Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Part 4

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Les billets se font sur de petites feuilles doubles ou sur des cartes unies ou dorées en genre parchemin.

On peut les envoyer sous enveloppe non cachetée; les initiales du baby au coin gauche.

Le papier peut être uni ou liseré de rose ou de bleu selon les cas; lorsqu'on a des armoiries, on les met; quelquefois aussi le monographe des parents.

On doit retourner une carte dans les deux jours qui suivent la réception du faire part ou, si l'on veut, une lettre de félicitations; cela dépend du degré d'intimité.

Une mode, nouvelle et bien gentille, est celle qui consiste à joindre à la lettre de faire part une carte minuscule cornée, avec le prénom du baby, c'est une politesse que le nouveau-né fait, d'ores et déjà, à toutes les personnes qui peuvent s'intéresser à son arrivée en ce monde.

Voici quelques modèles de billets de faire part.

_Monsieur et Madame de B.... ont l'honneur (ou le plaisir) de vous faire part de la naissance de leur fils Pierre._

_Paris, le 25 novembre 18 ._ _22, rue de l'Arbre-Sec._

_Monsieur et Madame R. D.... vous font, avec joie, part de la naissance de leur fille Marguerite, qui est déjà sage et jolie._

_J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai fait mon entrée en ce monde le 29 de ce mois de décembre et que ma petite maman et moi nous nous portons bien._

MARIE D....

_Nous avons le plaisir de vous annoncer la naissance d'un gros garçon, qui a reçu les noms de Lucien-Léon-Alfred et qui se porte à merveille._

Monsieur et Madame D....

_Monsieur et Madame Louis D.... ont le plaisir de vous faire part de la naissance de leur fils, qui a reçu les prénoms de Raymond-Gontran._

_Parrain: Monsieur Raymond D....._ _Marraine: Madame D....._

_J'ai la joie de vous annoncer mon heureuse arrivée en ce monde; j'espère y être heureuse et gâtée. Ma petite mère et moi nous nous portons à merveille et petit père est très content._

LAURE-CÉCILE D....

Autant que possible, quand on va faire ses compliments, ne pas trouver de ressemblance entre le nouveau-né et tel ou tel ascendant. Savons-nous si le père ou la mère ne trouvent pas ces personnes-là affreuses?

A l'occasion d'une naissance, les parentes et les femmes de l'entourage font un cadeau au baby; ce sont souvent des objets confectionnés par elles-mêmes: bavoir élégant, une initiale discrètement brodée dans un coin; brassières, petits chaussons de laine rose ou bleue, bonnet mignon, voire même bracelet d'or avec une médaille où sont gravés les prénoms de l'enfant.

Cette mode de bracelets est assez abandonnée depuis quelques années.

Le père offre généralement un présent à la nouvelle maman; c'est presque toujours un bijou, objet durable, qui perpétue le souvenir de l'heureux événement.

_Sur les fonts baptismaux._

J'engagerai toujours à faire célébrer le baptême six semaines ou deux mois après la naissance et non tout de suite, ainsi qu'on le faisait il y a quelque vingt ans.

La cérémonie ainsi reculée permet à la jeune maman d'y assister, d'être avec le chérubin l'héroïne de la fête et, de cette manière, l'inquiétude étant bannie, on peut être tout à la joie.

Les personnes pieuses qui craignent pour la vie future du baby doivent le faire ondoyer; mais, je le répète, le baptême étant la fête de famille par excellence, tout le monde doit y prendre part.

Les parrains et marraines doivent être désignés plusieurs mois à l'avance. On choisit généralement, pour le premier-né, la grand'mère maternelle comme marraine et le grand-père paternel comme parrain; pour le second bébé, c'est l'inverse, grand'mère paternelle et grand-père maternel.

Faute de ces très proches parents, on prend les frères et sœurs des époux.

Un frère ou une sœur peuvent très bien être parrain ou marraine de leur frère ou sœur.

L'Église exige l'âge de sept ans pour pouvoir être parrain ou marraine, mais, par faveur spéciale, elle admet quelquefois des enfants plus jeunes, à condition qu'ils aient des répondants.

On nomme, d'ancien temps, «compère et commère» le parrain et la marraine.

Il importe, pour s'assurer un parrainage, de s'y prendre longtemps à l'avance.

Lorsque le compère et la commère ne se connaissent pas, il est bon de les présenter l'un à l'autre avant la cérémonie.

Pour le baptême, les prénoms donnés à l'enfant doivent être inscrits dans le même ordre qu'à la mairie.

Si la marraine ne connaît ni le parrain ni sa famille, un tiers est nécessaire, lorsque, le jour du baptême, celui-ci va chercher sa commère en voiture ou à pied, pour l'accompagner au domicile de l'enfant.

Quelques jours avant la cérémonie, la marraine envoie la robe, le bonnet, la pelisse, le chapeau que portera l'enfant. Elle peut n'envoyer que deux de ces objets, chapeau et pelisse, ou robe et bonnet.

L'élégance diffère suivant les moyens.

Pour mon fils, voilà ce que sa très aimable marraine a donné: robe de mousseline à tablier d'entre-deux de valenciennes, sur une robe de soie bleu pâle faisant transparent; petit bonnet tout en entre-deux de valenciennes et de plumetis sur nansouk avec grosse ruche de valenciennes et d'étroites coques de ruban comète en satin crème; pelisse en cachemire crème, brodée au passé d'une guirlande de fleurs; effilé de soie crème tout autour, doublure en satin crème, piquée; capote de satin crème avec la même broderie qu'à la pelisse, garniture de plumes crème.

Les robes de piqué, les pelisses à carreaux, les capelines en laine peuvent également s'offrir.

Le parrain, suivant ses ressources, offre à son ou à sa filleule tous les petits ustensiles à son usage: poêlon à bouillie, petite tasse, coquetier, petite cuillère, petite assiette, hochet, timbale, rond de serviette en argent, en vermeil, même en or, ou un seul de ces objets, ou même un simple hochet en ivoire, en os.

Une robe, une pelisse, une capeline confortable, en _couleur_, quelques menus objets utiles font le plus grand plaisir aux parents.

Dans la semaine qui précède le baptême, le parrain doit envoyer à la marraine les boîtes de dragées et un bibelot quelconque.

Il y a vingt ans, le présent était classique: c'était invariablement une boîte à gants contenant six ou douze paires de gants. Il fallait donc demander la pointure de la dame, les nuances qu'elle préférait, etc., etc. Maintenant la mode a renversé cet usage, et on peut offrir indifféremment un bronze, une jardinière avec des fleurs, un éventail et même, si le degré d'intimité est grand, un bijou.

Les père et mère de l'enfant doivent, de leur côté, commander des boîtes de baptême; l'usage veut que le parrain et la marraine leur en offrent chacun une.

Les boîtes de baptême sont en papier rose ou bleu; on en fait aujourd'hui d'adorablement jolies: boîte avec le prénom de l'enfant et la date de sa naissance estampés en relief or ou argent, ou les deux mélangés; avec les initiales entrelacées en givré or ou argent avec le nom en diamanté; avec aquarelle représentant un amour peignant le nom du nouveau-né sur une boîte de baptême; avec un cortège XVIe siècle, violoneux en tête, parrain et marraine, qui sont un marquis et une marquise falbalatés, jetant les dragées à un peuple de marmots qui se bousculent; ou bien des anges posant dans un berceau un petit enfant; une cloche, laissant tomber le baby, si le baptême se trouve au temps pascal.

On peut aussi offrir en place de boîte un sac de moire ou de satin à la marraine et à la jeune maman; en tous cas, elles doivent recevoir toutes les deux un bouquet.

Le parrain a la charge des cadeaux à la marraine, à la garde, aux domestiques, à l'enfant de chœur, au curé.

La pièce de cinq, dix ou vingt francs qu'on offre au prêtre doit être placée dans une boîte de dragées, de même pour les autres personnes, sauf pour l'enfant de chœur auquel on donne un ou deux francs de la main à la main.

Pour la garde et la nourrice, on peut varier entre cinq et vingt francs.

Pour les domestiques, c'est cinq francs, généralement.

Le jour du baptême, le parrain va prendre la marraine chez elle en voiture ou à pied et l'amène chez les parents de l'enfant.

Si c'est en voiture, la maman et la nourrice portant l'enfant monteront dans cette voiture pour aller à l'église; elles occuperont toutes les deux les places du fond; le parrain et la marraine sur le devant.

On doit s'entendre à l'avance avec le curé pour le jour et l'heure de la cérémonie. Pour l'entrée à l'église, c'est la personne qui porte l'enfant qui ouvre la marche.

Le parrain est placé à droite de la personne qui tient l'enfant, la marraine à gauche.

Le _Pater_ et le _Credo_ qui sont demandés doivent être récités en français; le cierge est tenu ensemble, de la main droite, par le parrain et la marraine.

Il ne faut jamais répondre: «oui, monsieur», mais, oui, tout simplement.

Le parrain et la marraine mettent leurs mains droites _dégantées_ sur la tête de l'enfant en même temps que le prêtre.

Après la cérémonie du baptême, on se rend à la sacristie pour signer l'acte.

A la sortie, mais moins fréquemment qu'autrefois, le parrain et la marraine jettent des dragées et quelques pièces de monnaie aux gamins assemblés.

Au dîner de baptême, le parrain et la marraine occupent les places du maître et de la maîtresse de la maison.

Le dîner doit être servi avec cérémonie; des dragées doivent figurer au dessert.

Jamais la nourrice ne doit y assister; à la fin du repas, ou plutôt au commencement, il arrive que l'on fait circuler de main en main le héros de la fête lequel, généralement, désapprouve fort cette façon d'aller et le témoigne par des cris perçants.

Un mois après le baptême, si la marraine est mariée, son mari doit inviter à dîner le parrain et les parents de l'enfant.

En cas de nécessité on peut demander un prêtre pour que le baptême ait lieu à domicile.

Les usages sont les mêmes pour le baptême protestant, sauf en ce qui touche la cérémonie du baptême qui est, comme tout le cérémonial de ce culte, réduite à sa plus simple expression.

Comme chez les chrétiens, l'enfant israélite a un parrain et une marraine.

Le premier jour de sabbat (c'est-à-dire le samedi), le père qui a eu un garçon doit porter une offrande à la synagogue.

Dans les deux cas, il y a réunion de parents et d'amis à la maison et le rabbin ou, à son défaut, le père, appelle solennellement les bénédictions du dieu d'Abraham et de Jacob, sur le nouveau-né.

_Parrainages._

Si on acceptait à la lettre les devoirs de parrain et marraine, il ne s'agirait de rien moins que de remplacer le père et la mère pour toutes choses, en cas de mort.

Sans être aussi rigoriste, nous devons penser que l'enfant tenu par nous sur les fonts du baptême ne peut, ne saurait être un étranger pour nous.

On doit lui faire un cadeau au jour de l'an, à sa première communion, à ses succès d'examens, à son mariage, à sa première épaulette, enfin, un souvenir, quelque minime qu'il soit, à tous les événements importants de sa vie, que, du reste, ledit filleul doit annoncer, par lettre ou par visite, à ses parrain et marraine.

Tout au moins deux fois l'an, il doit aller les voir ou leur écrire.

Si les parrain et marraine sont des parents, cette qualité ne prévaudra pas, et il est de meilleur goût de dire «grand-père» que parrain à son aïeul; de même pour ses oncles et tantes, frères et sœurs.

La position du parrain et de la marraine est-elle très supérieure à celle du filleul, celui-ci doit garder une certaine réserve, ne jamais s'imposer et écrire dans les termes les plus respectueux; ne pas dire simplement: mon cher parrain, ou ma chère marraine, mais bien monsieur et cher parrain, madame et chère marraine.

_La Nourrice._

Combien vétilleux le choix d'une bonne nourrice, celle qui, si malheureusement vous ne nourrissez pas, vous remplacera auprès de votre enfant, cueillera son premier sourire, apaisera ses premiers cris, sera presque sa mère en un mot.

On doit s'occuper du choix d'une nourrice un mois avant l'événement; il faut recourir au médecin qui, lui, ne se laissera pas tromper par les apparences.

Autant que possible n'envoyez pas votre enfant en nourrice à la campagne, réduisez-vous à tous les sacrifices pour le garder auprès de vous.

Pour notre nourrice contentons-nous du costume classique, la robe plate très ample, la vaste pèlerine dans laquelle on peut envelopper l'enfant entièrement, le petit bonnet, les deux épingles, la couronne de larges rubans, aux bouts flottants sur les talons et le tablier blanc orné d'une dentelle ou d'une broderie tout autour.

A la première dent de l'enfant, il est d'usage de donner un cadeau à la nounou.

Si vous le pouvez, il est préférable de faire déjeuner et dîner la nourrice à votre table; vous éviterez ainsi bien des dérangements au baby, dérangements souvent causés par un fruit ou une crudité mangés subrepticement par nounou.

La boisson de celle-ci doit être de la bière, du vin et de l'eau d'orge.

Si vous sortez avec votre nourrice, faites-lui toujours prendre la droite; en voiture, elle doit occuper le fond, de préférence à une jeune fille ou à un jeune garçon.

Il est de très mauvais genre de faire monter une nourrice près du cocher, qu'on ait son équipage ou qu'on aille en fiacre.

Pendant les premières semaines qui suivent la naissance, on fera bien de porter les enfants, qui ne sont encore que de petits paquets vivants, sur un coussin de plumes et de crin, recouvert de satinette bleue ou rose, de mousseline ou de tulle brodé.

Le coussin tient chaud et n'échauffe pas l'enfant auquel il faut donner une position normale; ne pas le coucher et le porter toujours du même côté, en variant chaque jour.

Le savoir-vivre des tout petits est une science qu'il faut leur apprendre dès le berceau et toutes les mamans devraient y veiller et empêcher, dès le principe, Bébé de sucer son pouce, parce qu'il y a à craindre la déformation «de la bouchette et du petit pouce».

De concession en concession, pour avoir la paix, faibles mères que nous sommes, nous laissons faire de grosses sottises à nos chers enfants, et plus tard ce sont des cris et des larmes puis des corrections lorsqu'il faut faire des êtres civilisés de ces petits bonshommes et de ces petites bonnes femmes qu'on eût pu, dès le berceau, éduquer pour ainsi dire en gentlemen ou en ladies du maillot.

_La première enfance._

Jusqu'à sept ans, un enfant ne dîne pas à table, lorsqu'il y a du monde, ceci est conforme au système de nursery de nos voisins d'outre-Manche, dont nous n'avons point à médire, à condition de pouvoir faire autrement et d'installer, s'il nous plaît, le baby dans son petit fauteuil.

Et en effet, ces mignons ne sont-ils pas, pour nous autres mères, les plus grands personnages du monde?

On me fera quelques observations au nom du décorum et de la propreté.

On enfreint parfois quelques règles, et des meilleures. Que la mère qui n'a point péché me jette la première pierre.

Pour la propreté, si vous craignez le renversement de la timbale ou les mouchetures de bouillie sur la nappe blanche, ayez la précaution de placer devant le petit un carré de toile cirée: de cette façon l'accident sera vite réparé.

Une remarque assez curieuse à faire, c'est que, avant de savoir parler, l'enfant sait frapper, et le père et la mère, idolâtres et ravis, baisent le petit poing rose et se font gloire de la vigueur du coup porté.

Que de fois avons-nous entendu dire: Donne un coup, un grand coup pour faire voir comme tu es fort. Et l'enfant de s'escrimer.

Aussi plus tard, lorsqu'on voudra lui faire perdre cette sotte et déplorable habitude, aura-t-on toutes les peines du monde.

Certains trouvent aussi très amusant d'entendre la bouche fraîche de bébé prononcer des mots risqués.

Etonnons-nous donc que bébé, inconscient mais triomphant, emmagasine dans son petit cerveau, déjà très subtil, qu'il peut être impertinent sans danger pour lui!

Aucune de nous ne pense qu'il est bon d'avoir toujours la mine sévère et grondeuse que nos ancêtres prenaient envers leurs enfants, qu'il nous faut exiger le «vous» cérémonieux en place du bon tutoiement; cela regarde au reste chaque mère de famille; mais on s'accorde à reconnaître que la grande familiarité entre les parents et les enfants, la camaraderie, en un mot, est plus nuisible qu'on ne le croit, elle porte atteinte au respect et par conséquent à l'esprit de famille.

_Vers sept ans._

Dès la prime enfance, il faut habituer l'enfant à être propre, lui faire essuyer sa petite bouche, ne pas rire quand il a «des moustaches» en chocolat, exiger qu'il replie sa serviette et qu'il aille se laver les mains avant de s'asseoir à table, ne pas y mettre les coudes, ne pas parler la bouche pleine, et ne pas porter la main au plat.

Lorsque les enfants savent réciter des fables à peu près, ou fredonner une chansonnette, il n'est plus guère admis de leur demander au dessert la preuve de leur talent.

Cela ennuie presque toujours les personnes étrangères, et ce n'est que par excès de politesse qu'elles vous le demanderont, sachant bien vous faire plaisir.

Il faut interdire aux enfants d'être impertinents avec les domestiques; une parole polie est aussi vite prononcée qu'une malhonnêteté.

Un enfant doit toujours se baisser vivement et ramasser l'objet que son père, sa mère ou un de ses parents a laissé tomber, mettre un coussin sous les pieds de la grand'mère, aller chercher le journal ou les lunettes du grand-père, apaiser par une grimace ou une caresse petit frère ou petite sœur qui pleure (les marmots préfèrent généralement la grimace), rapporter une fleur à sa petite mère, un bonbon ou un gâteau à ses frères et sœurs, s'il en a et s'il est allé déjeuner ou goûter en ville; enfin, avoir ces infiniment petites prévenances qui _ouatent_ l'existence et font voir qu'on est bien élevé.

Les enfants, lorsqu'ils sont grondés, ne doivent pas raisonner, répliquer.

Il faut de bonne heure habituer les enfants à être polis entre eux et à éviter les taquineries. Comme l'a dit Victor Hugo, «la taquinerie est la méchanceté des bons».

Ne laissons pas les enfants se trahir entre eux, rapporter, même si nous désirons savoir quelque chose; rien de plus vil que l'espion.

Faisons-leur ranger leurs jouets, leurs objets personnels; qu'ils ne s'habituent pas à être servis; qui sait ce que l'avenir leur réserve?

_La petite fille._

La fille est la petite amie de la maman, bien plus que le garçon que l'éducation, le tempérament, les besoins d'exercices physiques éloignent davantage de la maison.

Il faut donc faire de sa fille une compagne, l'initier de bonne heure aux infiniment petits et aux grands devoirs de la femme.

Moins charmantes que les autres sont les petites filles raisonneuses, faisant avec un imperturbable aplomb des réflexions au-dessus de leur âge.

L'essence même de la femme, il faut le reconnaître, est un peu futile. O mères, prenons-y garde!

Mettons tôt une aiguille dans les mains de la future femme, faisons-lui recoudre un bouton, raccommoder une déchirure à l'habit de son frère, intéressons-la aux soins du ménage, faisons-lui faire la cuisine dans de petits ustensiles qui seront joujoux pour elle, mais qui l'initieront aux mystères du ménage; enfin préludons de bonne heure à la mettre en état de diriger «le royaume de la femme».

Une petite fille entrant dans un salon avec sa mère doit aller embrasser la maîtresse de la maison et faire un gentil salut général; de même en s'en allant.

Jamais une fillette ne doit rester au salon au jour de sa mère.

Elle vient dire bonjour, si on la demande, et s'en retourne de suite.

Si une petite fille reçoit des leçons d'un professeur homme, n'eût-elle que quatre ou cinq ans, il est de la plus élémentaire bienséance que sa mère, ou sa bonne, soit en tiers.

Ce qui s'applique à la petite fille doit être de plus de rigueur encore pour la jeune fille.

_Le petit garçon._

L'éducation virile doit être donnée par le mari, mais, à son défaut, la mère doit se masculiniser un peu et savoir faire réciter au jeune homme le _De viris_ ou le _Selectæ_.

Habituez de bonne heure le jeune garçon à être poli, prévenant pour les dames.

L'éducation américaine a son bon côté pour les jeunes garçons qui ne peuvent pas être surveillés comme les filles.

Il faut leur laisser un peu d'initiative, ne pas trop les élever dans les jupons de la maman, les laisser faire quelques courses seuls, les rendre «débrouillards» en un mot.

Plus que jamais, en notre terrible temps de _struggle for life_, l'homme doit savoir se tirer d'affaire, et ce n'est pas en gardant son fils claustré au logis qu'on en fera un lutteur pour l'avenir.

Mais si le petit garçon doit être un peu indépendant, il ne faut pas qu'il fasse montre d'un sans-gêne déplorable. Chaque mère en sait autant que moi sur ce chapitre.

Un de mes petits amis, un jour dînant en ville pour la première fois, fut présenté à la marquise de C... et au docteur V.... Alors, l'enfant leur tendant la main, dit avec une désinvolture adorable: «Enchanté de faire votre connaissance»!

Un jeune garçon doit offrir _de lui-même_ le bras à une petite fille ou même à une dame, lorsque celle-ci manque de cavalier pour passer du salon à la salle à manger.

S'il dîne à table, il ne doit se mêler que très discrètement à la conversation, et surtout ne pas l'émailler du jargon collégial.

Si sa mère est assez bonne pour lui faire réciter ses leçons, il doit chercher à ne pas transformer en supplice ce peu récréatif exercice.

Les mensonges au sujet des places, des devoirs sont odieux et méprisables.

L'homme qui ment est un fléau. Le mot: «Parole d'honneur», doit être sacré; défendons à nos fils de le dire à propos de rien.

Il faut que l'honneur soit la grande leçon de conduite des hommes même en herbe, et qu'ils s'habituent à le respecter profondément.

_Précepteurs et professeurs._

Les parents doivent toujours parler avec respect du professeur et ne pas supporter que les enfants le raillent ou s'en moquent.

Si le professeur ou la maîtresse donne une punition à l'enfant, il faut se garder de la lever, car son autorité serait diminuée.

Au jour de l'an, il est bon de donner un souvenir au professeur qui, pendant de longs mois, s'évertue à faire entrer dans les petites cervelles les éléments de syntaxe, de grammaire ou les hauts faits d'Alexandre le Grand.

Ce souvenir peut être un portefeuille, un porte-monnaie, un parapluie, une canne, une garniture de bureau, une épingle de cravate, des mouchoirs, une petite broche, un manchon, un sac à main; cela dépend de la position et des moyens qu'on a.

Souvent les professeurs, homme ou femme, sont besogneux et la valeur de l'objet, en argent, leur ferait plus de plaisir; si on sait cela, on peut bien offrir la somme qu'on eût consacrée à l'achat d'un bibelot. Mais il faut bien se garder de leur donner de la main à la main, comme le salaire d'un domestique; on doit mettre ladite somme dans une petite boîte de fantaisie, un porte-monnaie ou, tout au moins, une enveloppe fermée.

Il ne faut pas croire qu'en payant régulièrement un professeur et en lui offrant un souvenir au jour de l'an, on soit quitte envers lui; il faut encore lui témoigner beaucoup d'égards et de politesse. Il peut arriver que les maîtres soient en faute; ils ne sont ni impeccables ni infaillibles; mais on doit se garder de les blâmer devant les enfants; pour cela on doit les prendre à part.

Les enfants doivent aller au-devant de leur professeur, le débarrasser de son parapluie, etc., surtout ne jamais le recevoir assis.

Au départ, ils doivent le reconduire jusqu'à la porte de l'appartement ou de la maison.

Ne pas les interrompre, rire ou se moquer pendant qu'ils parlent.

Avec leurs camarades, ils ne doivent pas relever les ridicules des maîtres (qui n'en a pas?), encore moins les affubler de sobriquets: tout cela est du dernier mauvais goût.