Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Part 12

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On ne doit pas dire le nom tout court aux domestiques de nos amis, on ajoute «mademoiselle» ou «monsieur».

Lorsqu'un domestique apporte un présent, on lui doit un pourboire, malgré la guerre faite contre cette coutume depuis plusieurs années; mais il faut éviter de donner un pourboire excédant la valeur du présent, cela s'explique.

Ne jamais questionner un domestique sur ses maîtres, sur ce qu'on fait, sur ce qu'on dit; de même, lorsque nous envoyons un domestique quelque part, ne le questionnons pas sur ce qu'il a vu.

Ne nous mêlons jamais à des querelles entre domestiques ou entre concierges et domestiques: il arriverait un moment où, se raccommodant, ils feraient la paix à nos dépens.

Maîtres et domestiques doivent savoir reconnaître leurs torts réciproques et se supporter les uns les autres.

Si un domestique est bien payé, bien nourri, a quelques douceurs de temps à autre, telles que parties de théâtre, gratifications, sorties supplémentaires, il doit s'estimer heureux et ne pas se laisser aller au penchant de décrier la maison où il sert.

Si un maître a un domestique probe, laborieux, il doit lui passer certaines choses et savoir fermer les yeux à l'occasion.

_La façon de recevoir._

Etait une vertu antique fort bien pratiquée, et dans les peuples qui sont encore primitifs on la voit érigée en devoir rigoureux, allant jusqu'à donner à l'hôte tout ce qu'on a de plus précieux.

Si nous invitons quelqu'un à faire un séjour chez nous, faisons d'avance une toilette complète.

Tout doit marcher droit pendant le séjour d'un étranger sous notre toit et les rouages intérieurs doivent être si bien graissés, qu'on ne puisse entendre le moindre grincement.

Je parle aussi bien matériellement, que pour les questions d'un ordre plus élevé.

Tout doit être au beau fixe; songeons-y et évitons jusqu'à ces infimes petites chicaneries qui sont le chatouillement désagréable des relations.

Vous êtes toujours prévenu de l'arrivée de votre invité; vous allez donc l'attendre à la gare avec ou sans voiture, selon la distance qui vous sépare de la gare, montrant ainsi l'empressement que vous avez de l'accueillir dans votre «home».

La chambre de l'hôte doit être l'objet des soins tout particuliers de la maîtresse de maison.

Les vitres étincelantes, les rideaux blancs, le parquet ciré, encaustiqué, le lit avec sommier intact, les armoires nettes de tous objets. Ne jamais recouvrir les planches de papier, c'est démodé; la table de toilette, qui est dans la chambre, doit être pourvue d'une pile de serviettes blanches, d'une boîte de savon, d'eau de toilette, d'eau dentifrice, etc.

Sur un meuble, un verre d'eau avec sucrier, flacon de fleurs d'oranger ou de rhum, suivant que l'invité est homme ou femme, flacon d'eau de mélisse, boîte de pastilles de menthe et une boîte de gâteaux secs, pour le cas des fringales nocturnes.

Une carte, clouée au mur, indique les heures des repas, les heures des trains, enfin tous les petits renseignements utiles.

Ne pas oublier encre, plumes, papier, enveloppes, enfin tout ce qu'il faut pour écrire, comme on dit dans les comédies.

Des fleurs sans odeur doivent garnir les vases.

Le premier soin à observer est de demander à quelle heure on désire le petit déjeuner et ce qu'on a l'habitude de prendre, lait, café au lait, thé, chocolat, potage.

Le second est d'attendre que l'invité soit un peu reposé avant de lui faire faire l'inévitable tour du propriétaire.

Les maîtres de maison doivent s'ingénier à rendre leur hospitalité douce et agréable, à laisser à leurs hôtes quelques heures de liberté, à leur procurer les distractions que comporte le pays: visites aux musées, églises, curiosités, sites, promenades, excursions, parties de pêche, de canot, de chasse, jeux, plaisirs d'intérieur, etc.

Si on a plusieurs hôtes à la fois, il faut s'occuper de tous également, ne pas marquer de distinctions.

Les repas doivent être servis, sinon luxueusement, du moins plantureusement.

Si celui qui offre l'hospitalité a des devoirs envers ses hôtes, ceux-ci n'en ont pas moins envers lui.

Nous devons arriver, sinon d'humeur très gaie, du moins avec un visage aimable, ayant donné campo à nos soucis, afin de ne pas montrer mine renfrognée à ceux qui nous reçoivent.

On n'est pas contraint de se répandre en exclamations admiratives, mais on doit un certain tribut de bienveillance pour tout ce qu'on vous montre.

Beaucoup de discrétion est nécessaire.

Sans appeler les serviteurs «monsieur» ou «mademoiselle», montrons-nous avec eux de la plus grande politesse.

On doit apporter tous les ustensiles de toilette qui sont nécessaires.

Il ne faut pas non plus ne paraître qu'aux heures des repas, s'isoler des heures dans sa chambre, faire de longues promenades tout seul; on doit le tribut de sa présence, de sa conversation, à ceux dont on accepte l'hospitalité.

On doit être d'une exactitude mathématique pour l'heure des repas de part et d'autre.

La toilette doit être très soignée et ce, dès le matin.

On ne doit pas rester plus longtemps que le terme fixé, mieux vaut même partir un peu avant. Ainsi, si vous êtes invité pour une quinzaine, le savoir-vivre veut que vous partiez le douzième ou treizième jour. Il est préférable de laisser des regrets; on insistera toujours afin que votre séjour soit plus long.

Il est bon de se montrer généreux envers les domestiques.

_Les cadeaux d'étrennes._

On doit un présent convenable aux dames chez qui l'on va dîner plusieurs fois chaque année.

On ne fait jamais de cadeaux à des supérieurs à l'occasion du jour de l'an, mais dans le courant de l'année, on peut envoyer une bourriche de gibier, des fruits, des fleurs rares.

Les étrennes se divisent en plusieurs genres:

Les étrennes utiles;--Les étrennes superflues;--Les étrennes d'argent;--Les étrennes d'amitié.

Les étrennes utiles se donnent entre parents, entre amis intimes; elles sont toujours agréables, car elles répondent à un besoin, à un désir, soit pour votre intérieur, soit pour vous-même.

La série serait longue à énumérer; on peut offrir argenterie, service de table, robe de velours, de laine, draps, serviettes, fourrure et même la modeste demi-douzaine de mouchoirs de poche.

Le costume d'enfant, le bronze qui manque sur votre cheminée, le tapis de table, le chapeau, etc.

Lorsqu'on donne des étrennes utiles, on est sur le pied d'une telle familiarité, qu'on peut fort bien dire: «J'ai l'intention de vous offrir telle et telle chose; tirez-moi donc d'embarras, et dites ce que vous préférez.»

Les étrennes superflues mais agréables sont les bijoux, les bibelots, les jouets.

Pour les enfants déjà un peu grands, les livres sont préférables.

Dans l'ordre des étrennes superflues, il y a toute la gamme des japonaiseries, des petits livres, des meubles volants.

Le bijou offert par le mari à la femme, par l'oncle à la nièce, par la marraine à la filleule, peut être une bague de mille écus ou la montre en nickel.

Les amis hommes envoient fleurs et bonbons, c'est classique: j'engage seulement à donner les uns et les autres en plus petite quantité et à les offrir dans un bibelot _durable_, car une fois bonbons croqués et fleurs fanées que reste-t-il du souvenir de l'ami?

Les étrennes d'argent, les plus agréables, ne peuvent s'offrir que de mari à femme, de parents à enfants, de maîtres à serviteurs.

Les étrennes d'amitié sont les petits ouvrages faits par les jolis doigts de la donatrice, le dessin, le pastel, le tableautin peint par l'artiste de la famille; le portecrayon échangé entre camarades, enfin moins que rien; mais ces étrennes-là sont les plus touchantes: on a pris de son temps, de sa vie pour confectionner cette bagatelle.

Lorsqu'on nous apporte des étrennes, il est de mauvais goût de ne pas ouvrir le paquet de suite et de dire merci simplement, sans regarder.

Celui qui se dérange a droit aux remerciements et aux exclamations de plaisir que son présent doit provoquer.

Même si la chose n'est pas à notre gré, il faut avoir l'air ravi.

Ne raillons jamais le cadeau de l'un devant l'autre; ne l'évaluons pas.

Ne faisons pas de parallèle entre ce que nous recevons et ce que nous donnons.

Si nous avons déjà reçu un présent semblable, n'en exprimons pas le regret.

Il est du savoir-vivre de témoigner plus de reconnaissance à une personne qui nous offre un objet modeste qu'à celle qui nous fait un cadeau splendide: la première est quelquefois honteuse de la médiocrité de son présent, la seconde a conscience de la valeur du sien.

Si on nous envoie un présent par un domestique, l'usage veut qu'on lui remette une pièce d'argent, variant de cinquante centimes à cinq francs; jamais plus, car on aurait l'air de vouloir rendre la valeur de l'objet.

On doit écrire un mot de remerciements, si on ne peut faire une visite dans la huitaine.

Un cadeau qui peut fort bien se faire, entre hommes, est une caisse de cigares de bon _choix_.

Le petit enfant doit écrire aux parents éloignés et réciter un compliment à ceux qui sont près de lui.

On doit un présent d'argent aux facteurs, concierges, domestiques, télégraphistes, frotteurs, etc.; c'est l'impôt forcé auquel nul n'a le droit de se soustraire.

La nourrice de nos enfants a également droit à un petit souvenir, en nature ou en argent, si nous sommes encore en relations avec elle; et aussi les anciens instituteurs et institutrices et les serviteurs de nos parents.

_La politesse dans la rue._

On voit des personnes, parfaitement polies dans un salon, devenir parfaitement incorrectes, sitôt qu'elles foulent l'asphalte d'un talon vainqueur.

Il faut toujours prendre sa droite, on évite ainsi les heurts et les chocs.

Dernièrement, trottant très affairée, je me croise avec un monsieur qui avait l'allure d'un parfait gentleman; il passa près de moi, non seulement en me bousculant, en me regardant d'une façon malhonnête, mais encore m'envoya la fumée de son cigare dans le visage. Un mot vif était prêt à m'échapper, je le contins heureusement; qui sait ce que ce monsieur eût pu répondre?

A quelques pas de là, une grosse voiture de camionneur était arrêtée, son conducteur accoté fumait une énorme pipe, qu'il retira d'entre ses dents lorsque je passai près de lui; puis, voyant la mèche du fouet qui ballottait et qui pouvait m'effleurer le visage, il l'arrêta d'un geste poli.

Le savoir-vivre était inné chez cet homme et le gentleman méritait l'épithète pensée.

Savoir se ranger à l'occasion, sous une porte cochère, pour laisser passer sans encombre une femme ayant un bébé sur le bras, est une marque de savoir-vivre qu'on apprécie fort sur nos trottoirs étroits.

Faire p'sst! à quelqu'un pour le faire retourner, qui l'oserait?

Si je tiens mon petit chien en laisse, je fais attention à ne pas enchevêtrer les jambes des passants dans la laisse du toutou.

S'arrêter soudain pour écouter les boniments d'un marchand ambulant est à peine permis aux petits pâtissiers, aux petits télégraphistes, et aux très jeunes «potaches»; un monsieur ou une dame de tenue correcte continue sa route.

On peut s'informer discrètement de la cause d'un attroupement, mais lorsqu'on sait ce qui en est, grossir cet attroupement est au moins inutile, quelle que soit la badauderie parisienne.

Si vous rencontrez un ami et que vous l'arrêtiez pour lui parler, rangez-vous de côté de manière à ne pas obstruer le passage.

Lorsqu'un homme jette une allumette enflammée, un bout de cigare allumé, il doit les jeter dans le ruisseau, ou du moins mettre le pied dessus; en plein trottoir, cela pourrait roussir, sinon incendier, les jupons des dames.

L'attitude et le geste sont encore à observer pour être bien élevé; on doit éviter les attitudes trop libres, les airs cavaliers.

En marchant, ne balançons pas nos bras. Une femme a toujours un maintien, soit avec son ombrelle, soit avec son manchon; privée de ces objets, elle relève gracieusement sa robe, ou en fait le simulacre, ce qui occupe suffisamment les doigts.

Une marche sautillante, traînante est disgracieuse; de même faire résonner ses talons sur le pavé produit un effet singulier.

_Shake-hand._

Banale, banale, malheureusement et souvent, reconnaissons-le, maladroite.

La bonne poignée de main amicale, à l'étreinte sincère, a fait place au _shake-hand_, qui n'est qu'un démanchement d'épaule.

C'est toujours la main droite qu'on présente.

Rien de plus.... anglais que cette secousse sèche.

La poignée de main doit se donner entièrement; celui qui offrirait trois doigts ou un seul doigt, comme si on le tendait à un oiseau, serait peu convenable: de même lorsque la main reste molle, ne répond pas à l'étreinte; encore lorsqu'il y a à peine un effleurement.

On ne devrait pas prodiguer la poignée de main à des inconnus; mais, maintenant, les femmes même du meilleur monde la banalisent avec la plus grande désinvolture.

Un homme ne doit jamais tendre le premier la main à une femme.

De même, une jeune fille ou une jeune femme, à une personne âgée.

Il ne faut pas que les jeunes gens tendent la main les premiers, sinon à des camarades. Je regrette pour les jeunes garçons qu'on ne leur inculque pas, avec le respect de la femme, l'usage du baisemain; c'était respectueux et ceux de nos fils qui feraient revivre cette ancienne coutume auraient tout à fait bon air; malheureusement, les garçons, nous l'avons dit, ont souvent des manières d'une blâmable désinvolture.

La poignée de main ne doit pas être prolongée, ce serait inconvenant, comme celle dite «en sandwich», où votre interlocuteur place votre main entre les deux siennes.

Lorsqu'on présente un homme à un autre, l'usage veut qu'on ne lui serre la main qu'en le quittant, mais beaucoup passent là-dessus.

Si vous rencontrez un monsieur et une dame, il est de rigueur de donner d'abord la main à celle-ci.

Les jeunes filles devraient ne pas donner de poignée de main aux jeunes gens.

_Au restaurant._

Lorsqu'on va dîner au restaurant, dans la salle commune, il y a mille nuances à observer. L'homme, en entrant, soulève son chapeau et le remet ensuite sur sa tête pour traverser la salle.

On n'essuie plus ostensiblement son verre, son assiette.

Il est regrettable d'interpeller les garçons à haute voix, de se plaindre si fort que les voisins entendent; de se servir du cure-dents ostensiblement; d'emporter la moindre des choses de la desserte, fût-ce un macaron.

Le pourboire doit être décent, même si l'on n'est pas satisfait du service.

Les femmes n'enlèvent jamais leur chapeau au restaurant, même en cabinet particulier.

Rire aux éclats est très déplacé; nous nous devons au décorum. En sortant, Monsieur, toujours, marche devant Madame, mais s'efface et la laisse passer après lui avoir ouvert la porte de sortie.

_Au spectacle._

C'est au théâtre que nous passons le plus volontiers la soirée quand nos obligations mondaines nous le permettent.

On n'a plus, si ce n'est dans quelques théâtres, tels que l'Opéra, l'Opéra-Comique, la Comédie-Française et les scènes élégantes du boulevard, de toilettes dites «de théâtre»; on peut y aller en robe simplement élégante, pourvu qu'on ait un chapeau et des gants frais.

Les gants clairs ne sont pas de rigueur.

Les toilettes décolletées sont mal portées dans les petits théâtres.

Les dames ne vont pas faire de visites dans les loges des personnes qu'elles connaissent. Elles ne doivent quitter leur place que pour aller au foyer, avec les messieurs qui les accompagnent.

Les hommes donnent un très léger coup de chapeau aux personnes qu'ils peuvent connaître dans la salle; les femmes répondent par une petite inclination de tête; jamais de sourires ou de signes avec l'éventail.

Un homme ne doit jamais laisser seule dans sa loge la dame qui est avec lui.

Une femme lorgne la scène, mais doit à peine lorgner dans la salle, surtout jamais fixement.

Un homme bien élevé ne lorgnera pas non plus avec obstination.

On peut s'amuser franchement au théâtre, mais non rire aux éclats.

On ne doit pas non plus faire des réflexions pouvant gêner ses voisins, ni bavarder de telle manière qu'on les empêche d'entendre la pièce.

Si on a déjà vu la pièce, rien de plus fâcheux que de déflorer le plaisir de la ou des personnes qui sont avec vous, en la leur racontant.

Lorsque nous avons des places aux fauteuils ou aux stalles, arrangeons-nous pour arriver à l'heure ou dans un entr'acte, afin que notre venue ne trouble pas un rang entier de spectateurs. A ce propos, une «leçon de choses»; un croquis fantaisiste qu'on nous pardonnera à cause de son exactitude.

Dans un théâtre où les passages sont très étroits, arrive une grosse dame, rouge, essoufflée, qui se trouvant placée juste au milieu du rang, a une quinzaine de personnes à déranger; elle s'avance et commence par faire pousser un «aïe!» de douleur à une jeune femme; elle s'excuse, continue à marcher, heurte les genoux d'un vieux monsieur peu endurant et peut-être goutteux, qui se fâche: troublée, la dame s'empêtre dans un petit banc et fait un bruit épouvantable pendant que, d'une voix douce et pâmée, la jeune première disait des choses très intéressantes à un acteur en perruque bien frisée; la grosse dame arrive alors devant une autre dame qui n'a pas la précaution de lever son fauteuil pour faciliter le passage, et il se produit une collision.

Enfin elle arrive à sa place. Myope, elle se penche pour voir le numéro de son fauteuil, et elle écrase à demi un ravissant petit chapeau en fleurs porté par une jeune fille placée au rang devant elle; celle-ci l'appelle maladroite et lui fait les yeux d'une demoiselle à laquelle on abîme un chapeau neuf, jugez, mesdames! La dame s'excuse encore à haute voix: des «chut» énergiques se font entendre. Pensez donc, le traître va sortir son poignard et le père noble sort une grande tirade! La dame s'assied, prend sa jupe dans le ressort du fauteuil, se lève, lutte désespérément pour retirer l'étoffe, reste debout et masque ainsi la scène à un petit garçon qui pousse des cris de paon parce qu'il «ne voit plus les belles dames». «Assis, assis!» crie-t-on de toutes parts. Encore plus rouge, la spectatrice s'assied enfin; elle tire sa jumelle, en fait tomber l'étui, se baisse, fouille sous les fauteuils et gêne encore ses voisins; comme elle a plus chaud qu'en arrivant, elle s'évente avec son mouchoir et pousse des ouf. Pendant l'entr'acte, elle appelle le marchand de programmes et, au lieu de s'être précautionnée de monnaie, elle lui fait changer une pièce de vingt francs; celui-ci va chercher la monnaie; comme il reste un peu longtemps, qu'il s'arrête en route pour vendre d'autres programmes, la grosse dame l'interpelle à haute voix. Ce fut son dernier exploit.

Qu'on nous pardonne ce fantaisiste tableau un peu poussé à la charge. Mais pareil voisinage est un fléau, n'est-ce pas! Et, malheureusement, combien fréquent!

A moins d'être dans une loge, on ne doit prendre ses vêtements qu'en sortant; sans cela, on incommode ses voisins.

_En aucun cas_ on ne doit manger d'oranges au théâtre.

Les pourboires à l'ouvreuse doivent être décents; généralement, on donne cinquante centimes pour deux places, un franc au minimum pour une loge.

Un homme qui accepte une place dans une loge doit apporter des bonbons; jamais de fondants qui s'écrasent et poissent les gants, plutôt des acidulés dans une petite boîte de fer-blanc qui les conserve frais; il doit donner à l'ouvreuse, et reconduire la ou les dames en voiture si elle ou elles sont seules. Si un monsieur les accompagne, il peut les quitter à la porte. Souvent il offre quelque chose de chaud dans un café-restaurant. C'est maintenant admis.

Jamais on ne doit manger de glaces ou boire dans une loge.

Il est interdit par le code théâtral d'avoir un bouquet de fleurs naturelles sur le devant de sa loge.

Si on se trouve dans une avant-scène, on doit remonter à demi les écrans pendant les entr'actes.

Si une dame invite une autre dame à venir au théâtre avec elle, cette dernière paie l'ouvreuse, mais n'apporte pas de bonbons.

Il est indifférent que ce soit l'une ou l'autre des dames qui reconduise l'autre en voiture ou à pied.

Un impôt forcé, auquel il est impossible de se soustraire, est la dîme de deux sous qu'on donne à l'ouvreur de portière qui se trouve toujours là.

Les enfants eux-mêmes ne doivent pas sucer de sucre d'orge dans les théâtres.

Il est bon de ne pas laisser de papiers importants dans les poches de son pardessus.

Ne blâmons jamais tout haut tel ou tel artiste.

N'applaudissons pas à tout rompre, ne trépignons pas, quel que soit notre enthousiasme, ne crions pas bravo, surtout jamais: _brava, bravissima_; cela vous donne un air faux dilettante du plus haut comique.

Les spectatrices doivent éviter de critiquer toutes les artistes, comme le font malheureusement quelques-unes d'entre elles, qui ne manquent jamais, si on dit qu'une femme est jolie, de supputer le nombre des ans, comme si le talent n'était pas toujours jeune, ou encore de débiter les petites chroniques scandaleuses en cours.

Ayez soin de ne pas oublier un accessoire quelconque dans votre loge, car il est fort peu agréable pour votre mari de retourner tout courant chercher l'objet ou de venir le lendemain faire une réclamation; ayez un sac _ad hoc_, un peu grand, où vous pouvez enfouir tout ce qui vous est nécessaire.

Les hommes sont toujours nu-tête au théâtre; les très vieux messieurs peuvent avoir une petite calotte de soie noire.

On ne doit pas emmener de très jeunes enfants au théâtre; outre que ce n'est pas leur place, que l'air n'est pas bon pour leur santé, ils peuvent, par leurs cris, troubler les spectateurs.

Les enfants doivent toujours être placés en devant de loge.

Si vous êtes une dame et que vous invitiez deux amies, votre place est derrière; mais vos amies vous céderont leur place à tour de rôle.

Les hommes ne devraient être admis à l'Opéra qu'en habit noir et cravate blanche, et le débraillé de la tenue devrait être laissé aux touristes anglais et américains qui s'étalent sans vergogne aux meilleures places, vêtus d'un complet à carreaux et coiffés d'un feutre mou.

Pour les théâtres de second ordre, le costume ordinaire, mais toujours une chemise de blancheur éclatante et des gants; si, par hasard, un homme hésite à emprisonner ses mains toute une soirée, il est admis qu'il place ses gants à l'ouverture du gilet.

Si vous êtes enrhumé, abstenez-vous du théâtre; rien d'ennuyeux comme d'entendre une toux opiniâtre ponctuant une tirade à effet.

Les dames ne doivent pas faire un éventaire du rebord de la loge en y installant le programme, l'éventail, la lorgnette, le mouchoir, les bonbons, la voilette, la mantille qu'elles mettront en sortant.

Les jeunes filles ne vont jamais dans les petits théâtres.

_Le chapitre des chapeaux._

Ce n'est pas celui d'Aristophane, mais il a bien son utilité dans la vie mondaine.

Donc, à propos de chapeaux, ne faites jamais une visite à une dame avec laquelle vous êtes sur un pied un peu cérémonieux, coiffé d'un chapeau plat ou mou.

Vous devez déposer votre pardessus et votre parapluie dans l'antichambre et garder votre chapeau et votre canne si vous en avez une. Vous tenez le chapeau sur les genoux en évitant, bien entendu, de faire voir la coiffe; ne le placez jamais sur un meuble.

Pour les visites entre hommes, pareille étiquette n'est pas exigée.

Le vilain claque d'antan, lourd, disgracieux et qui avait l'air, lorsqu'il se détendait, d'un hérisson fâché, a fait place à un claque de faille qui est léger et élégant. On le porte doublé de teintes claires et douces, mauve, gris-perle, mais jamais rouge ou vert-pomme; les armoiries ou initiales sont placées dans un coin; il se porte indifféremment en soirée ou au théâtre.

Au bal, le danseur peut garder son claque ou le déposer sur la chaise de sa danseuse; je préfère ce dernier mode; mais il faut se hâter de le reprendre.