Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre
Part 15
On expose le corps sous la porte et les domestiques en deuil, avec nœuds de crêpe, sont rangés autour du cercueil avec des religieuses, ou une garde.
Les bouquets tout blancs sont réservés aux enfants et aux jeunes filles.
On ferme les volets de la pièce où on reçoit les invités.
Lorsque le maître des cérémonies annonce le départ, on se met en route; ce sont les proches parents du défunt qui viennent après le corbillard.
La tenue officielle était autrefois l'habit noir et la cravate blanche ou la redingote; maintenant, pourvu qu'on soit en deuil, il n'y a plus de règle stricte.
Les invités hommes viennent après les parents; ceux-ci doivent tenir le chapeau à la main: en cas de grand froid ou d'excessive chaleur, ils peuvent fort bien se couvrir, sitôt les premiers pas faits; cependant, lorsque le corps est descendu du corbillard, tout le monde se découvre.
Les femmes viennent après les hommes.
Si un domestique a à porter sur un coussin les insignes du mort, il marche avant les parents, immédiatement après le maître des cérémonies.
Si le défunt est officier, son cheval, couvert d'une housse noire, est tenu en main; la voiture du mort suit également, lanternes allumées et crêpées.
L'usage veut maintenant que les femme, filles, mère du défunt assistent à l'enterrement; je trouve cela cruel, car, sous prétexte de rendre les derniers devoirs, on impose une vraie torture à une poignante douleur.
Les hommes vont bien jusqu'au bout, objectera-t-on: soit, mais ils sont moins nerveux, plus capables de résister au chagrin.
Enfin, je voudrais qu'on revînt à la coutume ancienne qui faisait rester les veuves, les mères, les filles au logis avec quelques amies dévouées.
A l'église, les hommes se placent du côté droit, les femmes du côté gauche; dans le cas où il y aurait trop d'hommes, les femmes devraient abandonner la nef et se réfugier dans les bas côtés.
Le cérémonial des funérailles varie suivant les climats, les coutumes.
Dans certains pays, le mort est porté à visage découvert; dans d'autres, il est placé sur une civière. En Bretagne, un peu partout, il y a des coutumes locales fort curieuses.
Chez les Indiens, on met un petit vase rempli d'eau et un petit sac de grains auprès du mort.
Parler pendant un enterrement, se retourner est souverainement inconvenant.
On ne peut exiger des simples assistants qu'ils soient vêtus de deuil, mais une femme qui assisterait à des obsèques avec plumes roses au chapeau, ou un homme avec pardessus mastic, manquerait totalement de savoir-vivre.
Lorsqu'on va faire l'aspersion d'eau sainte sur le catafalque, on offre le goupillon avec un léger salut de la tête à la personne qui vient immédiatement après vous; celle-ci remercie de même, aucune parole ne doit être échangée.
A Paris, la cérémonie religieuse terminée, les parents qui mènent le deuil (je parle des hommes bien entendu) se mettent au bas de l'église; là les invités, qu'ils aillent au cimetière ou non, viennent leur serrer la main.
La même cérémonie se renouvelle au cimetière, après la mise en terre.
Si le défunt ou la défunte n'a pas de parents proches, c'est un ami qui mène la cérémonie et qui reçoit les salutations des invités.
Lorsqu'il y a des voitures de deuil pour aller au cimetière, les femmes montent dedans; les hommes suivent à pied.
Lorsqu'il y a les cordons du poêle à tenir, on choisit les quatre personnages les plus importants de l'assistance pour cela.
Avant, à Paris, dans la classe ouvrière, on faisait porter les cordons du poêle ou les coins du drap par de petits garçons gantés de blanc, ou par de petites filles, avec robe et voile blancs.
Cette poétique coutume s'est conservée dans certaines villes du Nord.
Si le chef de l'État a envoyé un représentant, celui-ci passe dans le cortège avant la famille; de même sa voiture suit immédiatement celle du mort.
Les députations précèdent aussi les parents.
On n'est pas tenu d'aller jusqu'au cimetière; les parents et les amis intimes y sont seuls forcés.
Il faut l'autorisation de la famille pour pouvoir prononcer un discours au cimetière.
Ce discours ne doit pas être trop long.
Aucun applaudissement ne peut l'accueillir; on doit observer un grand recueillement.
On peut faire reconduire les assistants par les voitures de deuil; dans ce cas, les personnes ainsi reconduites donnent un pourboire au cocher.
Chez les protestants, la cérémonie funèbre a lieu à domicile, dans la chambre où le défunt est exposé.
Il y a beaucoup de lumières et des fleurs seulement sur le cercueil.
Certaines sectes protestantes interdisent les fleurs, même pour les jeunes filles.
Arrivé au cimetière, le pasteur prononce un discours.
Chez les Israélites, il existe une société pour les inhumations. On prévient la société, qui envoie des gardes pour veiller le mort; on le lave, selon les prescriptions de la loi judaïque.
Le jour de l'enterrement, le rabbin vient avec des enfants de chœur prendre le défunt pour le conduire au cimetière; là, il dit des prières et fait un discours.
Il est dit des prières pendant huit jours et les proches parents mâles du défunt y assistent.
Pendant tout le cours de la cérémonie, les assistants gardent le chapeau sur la tête.
Lorsqu'on emmène un corps pour l'inhumer dans un autre pays, il est d'usage que la famille fasse célébrer un nouveau service funèbre et qu'elle y assiste.
Pendant le temps qu'un mort est dans une maison, les repas sont des plus sommaires; la table n'est pas dressée comme de coutume.
Les religieuses ou les gardiens du corps doivent manger à part.
Chez les Israélites, l'usage veut qu'après la mort d'un proche les hommes soient un mois sans se raser.
Le mot deuil signifie douleur.
En effet, ces crêpes noirs, signes extérieurs de la douleur, sont d'une tristesse lugubre, et lorsque dans la rue on rencontre une femme long voilée, la pensée s'attriste au souvenir des deuils d'êtres chers, enlevés par la «noire voleuse».
Les deuils maintenant sont bien moins rigoureux qu'auparavant.
Ainsi le châle noir en pointe qui était obligatoire pendant un an pour la veuve, n'est plus porté que six semaines, et pour les autres deuils on ne l'arbore plus que le jour de la cérémonie funèbre. Il est remplacé par des manteaux longs, de formes diverses, garnis de crêpe anglais.
Je parle pour Paris et les grandes villes; dans certains pays, il est d'anciens usages toujours en vigueur.
Le deuil avait autrefois des longueurs exagérées; ce n'est que sous le Régent et par ordre de la duchesse de Berry qu'il fut réduit de moitié.
Dans l'ancien temps, on portait un deuil de père à la mort du fils aîné.
Pour les tout petits enfants, le deuil se porte en blanc avec ceinture noire.
Les collégiens portent un crêpe au bras gauche.
Les ecclésiastiques portent un crêpe au chapeau, mais ils y adjoignent souvent le crêpe au bras gauche, comme les officiers qui, en outre, portent un nœud de crêpe à la garde de leur épée.
A ce propos, disons que le seul crêpe à l'épée est porté pour un deuil public.
Dans les grandes maisons, les domestiques portent le deuil aussi longtemps que les maîtres; dans les petites maisons, où il n'y a qu'une bonne, on se contente de lui interdire les couleurs criardes, voyantes.
Toute personne faisant partie d'un cortège de noce doit laisser le grand deuil pour ce jour.
Mieux vaut pourtant s'abstenir d'y paraître, à moins qu'une proche parenté ne vous y oblige.
Lorsqu'un deuil atteint les futurs époux quelques jours avant le mariage et qu'on ne peut reculer la cérémonie, on la célèbre sans éclat; pas de fleurs, pas de lumières, sauf les douze cierges réglementaires allumés; il n'y a pas de garçon d'honneur, ni de demoiselle d'honneur; les orgues sont muettes et la messe dite à une heure matinale.
L'usage veut que le veuf ou la veuve qui se remarient avant l'expiration du deuil quittent ce deuil le jour du mariage et le reprennent dès le lendemain. Ce cas est extrêmement rare.
Cette coutume n'est heureusement pas suivie, car l'homme peut se remarier un mois après la mort de sa femme et la femme dix mois après la mort de son mari.
On voit des hommes avec des pardessus mastic porter une large bande de drap noir au bras gauche, en signe de deuil; c'est peu distingué.
Quelques familles catholiques, s'autorisant de ce que l'Église ne célèbre qu'une messe d'ange pour les enfants décédés avant sept ans, ne portent pas le deuil avant cet âge.
L'on ne prend pas le deuil d'un enfant mort quelques jours après sa naissance et l'on peut se dispenser d'envoyer des lettres de faire part.
Le savoir-vivre voudrait que les artistes ne parussent pas en public pendant les quinze premiers jours de grand deuil.
Cet usage est difficile à observer.
Le deuil de veuve devrait, d'après les codes du savoir-vivre, durer deux années pleines, mais on ne le porte généralement que dix-huit mois: six mois de grand deuil, six mois de deuil en soie noire et six mois de demi-deuil.
On peut même ne le porter qu'un an et six semaines.
A Paris, les solitaires aux oreilles se reportent au bout de six semaines, sous prétexte que le diamant est deuil.
Il y a des villes du Midi où la veuve est forcée de porter de l'indienne noire, rayée blanc, pendant six semaines; elle prend ensuite la robe de laine noire.
Voici ce qui se porte d'ordinaire pour les six premiers mois:
Robe de laine unie (le cachemire de préférence) ou garnie de larges biais de crêpe; le châle noir, _mis en pointe_ pendant six semaines; après, long manteau garni de crêpe anglais; chapeau de crêpe anglais avec long voile, également en crêpe anglais, tombant sur le visage, pendant six semaines; ensuite, on porte le voile rejeté en arrière et une voilette en tulle noir uni, avec bordure de crêpe anglais; gants de soie ou de laine, bas de fil ou de laine noire, au bout de trois mois; gants de Suède noirs; bijoux de bois durci.
On porte maintenant de petits dépassants blancs sous le chapeau.
En Angleterre, le deuil est porté avec un chapeau de crêpe et des roses _rouges_.
Il fut un temps où le deuil était porté en blanc, dans notre pays.
En Chine, le deuil se porte en jaune et les avis mortuaires sont écrits sur papier jaune.
Le deuil de veuf se porte un an; on le prolonge un peu.
Revenons au deuil de veuve.
Au bout de six mois, la grenadine, la gaze, les étoffes légères font leur apparition; on peut sortir avec un petit manteau; le voile est plus court.
Je lis, avec stupéfaction, dans un traité de savoir-vivre, qu'on peut porter ses diamants pendant le deuil si on a soin de les recouvrir de crêpe, les boucles d'oreilles exceptées.
Les bottines et les souliers en chevreau glacé, les gants en chevreau glacé, pareillement, ou en soie noire, les broderies de jais.
Ensuite vient l'ère du blanc et noir, puis, graduellement, le gris, le mauve, le lilas, le violet, les dentelles blanches.
Eviter d'arborer du rouge ou du rose immédiatement en sortant du deuil.
Une femme qui a perdu son mari fait abandonner la livrée à son cocher pendant toute la durée du deuil. Il doit être vêtu de noir, avec cocarde de crêpe au chapeau.
Les cartes de visite sont lisérées de noir. On ne met pas dessus: Madame veuve H...., ou: Madame Vve L....; on ne prend le titre de veuve que dans les actes notariés. On n'écrit pas à la veuve en lui donnant ce titre.
De même en la présentant, on ne dira pas: Madame veuve une telle.
Lorsqu'on parlera d'elle, on dira: Madame X., qui est devenue veuve; ou, mieux: qui a perdu son mari.
Le grand genre veut qu'on dise pour une femme veuve titrée, qui a un fils: Madame la baronne douairière de.....
Les époux, même séparés judiciairement, doivent porter les deuils qui les atteignent réciproquement.
A plus forte raison pour les ménages unis; on porte le deuil de ses beaux-parents aussi rigoureusement que des siens propres.
Les parents ne sont pas astreints à porter le deuil de leurs enfants et petits-enfants, mais nul ne s'en dispense, car, pour n'être pas obligatoire, c'est le deuil le plus cruel et je ne sache pas que mère ayant perdu son fils reporte de sitôt les couleurs gaies.
Les oncles et tantes peuvent se dispenser de porter le deuil de leurs neveux et nièces; hors Paris, cela ne peut guère se faire.
Le deuil de grand-père et grand'mère: six mois.
Frère et sœur: six mois.
Beau-frère et belle-sœur: six mois.
Oncle et tante: trois mois.
Cousin germain: six semaines (ne se porte généralement pas).
On signale dans les traités de deuil ceux de tuteur, de parrain, de marraine, comme devant durer trois mois, mais je n'en ai jamais vu porter, pas plus que ceux de cousin issu de germain, qu'on porte à trois semaines, et celui d'oncle à la mode de Bretagne, qu'on cote onze jours.
Un parent qu'on n'a pas mentionné dans une lettre de faire part de décès, peut ne pas porter le deuil; mais cette petite vengeance est mesquine.
Ceux qui héritent d'une somme importante venant d'un étranger feraient bien de prendre le deuil. A propos des enterrements, j'ai omis de dire que, une dizaine de jours après, des cartes, mentionnant les proches parents du défunt, devaient être envoyées à ceux qui ont assisté aux obsèques. Voici comment ces cartes se libellent:
Monsieur Gérout Madame Simon, née Gérout Mesdemoiselles Blanche et Suzanne Gérout
Les deuils d'amis ne se portent pas et pourtant souvent ils vous sont plus pénibles que ceux de parents indifférents.
Pendant la première moitié du deuil, on se prive de tous plaisirs, de toutes distractions; on peut, après, reprendre sa vie ordinaire en graduant intelligemment les nuances; ainsi on peut fort bien se faire voir au Théâtre-Français et il serait de mauvais goût d'être aperçu dans un théâtre de genre léger.
_Les lettres de décès._
Pour les lettres de mort il y a deux genres, comme pour celles de mariage; d'abord les lettres d'invitation à la cérémonie mortuaire, puis les simples lettres de faire part, pour les personnes habitant très loin et qu'on n'envoie qu'une quinzaine de jours après le décès.
Le savoir-vivre voudrait qu'on n'énumérât pas les titres des parents faisant part, mais on ne les omet jamais, et «chevalier de la Légion d'honneur» figure toujours en bonne place.
Par exemple, aller chercher les très lointaines alliances qui peuvent vous faire honneur est condamnable.
Pour le défunt, tous ses titres, toutes ses qualités doivent être énumérés.
Les amis intimes doivent être avisés verbalement ou par lettre de la mort de la personne.
Dans les lettres de faire part, les femmes figurent et les parents énoncent tous leurs titres.
On répond à cette lettre par une carte de visite ou par une courte lettre.
Lorsqu'on ne peut assister à un enterrement, on doit envoyer sa carte avec quelques mots mentionnant l'empêchement.
Les lettres de décès s'adressent sous bande ou seulement pliées.
_Les visites de condoléance._
Les visites de condoléance devraient se faire dans les quinze jours qui suivent l'enterrement et non dans les six semaines, ainsi que l'indiquent certains traités de savoir-vivre.
Je trouve qu'on ne peut marquer trop d'empressement envers ceux qui sont dans le chagrin et les amis intimes ne devraient pas connaître les limites de temps.
Si on vous dit que l'on n'est pas visible, il serait de mauvais goût d'insister.
S'habiller en tenue de gala pour faire une visite de condoléance n'est pas possible.
On doit avoir une tenue grave.
Les enfants ne doivent jamais être emmenés dans ces sortes de visites.
Il faut rester peu de temps et ne jamais parler du défunt le premier, mais on doit écouter tout ce qui nous en est dit avec grande attention.
Les visites sont épineuses à rendre, il ne faut pas trop insister sur la perte éprouvée, et ne pas la passer sous silence; ne pas entamer de conversations légères avec les personnes qui peuvent se trouver là.
Les personnes en deuil ne rendent les visites que six semaines après. Dans le Nord, on avait coutume d'envoyer des images de deuil avec les nom, prénoms, âge, qualités du défunt et des versets de la Bible; je ne sais si cette coutume existe encore.
Lorsque vous habitez la campagne et que des personnes se sont dérangées pour venir de loin rendre les derniers devoirs à votre parent, vous ne pouvez les renvoyer à jeun, mais tout luxe, tout superflu, toute bonne chère doivent être bannis de ces tristes repas, qui ne se prolongent jamais.
Le vin ordinaire y est seul servi.
Les proches parents n'y assistent pas: c'est un ami ou un parent éloigné qui doit présider.
_Les fleurs._
Les fleurs que nous offrons aux êtres aimés que nous avons perdus, les divines filles de la terre, ces fées odorantes, ont pris droit de cité chez nous; on en trouve dans tous les logis, depuis le modeste bouquet de violettes d'une Jenny l'ouvrière jusqu'à la superbe orchidée d'une duchesse. Des plantes bien solides, sont les _aspidistras_; presque sans soins, arrosées par-ci par-là d'un peu d'eau, elles peuvent vivre durant plusieurs années, et si elles ne sont pas très jolies, elles donnent toujours de la verdure.
Le caoutchouc, vilain selon moi, n'est plus en vogue.
Les araucarias tiennent le record de l'élégance; aussi on les enrubanne comme des conscrits.
Rien de plus joli que cette délicate verdure où on enlace des rubans: rubans de satin jaune et rouge, couleurs espagnoles, dont les tons chauds relèvent la teinte du feuillage; on fait passer les rubans en mirliton et, à la base et au sommet, on forme deux nœuds à pans.
Les teintes pompadour, ciel et rose, le mauve, le crevette, le vert-nil sont des couleurs à prendre; le grenat blanc, le bleu marine ne sont pas si charmants.
Il est tant de variétés de fleurs et de plantes qu'on ne saurait les énumérer.
Les fougères encadrent joliment le pied des palmiers et les palmiers eux-mêmes sont ravissants posés derrière une statue de marbre ou de terre cuite; leurs larges feuilles en éventail font ressortir à merveille une œuvre d'art et le plus modeste bronze acquiert du relief par le voisinage d'une plante.
Les palmiers phénix font très bien dans les encoignures.
Les camélias garnissent les grandes vasques de Chine.
Les bruyères remplissent les jardinières basses.
La mode n'est plus de faire pousser les oignons de jacinthes ou de tulipes; je le regrette, car c'était un vrai plaisir de suivre, jour par jour, l'éclosion de cette première fleur au parfum si doux et si pénétrant à la fois.
Les toutes petites plantes grasses remplissent les toutes petites jardinières, japoneries, vieux sèvres, cristal, semées çà et là dans un salon.
Lorsqu'on vous offre un bouquet, votre premier soin doit être de le «délacer», c'est-à-dire de le débarrasser de la ficelle, des brins qui le serrent et le gênent, puis vous _cassez_ les tiges.
Notez que je dis _casser_ et non couper; en coupant, la section, très nette, se cicatrice et empêche la fraîcheur de l'eau de revivifier les fleurs, tandis qu'en cassant, l'effet se produit.
Les bouquets ronds ne se font plus guère; ce sont maintenant des gerbes lâches, souples et flexibles, où il entre moins de fleurs et qui sont bien plus parantes et jolies.
Pourquoi laisser au salon, au boudoir le bouquet de fleurs? Placez-le donc sur la table, au déjeuner, au dîner, tout le monde en aura la joie.
La matière du vase importe peu, qu'il soit en grès vulgaire, en cristal de roche, en émail cloisonné, pourvu que la forme en soit élégante.
Je respecte tellement les fleurs, je les aime si fort, qu'il m'arrive de les caresser d'un effleurement discret, aussi bien la rose de Noël douce et rosée que la giroflée de muraille, ce lilas du pauvre.
Pour les petits bouquets, il est des vases à cinq places qui forment un gentil milieu de table.
Rien de joli comme une branche de lilas blanc avec un feuillage d'un vert tendre, dans un cornet de cristal rose.
Les anémones doubles déployant et reployant leurs corolles, semblables à des collerettes finement plissées, sont des fleurs bien économiques, eu égard à leur durée: un bouquet peut, avec quelques soins, exister huit jours; c'est long, pour une vie de fleur.
Le houx, aux rouges baies, scintillantes comme des perles de corail d'un collier d'Italienne, avec son feuillage piquant, ayant l'air d'être verni, fait de jolies corbeilles et dure longtemps; on ne le met pas dans l'eau, on le pique dans du sable humide.
Le _gui_, si en vogue depuis quelques années, est appelé porte-bonheur par les petits marchands qui le crient dans les rues: est-ce parce qu'il nous vient des druides?
Quoi qu'il en soit, ses baies, d'un blanc cireux, sont admirées et la branche de gui, coutume anglaise, se suspend, en compagnie de la branche de houx, au lustre du salon, vers le temps de Noël.
Pour les dîners de Noël, les réveillons, on voile discrètement la lumière de la suspension par des entrelacements de gui et de houx; l'effet est fort joli.
Lorsqu'on a un arbre de Noël à faire et qu'on n'y veut suspendre que des présents légers tels que: éventails, dentelles, bijoux, fleurs, une forte branche de houx peut très bien remplacer le sapin légendaire.
Des fleurs ravissantes sont les chrysanthèmes, avec leurs teintes irréelles et leurs échevèlements fantastiques; en sachant marier les nuances, on obtient des effets imprévus, d'une richesse de coloris inouïe.
Pour les très grosses plantes, on a des vasques en porcelaine du Japon ou des bacs en chêne, cerclés de nickel.
On peut, pour les grandes gerbes de fleurs coupées, se servir des lotus japonais, qu'on emploie comme porte-parapluie; les tiges y sont à l'aise et trempent largement.
Les fleurs des champs sont en vogue et le bleuet fleurit plus d'une boutonnière d'élégant.
Pour les fleurs à la boutonnière que les hommes ont coutume de mettre à leur revers d'habit, il existe de petits tubes, qu'on remplit d'eau; la tige de la fleur y trempe et se tient ainsi fraîche toute une soirée.
Les fleurs, pour boutonnière du soir, sont toujours le camélia et le gardénia.
Si une femme a un bouquet à mettre au corsage, elle doit le placer au côté gauche de la ceinture, ou à l'encolure de la robe, au côté gauche du cou et non au milieu de la poitrine.
Les bouquets de fleurs qu'on trouve à sa place dans certains dîners doivent avoir les tiges enveloppées de papier d'argent.
Pour un dîner de noce, une légère guirlande de fleurs d'oranger courant sur la nappe est fort joli.
La mode des tables entièrement recouvertes de fleurs se répand un peu partout; à la campagne, il est si aisé et si peu coûteux de le faire qu'on aurait tort de ne pas suivre cette jolie et poétique innovation.
Pour un dîner de première communion, les fleurs qui ornent la table doivent être blanches.
La décoration florale pour un évêque doit être violette, à l'exclusion des pensées qui sont fleurs de deuil.
Pour un cardinal, les fleurs rouges.
_Conseils pratiques._
_Instruction des enfants et des jeunes gens._
Ayant énuméré simplement nos coutumes françaises, nous croyons utile de consigner ici les principaux renseignements relatifs à l'instruction et des jeunes gens et des enfants.
Grave question pour laquelle toutes les réflexions sont nécessaires, mais les conseils inutiles, parce que tout dépend de la situation qu'on occupe et des ressources que l'on a.
Nous nous contenterons donc d'une simple liste des établissements où s'instruit et se forme notre jeunesse.
_Instruction primaire.--Instruction secondaire.--Instruction supérieure._
=Instruction primaire.=--Le père, tuteur ou personne ayant garde de l'enfant doit, quinze jours avant la rentrée des classes, faire savoir au maire s'il fait donner l'instruction dans une école publique ou privée.--Dans ce dernier cas, il faut indiquer l'école choisie.
Si l'on envoie l'enfant à l'école, voici où l'enseignement primaire public se donne: