.
Quand on a plus de quarante ans, on met une robe claire et on se coiffe d'un chapeau assorti dans l'ornement duquel on fait entrer quelques brins d'oranger.
Dans ce cas, on doit toujours choisir ce qui est le plus en rapport avec l'air de la personne, et la situation qu'elle occupe.
Lorsque la mariée est un peu âgée, il n'y a pas de demoiselle d'honneur.
Les réjouissances excessives ne sont pas de mise.
_Les noces d'argent._
Les noces d'argent se célèbrent après vingt-cinq ans de mariage.
C'est une fête de famille des plus touchantes.
On va à la messe en cortège, le mari et la femme se donnant le bras.
La mariée porte une toilette claire et tous ses diamants. Le marié a la tenue officielle, habit noir, cravate blanche.
Les enfants doivent offrir un cadeau à leurs parents.
Quelquefois il y a un dîner et un bal.
Le père l'ouvre avec sa fille aînée ou la femme de son fils, la mère avec son fils aîné ou le mari de sa fille.
_Noces d'or._
Le cérémonial est le même.
La mariée porte ordinairement une toilette de nuance violette; elle a un bouquet de pensées et tous les assistants en ont à leur boutonnière ainsi que le marié.
Il n'y a généralement qu'un dîner.
_Dîner de Noces._
Il y a un peu de latitude pour le choix des places et ce n'est plus forcément que la mariée occupe la place d'honneur auprès de son père et le marié la place auprès de sa belle-mère.
Une coutume jolie, qui tend à se généraliser, est celle qui met les jeunes époux l'un près de l'autre et les garçons et les demoiselles d'honneur près d'eux.
La mariée doit toujours être servie la première.
L'usage des toasts persiste, dans certaines familles; il est à remarquer que ce sont les parents qui répondent; les mariés se contentent de lever leurs verres.
Les compliments en vers débités aux jeunes époux, les chansons de circonstance sont également tombés dans l'oubli, mais il faut toujours tenir compte des usages locaux. Quelques-uns sont assez touchants.
_Lunch._
L'habitude la plus répandue est maintenant d'offrir un lunch à ses amis au sortir de la messe de mariage.
Il y a une quinzaine d'années, c'était un déjeuner dînatoire.
Arrivée chez ses parents, la mariée doit distribuer les fleurs de son bouquet à ses jeunes amies.
Bien entendu, on ne va au lunch que si on a été invité par écrit ou verbalement; celui qui s'imposerait se montrerait mal élevé.
A moins que le départ des mariés ne soit précipité par l'heure du train, ils ne doivent se séparer des parents que lorsque le dernier invité est parti.
Je ne veux pas recommander aux mères de ne pas pleurer; il est toujours cruel, ce moment de la séparation, elle est terrible cette heure où l'enfant cesse de vous appartenir.
_Bal de noces._
La mariée ouvre le bal avec l'homme qui occupe la plus haute situation; le marié agit de même pour sa danseuse.
La seconde danse de la jeune femme appartient à son mari.
C'est la mariée qui envoie inviter ses danseurs.
La mode étant à présent que les mariés ne partent plus en une fuite éperdue et restent au contraire jusqu'au départ du dernier invité, il est de bon goût de prendre congé de bonne heure, deux heures du matin au plus tard.
_Les voyages de noces._
Il y a quelques années, le bon ton exigeait que les jeunes mariés partissent immédiatement en voyage, imitant en cela nos voisins d'outre-Manche qui s'en vont, sitôt la cérémonie terminée, sous une grêle de riz et de souliers de satin blanc.
Aujourd'hui, plus sages et plus pratiques, les mariés s'en vont tout simplement chez eux et font leur voyage de noces un mois ou six semaines plus tard.
Je sais qu'il est des partisans du départ précipité qui disent que l'intimité vient plus vite en voyage.
Possible. Mais à côté de cela que d'inconvénients!
N'y a-t-il pas une sorte de barbarie dans cet acte d'enlever ainsi brusquement une jeune fille, souvent presque une enfant, à son milieu, à ses habitudes?
L'affection des époux se trouvera-t-elle augmentée par les désagréments forcés des voyages?
Je ne le crois pas et j'estime que les premiers moments de tête-à-tête avec son époux, c'est-à-dire avec un étranger qu'on connaît d'ordinaire depuis quelques mois seulement, doivent se passer dans le «home» et qu'il est doux pour la jeune femme de pouvoir aller, dès le lendemain, embrasser ses parents.
Si le mari a du tact, il préviendra ce désir.
On lui saura gré de cette attention.
Lorsqu'on part en voyage de noces pour visiter, par exemple, des parents âgés qui n'ont pu assister à la cérémonie, on doit éviter l'air «jeunes mariés»; ne pas se tenir la main, ne pas se regarder dans le blanc des yeux, en un mot ne pas attirer l'attention sur soi par des démonstrations de tendresse bonnes pour le huis-clos.
L'homme pour voyager portera un costume complet, un chapeau mou, des gants brique; la jeune femme un costume de lainage beige, un petit chapeau de feutre (que ce soit l'été ou l'hiver, on le porte de même), un voile de gaze blanche formant tour de cou, des gants clairs, puisque c'est la mode.
Que dans sa joie d'être _Madame_ elle ne porte pas de diamants et surtout qu'elle ne juge pas bon de prendre des allures évaporées qui donneraient triste opinion d'elle au futur compagnon de sa vie.
Je recommanderai aux jeunes filles de ne pas se mettre de suite en familiarité avec leur mari; qu'elles «tâtent» un peu son caractère et qu'elles fassent bien attention de ne pas lui faire mille confidences de linotte qu'il jugera adorables les premiers jours et assommantes après.
Le tutoiement est général entre époux; mais ce que je préfère c'est la coutume mixte qui réserve le _vous_ cérémonieux devant les étrangers et le doux _tu_ pour l'intimité.
_Les visites de noces._
Les visites de noces se font quinze jours après le mariage, si on ne va pas en voyage; au retour, seulement, si le jeune couple est parti.
Le mari va seul chez ses amis célibataires.
La toilette de cérémonie est de rigueur.
Ces visites durent à peine quelques minutes; c'est en somme une présentation du nouveau membre de la famille aux amis et connaissances.
Il est bien entendu que les jeunes gens ont écrit pour remercier les personnes leur ayant envoyé un présent; mais cela ne les dispense nullement de leur faire une visite de noces.
C'est au cours de ces visites généralement que les personnes font leurs invitations aux jeunes mariés, soit pour un dîner, soit pour un bal, donné en leur honneur; on appelle cela «le rendu de noces» et les nouveaux mariés y occupent la place d'honneur.
La visite est rendue dans la quinzaine.
Si on ne désire pas entrer en relations avec le jeune couple, on se contente d'envoyer sa carte.
_Les invitations à dîner.--Les repas._
Ces invitations se doivent envoyer huit jours à l'avance ou être faites de vive voix dans ce même laps de temps.
Je préfère l'invitation écrite, qui permet de refuser par lettre et non soi-même, ce qui est toujours désagréable.
Je sais des personnes qui, pour éviter cet ennui, acceptent toujours les invitations, se réservant d'écrire la veille ou le jour même, qu' «une circonstance imprévue», etc., les empêche de se rendre à l'aimable invitation, ou mieux encore envoient au dernier moment un petit bleu. Rien de plus désagréable pour la maîtresse de la maison qui est forcée de remanier l'ordonnance de sa table, de défaire le couvert, de changer la place des convives.
On doit répondre dans les trois jours qui suivent l'invitation.
Le silence équivaut à un consentement. Qui ne dit mot....
Entre amis intimes et avec un célibataire, les cérémonies ne sont pas nécessaires et on peut fort bien inviter la veille pour le lendemain, le jour même, à la rigueur.
Nulle raison de se montrer froissé, si on est invité au dernier moment pour parer à une défection.
Si on apprend qu'une ou qu'un de nos invités a un parent, un hôte de passage chez lui, on doit l'inviter également, même si on ne le connaît pas.
L'on n'invite jamais une dame seule à un dîner d'hommes.
Si on a à dîner une seule femme, avec son mari, et que le reste des convives appartienne au sexe fort, il est d'usage de faire prendre à cette dame la place de la maîtresse de la maison.
Cette invitation jadis n'était point admise; mais avec les idées plus larges et plus intelligentes de nos jours, il n'y a pas de célibataire qui ne réunisse à sa table ses amis mariés, avec leurs femmes.
Je trouve cela très bien; car inviter seulement et régulièrement le mari, c'était condamner madame à rester au logis et exposer le pauvre homme à s'entendre reprocher maintes fois «ces dîners d'hommes, où on ne sait jamais ce qui se passe».
On n'invite _jamais_ les enfants et les très jeunes gens aux dîners tant soit peu cérémonieux.
Disons en passant que, même si on n'accepte pas l'invitation à un dîner, on doit une visite dans les huit jours; c'est une règle peu observée, malheureusement.
Les invitations se divisent donc en cinq catégories.
1º Les invitations de grande cérémonie imprimées sur carte et ainsi libellées:
Monsieur et Madame Pierre de V.... prient Monsieur, Madame et Mademoiselle de M.... de leur faire l'honneur de venir dîner avec eux, le mardi 20 novembre 1894.
7 heures 1/2. _Adresse._
R. S. V. P.
2º Les invitations de cérémonie, entre amis, écrites à la main.
Monsieur et Madame Raymond D.... prient Monsieur et Madame D.... de leur faire le plaisir de venir dîner chez eux le samedi 24 novembre 1894.
8 heures. R. S. V. P.
3º Les invitations à un dîner sans cérémonie entre amis, écrites sur une lettre et envoyées sous enveloppe; jamais sur une carte postale ou une carte-lettre.
Chère madame,
Mon mari et moi espérons que vous serez libres et pourrez venir dîner avec nous, jeudi prochain, 1er décembre. Nous comptons absolument sur un oui.
Recevez, chère madame, l'expression de nos meilleurs sentiments et veuillez me rappeler au bon souvenir de monsieur Dorval.
Mon mari joint ses compliments aux miens.
M. R....
4º Invitation du jour au lendemain entre amis intimes.
Ma chère amie,
Venez donc demain manger avec nous un périgourdin truffé, très intéressant.
Mille amitiés.
JEANNE S....
Remarquez que l'heure n'est pas mentionnée au bas de ce billet; on sait la personne au courant des coutumes de ses hôtes.
Il est à observer aussi que, sauf les invitations de cérémonie, les autres sont toujours faites par la femme et si, pour une raison ou pour une autre, c'est le mari qui écrit, il commencera toujours ainsi: «Ma femme me prie», etc.
5º Les invitations pour le jour même à des personnes avec lesquelles on est en relations d'intimité et d'amitié; invitations qu'on peut écrire sur une carte de visite.
Ma chère Julie,
Viens donc dîner ce soir avec ton mari, tu nous feras plaisir.
Je t'embrasse.
SIMONNE J....
Pour ces trois dernières catégories d'invitation, le style peut être très fantaisiste et l'esprit se donner libre cours.
J'ai vu des invitations rédigées en langage nègre, ou avec les termes des châtelains moyenâgeux; c'était, quand même, très gentil.
Les réponses doivent être simplement rédigées; par exemple:
Chère madame,
C'est avec grand plaisir que nous acceptons, mon mari et moi, votre gracieuse invitation.
Tous nos compliments.
R. S.
Les refus doivent être soigneusement motivés et donner de bonnes raisons ou du moins de vraisemblables:
Madame,
Votre gracieuse invitation m'a fait le plus grand plaisir et je l'accepterais volontiers si je ne m'en trouvais absolument empêché. J'ai promis, il y a huit jours déjà, à madame X. de dîner chez elle (ou toute autre excuse valable).
Veuillez agréer, madame, avec mes sincères regrets, mes compliments très respectueux et très empressés.
A. B.
Le célibataire doit de la façon la plus correcte expliquer les motifs de son refus, par exemple en ces termes qui nécessairement varient selon les circonstances:
Madame,
Je suis très sincèrement contrarié de me trouver contraint de refuser votre invitation si flatteuse pour moi.
J'ai attendu jusqu'au dernier moment, espérant n'être pas privé de la joie que je m'étais promise.
Votre mari sait quelles sont mes occupations et voudra bien, j'en suis certain, faire valoir près de vous la légitimité de mon excuse.
Veuillez lui présenter mes regrets les plus vifs et encore une fois, madame, les agréer vous-même.
Recevez, madame, l'expression de mes sentiments les plus empressés et les plus respectueux.
L. P.
L'important, je le répète, est de se bien excuser, et lorsqu'on se trouve tout à fait obligé de contremander une réunion, dîner, bal, soirée, on ne devrait le faire qu'à la dernière extrémité et en employant les termes de regret les plus grands.
On écrit alors ou on fait écrire une lettre explicative aux intimes; pour les personnes à cérémonie, on écrit sur une carte quelques lignes:
Madame L....
atteinte d'une subite et grave indisposition, se voit, à son grand regret, obligée de remettre son dîner du 20 courant à une autre date.
Un accident survenu dans sa famille oblige Madame S....
à révoquer ses invitations pour mardi prochain. Elle prie de bien vouloir l'excuser.
Si l'événement arrivait quelques heures avant le repas, on doit faire envoyer dans les grandes villes des messages téléphonés.
Ces messages, de nouvelle importation, sont beaucoup plus pratiques que la dépêche ou le petit bleu; les derniers mettent quelquefois deux heures à parvenir, le message téléphoné ne met que vingt-cinq minutes à arriver et on peut le faire aussi explicite que l'on veut, son prix, de cinquante centimes, donnant droit à cinq minutes d'entretien à l'appareil.
Lorsque vous avez un enfant atteint d'une maladie éruptive assez bénigne pour vous permettre d'aller au dîner où vous êtes priée, ne craignez pas, madame, de contrarier vos hôtes en vous excusant même au dernier moment. Ils seront trop heureux de ne pas vous avoir; soyez certaine que si vous veniez quand même, ils vous en sauraient plutôt mauvais gré et, à part eux, vous regarderaient comme un péril.