Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Part 14

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On peut assurer un vieux serviteur de ses bons sentiments. Les hommes s'envoient entre eux l'expression de leur considération distinguée; il serait malhonnête de l'adresser à une dame.

A un fournisseur: «Recevez mes salutations, ou Salutations.»

On emploie beaucoup le genre dit anglais, qui est simplement la formule latine _tibi_, en mettant simplement: «A vous.»

Remarque: un inférieur à un supérieur mettra: «Veuillez agréer l'expression de mon respect», et le supérieur répondra: «Recevez, je vous prie, l'assurance.» Dans toutes ces formules, chacun choisit selon les cas.

Les appellations affectueuses venues du cœur ne peuvent se citer; elles viennent au courant de la plume et sont toujours du savoir-vivre; aucune phrase n'est ridicule quand un sentiment sincère l'a dictée.

Ne signons jamais: Femme une telle, c'est absolument vieilli; mettez l'initiale de votre prénom: M. D...

N'ajoutons pas: née une telle. Excepté pour les lettres d'affaires, ne signons pas: Veuve...

Une femme titrée signe son titre et le nom de son mari: Comtesse de H..., ou en abrégé: Ctesse de H.... Elle ne mettra pas: Comtesse Marie de H....

Quelquefois, pour des raisons ou pour d'autres, on adjoint le nom de famille de la femme à son nom et on signe: Raymond-Roche; la femme de son côté mettra: J. Raymond-Roche.

Titrée, une dame peut encore signer l'initiale de son nom de jeune fille ou même le nom entier, en faisant suivre du titre et du nom de son mari: C..., baronne de S...., ou C., baronne de S.... Un homme signe prénom et nom: Louis R....

Il est hors d'usage de placer le prénom en dernier et de mettre R.... Louis.

Celui qui porte un nom historique peut le signer tout court, on sait qui c'est. Ainsi: «Broglie» est correct.

Il y a des cas où les hommes font précéder leur nom de leur titre ou de leur qualité: Le commandant Z...; Le docteur V...

Entre jeunes filles et entre amies intimes on peut signer son seul prénom. Le billet n'est qu'une courte lettre; les règles de savoir-vivre sont les mêmes, mais on peut faire de la fantaisie.

Les cartes-lettres ne doivent s'envoyer qu'entre parents ou amis intimes.

Les cartes postales se réservent pour les commandes, pour demander un renseignement insignifiant.

Lorsque vous demandez un renseignement à une personne inconnue, il faut toujours joindre un timbre pour la réponse. Ce procédé oblige la personne à vous répondre et ne la blesse aucunement.

Les journalistes prétendent être excusables lorsqu'ils ne répondent pas à une lettre contenant un timbre. Ils déclarent qu'ils n'ont pas le temps; ne disons rien des journalistes!

Lorsqu'on s'adresse à un fonctionnaire qui peut user de la voie administrative pour sa réponse, on n'envoie pas de timbre. On n'en envoie pas non plus dans une pétition, une demande de secours.

Pas plus à un marchand en lui demandant soit échantillons, soit renseignements; les timbres-poste sont compris dans les frais généraux.

Chacun de nous doit s'appliquer à écrire comme il parle: «des faits, des faits»; à ne pas abuser des qualificatifs, à être concis, à épargner les mots, et dire par exemple: Je précise, plutôt que: Je vais vous préciser. Ayons présent à l'esprit que le ton fait la chanson, en parlant on peut dire certaines choses qui sont atténuées par l'expression du visage et le son de la voix et qui pourraient blesser, si on les écrivait.

_Les audiences._

Lorsqu'on sollicite une audience du Président de la République française, il faut la lui adresser directement, sous enveloppe non affranchie, Monsieur le Président ayant droit à la franchise illimitée.

Cependant la poste pourrait exiger l'affranchissement si l'on mettait sur l'adresse Monsieur _Félix Faure_, Président de la République, au lieu de Monsieur le Président.

Mais la poste se garde, en ce cas, d'exiger le timbre et observe, sur ce point, l'esprit et non la règle de la loi.

Lorsqu'on sollicite une audience d'un ministre, il faut adresser _sous enveloppe affranchie_ sa demande par la poste. La réponse est envoyée en franchise.

Le jour de l'audience, les hommes doivent être en redingote, gants mi-foncés; les femmes en toilette de demi-cérémonie.

On salue en entrant dans le salon et en arrivant près du chef de l'État ou près du Ministre.

Si nous avons une note à écrire, il faut se déganter.

En pays étranger la demande d'audience au souverain doit être adressée au grand chambellan, qu'on appelle Monseigneur et Votre Excellence. La lettre doit être mise à la poste sans timbre.

Les toilettes doivent être élégantes sans excentricité; pour les femmes, jamais de manchon ni d'ombrelle.

Pour les hommes, l'habit noir est de rigueur, en un mot la tenue de soirée, sauf les gants, qui doivent être de demi-teinte. En s'approchant du souverain, on fait trois saluts, séparés par quelques pas chacun.

On doit attendre que le souverain vous adresse la parole.

La réponse doit être: Oui, non, Sire; Oui, non, Madame, pour une reine.

Le mot Majesté serait contraire à l'étiquette.

On doit parler à la troisième personne et dire: Sa Majesté voudra-t-elle me faire la grâce....

C'est un manque d'étiquette que de dire: J'ai l'honneur de présenter à Votre Majesté...; on doit dire tout simplement: Je présente au Roi....

Il faut se retirer à reculons, car jamais on ne tourne le dos à un souverain.

Il faut être d'une exactitude militaire lorsqu'on a obtenu une audience.

Il y a une tenue spéciale pour les audiences papales.

Les femmes doivent être vêtues de noir, sans chapeau, avoir un grand voile blanc ou noir, les gants blancs; mais, à moins de cas extraordinaires, il est bien rare qu'elles obtiennent une audience particulière du Saint Père.

_Causeries._

Une maîtresse de maison ne doit jamais laisser entamer le chapitre politique ou religion dans son salon.

Chacun sait quelles locutions sont à éviter: les «vous savez», «alors», «dites», «hein», «vous pensez bien», sont depuis longtemps au panier du mauvais goût.

Dire que madame une telle est une femme du monde ne veut rien dire.

Ne prenons jamais la parole en même temps qu'une autre personne, cela fait un duo fort désagréable.

Si quelqu'un hésite en parlant, de grâce, n'achevons pas ses phrases. A l'occasion, par charité, soufflons le mot cherché.

Tâchons d'éviter au début d'une conversation des variations sur le temps qu'il fera demain.

En parlant de nos fils, disons «mes garçons» «mes fils» et non «mes gamins».

En parlant de nos filles, «ma fille» et non «mademoiselle».

Ce mode d'appellation n'est permis qu'envers les domestiques. On dira: Servez le chocolat de mademoiselle; ou, si vous avez plusieurs filles: Servez le chocolat de mademoiselle Jeanne.

Un homme dit: «ma femme» ou «madame un tel»; ce n'est qu'aux domestiques qu'il dira «madame» tout court. Une femme dit: «mon mari», elle ne dira jamais le nom de famille tout court, et «monsieur» est réservé pour les domestiques.

Ne demandons pas des nouvelles de «madame» mais bien de «madame un tel».

Non plus: «Comment vont ces demoiselles?» mais: «Comment vont mesdemoiselles vos filles? Comment vont vos garçons, vos fils, messieurs vos fils?» selon le degré d'intimité.

On ne doit pas dire «monsieur, madame» à chaque instant dans la conversation; nous devons aussi éviter de prononcer le nom de famille en parlant à la personne:

«Oui, madame D.....»;

«Certainement, monsieur C.....»

Lorsqu'un homme en parlant à une femme lui rappelle qu'il l'a rencontrée en voyage ou en promenade il doit dire: «Lorsque j'ai eu l'honneur de vous rencontrer.»

Une dame dira: «Le plaisir de vous rencontrer.»

Entre deux femmes le mot plaisir remplace toujours celui d'honneur, à moins que la personne à laquelle on parle ne soit très âgée et d'une position très supérieure.

Ne nous avisons pas de dire: «Nous deux mon mari», mais: «Mon mari et moi.»

Ne disons pas: «J'ai eu l'avantage de voir telle personne», ni: «A l'avantage, au plaisir de vous revoir.»

A moins d'une très grande intimité, on ne doit pas désigner les personnes par leur prénom.

A plusieurs personnes réunies ne disons pas: «Comment vont vos santés?» Chacun a la sienne.

N'entamons pas une conversation sur nos affaires personnelles qui n'intéresseraient personne.

Pour «faire du genre», ne plaçons pas à tout propos des mots étrangers, encore moins des citations latines ou grecques.

La contradiction doit être évitée, car alors les conversations prennent un caractère d'acrimonie fort désagréable pour ceux qui écoutent.

Les liaisons dans les phrases doivent se faire, mais sans trop de préciosité.

L'imparfait du subjonctif, si régulier qu'il soit, est tout à fait démodé, presque hors d'usage, il faut l'éviter. Vous entendez-vous disant à un domestique: Il faudrait que vous _époussetassiez_ le salon.

Nul ne doit demander des renseignements sur la fortune, la position des personnes avec lesquelles on se rencontre chez un ami commun; une interview à ce sujet est très déplacée.

On peut supprimer «monsieur» devant le nom d'un homme illustre, vivant ou mort. Les la peuvent se placer devant le nom des danseuses, des cantatrices: «la Krauss», «la Taglioni». Les peut se placer devant les noms des grands seigneurs: «Les Montmorency».

Parler d'âge est l'un des points que le savoir-vivre réprime le plus énergiquement.

Parler d'âge devant des vieillards, c'est leur faire souvenir qu'ils n'ont plus longtemps à vivre; devant une femme, c'est lui faire penser à son déclin. Les hommes éprouvent la même répugnance que les femmes à entendre parler d'âge et non toujours pour des raisons de coquetterie, mais parce que beaucoup d'emplois constituent à un certain âge une situation brillante et le contraire, à un autre.

Il faut éviter la plaisanterie, les moqueries.

Quand on démêle de mauvais motifs dans les éloges, presque toujours exagérés, prodigués à des personnes qui ne sont pas là, si le savoir-vivre défend qu'on les réfute, il permet du moins de laisser tomber à plat la conversation du méchant personnage.

On n'est pas forcé de dire du mal de son prochain ou des banalités; les sujets de conversations abondent: les arts, la littérature, la pièce en vogue, l'invention récente, sont des thèmes agréables à effleurer. Notez que je dis «effleurer» et non creuser à fond, ce qui deviendrait fastidieux.

On ne dit pas qu'on offre, qu'on souhaite, qu'on présente le bonjour. Bonjour, tout simplement, suffit.

Les pronoms _elle_, _lui_ ne se diront pas en parlant d'une personne présente ou absente. Présente, on dira: Madame m'a raconté cela; absente: Madame Denis m'a raconté cela.

Nous ne devons parler ni trop haut, ni trop bas.

En fait de toilette, ne donnons pas notre avis dogmatiquement, Mesdames; notre goût n'est peut-être pas le bon, chacun a le sien, et est libre de s'habiller à sa guise.

Faisons attention au sens des mots compagnie et société. Ainsi ne disons pas que nous avons rencontré «monsieur un tel» en société, mais bien en compagnie de; aller _en campagne_, pour aller à la campagne; sur, pour aigre; _rester à la ville_, pour demeurer à la ville; _mauvais genre_, pour mauvais goût; _partir en voyage_, pour partir faire un voyage; _ils ont voiture_, pour ils ont une voiture; _la marquise a ouvert ses salons_, pour reçoit.

On pourrait multiplier ces avis; mais ils sont contenus dans des ouvrages spéciaux et nous n'avons pas ici la prétention de donner des leçons.

La conversation, ainsi que le style, dépend de l'instruction et de l'éducation qu'on possède; mais elle ne vaut que par trois qualités reçues avec la vie, le cœur, l'esprit, le tact.

N'interrompons jamais une conversation et, qu'elle soit aussi ennuyeuse que possible, ayons l'air de l'écouter avec intérêt.

Ne retenons pas quelqu'un par la main en lui parlant.

Plaçons un mot à l'occasion, mais ne parlons pas trop vite; mieux vaut un mutisme presque complet que prononcer sans interruption des phrases plus ou moins banales.

Il faut garder et défendre ses opinions, si elles sont ou si on les croit raisonnables; sans acrimonie toutefois, car la discussion ne convainc jamais personne.

Si on nous démontre, clair comme le jour, que nous avons tort, ne nous obstinons pas et rendons-nous à l'évidence.

_La bicyclette._

A ses admirateurs et ses détracteurs.

Comme elle est fort en vogue et que je ne veux froisser personne, je m'abstiens de donner mon avis.

Le costume de bicycliste, aussi bien pour les hommes que pour les femmes qui pratiquent ce sport, doit être éloigné des excentricités fantaisistes.

Il y a deux genres de costumes, celui zouave avec la culotte bouffante et celui avec la petite jupe; je préfère ce dernier.

Les mollets nus, si ce n'est pour les très jeunes garçons, sont de mauvais goût.

Certaines personnes montant en tandem voudraient savoir si la place de la femme est devant ou derrière.

Elle est tout indiquée derrière: lorsque la femme monte en croupe, n'est-ce pas la même chose?

On ne doit pas dire monter _en bicyclette_, mais bien monter _à bicyclette_.

_Le duel._

Il est telles injures qu'on appelle sanglantes parce qu'en réalité elles demandent du sang; il y a des insultes que la justice humaine est impuissante à venger et il suffit au reste qu'on s'adresse d'abord à un tribunal pour que toute autre réparation puisse être refusée.

Oui, il peut s'agir de telle ou telle offense qui vraiment mérite qu'on risque sa vie pour la laver; et c'est là l'honneur, et nul ne doit reculer si on a tenté de le salir.

L'homme en réalité a inventé le duel pour en appeler à un jugement divin.

Aller sur le pré, c'est faire acte de gentilhomme, d'homme comme il faut, mais la gentilhommerie dans le duel n'existe que si tous les auteurs de ce drame sans fiction sont bien pénétrés du rôle qu'ils ont à remplir.

Il a toujours été reconnu, Dieu merci! que l'honneur est une chose sacrée, et, selon le gentilhomme de Châteauvillard depuis de si longues années bon juge en cette matière, chacun est exposé à cette dure nécessité de risquer sa vie pour venger une offense, une injure. C'est donc une affaire assez importante pour qu'elle soit d'avance réglée selon les formes voulues par la délicatesse et le droit.

Des exemples sans cesse renaissants ont prouvé la nécessité de l'établir d'une manière formelle, afin d'éviter des fautes pouvant compromettre l'existence d'un ami, des assassinats que l'on croit devoir passer sous silence pour ne pas donner aux familles le déshonneur d'une récrimination. Ce droit est la sauvegarde de tous; s'il est enfreint, le sang d'une victime peut crier vengeance.

Nous renvoyons nos lecteurs que cela pourrait intéresser au _Nouveau Code du Duel_ publié il y a peu d'années par le comte du Verger Saint-Thomas.

Il est utile de connaître ces règles du duel, car un grand nombre de personnes honorables allèguent leur inexpérience, quand leur influence morale pourrait être utile, soit pour arranger une affaire d'honneur, soit pour en rendre les conséquences moins désastreuses.

On doit pouvoir servir de témoin à son ami, puisque ni un père, ni un frère, ni un fils, ni même un parent au premier degré ne peut être témoin de son parent, ni contre son parent.

Il faut que l'on puisse intervenir utilement et selon les règles particulières qui se sont établies et perpétuées, car les témoins sont responsables de tous les faits relatifs au duel auquel ils ont assisté.

Résumons donc ces règles brièvement.

Le procès-verbal doit être aussi court que possible. Il ne doit contenir que la simple et unique relation des faits, sans appréciation ni discussion, ni épithète peu déférente pour aucune des parties.

Son style doit être bref, concis, très correct, de manière à éviter toute expression dont le sens pourrait être contesté ou bien donner lieu à équivoque.

Ceci établi, cette pièce se divise en deux parties.

=Première partie.=--1º Indiquer l'année, le mois, le jour, l'heure, le lieu de la réunion des soussignés réunis pour examiner le différend ou la querelle entre MM. tel et tel.

2º Les motifs de la querelle ayant été constatés et les faits reconnus exacts d'un commun accord et comme suit. (Indiquer les motifs et les faits.)

3º Après une discussion tendant à proposer ces arrangements satisfaisants et honorables pour les deux parties, tout arrangement ayant été reconnu impossible (ou bien rejeté par)....

4º Les soussignés ont reconnu la rencontre inévitable et les conditions en ont été établies comme suit:

(Indiquer les conditions, le jour, l'heure, le lieu du rendez-vous.)

Les conditions ci-dessus mentionnées ont été soumises aux parties et ratifiées et acceptées par elles, avec promesse de s'y conformer suivant les lois de l'honneur.

En foi de quoi, etc.....

(Indiquer le lieu, le jour, le mois, l'heure, l'année.)

_Signature des témoins._

Les témoins de M. M*** Les témoins de M. N***

A. C. B. D.

=Deuxième partie.=--La rencontre déterminée par la première partie du présent procès-verbal a eu lieu au jour, à l'heure, au lieu indiqués.

Après 10 minutes de combat, M. M*** ayant reçu une blessure.... (Indiquer la nature et l'importance de la blessure.)

Les témoins soussignés ont déclaré l'honneur satisfait.

(Indiquer si les adversaires se sont réconciliés.)

En foi de quoi, etc.

(Indiquer le lieu, l'heure, le jour, le mois, l'année.)

_Signature des témoins._

Les témoins de M. M*** Les témoins de M. N***

A. C. B. D.

=Observations.=--Dans la réunion des témoins, si les témoins d'un champion déclarent qu'ils refusent en vertu d'une question préalable (indiquer les motifs), les témoins en dressent procès-verbal et, bien entendu, le procès-verbal n'est alors composé que d'une seule partie.

Si les témoins jugent à propos de suspendre la séance pour prendre de nouvelles informations, ils doivent l'indiquer, ou désigner l'heure de l'interruption et ensuite l'heure de la reprise, et pour le reste suivant le parag. 2.

Si les témoins tombent d'accord sur un projet d'arrangement, ils l'indiquent au parag. 3 en en détaillant les conditions et en faisant connaître s'il est accepté ou refusé par les parties ou par l'une d'elles.

Si après quelque temps les témoins jugent convenable de faire reposer les champions, ils doivent le mentionner en déterminant le temps du repos accordé.

S'ils jugent à propos de faire terminer le combat, les champions s'étant battus bravement, l'indiquer. En cas de refus de la part de l'un des champions, ou de la part de tous les deux, le mentionner.

Si la blessure reçue n'est pas assez sérieuse, suivant la gravité de l'affaire ou les conditions établies, les témoins doivent le déclarer et motiver ainsi la continuation du combat.

Si pendant le combat les témoins remarquent quelque irrégularité, violation des règles du duel ou des conditions établies, ils doivent faire cesser le combat et dresser procès-verbal suivant les prescriptions du chapitre IV.

_Au delà de la vie._

_Les coutumes du deuil._

Aussitôt le décès, on doit fermer les yeux du mort, étendre ses membres avant le refroidissement.

La loi défend de déranger le corps.

On fait la toilette du défunt, on le change de linge, on l'enveloppe dans le drap qui lui servira de linceul, en ayant soin de laisser le visage découvert; on allonge les membres avant que la rigidité cadavérique ne s'y oppose.

Les catholiques mettent un crucifix sur la poitrine du défunt, plus une branche de buis; sur une petite table recouverte d'une serviette blanche, on pose un crucifix et deux bougies allumées; puis de l'eau bénite dans une soucoupe avec un rameau de buis, afin que les personnes qui viennent visiter le mort puissent jeter sur lui l'eau sainte.

On doit veiller le mort nuit et jour; un fauteuil est placé auprès du lit pour le veilleur; souvent, on charge de ce soin deux religieuses.

On doit éteindre le feu, quelle que soit la saison; certains médecins s'opposent à cela, craignant que l'intensité du froid n'empêche un retour à la vie.

La toilette du défunt est toujours faite soigneusement, de tous temps on a paré les morts, et les fleurs ont toujours joué un grand rôle dans les cérémonies funèbres.

Les bouquets, les couronnes se mettent sur le lit, jamais dans des vases.

Il est utile de dire que le parfum des fleurs hâte la décomposition du corps.

Chez les Romains et chez les Grecs, les pavots, emblèmes du sommeil, couronnaient les morts; les vierges avaient des guirlandes de roses sauvages mêlées à leur chevelure éparse.

Les parents et les amis font en général une visite au mort, voulant revoir une dernière fois celui qui va disparaître pour jamais.

Le savoir-vivre veut qu'on envoie des gerbes de fleurs, des couronnes funéraires, seul présent qu'on puisse faire. Si on ne veut pas de fleurs naturelles qui durent trop peu, qu'on prenne des fleurs artificielles bien fines.

On doit aller à la mairie de son arrondissement faire la déclaration du décès.

Le médecin de l'état civil vient faire la visite; cette visite ne peut avoir lieu avant que six heures se soient écoulées depuis le décès; elle doit être faite dans les vingt-quatre heures, à moins qu'on ne réclame la mise en bière d'urgence, auquel cas le médecin vient de suite, et on en réfère au commissaire de police.

L'on doit présenter au médecin les ordonnances et lui donner tous les renseignements qu'il demande; si la mort est naturelle et qu'il juge que rien n'empêche de procéder à l'inhumation, il en prévient la famille.

Dans le cas où le médecin remarquerait quelque chose d'anormal, il doit faire un rapport au commissaire de police.

Depuis peu, dans les cas de mort causés par des maladies infectieuses, le médecin doit signaler ces maladies, sous peine d'amende.

Après la visite du médecin de l'état civil, un parent ou un ami doit retourner à la mairie avec deux témoins patentés pour faire dresser l'acte de décès.

Il faut déclarer les nom, prénoms, âge, profession et domicile du défunt et les nom, prénoms, âge, profession du conjoint, fût-il également défunt.

Pour le service funèbre, mieux vaut selon nous s'adresser à une de ces maisons spéciales qui, moyennant un prix fixé d'avance, s'occupent de tout et vous débarrassent des soucis matériels si pénibles en ces tristes moments; on vous envoie les lettres timbrées, vous n'avez plus qu'à mettre les adresses.

Disons à ce propos qu'un livre d'adresses devrait toujours exister dans chaque famille; on le trouve fort utile dans les circonstances tristes ou gaies.

On doit envoyer des lettres de faire part à tous ses amis et connaissances, ainsi qu'aux fournisseurs.

Si le défunt appartenait à l'armée, ou s'il a quelques titres aux honneurs militaires, on prévient l'état-major de la place, en indiquant l'heure des funérailles; des soldats rendent au mort lesdits honneurs.

Les décorations du défunt sont posées sur la bière; de même cordons, épée, épaulettes, armes; toque; rochet et étole, si le mort est membre du clergé.

On éloigne les enfants des maisons mortuaires, où l'usage exige qu'on parle très bas.

Si on veut transporter le corps soit dans un autre cimetière que celui de l'arrondissement, soit dans une autre ville, on doit demander la permission au maire, lequel la demande au préfet.

Les amis se réunissent à la maison mortuaire sitôt le corps exposé. Dans ces tristes circonstances, les paroles sont inutiles et les phrases banales doivent être soigneusement évitées; elles agacent et irritent le chagrin.

Une simple poignée de main, un mot ami, un baiser, selon le degré d'intimité, sont les seules manifestations qu'on doive se permettre pour montrer qu'on s'associe à la douleur des parents.

Les femmes ne sont pas forcées d'aller à la maison mortuaire; elles peuvent se rendre directement à l'église.

On met un registre chez la concierge, à Paris, et dans une pièce en bas, en province; chaque assistant vient signer.

Tous les parents du mort doivent être en grand deuil.