Les Troubadours: Leurs vies — leurs oeuvres — leur influence
Part 22
Ce n'est pas le lieu d'insister ici sur le _dolce stil nuovo_ et sur ses origines. On peut voir là-dessus les deux ou trois ouvrages suivants qui ont en partie renouvelé le sujet: K. Vossler, _Die philosophischen Grundlagen zum «Süssen Neuen Stil» des Guido Guinicelli, Guido Cavalcanti, und Dante Alighieri_, Heidelberg, 1904; Cesare de Lollis, _Dolce stil nuovo e «noel dig de nova maestria»_, in _Studj Medievali_, I, p. 5-23; Paolo Savj-Lopez, _Trovatori e Poeti_ (Biblioteca «Sandron» di Scienze et Lettere, nº 30). Le premier de ces auteurs est en désaccord sur plusieurs points essentiels avec les deux autres. Le fond de son travail--exposé d'ailleurs sous forme un peu trop didactique--est que la morale chrétienne et la philosophie scolastique ont été d'une importance capitale dans la transformation du vieux «style» en «style» nouveau. Les deux autres auteurs ont une tendance à rechercher chez les derniers troubadours les traces, les germes du nouveau «style»; il est certain que des troubadours comme Montanhagol, quand ils parlaient du «noel dig de nova maestria», sentaient qu'ils s'éloignaient des anciens modèles et le dernier troubadour Guiraut Riquier se rapproche beaucoup, par sa conception supraterrestre et mystique de l'amour, du «dolce stil nuovo». Aucun des deux ne paraît avoir été connu en Italie, mais il n'en est pas de même de Sordel dont la doctrine sur l'amour se rapproche tant de celle de Montanhagol.
A propos du «pardon des offenses», dont il est question à la fin de la chanson de Dante, M. Savj-Lopez rapproche de ces mots un passage semblable du dernier troubadour Guiraut Riquier; ce n'est là qu'une coïncidence, mais qui montre que l'évolution de la poésie provençale en décadence est sur certains points parallèle à celle de la lyrique italienne (_Trovatori e Poeti_, p. 66).
28. Cf. Gidel, _Les troubadours et Pétrarque_ (Thèse de Paris, 1857). L'ouvrage est vieilli, mais les rapprochements, que Gidel est un des premiers à avoir indiqués, sont nombreux; trop nombreux même, car plusieurs ne sont exacts qu'en apparence.
29. «Il se privait...» Cf. Gaspary, _Storia della lett. ital._, p. 296.
30. Cette citation et celles qui suivent sont empruntées à l'ouvrage de Gidel, p. 109, 121, 130.
31. Gaspary, _op. laud._, p. 401-402.
32. On peut lire cette histoire dans l'excellent livre que M. Antoine Thomas a jadis consacré à _Francesco da Barberino et la littérature provençale en Italie au Moyen âge_, Paris, 1883.
CHAPITRE XI
Voir en ce qui concerne l'Espagne le livre capital de Milà y Fontanals. _De los trovadores en España_: 1re édition, Barcelone, 1861; 2e édition, Barcelone, 1889 (_Obras completas del doctor D. Manuel Milà y Fontanals_, tomo segundo). Voici les quatre divisions de ce livre:
1º De la langue et de la poésie provençales. 2º Troubadours provençaux en Espagne. 3º Troubadours espagnols en langue provençale. 4º Influence provençale en Espagne.
1. Sur l'importance de cette voie au point de vue de la formation des légendes épiques, cf. maintenant le livre de M. Bédier, _La formation des légendes épiques_, Paris, 1908.
2. Guiraut Riquier, _Gr._, 65; cf. notre étude sur ce troubadour, p. 72 et 73.
3. Sur ces chroniques qui forment «quatre perles de la littérature catalane du Moyen âge», cf. _Grundriss der rom. Phil._, II, 2 (L'histoire de la littérature catalane est de M. Morel-Fatio).
4. Sur Jaime Ier d'Aragon, cf. de Tourtoulon, _Jaime Ier le Conquérant, roi d'Aragon_, Montpellier, 1863-1867, 2 vol.
N'At de Mons écrivit surtout des poésies religieuses; voir notre étude sur Guiraut Riquier, _passim_, et l'introduction à l'édition de N'At de Mons, par M. Bernhard (=Altfranzösische Bibliothek=, XI).
5. Montanhagol. éd. Coulet, III.
6. Cf. _Bernard de Rouvenac, ein provenzalischer Trobador des XIII. Jahrhunderts_, par G. Bosdorff, Erlangen, 1907.
7. Gavauda, ap. Mila, _op. laud._, p. 128.
8. Cf. l'excellente histoire de la littérature portugaise de Mme C. Michaelis de Vasconcellos et de M. Th. Braga dans le _Grundriss_ de Groeber, II, 2, p. 129 et suiv. Trois manuscrits comprennent les poésies lyriques du XIIIe et du XIVe siècle: le _Vaticanus_ a été publié plusieurs fois, dernièrement par Mme C. Michaelis de Vasconcellos; un autre manuscrit, dit de Colocci-Brancuti, du nom de deux de ses possesseurs, l'humaniste Colocci (mort en 1548) et le comte Brancuti di Cagli, est également en Italie. En Portugal se trouve le manuscrit dit de Ajuda, du nom du château royal, près de Lisbonne, où il est conservé. (Groeber, _Grundriss_, II, 2, p. 200.) Trois autres manuscrits contiennent des poésies religieuses (d'Alphonse X).
Sur toute cette période de la littérature portugaise voir surtout: R. Lang, _Das Liederbuch des Königs Denis von Portugal_, Halle, 1894. Le texte est précédé d'une excellente étude d'histoire littéraire.
9. On peut, avec Mme C. Michaelis de Vasconcellos, diviser cette littérature d'une manière plus précise d'après les règnes d'Alphonse X et du roi Denys: période préalphonsine (1200-1248); période du roi Alphonse (1248-1280); période du roi Denys (1280-1325); période postdionysienne(1325-1350). _Grundriss_, II, 2, p. 179. Cf. encore de Mme de Vasconcellos, _Randglossen zur altportugiesischen Liederbuch_ (In _Zeitschrift für rom. Philologie_).
10. «Époque provençale». _Grundriss_, II, 2, p. 143.
11. Cf. Mme de Vasconcellos, _loc. laud._, p. 188, et suiv.
12. Lang, _op. laud._, nº 63; _ibid._, nº 3.
13. _Ibid._, nº 59.
14. _Ibid._, nº 16.
15. _Ibid._, nº 73.
16. _Ibid._, nº 43.
17. Voir sur ce point important que nous ne faisons qu'indiquer ici: Jeanroy, _Origines_, p. 308-338 (_La poésie française en Portugal_). M. Jeanroy combat l'origine populaire de la lyrique portugaise, défendue par la plupart des critiques qui se sont occupés avant lui de la question et en particulier par M. Th. Braga. Cf. enfin la conclusion de l'étude de M. Lang, _op. laud._, p. CXLII-CXLV.
18. Ici encore nous ne citerons, en fait de bibliographie, que l'indispensable.
W. Scherer, _Geschichte der deutschen Litteratur_, 2e édit., Berlin, 1884.
Kock et Vogt, _Geschichte der deutschen Litteratur_, 2e éd., Leipzig.
Textes: _Des Minnesangs Frühling_, Berlin, 1888: K. Pannier, _Die Minnesänger_, Goerlitz, 1881.
A. Lüderitz, _Die Liebestheorien der Provenzalen bei den Minnesingern der Stauferzeit_, Berlin, 1902. (Autre édition plus complète dans les _Literarhistorische Forschungen_, Berlin, 1904.)
A. Jeanroy, _Origines_, p. 270-307.
19. Scherer, _op. laud._, p. 202.
20. Jeanroy, _Origines_, p. 285-286.
21. Lüderitz, _op. laud._, p. 5 et suiv. Aux «médisants» (_lauzengiers_) correspondent chez les Minnesinger les _lugnære, merkære_.
22. Diez, _Poesie der Troubadours_, p. 239. A. Lüderitz, _op. laud._, p. 26.
Diez, après avoir établi une série de rapprochements entre la poésie lyrique provençale et celle des minnesinger, ajoute que cette ressemblance n'est pas due à l'imitation, mais qu'elle est due aux idées du temps et au caractère particulier de la poésie amoureuse. (Diez, _Poesie der Troubadours_, p. 240.) Cette raison n'est certainement pas suffisante, quoiqu'elle explique bien des choses.
Diez le premier, Bartsch ensuite ont relevé les imitations formelles qu'un minnesinger, Rodophe de Neufchâtel, a faites de Folquet de Marseille (et de Peire Vidal); Bartsch a signalé à son tour une imitation de Folquet de Marseille par le minnesinger Frédéric von Hausen (fin du XIIe siècle, comme Rodophe de Neufchâtel) et une imitation d'une forme strophique difficile de Bernard de Ventadour par le même Frédéric. Cf. Bartsch, _Grundriss zur Geschichte der provenzalischen Literatur_, § 30.
23. _Des Minnesangs Frühling_, p. 127.
24. D'après Scherer, _op. laud._, p. 212, Walter ne devrait rien à l'imitation de modèles français ou provençaux.
25. Voir pour tout ce qui suit: Gaston Paris, _Esquisse historique de la littérature française au Moyen âge_, Paris, 1907, p. 89, 156 et suiv.; _Histoire de la langue et de la littérature françaises_, publiée sous la direction de Petit de Julleville; A. Jeanroy, _De nostratibus medii aeui poetis qui primum Aquitaniæ carmina imitati sint_, Paris, 1889. Nos citations sont faites d'après la _Chrestomathie de l'ancien français_ de Bartsch, 9e édition, 1908.
26. Bartsch, _Chr. de l'anc. français_, p. 158. La reine est Alix de Champagne, veuve de Louis VII, et son fils est le roi Philippe Auguste (vers 1180).
27. Bartsch, _ibid._
28. _Ibid._, p. 164.
29. _Ibid._, p. 163.
30. Dante, _De vulg. Eloq._ d'après Groeber, _Grundriss_, II, 1, p. 677. Dante attribue d'ailleurs la chanson à Thibaut de Champagne, _ibid._, p. 683.
31. Bartsch, _Chr._
32. Bartsch, _Ibid._, p. 184.
33. G. Paris, _Esquisse_, p. 161.
CHAPITRE XII
Voir pour tout ce chapitre J. Anglade, _Le troubadour Guiraut Riquier_, Paris, 1905. On y trouvera la bibliographie concernant les troubadours de la décadence.
Paolo Savj-Lopez, _Trovatori e poeti_, Milan, Palerme, Naples, [S. d.] [1907] (chap. II, _L'ultimo trovatore_).
Texte: _Die Werke der Troubadours_, herausgegeben von C.-A.-F. Mahn. Berlin, 1853. L'éditeur est le Dr Pfaff.
J.-B. Noulet et C. Chabaneau, _Deux manuscrits provençaux du XIVe siècle_. Montpellier-Paris, 1888.
Les _Leys d'Amors_ ont été publiées dans les _Monumens de la littérature romane..._, par M. Gatien-Arnoult, Toulouse, 1841, 3 vol.
Ces trois volumes sont complétés par un quatrième intitulé: _Monumens de la littérature romane..._, par M. Gatien-Arnoult, _seconde publication_, Paris-Toulouse, s. d. [1849]. Ce volume, dont la publication est due au Dr Noulet, contient un grand nombre de pièces couronnées depuis les origines des Jeux Floraux jusqu'au XVe siècle.
Sur la légende de Clémence Isaure, cf. Chabaneau, _Histoire générale de Languedoc_, tome X, p. 177, note et Noulet: _De Dame Clémence Isaure substituée à Notre-Dame la Vierge Marie comme patronne des Jeux littéraires de Toulouse_, Mém. de l'Acad. nat. des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 1852, série 4, tome II, p. 191. Cf. enfin la _Grande Encyclopédie_, article de M. Antoine Thomas.
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER
INTRODUCTION
La civilisation gallo-romaine.--Maintien de traditions artistiques et littéraires.--Les limites de la langue d'oc.--Les origines «limousines» de la poésie des troubadours.--La période préparatoire (XIe s.).--Le premier troubadour.--Caractère artistique et aristocratique de la poésie des troubadours.--Germes de faiblesse et de décadence--Aperçu sommaire de son histoire.--Grandes divisions.--Comparaison avec la poésie de langue d'oïl. 1
CHAPITRE II
CONDITION DES TROUBADOURS LÉGENDES ET RÉALITÉ TROUBADOURS ET JONGLEURS
Troubadours d'origine noble, bourgeoise.--Poétesses provençales.--Les protecteurs des troubadours.--Sources de leurs biographies.--Nostradamus.--Biographies de Bernard de Ventadour, de Guillem de Capestang, de Jaufre Rudel, de Peire Vidal, de Guillem de la Tour, de Giraut de Bornelh.--Légendes et réalité.--Jongleurs et troubadours. 26
CHAPITRE III
L'ART DES TROUBADOURS. LES GENRES
La poésie des troubadours est essentiellement lyrique.--Écoles de poésie?--Le culte de la forme.--Le «trobar clus»; admiration de Dante et de Pétrarque pour Arnaut Daniel.--La musique des troubadours.--Les genres: la chanson, le sirventés, la tenson, la pastourelle, l'aube.--Autres genres. 50
CHAPITRE IV
LA DOCTRINE DE L'AMOUR COURTOIS COURS D'AMOUR
La doctrine de l'amour courtois: son originalité.--L'amour est un culte.--Le «service amoureux» imité du «service féodal».--La discrétion; les pseudonymes: les hommages des troubadours ne s'adressent qu'aux femmes mariées.--La patience vertu essentielle.--L'amour est la source de la perfection littéraire et morale.--L'orthodoxie amoureuse chez le troubadour Rigaut de Barbezieux.--Les cours d'amour d'après Nostradamus et Raynouard. 74
CHAPITRE V
LES PRINCIPAUX TROUBADOURS: PREMIÈRE PÉRIODE
Marcabrun: sa conception de l'amour; un troubadour «misogyne».--Jaufre Rudel: son amour pour la «Princesse Lointaine».--Bernard de Ventadour.--Sa conception de la vie.--Sa brouille avec le seigneur de Ventadour.--Son séjour auprès d'Éléonore d'Aquitaine; auprès du comte de Toulouse, Raimon V.--Originalité de Bernard Ventadour. 100
CHAPITRE VI
LA PÉRIODE CLASSIQUE
La période «classique».--Arnaut de Mareuil: tendance à la poésie morale et didactique.--Girault de Bornelh.--Sa manière.--La poésie morale.--Le poète de la «droiture».--Arnaud Daniel; Dante.--Le «style obscur».--Bertran de Born; le sirventés politique; la poésie de la guerre. 123
CHAPITRE VII
LA PÉRIODE CLASSIQUE (_suite_).
Raimbaut d'Orange et la comtesse de Die.--Sincérité des poétesses provençales et de la comtesse de Die en particulier.--Pierre d'Auvergne.--La satire littéraire.--Le message du rossignol.--Peire Vidal.--Une vie originale.--Folquet de Marseille.--Folquet évêque de Toulouse et les hérétiques albigeois. 148
CHAPITRE VIII
LA PÉRIODE ALBIGEOISE: PEIRE CARDENAL
Débuts de la décadence.--Les causes.--La croisade contre les Albigeois.--Raimon de Miraval.--La Chanson de la Croisade.--Bernard Sicard de Marvejols.--Peire Cardenal.--Ses attaques contre les femmes et l'amour.--La satire morale et sociale.--Satires contre les croisés et contre le clergé.--L'anticléricalisme de Peire Cardenal.--Satire contre la papauté: Guillem Figueira.--Défense de la papauté: Dame Gormonde de Montpellier. 172
CHAPITRE IX
LA POÉSIE RELIGIEUSE
Le paganisme de la poésie des troubadours.--La morale.--La conception de la Divinité.--Chants de repentir: Guillaume de Poitiers.--Pierre d'Auvergne.--Les chansons de croisade.--Les plaintes funèbres.--Folquet de Marseille.--Les poésies religieuses de Peire Cardenal.--Ses poésies à la Vierge.--Saint Dominique et les Frères Prêcheurs.--Développement des poésies à la Vierge.--Transformation de la lyrique courtoise en lyrique religieuse: Lanfranc Cigala, Guiraut Riquier, Folquet de Lunel. 196
CHAPITRE X
LES TROUBADOURS EN ITALIE
Relations entre le Midi de la France et le Nord de l'Italie.--Rambaut de Vaquières et le marquis de Montferrat.--L'école sicilienne et Frédéric II.--Troubadours nés en Italie.--Les Génois Lanfranc Cigala et Boniface Calvó.--Sordel: sa vie aventureuse; le poète.--Le Sordel de Dante.--Dante et les troubadours.--L'école de Bologne.--Le _dolce stil nuovo_.--Pétrarque. 223
CHAPITRE XI
LES TROUBADOURS EN ESPAGNE, EN PORTUGAL, EN ALLEMAGNE TROUBADOURS ET TROUVÈRES
Les troubadours en Catalogne.--Relations entre le Midi de la France et la péninsule ibérique.--Jaime 1er d'Aragon et les troubadours.--Les troubadours en Castille: Alphonse X le Savant.--La poésie galicienne ou portugaise.--Le roi-poète Denis.--Influence provençale.--Les Minnesinger.--Influence provençale: comment elle s'est produite.--L'originalité des Minnesinger.--Walter von der Vogelweide.--La poésie lyrique de la langue d'oïl.--L'école «provençalisante».--Conon de Béthune; le châtelain de Coucy; Gace Brulé. 252
CHAPITRE XII
LE DERNIER TROUBADOUR
Guiraut Riquier de Narbonne.--Narbonne au XIIIe siècle. Riquier et le roi de France.--Riquier à la cour d'Alphonse X de Castille.--Sa requête au roi: distinction à établir entre jongleurs et troubadours.--Riquier et le comte de Rodez, Henri II.--Son oeuvre: les pastourelles.--Sa conception de l'amour.--Transformation de cette conception sous l'influence des idées religieuse du temps.--Commentaire de la chanson de Guiraut de Calanson.--Les chansons à la Vierge.--Le Consistoire du Gai-Savoir.--Clémence Isaure.--La Renaissance provençale. 279
Bibliographie et notes. 303