Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Part 10

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Les visites dites «de cérémonie» sont celles que se doivent les officiers d'un même régiment, les magistrats d'un même tribunal, les fonctionnaires d'un même ministère, les employés à leur patron, etc., etc.

Les visites de cérémonie durent environ dix minutes.

Les visites officielles sont rendues dans les huit jours.

Ces visites se font l'après-midi, entre deux heures et demie et cinq heures et demie.

Les visites de cérémonie se font aussi entre femmes.

Si le délai de huit jours était passé pour les rendre, on pourrait taxer les retardataires d'impolitesse, à moins qu'il n'y ait une maladie, un événement imprévu.

Il existe pour les principaux fonctionnaires de l'État certaines lois de civilité hiérarchique dépendant d'un cérémonial adopté pour chacun de leurs corps.

On dit qu'il existe des formules obligatoires pour entrer en matière, lors des visites de cérémonie du 1er janvier: il n'y a aucune différence ce jour-là, les vœux ne s'offrant qu'aux parents, aux amis intimes et aux bienfaiteurs.

Les visites intimes sont des visites de sympathie, d'amitié, elles n'ont pas de règles, ni d'heure, ni de jour.

Votre cœur vous pousse à aller voir une amie à dix heures du matin, vous ne manquez aucunement au savoir-vivre.

Lorsqu'on part pour un voyage dépassant la durée de quinze jours, on doit faire une tournée de visites pour en informer ses amis et leur éviter ainsi un dérangement.

Si on ne les trouve pas, la carte pliée avec le P.P.C. traditionnel peut suffire, mais il est plus poli de se mettre en frais de lettre explicative.

Lorsqu'on revient, on fait la même tournée et l'on apprend aux personnes qu'on reprendra son jour à partir de telle époque.

Lorsqu'on arrive dans un pays, on fait des visites aux personnes avec lesquelles on désire nouer des relations.

Le magistrat, le maire, le curé, les simples particuliers font de même.

Ces fonctionnaires ont leurs prédécesseurs pour les présenter dans quelques maisons et, par ce moyen, la glace est brisée.

Les simples particuliers vont de l'avant et font une première visite, au cours de laquelle ils ont soin de parler de leurs amis pour s'assurer si, dans le nombre, il n'en est pas de connus; c'est, en somme, une référence qu'on donne sur soi-même, car il faut fournir des renseignements sur son propre compte.

Si on se tenait trop sur la réserve, les personnes les plus honorables pourraient hésiter à se lier avec vous dans le cours des visites. Si une personne est absente, vous déposez votre carte non cornée, cela ne se fait plus, mais pliée en longueur sur le côté gauche et la carte est comme reçue; si on vous renvoie une simple carte, c'est qu'on ne désire pas entrer en relations; au contraire, si on vous rend la visite dans la quinzaine, vous pouvez poursuivre vos avances.

Il arrive aussi qu'on vous rend la première visite, par curiosité, et qu'on ne vous rend pas la seconde; en ce cas, abstenez-vous d'une troisième.

Dans certaines villes, l'usage veut que l'arrivant attende les avances.

En tous cas, il doit une visite au maire, au curé, au notaire, aux fonctionnaires, et ces derniers ne sont nullement tenus de la lui rendre.

Lorsqu'il arrive un heureux événement chez des amis, on leur doit une prompte visite.

Les visites de connaissances sont celles qu'on fait une ou deux fois par an, aux personnes avec lesquelles on ne veut pas se lier, mais avec lesquelles on désire rester en relations.

Ces visites doivent être assez vivement rendues.

J'ai parlé des visites de digestion, des visites de noces, des visites de condoléances, des visites à une accouchée.

Les visites du jour de l'an se font la veille aux grands-parents et aux parents.

Les hommes vont chez leurs supérieurs le jour de l'an même.

On a tout le mois de janvier pour faire ses visites de jour de l'an.

La grande toilette est de rigueur.

On n'envoie jamais de carte dans les maisons où l'on va faire visite.

Un homme fait bien de déposer sa carte, lui-même, à domicile, lorsqu'il veut qu'elle arrive sûrement, car avec l'encombrement postal des premiers jours de l'année, il y a souvent des retards et même des pertes.

Dans les grandes maisons, les domestiques vont porter les cartes dans le quartier.

Un homme peut très bien déposer lui-même des jouets et des bonbons avec sa carte et revenir faire sa visite plus tard.

Les femmes ne font pas de visites le jour de l'an, excepté aux amies intimes.

_Le jour de réception._

Il est d'usage maintenant qu'on ait un jour de réception par semaine; cette coutume est des plus pratiques, elle permet d'arranger ses affaires pour être toute à ses amis et, aussi, d'avoir l'appartement et soi-même en tenue convenable, au lieu d'être surprise dans les occupations ménagères utiles, mais peu poétiques, et de recevoir en négligé, comme il arrivait lorsqu'on n'avait pas de jour. On a de la sorte la liberté des autres jours de la semaine et les visiteurs sont certains de trouver leurs hôtes.

Certaines personnes ayant des visites à rendre tous les jours de la semaine choisissent le jour le moins chargé et ne prennent que les 1er, 2e et 3e vendredis du mois, par exemple, se réservant le dernier pour les personnes ayant le même jour qu'elle; ou encore 1er et 3e samedis, se gardant ainsi deux jours de libres.

Quelques dames reçoivent tous les jours de 5 à 7 ou deux fois par semaine; d'autres reçoivent de trois à six et même après 9 heures le même jour.

Toutes ces heures doivent être indiquées sur la carte, écrites à la main ou imprimées.

Le jour des Morts, le Jeudi et le Vendredi Saints, le Mercredi des Cendres, les jours de grandes fêtes religieuses, on ne reçoit pas.

On prend rarement le Dimanche pour jour de réception.

On ne se présente jamais avant trois heures; maintenant que le bon ton est de dîner très tard, on peut encore arriver en visite à six heures et demie; en tous cas, sept heures un quart est l'heure extrême jusqu'à laquelle on peut rester.

Il serait regrettable d'arriver à deux heures; la maîtresse de maison pourrait fort bien faire répondre qu'elle n'est pas encore visible ou laisser attendre le visiteur jusqu'à l'heure officielle.

Le matin on garnit ses vases de fleurs; à ce propos, pas de fleurs dont le parfum trop fort pourrait «entêter» nos visiteurs: les lampes préparées, les bougies éméchées, les coussins de pied en rang, les fauteuils et les chaises un peu tourmentés, afin que notre salon ait l'air «vivant»: les meubles symétriquement alignés contre le mur ont un aspect un peu glacial.

Pour deux heures, la maîtresse de maison doit être parée; la fantaisie est parfois admise dans ces toilettes d'intérieur et une pointe d'excentricité ne messied pas toujours.

Une des robes les plus en vogue est la robe brochée de teintes claires et douces; robe vieux rose avec bouquets de marguerites; robe citron, avec jonchée de violettes de Parme, la forme Watteau, les manches courtes falbalatées de dentelles. Dans les grandes maisons, le domestique, en livrée ou en habit noir et cravate blanche, se tient dans l'antichambre.

Il serait bon de convenir d'un système de sonnerie pour les ordres à donner; par exemple, un coup pour arranger le feu, deux pour apporter la lumière, trois pour ouvrir au visiteur qui s'en va, quatre pour recevoir un ordre quelconque, etc.

Dans les simples maisons, c'est la bonne en bonnet et en tablier blanc qui ouvre la porte.

Il est commode pour le jour de réception de louer un concierge du voisinage, qui a un habit et qui n'est pas fâché de gagner facilement quelque chose; cela permet à l'unique domestique de s'occuper du dîner et de ne pas être dérangée à chaque instant.

On peut encore avoir ce jour-là une raccommodeuse, qui ouvre la porte et a des allures de femme de chambre.

Il est des maisons où il n'y a pas de bonne; la maîtresse de la maison va ouvrir tout simplement elle-même, sans s'excuser et sans témoigner d'embarras; elle n'a pas de bonne, soit; en vaut-elle moins pour cela?

De même, lorsque la domestique est sortie, madame doit aller ouvrir elle-même, n'a pas d'explications à donner au visiteur et celui-ci pas d'étonnement à témoigner.

La maîtresse de maison occupe le fauteuil placé près de la cheminée, à contre-jour.

La maîtresse de maison n'est pas forcée d'attendre au salon l'arrivée de ses visiteurs, mais si un cas de force majeure la retenait quelques instants, elle devrait faire dire par la domestique qu'elle vient de suite, ou si elle a un membre de sa famille chez elle, fût-ce un enfant, l'envoyer tenir sa place.

S'il n'y a que deux fauteuils, la maîtresse de maison doit céder le sien à la seconde visiteuse, et ce sans affectation.

Du reste, les places marquées hiérarchiquement ne sont plus de mode, sauf dans les grandes réceptions; lorsqu'il y a plusieurs visiteuses, la femme qui a du tact sait discrètement changer de place.

Une personne âgée sera toujours placée près du feu et dans un fauteuil.

A un vieillard ou à un prêtre, on offre son fauteuil.

A l'entrée d'une dame dans son salon, la maîtresse de maison se lève et va au-devant de la visiteuse, la nomme aux personnes inconnues et les lui nomme.

Une dame reconduit une autre dame jusqu'à la porte donnant sur le palier si elle habite un appartement, ou jusqu'à la porte de sortie, si elle habite une maison. A la campagne, on fait quelques pas de conduite. Les hommes se lèvent simplement.

Ayons soin d'avoir pour tous accueil égal et de ne pas faire à certains de trop vives démonstrations.

Excepté dans les grandes réceptions, la maîtresse de maison n'est pas gantée.

Quand on possède une nombreuse famille, on ne fait pas une visite «en masse». La mère de quatre filles doit n'emmener avec elle que l'aînée ou les deux aînées à la rigueur.

Les enfants ne devraient _jamais_ être emmenés en visite, si ce n'est dans les maisons où il y a d'autres enfants qu'ils peuvent rejoindre au dehors, pour jouer.

Lorsqu'il y a des invités au salon, l'enfant rentrant de la pension vient dire bonjour à sa mère, salue les visiteurs et se retire immédiatement.

Lors même qu'un très jeune homme ou qu'une très jeune fille ne prend pas part à la conversation, comme c'est son devoir, il ou elle ne doit pas lire ou s'occuper d'un travail quelconque.

C'est la maîtresse de maison qui place les coussins sous les pieds des visiteuses et qui leur offre les écrans.

Si elle a sœur, mère ou fille pour lui aider à faire les honneurs de son «home», c'est l'adjointe qui se charge de ces petits soins.

En visite, les _a parte_ sont prohibés.

Lorsqu'on arrive dans un salon, on fait un salut circulaire, avant de serrer la main de la maîtresse de maison.

Si l'on ne reçoit que jusqu'à une certaine époque de l'année, on doit prévenir ses amis.

Lorsqu'on est malade le jour de la réception, on défend sa porte et même les plus intimes amis ne pénètrent pas dans votre chambre. Ceux qui vous aiment en sont quittes pour revenir le soir ou le lendemain.

Dans les réceptions ordinaires, on se place un peu comme on veut; le demi-cercle devant le feu n'est obligatoire que dans les grandes réceptions.

Un homme ne se place pas sur un canapé auprès d'une jeune fille.

Lorsque la maîtresse de maison est seule et qu'un homme arrive, elle peut, sans manquer au savoir-vivre, l'engager à se mettre près d'elle; jamais le visiteur n'y prendra place de son propre chef.

En principe, les visites devraient être rendues dans la quinzaine au plus tard, mais avec les jours de réception il y a une certaine latitude et six semaines ne sont pas un délai excessif.

S'il arrive une lettre pendant que l'on reçoit des visites, le domestique vous l'apporte sur le petit plateau d'argent affecté à cet usage dans les grandes maisons, à la main, tout bonnement, dans les maisons modestes; on demande la permission de l'ouvrir.

Parcourons-la rapidement, sans nous mettre à l'écart, et faisons part en quelques mots de son contenu.

A propos de visites, lorsque, entre temps, il en vient une, ayons soin d'indiquer au préalable à notre domestique les noms des personnes qu'on reçoit en tout temps et celles pour lesquelles «madame est visible le mardi», afin que ladite domestique, ne sachant si elle doit dire oui ou non, n'ait pas un air effaré.

Ajoutons que les ordres doivent être précis, la réponse faite sans hésitation et que la phrase: «Je vais voir si madame est là», ne trompe personne, car on sait fort bien si vous êtes présente ou non. Il serait vraiment incivil de faire attendre une personne pour lui faire dire, au bout d'un quart d'heure, que l'on n'est pas là.

Incivil aussi serait le visiteur qui, en ce cas, remettrait en descendant sa carte au concierge en le chargeant de faire tous ses compliments.

Une visite ne doit guère dépasser trois quarts d'heure; on profite de l'arrivée d'une nouvelle personne pour s'en aller; on n'est pas forcé de se retirer avant que les nouveaux venus prennent congé.

Dans les réceptions ordinaires, on ne cède pas sa place près de la maîtresse de la maison à un nouvel arrivant; cependant une jeune femme peut faire cette politesse à une dame âgée.

En se retirant, on serre la main de la maîtresse de maison et celle des personnes connues, puis on fait un salut circulaire; on ne se lève pas pour vous répondre. Vous ne vous retirez à l'anglaise que dans les grandes réceptions.

Une maîtresse de maison qui recevrait froidement une personne pour plaire à une autre agirait mal.

Lorsque nous nous rencontrons en visite avec une personne que nous n'aimons pas, ne faisons mine de rien; les rapports que vous avez avec elle doivent être ceux que vous avez avec un inconnu.

La personne arrivée la première doit se lever quelques minutes après et prendre congé, sans précipitation toutefois, pour ne pas avoir l'air de fuir devant l'ennemi.

Celle qui reste manquerait de savoir-vivre, si elle raillait la personne aussitôt après son départ.

Lorsqu'il n'y a plus qu'un visiteur, le mari et la femme, ou la mère ou la fille l'accompagnent ensemble jusqu'à la porte d'entrée.

Si l'on n'a point de salon, on reçoit dans la pièce où on se tient habituellement: chambre à coucher, salle à manger, bureau.

Lorsque nous apportons un présent à une maîtresse de maison, remettons-le à une domestique et n'entrons pas au salon, notre petit paquet à la main; exception faite pour les friandises, les bonbons.

A moins de se sentir gravement indisposé, ne demandons jamais rien, fût-ce un verre d'eau: mieux vaut s'éclipser discrètement.

On doit toujours recevoir au salon, lorsqu'on en a un. Les artistes peintres et sculpteurs reçoivent dans leur atelier; mais cet atelier est généralement garni de meubles rares, de curiosités et c'est une sorte de salon.

Les médecins, les magistrats, les avocats, ne reçoivent dans leur cabinet que des visites d'affaires.

Les intimes sont reçus à n'importe quelle heure; ils doivent cependant éviter celle des repas.

Lorsqu'une personne entre pendant que vous déjeunez ou que vous dînez, le savoir-vivre veut qu'on lui offre quelque chose: un fruit, un biscuit, un petit gâteau, un verre de vin ou de liqueur, une tasse de café, de thé.

Une maîtresse de maison ne doit jamais regarder la pendule.

Il serait inconvenant de parler une langue étrangère.

Un mot sur les grandes réceptions.

J'appelle ainsi le jour de la préfète, de la générale, enfin de toute dame qui a toujours beaucoup de monde par le fait de la situation de son mari, et qui voit fréquemment dans son salon cinquante à soixante personnes.

La maîtresse de maison, dans ce cas, est toujours gantée.

Pour ces réceptions, les hommes ont la redingote, les gants clairs; les femmes, la grande toilette de ville.

L'on ne reste guère qu'un quart d'heure.

Aux réceptions du soir, les hommes endossent l'habit, la plaque et la brochette; toujours des gants clairs.

Les femmes en toilette de ville très élégante, mais sans chapeau; elles mettent une mantille ou un capuchon qu'elles laissent dans l'antichambre.

On peut faire un peu de musique aux réceptions du soir.

On ne passe pas de rafraîchissements; ce n'est pas une soirée, c'est une visite nocturne.

Dans quelques maisons, on organise un petit buffet où le maître de maison conduit les dames au moment du départ.

On peut rester jusqu'à une heure dans ces réceptions.

Les sièges rangés en demi-cercle sont espacés afin que la maîtresse de maison puisse aller au-devant de la nouvelle visiteuse.

On devrait rétablir l'usage d'annoncer, car, dans ces vastes salons, où toutes les portes sont ouvertes, où il y a d'épais tapis, les pas s'étouffent et si la maîtresse de la maison n'a pas constamment l'œil au guet, il peut en résulter un moment de gêne pour le visiteur qui se trouve tout à coup près d'un cercle livré à une conversation animée; il ne peut pourtant dire: «Me voilà».

On ne dit pas adieu, on s'incline et on s'en va dans une accalmie de la conversation.

_Le salut._

A existé de tous temps et chez tous les peuples, mais cette manifestation du primordial savoir-vivre est différente selon les latitudes et les pays.

Le salut a eu son apogée sous Louis XIV et sous Louis XV, alors que les gentilshommes, l'échine courbée, balayaient le sol de l'empanachement de leurs chapeaux et que les marquises poudrées élargissaient d'un geste mignard, du bout de leurs doigts roses, les tant jolis paniers qui leur faisaient taille fine et gorge divine, en exécutant la grande révérence de cour à trois pliés.

Le salut océanien consiste en un frottement de nez entre les deux parties; ce n'est pas à recommander.

Le salut chinois se fait avec une profonde inclinaison et les deux index levés en l'air, faisant cornes au-dessus de la tête du _Céleste_.

Le salut oriental, plein de poésie, consiste à porter la main droite à son cœur, à ses lèvres et à sa bouche, ce qui signifie dans le langage métaphorique du peuple qui envoie si volontiers les bouquets emblématiques appelés «Sélam»: «Je suis avec vous de cœur, de bouche et de pensée».

Le salut européen consiste, lui, en un mouvement sec et gênant pour les hommes et pour les femmes.

Les hommes, les bras tombant à la hauteur des genoux, plient le corps en deux: c'est le salut de grande cérémonie.

Pour le salut tout courant, ils enlèvent leurs chapeaux d'un coup de main et inclinent un peu la tête d'un coup de cou. Les femmes font un petit signe de tête et voilà.

Je sais fort bien que les mœurs, le costume moderne, ne permettent plus le salut à grands falbalas, mais un peu de moelleux dans l'attitude, de part et d'autre, ne nous irait pas mal.

Avec notre genre de salut, adieu l'ondulation charmante d'une taille souple; le salut moderne est tout bonnement affreux. Je ne veux pas reculer de plusieurs siècles en arrière, mais je voudrais voir les femmes et les hommes _nuancer_ leurs saluts et ne pas avoir le même geste pour un camarade ou pour un vieillard, pour un inconnu comme pour un ami.

Les hommes devraient saluer les femmes en fléchissant légèrement la tête et le buste.

De même les jeunes dames devraient mettre une nuance de déférence dans les saluts adressés aux femmes âgées.

Le salut est dû par les hommes en entrant dans un restaurant, un café, un omnibus, un wagon, enfin dans tous les lieux publics.

Un récent ouvrage de savoir-vivre voudrait qu'on répondît à ce salut; je ne suis pas de cet avis et ne vois nullement une vingtaine de têtes s'inclinant devant un seul homme.

Lorsqu'une femme est croisée dans l'escalier, et saluée, elle doit répondre par une légère inclinaison de tête.

De même, en quittant un wagon, on a droit au rendu de son salut.

La salutation de la main, familière et de mauvais ton, tend à remplacer peu à peu chez nous le «bonjour, cher», qui est d'une suprême impertinence.

Encore très mal vu le salut qui consiste à porter deux doigts à son couvre-chef.

Une femme passant devant une autre dans un escalier, lui doit un salut et un «pardon, madame»; surtout, ne disons pas «excusez». La dame saluée ne doit rien répondre, elle se contente de refaire un salut.

_La femme de bon ton._

Grâce, aisance, telle devrait être la devise de la femme.

Possédant l'aisance, elle n'aura ni assurance déplacée, ni timidité gênante.

Avec la grâce, elle aura une tenue irréprochable, des gestes séduisants, qui la rendront sympathique à tous.

Elle doit éviter de parler haut, de rire bruyamment.

Si elle fait de la bicyclette, des armes, du cheval, si elle va à la chasse, si elle conduit, elle ne doit ni en parler, ni s'en vanter.

En aucun cas la femme bien élevée ne doit fumer.

La femme bien élevée, riche, est dispensée chez elle de certains travaux manuels, mais elle doit s'occuper de tout, avoir l'œil à tout.

Les bas clairs ou blancs avec des souliers découverts sont un peu démodés.

Lorsqu'une femme va seule dans le monde, elle doit éviter d'être reconduite, même par le maître de la maison; qu'elle se fasse chercher par un domestique ou qu'elle se retire à l'anglaise et prenne une voiture.

Pour aller à un enterrement, il faut être, sinon tout en noir, du moins habillée de couleurs très sombres.

La femme bien élevée ne sortira jamais de chez elle nu-tête; même pour faire une visite dans sa maison, elle mettra un chapeau.

Bien tenir son ménage, ses enfants, donner au mari tout le confortable possible, être soi-même élégante et parée, doit être la règle de conduite de toute femme vraiment digne de ce nom.

Je dirai même plus, on doit veiller aux infiniment petits du ménage, mettre la main à la pâte.

Une femme qui réserve ses belles toilettes pour les sorties et qui ne se présente aux yeux de son seigneur et maître qu'avec de vieilles toilettes gâche peut-être son bonheur, pour ménager ses robes.

On doit éviter, sitôt le mari arrivé, de le mettre au courant des menues tracasseries qu'on a pu avoir dans son ménage; il a souvent de graves soucis et lui parler d'une assiette cassée, d'une serviette égarée, d'un plat manqué, c'est le contrarier presque toujours.

_L'homme bien élevé._

L'homme peut se montrer bien élevé, correct, sans grands efforts.

Mais, malheureusement, dès que nos fils endossent l'uniforme de collégiens, ils jugent bon d'adopter un langage trivial et les allures sans façons qu'ils gardent en entrant dans le monde. Ils traînent les pieds en marchant, balancent les bras, se vautrent dans les fauteuils et, s'ils cessent de parler d'eux, ils n'ont dans la bouche que des récits de chasses, de jeux, de sports, etc.

C'est une erreur de ranger dans la catégorie des petits-maîtres, l'homme élégant et soigné de sa personne; un brin de coquetterie ne lui messied pas et on est mieux accueilli partout, quand on flatte l'amour-propre des gens.

L'homme bien élevé peut avoir les ongles abîmés par certains travaux, mais il les a toujours propres; il ne doit pas abuser de bijoux; rarement des épingles de cravate ornées de brillants. Sous prétexte de sans-façon, certains hommes sortent dans des négligés peu convenables. Ils ont bien tort quoique nous ne préférions pas à ces personnages le petit-maître musqué qui fait tous les jours des pauses d'une heure chez le coiffeur et qui mire sa frimousse dans toutes les glaces des devantures.

Il est de mauvais ton de se rendre à son travail habillé comme un notaire qui va faire signer un contrat ou d'aller à la campagne en costume noir de cérémonie.

Si, dans la rue, l'homme bien élevé rencontre une femme qu'il connaît et que ses relations avec elle soient assez intimes pour qu'il se croie autorisé à lui parler, il doit tenir le chapeau à la main jusqu'au moment où la dame lui dit «couvrez-vous donc», ce qu'elle ne manque jamais de faire à l'instant.

L'homme offre le bras gauche à une femme; le militaire, le bras droit, à cause de l'épée.

La mode de se donner le bras est pour ainsi dire tombée en désuétude, on se contente presque toujours de marcher l'un à côté de l'autre.

En cas de pluie, le monsieur qui est avec une dame doit l'abriter avec précaution sous son parapluie, quitte à mouiller son couvre-chef.