Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Part 11

Chapter 113,958 wordsPublic domain

Il est des hommes qui, sans scrupule et sans distinction du sexe, bousculent les passants, même si ces passants ont, selon l'usage qu'on devrait observer rigoureusement, pris «leur droite». Ces hommes sont des maladroits et je range dans la même catégorie celui qui lance une bouffée de fumée au nez d'une femme, au lieu de retirer cigare et cigarette en passant près d'elle. Je ne parle pas bien entendu de la pipe, dont l'usage est exclusivement réservé à l'intérieur en petit comité.

Puisque nous voilà sur le chapitre _fumer_, il ne faut pas oublier que même un mendiant en haillons demandant du feu dans la rue au plus correct gentleman, doit être accueilli avec la politesse d'usage qui consiste à enlever de ses lèvres le cigare ou la cigarette après en avoir préalablement secoué la cendre, et à lui présenter ledit cigare ou ladite cigarette; un soulèvement de chapeau est le remerciement.

Ne vous avisez pas, messieurs, de donner du feu bouche à bouche, c'est une posture peu gracieuse.

Lorsqu'une femme laisse tomber un objet, soit dans un salon, soit dans la rue, le devoir de tout homme bien élevé est de lui ramasser; de même le devoir de la femme bien élevée est de ne pas se baisser, de laisser ramasser l'objet et de ne pas se confondre en remerciements pour une action si simple.

Lorsqu'un homme et une femme vont en visite ensemble, père et fille, mari et femme, fils et mère, ami et amie, qu'importe le lieu, l'homme doit monter devant la femme et descendre derrière.

Lorsqu'un fumeur va dîner en ville ou en visite, il devrait toujours avoir sur lui des pastilles de cachou qui enlèvent toute trace de tabac.

_Le jeune homme._

A notre époque, malheureusement, les jeunes gens ne sont plus jeunes ou ne veulent plus l'être.

Ils affectent un dédain profond pour la danse, les amusements discrets, les salons et se tiennent comme des misanthropes, dans les coins.

Il faut que ce soient les patriarches qui fassent sauter la jeunesse, et les jeunes gens (qui, entre nous, s'amuseraient fort bien s'ils dansaient et quelquefois même en grillent d'envie) regardent avec un sourire, qu'ils veulent rendre amer et qui n'est que ridicule, les gracieux enchevêtrements d'un quadrille ou la charmante valse; ayant l'air de dire: Dieu! comme nous sommes supérieurs à tout ce monde!

Le jeune homme de nos jours est pris entièrement par les sports de tous genres; c'est malheureux, car s'il détient le record de la bicyclette, s'il nage comme un poisson et monte à cheval comme un centaure, il ne sait plus baiser la main d'une dame, rendre sa conversation agréable, se mettre à la portée des enfants et des vieillards.

Je ne veux certes pas que le jeune homme soit mignard, mièvre, mais il doit être «le jeune homme» avec la fougue, les illusions de ses vingt ans, une pointe de gaieté; cette qualité toute française ne lui messied pas et il est vraiment fâcheux de voir nos fils se montrer «des petits vieux».

Le respect de la femme est trop souvent lettre close pour eux; ils apportent au salon des conversations d'écurie, et les termes sportifs, incompréhensibles pour beaucoup, émaillent leur conversation; heureux encore s'ils ne commettent pas de calembours et ne répètent pas, se croyant infiniment spirituels, les bons mots des échotiers.

Le jeune homme doit respecter non seulement sa mère, sa sœur, mais encore _la femme_ dans la grande et noble acception du mot.

_La jeune fille._

Elle doit, sans jouer un rôle effacé, se tenir dans une certaine réserve.

Il lui faut éviter les airs cavaliers, aussi bien que les airs timides.

Une jeune fille n'adresse jamais la première la parole à un homme.

Si, étant sortie, accompagnée d'une femme de chambre, elle rencontre un homme de sa connaissance, elle ne doit pas s'arrêter à lui parler dans la rue, à moins qu'il ne soit très âgé.

La jeune fille doit être déférente pour les dames âgées et s'abstenir de ces causeries à voix basse, dans les petits coins, de ces rires étouffés qu'ont trop souvent les jeunes filles entre elles et qui ne manquent pas d'étonner les autres personnes.

Une jeune fille dirigeant la maison de son père veuf commettrait un manque de savoir-vivre en disant «monsieur» parlant de son père aux domestiques; elle doit dire «mon père».

Les domestiques ne doivent pas dire «votre père», mais bien «monsieur».

Si une jeune fille rencontre dans le monde un jeune homme dont elle voudrait bien faire son mari, elle ne doit pas montrer par son attitude, par ses regards, qu'il lui agréerait; une sage réserve lui est imposée.

Pourtant, nous ne devons pas condamner les jeunes filles, ces femmes, ces mères de demain, à une attitude trop indifférente et grave.

La jeune fille doit éviter les petits ragots, les petites susceptibilités qui rendraient son commerce un peu ennuyeux.

Les grandes démonstrations d'affection et les termes trop chaleureux ne sont pas de bon goût.

Ne jamais se retourner dans la rue.

Lorsqu'une de ses amies possède un talent quelconque, elle cherchera à le faire valoir, si l'occasion s'en présente.

Une jeune fille ne doit pas se faire prier pour chanter ou pour se mettre au piano; la chose se fait simplement et, si on n'apprécie pas son talent, on apprécie sa bonne volonté.

La jeune fille doit écouter les vieillards avec patience, même s'ils radotent un peu; elle doit paraître s'intéresser à une anecdote, même si on la lui sert pour la dixième fois, et savoir sourire aux bons endroits.

La jeune fille peut être coquette, sans excentricité; c'est de son âge d'aimer les fleurs et les rubans.

Au cotillon, où il lui est permis de choisir ses danseurs, elle doit être éclectique, ne pas manifester ses préférences si elle en a.

Accepter toujours le même danseur serait assez inconvenant. Jouer à l'ignorante est un tort; vouloir passer pour celle qui sait tout, qui comprend tout, en est un autre.

_Le prêtre._

Le prêtre doit avoir la première place en tout et pour tout; même si c'est un simple vicaire, dans un dîner, c'est lui qui ouvre la marche avec la maîtresse de la maison.

Il faut éviter d'inviter un prêtre dans une réunion où les dames sont décolletées.

A propos de cela une amusante anecdote me revient à l'esprit.

Un ecclésiastique fut convié à une réunion de gala où les femmes étaient en grand costume de soirée.

Il arriva au digne prêtre de marcher sur la traîne d'une dame qui étalait, outre des dentelles superbes, ses épaules. Un accroc se produisit et la dame, furieuse de voir déchirer son point d'Angleterre, tourna vers le prêtre un visage courroucé en l'appelant «fichu maladroit»; celui-ci, sans se déconcerter, se tourna vers la grande dame et lui dit doucement: «Il me semble que «fichu» serait plus à sa place sur vos épaules que dans votre bouche, madame.»

En entrant à l'église avec un prêtre, la femme doit lui céder le pas, même si c'est un très jeune homme.

Inutile de dire que, lorsqu'on a un prêtre à sa table, toutes les discussions théologiques doivent être évitées; il serait mal de blâmer quoi que ce soit de la religion.

De son côté, le prêtre qui va dîner en ville a son caractère sacré doublé du mondain et se met à l'unisson.

Il dit les «grâces» et le «bénédicité» le plus discrètement possible.

_Le médecin._

En voilà un envers lequel on manque de savoir-vivre! Pourtant, il mérite tous les égards.

Après la visite du médecin, nous devons lui offrir l'eau et lui présenter une serviette blanche.

S'il a à libeller une ordonnance, mettez de suite à sa disposition papier, encre et bonne plume.

Dans le cas où il aurait à passer la nuit ou une partie de la journée auprès d'un malade, invitons-le à dîner et à déjeuner et offrons-lui quelque chose de temps en temps; si c'est la nuit, un verre de vin chaud, du bouillon, du chocolat, etc.

Les lettres le demandant doivent toujours avoir un cachet de grand respect; on peut mettre indifféremment monsieur, monsieur le docteur ou docteur; les intimes peuvent mettre «Cher docteur».

Il est bien rare que des maladies prennent subitement, sans aucun prodrome et que vous soyez obligé de déranger le docteur à des heures indues; n'attendez donc pas le dernier moment et laissez-lui la latitude de quelques heures.

S'il n'est pas exact, ne témoignez pas votre mécontentement; pensez qu'il y a d'autres malades et que le médecin a le droit de dormir, boire, manger, se reposer comme les autres et même d'être, lui aussi, souffrant.

Si vous changez de médecin, ne lui parlez mal du premier.

Évitons de vanter un homéopathe devant un allopathe et réciproquement.

Quelques personnes trouvent de bonne prise d'extorquer une consultation à leur médecin, si elles le rencontrent en soirée ou dans un dîner en ville, voire même dans la rue; ces personnes mériteraient d'être disqualifiées.

Quelqu'un qui discuterait les honoraires d'un médecin serait impardonnable; de même celui qui fait attendre le paiement pendant de longs mois.

Le savoir du médecin est une marchandise morale de laquelle il doit vivre et, l'ayant reçue, on doit le payer, ni plus, ni moins que le sucre à l'épicier.

Le bon goût veut qu'en payant la note du médecin on lui envoie un mot de remerciements et qui montre qu'on ne se croit pas quitte envers lui parce qu'on lui paye «son dû»; certaines personnes ajoutent même un cadeau.

Si un médecin amène un confrère en consultation, le malade doit payer de suite le médecin étranger.

Lors de la naissance d'un bébé, il est du plus élémentaire savoir-vivre d'envoyer une boîte de dragées au médecin qui l'a assisté à son entrée dans le monde.

Si les clients ont des devoirs envers lui, celui-ci en a également envers ses clients: il doit toujours avoir une tenue correcte, ne pas brusquer les malades, souvent ennuyeux, et se rappeler que la devise du docteur doit être: «Patience envers ceux qui souffrent.»

Le secret professionnel est de toute rigueur, même pour un mariage; le médecin doit refuser de dire quoi que ce soit.

Il est inutile de dire que le praticien ne doit jamais blâmer ce qu'a ordonné un confrère; ne pas parler aigrement et reprocher avec malveillance les écarts de régime auxquels s'est livré le patient.

Dans cette carrière si noble, toute de dévouement et d'abnégation, celui qui a accepté la haute mission d'assister ses semblables doit être à la hauteur de sa tâche et avoir sans cesse à l'esprit que le médecin guérit quelquefois, soulage souvent et console toujours.

_Les petits jeux._

Dans les salons que les jeux de poker, du baccara ou des petits chevaux ont encore épargnés, où le flirt n'a pas encore élu domicile, nous voyons la jeunesse se livrer aux jeux dits «de société» et tromper ainsi la longueur des soirées ou les ennuis d'une journée pluvieuse.

Ces jeux encore en vigueur peuvent se diviser en trois parties.

La première partie comprend les jeux que nous appellerons les jeux remuants, comme le _furet_, la _poste_, le _collin-maillard-bâton_, etc.

La seconde partie comprend les jeux d'esprit et les devinettes: le jeu des grands hommes, les homonymes, les petits papiers, les propos interrompus, la sellette, etc.

Enfin dans la troisième partie nous pourrons faire rentrer tous les jeux de cartes, cartons, tableaux, jetons ou pions, comme par exemple les échecs, les dames, le go-bang, le tric-trac, le loto, les jeux de l'oie, etc., etc.

Nous ne parlerons pas des jeux de cartes, cartons, tableaux, etc., car de nombreux manuels parus en librairie en ont donné la description et les règles.

Dans la première catégorie, que nous avons définie les _jeux remuants_, nous avons parlé de la poste.

Pour jouer à la poste, il suffit de connaître le jeu des quatre coins: en effet les personnes de la société, après s'être assises en cercle autour du salon, prennent chacune un nom de ville ou de lieu et doivent changer de places entre elles à l'appel du nom de la ville qu'elles ont adopté et d'après le récit du voyage qu'improvise le meneur du jeu, sans toutefois que leur place soit prise au vol par la personne qui veille debout au milieu du cercle.

Quand le veilleur a réussi à s'asseoir sur la chaise d'une personne au moment du changement de place, il prend alors le nom d'une ville à son tour et laisse au centre le maladroit qui s'est laissé prendre.

Nous avons aussi le jeu de la pincette: ce jeu consiste à faire sortir une personne et à son retour à lui faire trouver un objet caché ou à accomplir une action convenue en ne la guidant que par les coups répétés d'un objet quelconque entre les branches d'une pincette, coups que le meneur du jeu doit faire d'autant plus forts et plus rapides, que la personne approche davantage de la cachette ou devine l'action qu'elle doit accomplir.

On remplace souvent la pincette par un trémolo au piano.

Nous ne décrirons pas le _furet_, car c'est un jeu universellement connu.

Quant au jeu de collin-maillart-bâton, il est des plus simples: on bande les yeux d'une personne et on lui met une canne dans la main, puis la guidant vers les autres membres de la société, ceux-ci, à tour de rôle, l'arrêtent et doivent répéter le cri ou la phrase que le pauvre aveugle fait entendre au bout du bâton; celui-ci doit reconnaître la personne et s'il tombe juste, il est délivré et un autre prend sa place.

Si nous abordons les jeux d'esprit, nous avons les _petits papiers_, sous forme de bouts rimés, du jeu des définitions, et des réponses à des questions.

Pour le jeu des définitions, il peut se jouer de deux façons: la première en posant à la société le même mot à définir; à chacun d'y répondre avec son esprit et avec son cœur.

La seconde manière consiste à faire écrire à chaque personne un mot quelconque dans le haut d'une feuille de papier, à cacher ce mot par un pli, puis faisant salade de toutes ces feuilles chacun en reprend une et découvrant le mot inscrit, doit en donner la définition banale ou spirituelle, générale ou personnelle.

Enfin on joue encore quelquefois à deviner les hommes ou les choses: pour ce jeu, il faut prier une personne de la société de se retirer quelques instants dans la chambre voisine. On choisit alors un personnage mort ou vivant, historique ou figuré, ou bien encore un objet connu. Nous pouvons donner comme exemples: Cléopâtre, Bayard, Jeanne d'Arc, ou bien Sarah Bernhardt, Coppée, Carolus Duran, ou même une personne de la société présente. Comme objet, l'épée de Damoclès, le miroir de la vérité, ou encore un objet du salon où l'on se trouve. L'objet choisi, on prie la personne absente de rentrer; elle doit alors deviner l'objet ou le personnage par des questions multiples posées à chacun et auxquelles il ne peut être répondu que par _oui_ ou par _non_ sans le moindre commentaire.

L'habitude de ce jeu et l'intelligence des questions permettent de deviner assez rapidement les objets les plus bizarres et même les plus immatériels. Ainsi nous avons vu des personnes deviner l'ombre même d'une personne, la chaleur rayonnante d'une flamme, etc., etc.

Les homonymes ont aussi leurs adeptes. On joue aux homonymes comme dans le jeu précédent par une série de trois questions posées à chacun par la personne désignée pour deviner l'homonyme choisi en son absence. Ces trois questions sont: 1º Comment l'aimez-vous? 2º Qu'en faites-vous? 3º Où le placez-vous? en rapprochant les diverses réponses, on trouve aisément.

Exemple: Nous prenons Lot, qui nous donne le département du Lot, puis le lot d'une loterie, puis Loth, personnage de l'Histoire sainte; il est certain que si les réponses ont été dans le sens des suivantes: j'en fais un département, j'en fais le père des statues de sel, je l'aime le plus gros possible, je le place entre les mains d'un obligataire du Crédit foncier, etc., la personne qui doit deviner trouve en peu de temps le mot _Lot_.

Tous ces jeux demandent un certain nombre de personnes présentes.

A ces divertissements nous joindrons les jeux à gages, comme le gant jeté en même temps qu'un mot commencé et que doit finir la personne à qui on jette le gant. Exemple: je lance le gant en disant: «Tou», et la personne qui reçoit le gant ou la balle doit finir soit par «raine», ce qui fait Touraine, ou par «pie», ce qui donne toupie, etc.

Une réponse trop tardive, ou qui ne forme aucun nom propre ou commun paie un gage.

Du reste pour tous ces jeux en général, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer aux encyclopédies de sport et de jeux qui ont été faites depuis plusieurs années. Nous citerons entre autres: l'Encyclopédie des jeux et des divertissements de l'esprit et du corps par T. de Manlidars, qui contient un très important chapitre sur ces matières.

Lorsque l'on joue encore aux petits jeux dits innocents, on doit être fort réservé dans le choix des _pénitences_ et celle à embrassades, telles le baiser à la religieuse, le dessous du chandelier, doivent être bannies de toute bonne société. L'une consiste à faire mettre à genoux deux personnes devant une chaise et elles s'embrassent à travers les barreaux; l'autre veut qu'on mette un chandelier sur la tête d'une personne et qu'on embrasse ladite personne.

La liste des jeux innocents est innombrable; il y a les anciens classiques, le furet, pigeon vole, monsieur le curé n'aime pas les couleurs, les portraits, etc., etc.

Dans les nouveaux, le jeu des rimes, des silhouettes, des académiciens, des demandes et des réponses et encore, etc., etc.

Le plus grand tact doit présider à ces jeux qui souvent, sous prétexte qu'ils sont innocents, donnent lieu à des licences de langage et d'attitude que toute personne bien élevée blâmera sévèrement.

Ainsi, si un homme a comme pénitence de faire une confidence à une dame, il ne doit pas lui chuchoter bas à l'oreille, mais bien parler à demi-voix, de manière à ce que les voisins puissent entendre.

_Ceux qui nous servent._

Je ne vais pas m'occuper des domestiques de haut parage. Ce genre de monde est régi par un majordome ou intendant qui se charge de les gager et les renvoyer, qui veille à ce que le service se fasse mathématiquement. L'intendant reçoit les ordres et les transmet; c'est lui qui paye les gages et donne les gratifications.

Les domestiques de haut parage sont des serviteurs bien dressés, qui entrent, saluent, font leur besogne et se retirent; souvent les maîtres ne connaissent que le visage de ceux que leur service appelle immédiatement auprès d'eux.

Lorsqu'une maison est montée sur ce pied, cela suppose une fortune immense; il y a une hiérarchie établie entre les domestiques et ils s'appellent entre eux la haute et la basse domesticité.

Les dames sont, de nos jours, beaucoup plus femmes de ménage qu'il y a trente ans; il n'est plus de bon ton de tout laisser gaspiller.

N'est-ce pas un bel éloge que de s'entendre reprocher son ordre et son économie?

En effet, mieux vaut se passer une fantaisie, quelque frivole soit-elle, que de tout laisser au pillage; d'autant, qu'en somme, cela ne profite à personne.

J'engagerai toujours à dire «s'il vous plaît», «voulez-vous»; c'est le savoir-vivre des maîtres.

Les serviteurs qui répondent d'un ton aigre, acerbe, sans parler à la troisième personne, ont bien tort; non seulement ils manquent au savoir-vivre, mais si en quittant une maison ils ont pris ces habitudes, ils ne pourront pas se placer dans une autre d'un ordre plus élevé et, par conséquent, monter en grade.

Sauf les femmes de chambre qui sont nu-tête, les autres domestiques du sexe féminin doivent toujours avoir un bonnet de lingerie; le tablier bleu pour faire le ménage, le tablier blanc pour aller en courses et servir à table, le tablier blanc à dentelle ou à broderies pour les jours de réception ou pour les dîners où il y a des étrangers.

Une maîtresse de maison n'ayant qu'une bonne ne saurait l'obliger à prendre le plateau d'argent pour lui présenter les lettres et les journaux.

Mais, dès qu'on a deux domestiques, cela doit rentrer dans l'ordre des choses.

N'eût-on qu'une demi-bonne, c'est-à-dire une femme de ménage, on doit exiger que tout ce qu'elle présente, verre d'eau, tartines aux enfants, fruits, le soit sur une assiette; c'est une habitude à prendre, voilà tout.

Il ne faut pas souffrir qu'on discute un ordre, mais on ne doit pas en donner de contradictoires.

Ne jamais accorder un jour de sortie est cruel.

On donne généralement un jour entier par mois, c'est-à-dire un jour entier à partir du déjeuner; d'autres maisons accordent deux sorties, une entière et une jusqu'à l'heure du dîner.

Nous ne nous plaignons jamais de nos domestiques à des étrangers, nous nous en séparons si leurs services ne nous conviennent pas; en revanche, il est bon que nos domestiques songent qu'en décriant leurs maîtres ils se font le plus grand tort à eux-mêmes. Forcément leur réputation de mauvaise langue transpire et ils ne peuvent plus se placer par connaissances, car les autres serviteurs, à l'occasion, répètent ce qu'ils ont dit et ils se trouvent forcés de se placer par le bureau, ce qui est infiniment moins recommandable et moins avantageux.

Les gages des domestiques doivent être payés très régulièrement. Fût-on dans les plus grands embarras d'argent, il vaudrait mieux remettre tout autre paiement que celui du salaire des serviteurs.

On donne un cadeau au jour de l'an aux domestiques.

Ce cadeau peut être en nature ou en argent.

Le savoir-vivre trouve plus délicat le présent en nature, mais les domestiques préfèrent l'argent.

Les enfants ne doivent jamais donner d'ordres aux domestiques, et s'ils en transmettent de la part de leurs parents, ils doivent dire: «ma mère m'a chargé de vous prier de faire ceci ou cela.»

Des jeux, des taquineries entre les domestiques et les enfants sont du plus mauvais goût.

Lorsqu'on n'a qu'une seule domestique, elle doit partager notre nourriture; faire une cuisine à part, cela n'est possible qu'à partir de deux serviteurs.

En Angleterre, certains domestiques mettent pour condition, en entrant dans une maison, qu'on ne leur fera pas manger du saumon plus de trois fois la semaine!

N'imitons pas cet exemple et ne faisons pas manger du bœuf tous les jours à nos domestiques, sous le fallacieux prétexte qu'il faut toujours avoir du bouillon sous la main.

Il est bon de fermer ses armoires, sans retirer ses clés avec ostentation devant les domestiques.

Un domestique qui apporte quelque chose a droit à un remerciement; de même le maître qui paie les gages à un domestique doit être remercié.

Lorsqu'on a eu un domestique durant plusieurs années à son service et qu'il se marie, on lui donne un cadeau.

Lorsqu'un serviteur, dont on est content, demande à son maître de lui servir de témoin, celui-ci ne peut lui refuser sans manquer au savoir-vivre.

On doit récompenser les travaux extraordinaires.

A l'occasion d'un mariage dans la maison, on doit un cadeau à ses serviteurs.

Lorsqu'on renvoie un domestique sur le coup, on doit lui payer ses huit jours.

De même, lorsqu'un domestique s'en va subitement, il devrait payer huit jours à ses maîtres.

Ce n'est que pour des motifs graves de part et d'autre qu'on s'en va ainsi: dans les cas ordinaires, on se prévient mutuellement huit jours à l'avance et le domestique a droit à _deux_ heures par jour, pour chercher une place.

On n'est forcé de mettre sur le certificat que la date de l'entrée et celle de la sortie; tous les éloges sont du bon vouloir des maîtres et le serviteur n'a pas le droit de les exiger.

On ne met pas de choses désobligeantes sur un certificat.

On ne peut se refuser à donner des renseignements sur un serviteur.

Pourtant, lorsqu'il y a un an qu'il a quitté votre service, on peut se récuser.

Même en parlant d'un enfant très jeune, les domestiques doivent dire «monsieur» ou «mademoiselle» et non «le petit, la petite».

Les titres civils ne s'énoncent pas; le domestique d'un député dira seulement «monsieur».

On a le droit de faire ouvrir la malle d'un domestique avant son départ, mais c'est généralement inutile.

Si un serviteur meurt chez vous, il est d'usage que nous suivions le corbillard.