Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Part 13

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Un jour, un jeune homme frais sorti du collège venait de reconduire une dame à sa place; celle-ci s'assied, sans prendre garde au chapeau du malheureux éphèbe qui reste tout interdit, planté devant elle.

«Que désirez-vous, monsieur? finit-elle pas dire, impatientée de cette contemplation.

--Je voudrais, je voudrais, balbutia le pauvre, avoir mon chapeau, qui a l'honneur d'être assis sur la même chaise que vous!»

Ne tournez jamais, messieurs, votre chapeau entre les doigts; cela vous donne un air particulièrement embarrassé; jamais, non plus, ne le faites tourner au bout de votre canne et encore moins ne le portez au bout de ladite canne, si vous avez trop chaud.

Le chapeau doit être posé bien droit; incliné sur le côté, cela vous a un petit air retour de Suresnes qui est ridicule et que, malheureusement, les très jeunes gens aiment à adopter; placé en arrière, vous ressemblez à un berger ébahi; enfoncé sur les yeux, il vous a les allures du sombrero d'un traître de mélodrame. Le juste milieu, comme en toute chose.

Pour aller au bal il est absolument impossible de se produire avec un chapeau haut de forme; si vous n'avez pas de claque, laissez votre couvre-chef au vestiaire.

Ce chapitre des chapeaux est spécial aux messieurs, mais il pourrait aussi s'adresser aux dames, qui devront éviter de porter de ces immenses chapeaux si en vogue quand elles vont au théâtre, soit aux fauteuils, soit surtout dans une loge où il y aura des messieurs derrière. Avec ces empanachements à la mode, les malheureux sont forcés de se tenir sur les pointes s'ils veulent apercevoir le minois de la soubrette ou de se donner le torticolis, s'ils désirent contempler le visage de l'ingénue, à moins que, victimes passives, ils ne se résignent à rester assis mélancoliquement, en contemplant les panaches de plumes d'autruches qui se balancent devant eux.

_Canne, parapluie, éventail._

Ces petits objets sont pour ainsi dire nos compagnons inséparables et ils ont chacun un petit code à leur usage.

La canne est un objet de nécessité ou de luxe.

Dans le premier cas, elle sert à s'appuyer, cela se fait donc tout naturellement.

Dans le second cas, il ne faut pas la porter sous le bras, on risque ainsi de crever l'œil à quelqu'un; ne pas la tenir non plus comme un fusil, encore moins faire des moulinets avec ou la serrer contre son cœur comme une nourrice tient son poupon, ou encore l'accrocher à la boutonnière de son vêtement; la brandir comme une trique, ou en frapper le sol, avec le martèlement sonore d'un suisse de cathédrale.

Ces observations s'appliquent également à l'ombrelle et au parapluie fermés.

Pour l'ombrelle ou le parapluie ouverts, tenir cet objet bien droit en faisant attention de ne pas l'empêtrer dans la voilette.

L'éventail, ce sceptre de la femme, doit se manier avec le nonchaloir des Espagnoles et des Italiennes qui ont toujours ce petit meuble en main; si on ne s'en sert que par hasard, on a presque toujours l'air un peu gêné; il faut donc s'en servir l'été, et l'hiver ne le sortir du tiroir que les jours de bal ou de théâtre.

Ne nous éventons pas à coups pressés, ne battons pas la mesure avec notre éventail sur notre main ou sur le rebord de la loge; ne nous en cachons pas à demi le visage.

Nos aïeules donnaient volontiers de petits coups d'éventail sur les doigts des hommes en les appelant de certains noms badins que le XVIIIe siècle autorisait.

Notre savoir-vivre a supprimé ce laisser aller.

Le mouchoir de poche, qui a joué un rôle prépondérant, est maintenant sagement remisé au fond de la poche.

Il y a une quarantaine d'années, le grand genre était, pour une élégante, de tenir précieusement à la main un mouchoir richement garni de dentelles et de broderies, pour aller en visite, au spectacle ou au bal; il est bon de dire qu'elle en avait un autre plus ordinaire en réserve pour l'usage intime, imitant en cela les Japonais, qui enfournent dans leurs immenses manches toute une série de mouchoirs de poche en fin papier de riz. Dans le pays où fleurit le chrysanthème, on ne se sert _qu'une_ fois de son mouchoir.

_Élégances._

_Fantaisies pour repas champêtre._

Nappe en toile bise avec images de fleurs des champs brodées en coton de couleurs vives; service en faïence campagnarde avec coq et vives enluminures; gerbes de fleurs des champs avec du blé dans un petit charriot.

Chaque convive a un petit bouquet des champs devant lui.

Les verres doivent être sans pied en gros cristal.

Nappe en toile de Hollande, garnie de dentelle de Venise chemin de table en Venise doublé de satin rose; petites jardinières basses en vieil argent faisant le tour de la table et garnies de violettes de Parme; groupe en Sèvres ou en Saxe au milieu de la table.

Nappe grise garnie de galons rouges; au milieu une corbeille faite en tronc d'arbre et remplie de plantes vertes; ou bien une coquille remplie d'eau est placée sur de la terre glaise et il y a des poissons rouges qui frétillent: dîner fantaisie.

Nappe blanche damassée avec guipure écrue brodée de rouge, chemin de table en satin rouge; huit petites corbeilles en filigrane doré ou en jonc rustique contiennent des fruits rouges, cerises, fraises, framboises, groseilles.

Sur la table des branches de cerisiers coupées, avec fleurs, fruits et feuillages; la suspension ou les candélabres sont enlacés de branches de groseilliers.

Une guirlande de feuilles de vignes rougies, pourprées par l'automne fait très bien sur la nappe.

Dans les dîners, on peut admettre toutes les fantaisies possibles et la suspension peut s'enguirlander de lierre, de glycines, de chêne avec ses glands, de sapin, de houx.

On sème sur la table de petits bonshommes, de petits animaux en porcelaine, en bronze, de petites bonnes femmes genre Kate Greenaway, même de petits compagnons de saint Antoine faits avec une peau d'orange.

Les chemins de table se font très luxueux:

En tulle blanc brodé sur transparent bouton d'or avec plissé de tulle;

En satin feu avec des ornements brodés or et argent;

En simple andrinople avec guipure écrue;

En satin blanc avec guirlande de fleurs brodées au passé en soie floche.

La corbeille à pain est recouverte d'un petit napperon de fantaisie.

On peut servir le vin ordinaire dans des aiguières en argent ou dans des brocs en cristal.

La bière se sert dans de grands pots en terre, représentant des scènes de «beuveries» flamandes avec un couvercle d'étain.

Quelques genres de menus de fantaisie:

De petits mirlitons d'un sou, que vous recouvrez de papier doré; vous mettez une bande de papier rose ou bleu ciel tirebouchonnant selon l'usage et vous écrivez dessus le menu: c'est très original;

Petit éventail en carton blanc; chaque mets est sur un feuillet.

Si on a un talent d'aquarelliste, on peut soi-même faire de fort jolies cartes à menus; on en fait aussi avec dessin à la plume.

Pour l'été, à la campagne, on peut couper de petits morceaux de cartons en forme de croissants; on fait deux incisions sur le côté, on y passe une fleurette et on écrit le menu.

Avec du parchemin je fais quelque chose d'original.

A l'aide d'un pinceau je trace d'abord deux rayures, une rouge, une bleue, j'écris mon menu en lettres rouges et bleues, en alternant; puis je roule le parchemin.

Je l'entoure d'une faveur pourpre dont je scelle, d'un sceau de cire crème, les bouts flottants.

Des petits écrans japonais, sur lesquels on colle une page blanche, peuvent servir de menus.

Toutes les inventions sont permises sur ce terrain gracieux.

Les tapis de dahlias sans queues font fort bien sur la table; on fait aussi des jonchées, des coupes avec myosotis roses et nœuds de ruban, genre Watteau.

Un joli milieu de table est une simple bourriche; vous la remplissez de mousse, vous y piquez des muguets et vous mettez aux deux bouts des nœuds de satin et de moire, vert-nil et rose.

_Ventes de charité._

Il faut beaucoup de tact pour être vendeuse.

L'usage veut qu'on envoie à ses amies, à toutes ses relations des cartes, ainsi libellées:

Vente de charité au profit de l'œuvre de... Dans les salons de... Les mardi 1er, mercredi 2 et jeudi 3 novembre 189... Madame L..... vendra de 2 heures à 3 heures. Elle serait heureuse d'avoir votre visite et sera reconnaissante de la plus légère offrande.

Le minimum de la somme à envoyer est 5 francs.

Les dames préfèrent, en général, porter leur offrande elles-mêmes, elles choisissent, guidées par la charité.

J'engagerai les vendeuses à ne pas importuner les acheteurs qui s'arrêtent à leur comptoir, à ne pas profiter de ce qu'un ami est venu dîner chez elle pour le dépouiller en lui faisant acheter un prix fou, un bibelot insignifiant, sous le prétexte que «c'est pour les pauvres».

Ne pas refuser non plus de rendre la monnaie.

Les manèges de coquetterie doivent être évités, autant toutefois qu'il est possible.

La toilette sera élégante, sans rien d'excentrique.

Les jeunes filles et les jeunes femmes en couleurs claires.

Seules les très jeunes filles gardent leur chapeau.

On vend généralement avec ses gants.

Pour tenir le buffet, pour offrir les sirops, les gâteaux, on peut porter un petit tablier à bavette, mais il faut qu'il soit très élégant; en soieries changeantes, garni de dentelle, avec nœud retenant un bouquet de fleurs au corsage.

On peut demander des lots en nature, à des amies tout à fait intimes.

Lorsque votre recette n'est pas convenable, il faut la renforcer de vos deniers.

Si nous ne sommes pas disposée à ce sacrifice, gardons-nous d'accepter d'être dame vendeuse.

Vous devez une visite aux personnes qui vous ont envoyé des objets, si elles sont de vos relations; sinon, une simple carte, avec un mot de remerciement, suffit.

Je ne parle pas pour les messieurs, bien entendu.

Il serait dangereux d'accepter deux ans de suite d'être vendeuse; cela lasserait nos amis et nous pourrions redouter une maigre recette.

_Les billets de loterie._

Encore une obligation du savoir-vivre: on ne refuse jamais de prendre un billet de loterie.

Autant que possible ne soyons pas placeuse de billets de loterie. Je ne dis pas placeur, car les hommes n'acceptent pas cette obligation.

Enfin, si une fois entraînée par notre bon cœur nous avons à solliciter des amis pour une bonne œuvre, faisons-le discrètement et ne profitons pas, autant que possible, du jour où ils dînent chez nous pour leur présenter notre requête.

Le bon goût exige que, la loterie aussitôt tirée, les lots gagnés soient expédiés aux favorisés du sort.

Dans le cas où, tirant la loterie chez vous, un lot vous échoit, vous ne devez _jamais_ en bénéficier, il faut le remettre de suite et le faire tirer de nouveau.

Si un célibataire gagne un lot, il doit l'offrir à la fille de la maison ou à son défaut, à la dame du logis.

_A l'église._

Ce n'est pas à la messe qu'on arbore les toilettes nouvelles.

Si vous toussez énormément, pour ne pas déranger un prédicateur et les assistants, allez à une messe basse, de bonne heure.

Tous, nous devons respecter le saint lieu et les marques extérieures du culte, qui veut qu'on s'agenouille, qu'on se lève à tel ou tel endroit de la messe.

En entrant à l'église, un homme doit offrir l'eau bénite ou la plus jeune personne à la plus âgée; on remercie d'un sourire et d'un signe de tête.

Une dame se rencontrant à la porte avec un prêtre doit lui céder le pas; mais celui-ci, oubliant un moment son caractère sacré, redevient homme du monde en s'effaçant pour laisser passer la dame.

Si vous quêtez, ayez une mise élégante, mais modeste; si on vous donne, un merci à voix basse.

Lorsque vous rendez le pain bénit, envoyez-en de suite une part aux personnes auxquelles vous voulez faire cet honneur; attendre le lendemain et l'envoyer rassis, serait incivil.

Marcher avec bruit, remuer les pieds, dire ses prières tout haut, sont choses à éviter.

_Notre correspondance._

Le papier à lettre et les enveloppes varient au gré d'une capricieuse déesse, la Mode, qui d'un coup de son éventail, sceptre léger, devant lequel chacun s'incline transforme toutes choses. La Mode a aboli le large papier et l'enveloppe carrée; par amour du contraste, le papier long et étroit et l'enveloppe semblable ont vu le jour.

Suivons le format du moment, et achetons ce qui nous plaît.

Le papier blanc, fort, est celui qui s'emploie pour les lettres d'hommes, pour les affaires sérieuses.

Les papiers de couleurs ont la vogue depuis quelques années.

On choisit actuellement les teintes douces et neutres, le gris, plus ou moins foncé, le bleu ardoise, le mauve pâle.

Les couleurs rose, rouge (on en voit), jaune, bleu d'azur ne sont pas du meilleur goût.

Le genre vieux parchemin avec les initiales timbrées en or ou argent, rechampies de couleurs, est fort joli, mais assez coûteux.

On peut avoir un papier avec ses initiales, son monogramme, ses armoiries. L'emblème, la devise, le prénom, le diminutif du prénom, ne sont plus très fréquents.

Avoir du papier trop commun ou trop luxueux sont deux écueils à éviter.

N'employons plus de pains à cacheter.

Pour les lettres sérieuses ou confidentielles, on cachette ses missives avec de la cire et un cachet à ses initiales. La cire rouge est banale, la noire n'est employée que pour les deuils, la bleue est laide, la blanche seule est jolie, selon moi.

Le cachet s'appose sur le coin et non au milieu; c'est la mode qui le veut ainsi et c'est plus original. Dans le royaume de haute fantaisie, une gracieuse innovation: on entoure la lettre d'un ruban et on la scelle de larges cachets de cire blanche; mais cela ne peut s'employer que pour les lettres portées à la main.

Le timbre se colle dans _le sens_ du côté droit de la lettre.

Les enveloppes doivent être pareilles au papier.

Les couronnes se mettent en travers des chiffres entrelacés.

On peut placer ses initiales au milieu ou au coin gauche de la lettre.

Pour les villégiatures, il est permis d'avoir, gravés sur son papier à lettres, la vue de son château ou simplement le nom.

Pour les deuils, les papiers et enveloppes sont bordés de noir, depuis la large bande des premiers mois jusqu'au mince liséré des dernières semaines. On ne chiffre jamais le papier de deuil.

Les chiffres extravagants soit en grandeur, soit en petitesse, sont de mauvais goût; de même, les ornements bizarres et tourmentés.

Les papiers avec des scènes champêtres, des caricatures, des animaux, des fleurs, des chinoiseries sont de fantaisie.

Tout le monde ne peut avoir une belle écriture (j'en sais quelque chose), mais les lettres se chevauchant, les abréviations, les taches d'encre peuvent et doivent s'éviter.

Lorsqu'on écrit très mal naturellement, on devrait mettre en bas une formule d'excuses (je vous demande pardon d'écrire si mal).

La marge n'existe presque plus maintenant; à peine un mince liséré de blanc.

On laisse, sous le mot en vedette qui commence la lettre, un espace de trois ou quatre lignes.

Lorsque vous confiez une lettre à quelqu'un, sauf à un domestique, vous ne la cachetez jamais; votre devoir est de la remettre ouverte, montrant par là que vous avez pleine confiance en la discrétion du mandataire; mais celui-ci doit immédiatement, ostensiblement, cacheter la missive devant vous.

Une lettre de recommandation se donne toujours ouverte, même pour un serviteur.

Il ne faut jamais écrire sur une demi-feuille de papier.

Si on voulait être logique avec le bon sens et la grammaire, on n'écrirait pas chère madame, ni cher monsieur, ni chère mademoiselle, mais bien, chère dame, chère demoiselle et cher sieur.

Mais voyez l'effet!

Lorsqu'on écrit à un ministre, la phrase de Monsieur le Ministre s'écrit de manière à ce qu'il ne reste au-dessous que la place de cinq ou six lignes.

Certaines personnes croient de bon ton de laisser le verso blanc et d'écrire sur le recto de la seconde page; seules les pétitions officielles destinées à l'imprimerie se font ainsi; les décisions, les remarques s'écrivent sur le recto de la seconde page.

Il faut au moins deux lignes blanches, précédant les formules de salutations. Elles ne se coupent pas et s'étagent ainsi:

J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monsieur le Ministre, Votre très humble et très dévoué serviteur.

Les mêmes formules respectueuses sont employées pour les hommes ou les femmes indifféremment, lorsque la lettre est adressée à un ecclésiastique de haute dignité.

Du reste, une grande dame elle-même écrivant à un humble desservant de village devra introduire le mot _respect_ dans la rédaction de sa lettre.

Pour écrire à un prêtre on met:

«Monseigneur», «Monsieur le curé», «Monsieur l'abbé».

Lorsque vous écrivez à une personne fort occupée, faites la lettre très courte, ne dépassant pas la première page s'il est possible.

En écrivant à une personne que vous supposez pouvoir être en voyage, mettez sur l'enveloppe la mention: _faire suivre en cas d'absence_.

Le mot _urgent_ est mieux que _pressé_.

Les post-scriptum ne se mettent pas dans les lettres cérémonieuses; ils sont réservés pour les lettres d'amitié ou d'affaires.

Lorsqu'on écrit à des étrangers ou à des personnes avec lesquelles on a de peu fréquents rapports, il faut toujours inscrire son adresse entière.

La date se met en haut de la lettre d'affaires, au bas de la lettre intime, à gauche et un peu au-dessous de la signature.

Lorsqu'on écrit à des étrangers, on leur donne leur qualité:

Madame la comtesse;--Monsieur l'Économe;--Madame la Directrice.

Pour un militaire: Monsieur le Capitaine;--Monsieur le Commandant;--ou bien encore, et cette concision est de bon ton, si vous avez des relations avec la personne: Capitaine, Commandant.

Lorsque vous avez appartenu à l'armée: Mon Capitaine;--Mon Commandant.

Exception est faite pour les Maréchaux et les Amiraux, et même un roi leur écrivant mettrait: Monsieur le Maréchal;--Monsieur l'Amiral. Aux contre-amiraux, vice-amiraux, on dit: Amiral.

Pour écrire à un Roi: Sire;--à une Reine: Madame, en mettant dans la lettre le mot Majesté.

Si vous écrivez: Madame la Reine, vous aurez tort, et pourtant on peut écrire: Madame la Princesse; mais on met généralement Princesse tout court.

Autrefois, on écrivait: mon cher monsieur, ma chère madame, ma chère mademoiselle; ces pléonasmes sont bannis maintenant. On peut écrire: cher monsieur et parent ou chère madame et parente à ses parents que l'on n'a jamais vus; on peut mettre aussi: monsieur et cher cousin, madame et chère cousine.

Pour les autres parents qu'on connaît on met: mon cher oncle, ma chère grand'mère, chère mère, cher papa.

On peut mettre en vedette les mots: Saint Père;--Très Saint Père;--Sire;--Monseigneur;--Prince;--Princesse.

On ne peut écrire en vedette les mots suivants: Votre Sainteté;--Votre Eminence;--Votre Grandeur;--Votre Majesté;--Votre Altesse;--Votre Excellence.

Ils remplacent le pronom: vous.

On peut mettre aussi Elle et Lui avec des lettres majuscules.

A une religieuse on écrit: Madame (jamais Mademoiselle);--Très chère sœur;--Révérende mère; selon le degré d'intimité.

Pour les religieuses titrées on mettra: Madame la supérieure;--Madame la prieure.

Cher monsieur, chère madame, s'écrivent couramment, même adressés aux personnes que l'on connaît depuis peu.

Chère fiancée ou Cher fiancé est d'un usage démodé; on écrit en ce cas: Chère mademoiselle ou Cher monsieur, et encore serait-il plus convenable de mettre simplement monsieur ou mademoiselle.

Pour écrire à ses domestiques on met le prénom en vedette: Pierre, Rosalie.

Mais, si l'on a besoin d'écrire au domestique d'un ami, on mettra: Monsieur Pierre, Mademoiselle Rosalie.

On n'écrira jamais Madame la présidente à Mme Félix Faure, mais on écrira: Madame la présidente à celle qui préside une œuvre quelconque.

Madame la Maréchale est le seul titre militaire qui soit féminisé et personne ne s'aviserait d'écrire: Madame la capitaine.

Certains traités de savoir-vivre recommandaient aux jeunes filles de mettre en écrivant à une femme âgée: Madame et excellente amie, ou: Madame et amie. Ces formules sont trop peu respectueuses.

Ne mettons jamais les mots monsieur, madame ou mademoiselle en abréviation, même dans le corps de la lettre.

Si vous parlez dans votre lettre d'un parent, d'un allié quelconque à votre correspondant, mettez encore le mot entier: Monsieur votre père, mademoiselle votre sœur. Pourtant, en parlant d'étrangers, on peut mettre simplement M. ou Mme.

Monsieur ton père, madame ta mère ne s'emploient pas.

Entre très intimes on peut mettre: ton père, ta mère, etc. Lorsqu'on parle d'une tierce personne dans une lettre et que le correspondant sait fort bien de qui il s'agit on doit seulement mettre l'initiale.

Ne mettez plus _tournez, s'il vous plaît_, ou _t. s. v. p._; on sait bien qu'il faut tourner la page, puisqu'on ne voit pas la signature qui termine _toujours_ une lettre.

A une personne titrée qui est de vos amis on supprime monsieur et madame et on écrit simplement: Cher comte, chère marquise.

Aux jeunes filles n'étant pas titrées on écrit simplement: Chère mademoiselle.

Pour écrire à un fournisseur, on peut très bien mettre son nom de famille: Monsieur D..., Chère madame D....

Lorsqu'on écrit à des personnes ayant une fonction officielle et étant titrées, on met la qualité précédant le titre:

Monsieur le sénateur, baron de... Monsieur le préfet, comte de...

A un médecin on écrit:

Monsieur le docteur R...

Ne s'écrit plus la répétition du mot Monsieur, Monsieur, sur une adresse.

On écrit ainsi l'adresse d'une personne titrée: Marquise de S.... et non Madame la marquise de S....

Voici les terminaisons de lettres le plus généralement usitées selon les degrés d'intimité.

Pour les grands ecclésiastiques:

Je suis, avec le plus profond respect, Monseigneur, de Votre Grandeur (ou de Votre Eminence pour un Cardinal) le très humble et très obéissant serviteur.

A un roi:

Je suis avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très humble et obéissant sujet.

Pour le président de la République:

Je suis avec le plus profond respect, Monsieur le Président, votre très humble serviteur.

Une femme emploie les mêmes formules.

A un fonctionnaire du gouvernement, on écrit:

Veuillez, Monsieur le Préfet, recevoir l'expression de ma considération la plus distinguée.

Voici la rapide énumération des formules courantes et généralement employées:

«Tout à vous, Tout à vous d'amitié, A vous de cœur, Tout à vous de cœur, A vous cordialement, Amitiés, Bonnes amitiés, Cordiales amitiés, Cordiale poignée de main, Bonne poignée de main, Je vous serre la main, Je vous envoie toutes mes amitiés, Tous mes sentiments d'affection, Tous mes sentiments affectueux, Tous mes compliments, Mes meilleurs compliments, Mes compliments affectueux, Veuillez recevoir l'expression de mes sentiments les meilleurs, Veuillez recevoir l'expression de toute ma sympathie, Au revoir, Croyez à mon sincère attachement.»

Un homme met généralement le mot respect dans la terminaison de sa lettre, lorsqu'il écrit à une dame: «Mes sentiments respectueux, Mon attachement respectueux, Ma respectueuse sympathie, Mon respectueux dévouement, Veuillez agréer, madame, l'hommage de mon respect, Veuillez agréer l'expression de mes sentiments respectueux, Au revoir, chère madame.»

Une femme n'emploie jamais les mots honneur si ce n'est en s'adressant à un grand personnage.

Lorsqu'une femme écrit à un homme pour affaires, elle doit mettre: «Veuillez, monsieur, recevoir l'expression de mes sentiments distingués», ou même supprimer le mot monsieur. A une autre femme elle mettra: «l'assurance de mes sentiments respectueux.»

Aux serviteurs on mettra: «Au revoir.»