Les Troubadours: Leurs vies — leurs oeuvres — leur influence
Part 20
Ce n'est pas que la conception de l'amour chez Riquier soit bien différente de celle des troubadours qui l'ont précédé. Comme eux il demande une seule faveur à sa dame, de l'agréer pour serviteur; il a choisi comme eux la meilleure et la plus aimable femme qui soit au monde; il jure à tout instant qu'elle peut compter sur sa fidélité et sur sa discrétion. Mais la dame, conformément aux conventions, demeure rigoureuse, inflexible; les traditions littéraires ne lui permettent pas une autre attitude. Et Riquier de se désespérer, de répéter après tant d'autres que le chagrin le tuera, que la honte de cette mort rejaillira sur la dame qui ne lui a témoigné aucune pitié.
Et cependant deux choses le consolent dans son infortune. S'il regrette l'esclavage où l'amour l'a placé et s'il pense, avec une mélancolie qui paraît sincère, à l'heureux temps où il était libre, corps et âme, il sait gré à l'amour de ne l'avoir pas fait aimer une autre femme. C'est que Beau Déport, malgré sa rigueur, ou plutôt à cause de sa rigueur, a fait de lui un excellent poète et un homme meilleur. Au moment où son talent est le plus honoré, en Castille, il ne manque pas de faire hommage de cet honneur à Beau Déport et à l'amour. L'amour de Beau Déport lui a donné la gloire. «Je me tiens pour bien payé de mon talent, qui m'est venu pour avoir bien aimé ma dame sans être aimé: car mon nom est connu et j'ai la sympathie des grands...»
Voilà pour l'honneur qui a rejailli sur le poète; et voici pour la perfection morale dont Beau Déport fut la source: «Et comme ma dame au gentil corps honoré, ornée de toutes les qualités, ne fut ni reprise ni blâmée, pas même d'une mauvaise pensée, je l'aime plus parfaitement et avec crainte; car il me semble que si elle ne m'avait pas refusé son amour, elle et moi nous aurions déchu. Aussi ai-je grandi en sagesse, au point que les vils espoirs me déplaisent.» Valeur littéraire et valeur morale proviennent du même principe; le pouvoir d'amour est tel qu'il opère des miracles: «Amour fait faire toutes actions convenables et donne les qualités qui accompagnent l'honneur. Donc amour est doctrine de valeur; il n'est pas d'homme si méprisable que l'amour ne transforme en homme d'honneur pourvu qu'il aime.»
On voit à quelle haute conception morale mène l'amour ainsi entendu. Cependant même sous cette forme il ne trouva bientôt plus grâce devant les idées morales et surtout religieuses du temps et Riquier lui-même eut l'occasion de renier sa doctrine pourtant si épurée.
On se souvient du concours littéraire qu'avait institué le comte de Rodez et où Riquier remporta le prix. Le sujet du concours était, avons-nous dit, le commentaire d'une chanson obscure d'un troubadour d'ailleurs peu connu. Le sujet de la chanson (écrite pendant la période classique, tout au début du XIIIe siècle) était la description du palais qu'habite l'amour; ou plutôt le «tiers inférieur d'amour».
Il y a trois espèces d'amours: l'amour céleste, l'amour naturel (amour des parents) et l'amour charnel: c'est celui-là qui est le «tiers inférieur». Il a grand pouvoir, personne ne lui résiste. «Cet amour est déréglé, dit Riquier, et ne peut juger droitement; il n'écoute que la volonté (nous dirions la passion) et non la raison. Les amants trouvent ses débuts agréables, mais ensuite viennent «tourments, soucis et chagrins».
Entre ces trois sortes d'amours le poète moraliste a vite fait son choix. Il méprise le «tiers inférieur d'amour»; il supporte l'amour naturel (celui des parents et des enfants); mais il met bien au-dessus des deux l'amour divin; il souhaite de voir le palais élevé où il jouira «de la paix sans fin, de l'amour sans restriction, des biens parfaits sans dommage, du plaisir sans tristesse et de la joie sans désir».
Ce commentaire et l'accueil sympathique qu'il reçut dans la dernière société où la poésie des troubadours fut honorée nous a gardé l'écho des préoccupations religieuses du temps. La théorie de l'amour péché inventée par l'Église a pénétré dans la poésie provençale: elle n'en sortira pas de sitôt. Nous comprenons mieux après cela quelques mots graves que l'on rencontre chez Riquier et chez un troubadour contemporain: la poésie est qualifiée de «péché» par les autorités religieuses du temps. Aussi se transforme-t-elle; c'est l'époque où fleurissent les poésies à la Vierge dont quelques-unes sont remarquables de grâce. Bientôt la poésie religieuse sera seule permise.
Tous ces faits sont des indices de la transformation profonde qui s'est produite dans les moeurs. A un siècle de paganisme qui est l'époque de la période classique succède une période d'agitation religieuse. La croisade contre les Albigeois marque le triomphe de l'orthodoxie. Les congrégations, les ordres religieux se multiplient, font une propagande incessante; petit à petit l'esprit public se transforme; la poésie profane même sous sa forme la plus épurée devient un «péché», la poésie religieuse est la seule qui soit admise ou comprise. Tel est le terme de l'évolution auquel est arrivée à la fin du XIIIe siècle, chez Riquier et ses contemporains, la poésie des troubadours. Sous cette forme elle n'est presque plus reconnaissable; et cependant, dans les chansons à la Vierge en particulier, il a suffi de peu de chose pour la transformer.
Ce furent ces chansons à la Vierge qui devinrent bientôt une sorte de poésie officielle. En effet Guiraut Riquier mourut dans les dernières années du XIIIe siècle. Un quart de siècle plus tard (1323) sept bourgeois de Toulouse, avec autant de zèle que de naïveté, cherchèrent à rallumer le flambeau éteint. Ils fondèrent une Académie, instituèrent des concours (qui vivent encore aujourd'hui) et établirent un code poétique; en souvenir de l'ancien temps il fut appelé les «Lois d'amour». Mais les anciens dieux étaient bien morts et la nuit avait définitivement succédé au crépuscule.
La nouvelle École malgré son titre de Consistoire de la Gaie-Science ou Gai-Savoir eut des tendances exclusivement morales et religieuses. Le culte de la femme qui avait fait la gloire de la poésie des troubadours y devint le culte de la Vierge. Mais ces chansons à la Vierge avaient donné--avec Guiraut Riquier et ses contemporains--la mesure de la grâce et du charme qu'on y pouvait atteindre. Les thèmes de la lyrique religieuse ne présentaient pas en effet la même variété que ceux de la lyrique profane. La monotonie était facile à prévoir; elle caractérise toute cette poésie du XIVe et du XVe siècle. Les mainteneurs--ainsi se nommaient les fondateurs de la nouvelle école--avaient pris soin d'exclure à l'avance tout ce qui pouvait la rompre. Ils n'admirent d'autres genres que ceux qu'on avait déjà traités et où depuis longtemps toute sève était morte. Leur poésie ne fut qu'une poésie de forme, essentiellement académique. On renchérit sur les difficultés métriques que les troubadours avaient léguées, on leur emprunta leurs plus graves défauts, les choses caduques: la rime difficile et recherchée, le style obscur, et de tout cela sortit une poésie correcte, parfois élégante, mais, artificielle, très froide et très monotone.
Ceux-là s'en aperçurent qui demandèrent à la nouvelle école des modèles et des règles. La littérature catalane doit à l'imitation de l'école toulousaine la plupart de ses défauts. Les destinées de cette littérature sont semblables à celle de l'école poétique qu'elle imite, et à laquelle elle emprunte son code. La poésie religieuse y fleurit, la recherche et la préciosité y règnent. Elle est, elle aussi, une littérature académique qui se prolonge sans éclat pendant plusieurs siècles.
L'éloge continuel de la Vierge amena une étrange confusion et créa une légende qui encore aujourd'hui a la vie tenace. On appliqua à la mère de Dieu toutes les métaphores que contiennent les litanies et les hymnes à la Vierge. La mère du Christ était la Vierge Clémente, miséricordieuse, chargée d'intercéder pour les pécheurs auprès de son fils; elle devint la Clémence personnifiée. Au XVe siècle on supposa qu'il avait existé une illustre famille toulousaine du nom d'Isaure, on fit remonter à un membre de cette famille l'honneur d'avoir fondé les «Jeux Floraux» et le mythe de Clémence Isaure (qui ressemble étrangement à une mystification) fut créé.
Nous n'avons pas à poursuivre l'histoire de cette poésie dans les temps modernes. On sait avec quel éclat Mistral et son école l'ont fait revivre alors qu'on la croyait morte pour toujours. Sans doute les conditions sociales, politiques et autres ne sont plus les mêmes qu'au temps de Guillaume de Poitiers ou de Bertran de Born; elles ne sont pas cependant telles que la poésie provençale, dont le siècle précédent a vu la renaissance, ne puisse vivre glorieusement, si elle continue à se conformer au précepte exprimé avec autant de simplicité que de force par l'auteur de _Mireille_: «Nous ne chantons que pour vous autres, ô pâtres et paysans.» Laissons de côté ce que l'expression a d'exagéré; les plus délicats se sont laissé prendre depuis longtemps au charme de cette poésie nouvelle; mais c'est bien en revenant à la vérité et à la sincérité, que Jasmin, Mistral, Aubanel, Roumanille et Félix Gras, pour ne citer que les plus grands, ont retrouvé les sources de la vraie poésie. Il appartient à leurs successeurs, «à ceux qui aiment la gloire et qui ont le coeur vaillant», de s'inspirer du même principe, s'ils veulent empêcher la nouvelle poésie de mourir prématurément, comme est morte l'ancienne. La «Croisade contre les Albigeois» n'aurait peut-être pas suffi à tuer la poésie des troubadours, si elle n'était devenue de bonne heure une poésie trop conventionnelle. La convention et l'artifice peuvent donner l'illusion de la vie; ils ne la remplacent pas.
Mais il est temps de revenir en arrière pour jeter un coup d'oeil définitif sur le passé. On peut se rendre compte maintenant de la place qu'occupe dans l'histoire des littératures romanes la poésie des troubadours. Elle a fourni des modèles à la plupart d'entre elles; elle a été une mère féconde, et elle a le droit d'être fière de ses enfants. C'est la France du Midi qui a enseigné à ces littératures naissantes à exprimer sous une forme artistique les sentiments les plus doux les affections les plus chères qui aient fait battre le coeur des hommes. La France du Nord leur a enseigné en même temps les chansons et les fanfares guerrières, dont les échos ont retenti si longtemps dans les romans d'aventure qui se rattachent à nos chansons de geste. L'épopée française a été imitée dans les pays scandinaves et dans la lointaine Islande, comme la poésie des troubadours en Portugal et en Sicile.
C'est au mélange de ces deux influences que le moyen âge français doit l'hégémonie intellectuelle qu'il a exercée sur les pays germaniques aussi bien que sur les pays romans. Cette conquête du monde par la poésie est un des plus beaux titres de gloire du moyen âge français. Les deux parties dont l'union intime et harmonieuse forme la France y ont eu une part égale. Étudier l'une ou l'autre de ces deux influences, c'est contribuer à honorer, comme l'a dit un grand-maître, Gaston Paris, la «vieille patrie qui depuis plus de mille ans a excité tant d'amour, mérité tant de sacrifices et animé tant d'âmes de son génie et de son coeur».
BIBLIOGRAPHIE ET NOTES
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
1. =Dictionnaires.=--F. Raynouard, _Lexique roman_, 6 vol. Paris, 1838-1844.
E. Levy, _Provenzalisches Supplement-Woerterbuch_, Leipzig, 1894 et années suivantes. Ce complément magistral de l'oeuvre de Raynouard comprendra environ six volumes grand in-8; cinq ont déjà paru ainsi que le premier fascicule du tome VI (jusqu'au mot _Past_).
Pour paraître à la fin de 1908: Emil Levy, _Petit dictionnaire provençal-français_, Heidelberg, G. Winter.
J.-B.-B. Roquefort, _Glossaire de la langue romane_, 3 vol. Paris, 1808-1820.
[De Rochegude] _Essai d'un glossaire occitanien pour servir à l'intelligence des poésies des troubadours._ Toulouse, 1819.
2. =Grammaires.=--Raynouard, _Grammaire de la langue romane_ (Tome I du _Choix_) Cf. _Résumé de la grammaire romane_ (Tome I du _Lexique_).
F. Diez, _Grammaire des langues romanes_, traduction Gaston Paris, A. Brachet, Morel-Fatio, Paris, 1873-1876, 3 vol.
W. Meyer-Lübke, _Grammaire des langues romanes_, traduction Rabiet et Doutrepont, 4 vol. Paris, 1889-1905.
C.-H. Grandgent, _An outline of the Phonology and Morphology of old provençal_. Boston, 1905. (Ne contient que la phonétique et la morphologie; pour la syntaxe se reporter à Diez ou à Meyer-Lübke.)
H. Suchier, _Die französische und provenzalische Sprache_, dans Groeber, _Grundriss der romanischen Philologie_, 3 vol. Strasbourg, 1888-1902. La partie traitée par H. Suchier a été traduite en français sous le titre suivant: H. Suchier, _Le français et le provençal_, trad. par Ph. Monet, Paris, 1891. D'autre part une nouvelle édition du tome I du _Grundiss_ de Groeber vient de paraître (1906).
Voir aussi l'excellente introduction grammaticale au _Manualetto provenzale_, de M. Crescini, et les précis plus sommaires des _Chrestomathies provençales_ de Bartsch (le tableau des formes a été supprimé dans la dernière édition donnée par Koschwitz) et de M. C. Appel.
Enfin citons en dernier lieu un autre excellent manuel: l'_Altprovenzalisches Elementarbuch_, par O. Schultz-Gora, Heidelberg, 1906.
3. =Textes.=--=A. Collections.=--_Le Parnasse occitanien, ou Choix de poésies originales des Troubadours_ [par de Rochegude], Toulouse, 1819.
F. Raynouard, _Choix des poésies originales des Troubadours_, 6 vol. Paris, 1816-1821.
C.-A.-F. Mahn, _Die Werke der Troubadours_, 4 vol. Berlin, 1846-1853.
Id., _Gedichte der Troubadours_, 4 vol. Berlin, 1856-1873.
=B. Chrestomathies.=--K. Bartsch, _Chrestomathie provençale_, 6e édition (publiée par Koschwitz), 1904. Nos citations sont faites d'après la 4e édition.
C. Appel, _Provenzalische Chrestomathie_, 3e édition, 1907. Nos citations sont faites d'après la première édition.
V. Crescini, _Manualetto provenzale_, 2e édition, 1905.
=C. Éditions.=--Il existe des éditions complètes de plusieurs troubadours. Nous nous contentons d'énumérer les plus importantes.
_Poésies de Guillaume IX_, par A. Jeanroy, Paris-Toulouse, 1905.
_Le troubadour Cercamon_, par le Dr Dejeanne, Paris-Toulouse.
U.-A. Canello, _La vita e le opere del trovatore Arnaldo Daniello_, Halle, 1883.
Bertran de Born a été édité plusieurs fois (éd. A. Stimming, 2e éd., 1892, éd. A. Thomas, Toulouse, 1888).
A. Kolsen, _Giraut de Bornelh_ (tome I, fasc. 1, Halle, 1907).
Une édition de Bernard de Ventadour, par M. C. Appel, est en préparation. Une édition de _Marcabrun_ par le Dr Dejeanne va paraître incessamment.
K. Bartsch, _Die Lieder Peire Vidal's_, Berlin, 1857.
Plusieurs éditions de troubadours ont été publiées dans la _Bibliothèque méridionale_ (Toulouse); ce sont: _Bertran de Born_ (éd. A. Thomas, cf. supra), _Montanhagol_ (éd. Coulet); _Bertran d'Alamanon_ (éd. Salverda de Grave); _Elias de Barjols_ (éd. Stronski). D'autres ont été publiées dans la _Romanisch Bibliotheke_ (Leipzig): _Sordel_ (éd. de Lollis), _Folquet de Romans_ (éd. Zenker), ou dans l'_Altfranzösische Bibliothek_ (Heilbronn): _N'At de Mons_, éd. Bernhard. Cf. encore les éditions de _Peire d'Alvergne_, par R. Zenker (Erlangen, 1900), de _Guillem Figueira_, par E. Levy (Thèse de Berlin, 1880), de _Peire Rogier_, par C. Appel (Berlin, 1892), de _Pons de Capduelh_, par Napolski, etc.
=D. Manuscrits.=--Le travail capital sur les manuscrits des troubadours est celui de M. Groeber, _Die Liedersammlungen der Troubadours_, Strasbourg, 1877 (_Romanische Studien_, IX).
=4.= =Histoire littéraire.=--[Millot] _Histoire littéraire des troubadours_, 3 vol. Paris, 1774. (D'après les manuscrits de Sainte-Palaye).
F. Diez, _Leben und Werke der Troubadours_, 2e édition, revue par K. Bartsch, Leipzig, 1882. La 1re édition avait été traduite en français par de Roisin.
F. Diez, _Die Poesie der Troubadours_, 2e édition, revue par K. Bartsch, Leipzig, 1883.
C. Fauriel, _Histoire de la poésie provençale_, 3 vol. Paris, 1846. Ouvrage vieilli, mais contenant d'excellents chapitres sur la poésie «lyrique» des troubadours.
K. Bartsch, _Grundriss zur Geschichte der provenzalischen Literatur_, Elberfeld, 1872. La première partie (p. 1-95) contient un aperçu de l'histoire de la littérature provençale, des renseignements sur les manuscrits, sur les éditions, etc. La deuxième comprend la liste alphabétique des troubadours, avec l'indication du premier vers de chacune de leurs poésies _lyriques_. C'est d'après cette liste que se font ordinairement les citations dans les études littéraires: ainsi _Gr._, 101, 2, renvoie à la deuxième poésie lyrique (ordre alphabétique) de _Bonifaci Calvo_ qui porte le numéro _101_ dans le _Grundriss_ de Bartsch. Une nouvelle édition de cet indispensable instrument de travail est en préparation et paraîtra sans doute bientôt.
C. Chabaneau, _Les Biographies des Troubadours_, Toulouse, 1885; fait partie de l'_Histoire générale de Languedoc_ (tome X). A la suite des biographies vient une liste des troubadours contenant non seulement l'indication de leurs poésies lyriques, mais de leurs autres compositions, et d'abondantes et précieuses notes biographiques, renvois, rapprochements, etc.
A. Stimming, _Provenzalische Litteratur_, dans le _Grundriss_ de Groeber, tome II, 2e partie.
A. Jeanroy, _La poésie provençale du Moyen Age_ (_Revue des Deux Mondes_, 1899 et suiv.).
A. Restori, _Letteratura provenzale_, Milan, 1891 (Manuali Hoepli) Excellent petit manuel, traduit en français par A. Martel.
A. Jeanroy, _Les Origines de la Poésie lyrique en France_, 2e édition, Paris, 1904.
A. Pätzold, _Die individuellen Eigenthümlichkeiten einiger hervorragender Trobadors im Minneliede_, Marbourg, 1897 (Excellent par les innombrables citations qu'il renferme).
Ou peut citer encore les chapitres consacrés aux troubadours dans l'_Esquisse historique de la littérature française au Moyen âge_ de Gaston Paris, dans les histoires de la littérature française de MM. Lintilhac et Lanson et dans la _Geschichte der franzoesischen Litteratur_ de MM. Suchier et Birch-Hirschfeld.
M. V. Crescini, professeur à l'Université de Padoue, prépare une _Histoire de la littérature provençale_.
CHAPITRE PREMIER
1. Roger, _L'enseignement des lettres classiques, d'Ausone à Alcuin_, Paris, 1905.
2. Kiener, _Verfassungsgeschichte der Provence seit der Ostgothenherrschaft bis zur Errichtung der Konsulate_ (510-1200). Leipzig, 1900, p. 48.
3. Les limites approximatives du _franco-provençal_ sont données d'après la première carte du _Grundriss_ de Groeber, t. I.
4. Cette langue s'appela d'abord langue _romane_, puis prit le nom de _limousine_; la dénomination de _provençal_ date du XIIIe siècle: c'était, dans ce sens, la langue de la «Province» comprenant à peu près tout le Sud de la France.
5. M. Chabaneau, en classant par province d'origine les troubadours dont il existe une biographie (111, un quart environ du chiffre total) donne pour l'Aquitaine quarante-un noms: parmi eux Guillaume de Poitiers, les troubadours gascons Cercamon et Marcabrun, Jaufre Rudel et Rigaut de Barbezieux (Saintonge), Arnaut de Mareuil, Arnaut Daniel, Giraut de Bornelh, Bertran de Born, etc. L'Auvergne et le Velay ont douze troubadours avec biographie: parmi eux Peire d'Auvergne, Peire Rogier, Peirol, Peire Cardenal. Le Languedoc en a dix-huit, parmi lesquels les Toulousains Peire Vidal et Aimeric de Péguillan, Raimon de Miraval, Guiraut Riquier. Enfin la Provence et le Viennois présentent vingt-huit noms; les principaux sont ceux de Raimbaut d'Orange, de la comtesse de Die, Folquet de Marseille, Raimbaut de Vaquières, Folquet de Romans, etc. Quoique cette liste ne comprenne qu'un quart des troubadours (et que, par conséquent, la classification soit incomplète) il faut remarquer que parmi ces troubadours se trouvent les plus illustres.
6. Sur les genres populaires dans l'ancienne poésie provençale, cf. Ludwig Roemer. _Die volksthümlichen Dichtungsarten der altprovenzalischen Lyrik_, Marbourg, 1884, et Jeanroy, _Origines de la poésie lyrique en France_.
7. Sur la métrique des troubadours cf. P. Maus, _Peire Cardenal's Strophenbau_, Marbourg, 1884.
8. Le poème de _Sainte Foy_ d'Agen a été publié par M. Leite de Vasconcellos dans la _Romania_, XXXI (1902), p. 177 et suiv.
9. Cf. Jeanroy, _Origines_, 1re partie, chap. I.
CHAPITRE II
Voir pour tout ce chapitre les _Biographies des Troubadours_, par M. C. Chabaneau (_Histoire générale de Languedoc_, éd. Privat, tome X).
1. Cf. en particulier Chabaneau, _Notes sur quelques manuscrits provençaux égarés ou perdus_, Paris, 1886.
2. Paul Meyer, _Les derniers Troubadours de la Provence_, Paris, 1871.
3. G. Bertoni, _I trovatori minori di Genova_, Dresde, 1903. Id., _Nuove rime di Sordello di Goïto_, Turin, 1901 (Extrait du _Giornale Storico della letteratura italiana_).
4. Cf. A. Stimming in Groeber, _Grundriss der romanischen Philologie_, II, A, p. 19. Une partie des détails qui suivent est empruntée à cet excellent résumé.
5. O. Schultz (-Gora), _Die provenzalischen Dichterinnen_, Leipzig, 1888.
6. Raimon de Miraval et son épouse Gaudairenca; Hugolin de Forcalquier et Blanchemain (A. Stimming, l. s., p. 19).
7. Sur les protecteurs des troubadours, voir Paul Meyer, _Provençal language and litterature_, in _Encyclopædia britannica_, et la liste dressée par Diez, _Leben und Werke_, 2e éd., p. 497. Cf. aussi Restori, _Lett. prov._, p. 77-79.
8. Jean de Nostredame, _Vies des plus célèbres et anciens poètes provençaux_, Lyon, 1575. M. Chabaneau préparait depuis de nombreuses années une réédition de cet ouvrage. Nous la publierons le plus tôt possible. Cf. Chabaneau, _Le Moine des Iles d'or_, =Annales du Midi=, 1907.
9. Chabaneau, _Biographies des Troubadours_.
10. La duchesse de Normandie était Éléonore d'Aquitaine, petite-fille du premier troubadour, Guillaume, comte de Poitiers, épouse divorcée de Louis VII depuis 1152. C'est entre 1152 et 1154 que Bernard de Ventadour aurait séjourné à sa cour; cf. Diez, _L. W._, p. 25.
11. Cf. sur le châtelain de Coucy, G. Paris, _La Littérature française au moyen âge_, § 128, et _Esquisse historique_..., § 135.
12. Sur la légende de Jaufre Rudel, cf. G. Paris, _Jaufre Rudel_, _Rev. hist._, t. LIII, p. 225 et suiv.
13. _Histoire littéraire_, XXVII, 723-724.
14. A. Stimming, dans le _Grundriss_ de Groeber, II, B, p. 16.
15. Cf. notre étude sur le dernier troubadour, Guiraut Riquier, p. 122 et suiv.
16. Le gracieux roman de _Flamenca_, comprenant plus de 8 000 vers, a été publié deux fois par M. Paul Meyer, en 1865, et en 1901: le premier volume de cette deuxième édition (contenant le texte) a seul paru jusqu'ici. Le roman est du XIIIe siècle et il est aussi intéressant pour l'histoire littéraire que pour l'histoire de la civilisation.
17. Sur ces _ensenhamens_, cf. notre étude citée plus haut, p. 131. Le premier et le plus ancien de ces _ensenhamens_, auquel est empruntée la citation qui suit, est de Guiraut de Cabreira, noble catalan contemporain de Bertran de Born et de Peire Vidal.
18. La citation est empruntée à l'_ensenhamen_ de Guiraut de Calanson. Ce poème a été publié récemment par M. Wilhelm Keller sous le titre suivant: _Das Sirventes_ «Fadet Joglar» _des Guiraut von Calanso_, Erlangen, 1905. Le texte est accompagné d'un abondant commentaire. La «symphonie» était un instrument à vent, ou peut-être un «tambour de basque» (Keller, p. 63).
CHAPITRE III
1. Leur nom leur vient du mot _trobar_, _trouver_ en parlant de l'invention poétique.
Cf. en général, pour ce chapitre, Diez, _Poesie der Troubadours,_ 2e édition.
2. Traduction de l'abbé Papon, _Parnasse occitanien_, p. 21.
3. Pétrarque, _Trionfo d'amore_.