Part 23
La solidité des fibres de cette plante textile, avec laquelle on fait tous les travaux de sparterie dans le Sud de l’Algérie, a l’inconvénient, comme plante fourragère, de ne pas se prêter facilement à la digestion. Son usage, chez les animaux, amène des constipations qui réclament l’emploi d’eaux laxatives. Ces eaux se trouvent heureusement être assez communes dans les parties du Sahara algérien où croît le halfâ. Aussi, tous les quatre ou cinq jours, les bergers de chameaux et ceux de moutons conduisent-ils leur troupeaux à ces sources pour combattre les effets constipants du halfâ.
La limite méridionale de cette plante, qui couvre de si grands espaces dans la région des steppes, me paraît être : au Sud de l’Algérie, au point de partage des eaux du bassin de l’Ouâd-Djédi et de celui de l’Ouâd-Miya ; au Sud de la Tunisie, la limite de l’’Erg ; au Sud de la Tripolitaine, un point mitoyen entre Chefî et Djâdo.
La connaissance de cette limite a son importance, car souvent les caravanes qui doivent la franchir sont forcées de changer de relais de chameaux. La loi de la circulation dans le Sahara, subordonnée à celle de la végétation, sera l’objet d’un examen particulier dans le deuxième volume de cette étude, spécialement consacré au commerce.
ARISTIDA ADSCENSIONIS L.
Neçi-oueddân (_arabe_) ; Arhemmoûd-ouân-ihedân (_temâhaq_).
Récolté dans l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu entre El-Ouâd et Ghadâmès et entre Ghadâmès et Rhât.
ARTHRATHERUM PUNGENS P.B.
Drîn, en Algérie, Sebot en Tripolitaine (_arabe_) ; Toûlloult (_temâhaq_).
Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu dix-neuf fois entre El-Ouâd et Ghadâmès, quarante-trois fois entre Ghadâmès et Rhât, deux fois entre Tîterhsîn et la Cherguîya, en de nombreuses stations entre Golêa’a et Methlîli. Signalé comme étant commun entre Rhât et In- Sâlah, ainsi qu’au Touât.
C’est incontestablement la plante la plus répandue et celle qui couvre le plus d’espace dans la partie du Sahara au Nord des montagnes des Touâreg, car dès qu’il y a un peu de terre végétale sur le sol, on est assuré de la voir paraître.
C’est incontestablement aussi la Graminée qui rend le plus de services aux Sahariens, car, si son chaume nourrit les troupeaux, son grain est souvent le seul aliment de l’homme.
Le grain de l’_Arthratherum pungens_ se nomme _loûl_. Chez les Touâreg, comme dans tout le reste du Sahara, on le récolte, et après l’avoir réduit en farine, on le mange, soit en bouillie, soit en galette. Je me suis trouvé moi-même, faute d’autres provisions, dans la nécessité d’en faire usage, et je reconnais volontiers, la faim aidant, que ce n’est pas un aliment à dédaigner.
Le loûl se vend comme les autres céréales, mais son prix est toujours inférieur. Dans le Sahara algérien, trois mesures de loûl sont échangées contre une mesure d’orge.
Quand on se préoccupera d’améliorer les voies de communication dans le Sahara, en y creusant des puits et en créant autour de ces puits des pacages pour les caravanes, on fera bien certainement des semis de loûl, car on ne peut trouver une plante qui convienne mieux au climat du Sahara que l’_Arthratherum pungens_.
ARTHRATHERUM PLUMOSUM Nees _var._ FLOCCOSUM.
Neçi (_arabe_) ; Arhemmoûd (_temâhaq_).
Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn, dans les montagnes de la Sôda. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, en deux entre Tîterhsîn et la Cherguîya. Signalé en quelques stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
Plante fourragère, basse, croissant en touffes, recherchée par les animaux.
ARTHRATHERUM OBTUSUM Nees.
Récolté, le 24 août 1859, sur le plateau des Benî-Mezâb.
ARTHRATHERUM BRACHYATHERUM Coss. et Balansa ?
Seffâr (_arabe_) ; Imateli (_temâhaq_).
J’ai reconnu cette plante en cinq stations, dans les dunes de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès, mais je ne l’ai pas récoltée, de sorte que sa détermination exacte reste douteuse.
Cette Graminée est mangée par les animaux comme fourrage.
AGROSTIS VERTICILLATA Vill.
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).
POLYPOGON MONSPELIENSIS Desf.
Seboûl-el-fâr, Dheïl-el-fâr (_arabe_), syn. Coss. ; Tamatasast (_temâhaq_).
Récolté près de la source de Serdélès, le 4 mai 1861.
POLYPOGON MARITIMUS Willd.
Seboûl-el-fâr (_arabe_).
Récolté, le 5 juin 1860, sous les dattiers de Sîdi-Khelîl.
PHRAGMITES COMMUNIS Trin.
Gueçob (_arabe_).
Récolté à Hassi-’Arefdji, le 20 février 1861, et dans l’Ouâdi-Tagotta, le 18 septembre 1861.
CYNODON DACTYLON Rich.
En-nedjem (_arabe_) ; Ajezmîr (_mezabite_) ; Aoukeraz (_temâhaq_).
Récolté à Ghardâya, autour des dattiers et des petites mares formées par les canaux d’irrigation. Commun autour des sources, dans les montagnes des Touâreg.
Cette plante toujours verte, parce qu’elle choisit toujours des endroits humides, est d’une grande ressource pour les troupeaux, quand tout le reste de la végétation est desséché par le soleil.
Plus d’une fois, les troupeaux de l’Algérie, comme ceux du Sahara, lui ont dû leur salut dans les mauvaises années.
On en fait des tisanes diurétiques.
DANTHONIA FORSKALII Trin.
Aharay (_temâhaq_).
Récolté à Tîterhsîn le 5 mars 1861.
HORDEUM MURINUM L.
Zer’a-el-boû-’Aoud (_arabe_) ; Imendi-n-boû-’Aoud (_mezabite_).
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).
HORDEUM VULGARE L.
Ch’aïr (_arabe_) ; Tîmzin (_temâhaq_).
Cultivé dans toutes les oasis, alternativement avec le blé, de manière à ne pas épuiser les terres.
HORDEUM VULGARE _var._
Ch’aïr-hamra (_arabe_) ; Tarîda (_temâhaq_).
Spécialement cultivé au Fezzân.
On donne la préférence à l’orge noire parce qu’elle craint moins l’action du soleil.
TRITICUM DURUM Desf. ?
Guemh (_arabe_) ; Tîmzîn (_temâhaq_).
Le blé est cultivé dans toutes les oasis, mais sa culture exige le concours des irrigations, ce qui en restreint nécessairement l’étendue.
La récolte se fait ordinairement au mois de mai.
En 1861, le cheïkh du Ahaggâr, El-Hâdj-Ahmed, a fait entreprendre des cultures assez importantes à Tâzeroûk, au Sud-Est d’Idélès. Elles paraissent y avoir parfaitement réussi, puisque le cheïkh, pour sa part de dîme, a reçu trente-deux charges de chameaux de grains.
Cet exemple a engagé le Cheïkh-’Othmân à acheter à Alger un chargement de pioches, en vue de donner plus d’extension à la culture, car chez les Touâreg les céréales sont cultivées à la pioche.
A Rhât, où l’espace cultivable est grand, on compte quelques attelages de zébus pour les labours ; mais les Touâreg n’ont aucune bête de travail qui puisse leur venir en aide, si ce n’est l’âne, qui est heureusement de première force. On rendrait un immense service à ces peuplades en introduisant parmi elles des charrues légères avec des colliers d’ânes, le tout confectionné de manière à ce que leurs ouvriers puissent en copier les modèles.
PENICILLARIA SPICATA Willd.
Bechna (_arabe_) ; Abôra (_temâhaq_).
Cultivé dans toutes les oasis, surtout par les nègres, qui affectionnent cette céréale.
SORGHUM VULGARE Pers. _Holcus sorghum_ L.
Gafoûli (_arabe_) ; Gafoûli (_temâhaq_).
La graine de cette plante entre pour une part considérable dans l’alimentation de ceux des Sahariens assez éloignés pour ne pas recevoir le blé du Tell méditerranéen.
On la cultive dans les oasis, mais en quantité inférieure aux besoins. On tire généralement cette graine de l’Afrique centrale.
Les Touâreg distinguent trois variétés de sorgho : le _gafoûli_, l’_abôra_, le _tâbsout_.
PANICUM MILIACEUM L.
Gueçob-el-abiodh, Gueçob-hamra (_arabe_) ; Enelî (_temâhaq_).
Le millet blanc et le millet noir sont également cultivés dans les oasis, mais la plus grande partie de celles de ces graines que consomme le Sahara vient du Soûdân.
Dans les oasis, on sème le gueçob en août et on le récolte en octobre et novembre.
LOLIUM ITALICUM A. Br. ?
Khortân (_arabe_).
Pendant mon séjour à Rhât, ma jument a été nourrie avec le chaume vert d’une Graminée cultivée dans l’oasis et que j’assimile, à raison de l’identité du nom indigène, au _Lolium Italicum_ récolté aussi dans le Soûf.
BALANOPHORÉES.
CYNOMORIUM COCCINEUM L.
Tertoûth (_arabe_) ; Aoukal (_temâhaq_).
Reconnu, mais non récolté, en trois stations, entre Ghadâmès et Rhât.
La fécule fournie par la racine de cette plante est souvent mêlée aux aliments pour en relever le goût.
Chez les Touâreg, quand le tertoûth se dessèche et devient noir, signe de maturité, on le réduit en farine et on en fait une galette au beurre. Ce mets est considéré comme un spécifique contre les engorgements de la rate.
FOUGÈRES.
ADIANTUM CAPILLUS-VENERIS L.
Rafraf (_arabe_).
Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân le 28 octobre 1860. Croît sur les racines des dattiers et sur les pierres qui bordent les rigoles des canaux d’irrigation.
Les médecins arabes emploient les feuilles de cette plante en fumigations.
CHARACÉES.
CHARA GYMNOPHYLLA A. Br.
Récolté le 4 février à ’Aïn-ed-Dowwîra, et le 7 novembre 1860 à Tânout- Tirekîn.
Cette petite plante affectionne le voisinage des sources.
CHAMPIGNONS.
CHEIROMYCES LEONIS L.R. Tul. _Tuber niveum_ Desf.
Terfâs (_arabe_) ; Tirfâsen (_temâhaq_).
Commun après les pluies dans tous les terrains sablonneux du Sahara, surtout dans les environs de Ghadâmès.
Ben-’Abd-en-Noûri-el-Hamîri-et-Toûnsi, auteur d’un traité de géographie saharienne, prétend qu’autour de Ghadâmès les terfâs deviennent assez grosses pour que des gerboises et des lièvres puissent y aller faire leurs nids.
Pline indique comme originaire de la Cyrénaïque une truffe blanche, probablement le terfâs, d’un goût et d’un parfum exquis, qui était très- renommée dans l’antiquité sous le nom indigène de _misy_.
J’avoue n’avoir jamais trouvé dans le Sahara des terfâs ni aussi grosses que celles de Ben-’Abd-en-Noûri, ni aussi parfumées que celles de Pline. Celles que j’ai mangées avaient un goût intermédiaire entre la truffe et le champignon, goût agréable, sans doute, mais perdant beaucoup de sa valeur par le sable qui pénètre dans la chair du tubercule et qui craque désagréablement sous la dent.
Quoi qu’il en soit, des tribus entières font une grande consommation de ce champignon, dès qu’il devient abondant.
ALGUES.
DANGA (_arabe fezzanien_).
Parmi les produits rencontrés dans mon voyage, je ne dois pas oublier une plante Cryptogame qui croît dans les lacs producteurs de vers comestibles du Fezzân et que les indigènes appellent danga.
On récolte ce fucus, soit seul, soit en mélange avec les vers. Quand ces derniers sont nombreux, le danga est rare, et _vice versâ_. Les riverains disent que les vers en font leur pâture. A l’époque de ma visite aux lacs, la plupart de ces insectes étant formés en chrysalides, le danga était plus abondant.
Le danga, pêché avec les vers, entre dans la conserve alimentaire préparée avec ces larves. Quand il est récolté seul, on en fait des petits pains qui, desséchés, ont la couleur brune de l’aloès, une cassure vitreuse, et sont employés comme condiment. (Voir page 244.)
PLANTES INDÉTERMINÉES.
Aucun échantillon des plantes suivantes n’a été rapporté : par conséquent, la détermination scientifique de ces espèces n’a pu être faite.
_PLANTES DE HAMADA._
GOÇEYBA (_arabe_) ; TIKAMAYT (_temâhaq_).
Entre El-Ouâd et Ghadâmès ; indiquée aussi dans le Ahaggâr.
Cette plante fourragère est incontestablement une Graminée.
BERESMOUN (_arabe_).
Entre Ghadâmès et Rhât.
Probablement un _Hypericum_. Beresmoun est, en effet, le nom que les indigènes du Tell donnent au _Millepertuis officinal_.
’AGGÂYA (_arabe_) ; TABELKOST (_temâhaq_).
Trouvé dans le Fezzân. Indiqué aussi dans le Ahaggâr et au Touât.
TECHT-EDH-DHEBA’ (_arabe_).
L’échantillon de mon herbier, après trois années de voyage, est arrivé dans un état qui n’a pas permis de le déterminer. Heureusement, c’est le seul.
KHORÎDH (_arabe_).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
SEDNA (_arabe_).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
GUEÇOB (_arabe_) ; TISENDJELT (_temâhaq_).
Roseau à canne trouvé autour des sources.
Commun au Fezzân, au Soûdân et dans les montagnes des Touâreg.
Probablement le _Phragmites communis_ Trin. ou une espèce voisine.
GUEÇOB (_arabe_) ; ALEMÈS (_temâhaq_).
Trouvé comme le précédent autour des sources.
Plus grand et plus fort que le tisenguelt, probablement l’_Arundo donax_.
Ces deux roseaux me sont indiqués comme existant sur plusieurs points du territoire des Touâreg.
Comme dans le Tell, ils servent à dresser les murailles et les toitures des cabanes. Les serfs en font des manches de ligne ; les nègres et les bergers, des chalumeaux.
La tabatière à priser des Touâreg consiste en un tube de ces roseaux, plus ou moins couvert de dessins ou d’inscriptions en langue temâhaq.
FERS (_arabe_ et _temâhaq_).
Reconnu en plusieurs points de ma route.
Assimilé à une _Anabasis_.
_Nota_ : Les neuf plantes indéterminées qui précèdent ont été reconnues par moi, et leurs stations sont indiquées dans mon journal de voyage ; celles qui suivent me sont connues seulement par les renseignements des indigènes.
_PLANTES DE MONTAGNES._
TAROÛT (_temâhaq_).
Thuya articulé ? _Thuya articulata_ Desf. ?
Forêt sur le versant Sud du Tasîli, entre Rhât et Djânet.
Échantillon de planche rapporté.
La forêt qui produit cette essence paraît considérable, car tous les bois employés dans les constructions de Rhât et de Djânet en proviennent.
Les dimensions des planches, la couleur, la finesse et la solidité du bois, rappellent celles du thuya.
Le nom de taroût, forme berbérisée du mot _’ar’ar_, employé dans le Tell pour désigner le _Thuya articulata_, m’engage à identifier, provisoirement, le taroût des Touâreg avec l’_’ar’ar_ des Arabes.
Cet arbre fournit une résine, du nom de _tighanghert_, qui est employée pour rendre sonores les cordes des rebâza ou violons du pays.
On en extrait du goudron.
Ces deux faits viennent à l’appui de l’identification du taroût avec le _Thuya articulata_.
D’après les indigènes, quelques sujets atteignent 24 coudées de circonférence.
Cet arbre commence à se montrer à Tarharha, dans le haut de l’Ouâdi- Tarât, et à Eriey, dans le haut de l’Ouâdi de Rhât.
YÂBNOÛS (_temâhaq_).
Grand arbre, probablement l’_ébénier_, auquel on assigne comme station plusieurs points du mont Ahaggâr.
Jusqu’à ce jour, le bois d’ébène n’avait été fourni au commerce que par des plaqueminiers originaires de l’Inde et de l’Amérique du Sud. D’après M. le docteur Barth, l’ébénier aurait été rencontré par lui sur son parcours de Kanô à Timbouktou, dans le bassin du Niger, mais il n’indique pas le nom botanique de l’espèce.
Le Cheïkh Mohammed-et-Toûnsi, dans son _Voyage au Darfour_, dit que les Fôriens reçoivent l’ébène du Dâr-Fertît.
« Ce qu’on appelle l’ébène, dit-il, est le bois d’un arbre de grandeur moyenne, dont l’écorce est d’un vert foncé. Lorsqu’on l’enlève, on met à découvert un bois noirâtre qui, par la dessiccation, acquiert une nuance plus franche et plus noire. La plus belle ébène, ajoute-t-il, est celle qu’on retire des racines. »
Mohammed-et-Toûnsi, si scrupuleux pour indiquer le nom indigène de toutes les plantes signalées par lui, ne donne pas celui de l’ébénier, ou plutôt le traducteur n’aura pas jugé nécessaire de mettre _yabnoûs_ à côté du mot ébénier, ces deux noms étant les mêmes.
La synonymie du nom, la découverte de l’ébénier plus au Sud, la coloration en noir du bois, sa dureté et sa finesse, l’emploi qui en est fait, permettent de penser que le _yabnoûs_ du mont Oudân (prolongement Nord du Ahaggâr) est l’ébénier.
Le bois de cet arbre est principalement employé pour faire des hampes de lance et des manches de poignards.
Le yabnoûs n’existerait pas seulement dans le Ahaggâr ; on le trouverait encore sur le Tasîli, mais toujours isolé et jamais en massifs.
ALEO (_temâhaq_).
Grand arbre, dit-on, en tout semblable à l’olivier, à l’exception que son fruit n’est pas une olive. Il se montre par petits groupes dans quelques stations du Ahaggâr.
Je suis d’autant plus disposé à identifier l’aleo au _Phylliræa_, que, d’après le rapport de Valentin Ferdinand, le phylliræa existerait dans une île au Sud de celle d’Arguin sur la côte de l’Océan.
Rien d’étonnant, d’ailleurs, de trouver cet arbre là où vivent le thuya et le laurier rose. L’altitude explique la présence de ces arbres dans ces stations méridionales.
NERION OLEANDER L.
Defla (_arabe_) ; Elel (_temâhaq_).
En quelques points, sur les rives des ouâdi.
Le delfa est trop facile à reconnaître pour que des Touâreg, ayant beaucoup voyagé, puissent se tromper en assimilant l’_elel_ de leur pays au _Nerion_ si caractéristique des berges des ouâdi du Tell.
EL-IATÎM (_arabe_) ; ADJÂR (_temâhaq_).
Grand arbre, sans épines, unisexuel, à fruits petits qui n’appellent pas l’attention. L’arbre mâle se dit _adjâr_ ; l’arbre femelle se dit _tâdjart_ ; ce dernier est toujours moins développé que le mâle.
Les Touâreg recommandent de ne pas le confondre avec l’_agâr_ du Tasîli dont j’ai récolté un échantillon et qui a été reconnu être le _Mærua rigida_.
Les deux noms s’écrivent d’ailleurs avec une orthographe différente.
Cet arbre est commun dans le Ahaggâr ; il se montre quelquefois sur les points les plus élevés du Tasîli.
On l’exploite comme l’ébénier pour la monture des armes. Son bois est couleur marron, fin, léger et souple.
ISARHÊR (_temâhaq_).
L’isarhêr, disent les Touâreg, appartient à la même famille que le tamât et le talha (_Acacia Arabica_), mais il ne peut pas être confondu avec cette espèce, parce que, vivant ensemble sur les flancs du Ahaggâr, leurs caractères distinctifs sont trop faciles à constater.
Les Arabes donnent à l’isarhêr le nom de _talha_.
KÎNBA (_temâhaq_).
D’après les Touâreg, le kînba est une variété d’acacia (_talha_) qui croît plutôt en gaulis qu’en arbre, très-commun dans le pays d’Aïr, mais qu’on trouve aussi dans le Tasîli et le Ahaggâr et dont les gaules sont employées, concurremment avec les branches du _Mærua rigida_, à faire les hampes des javelots et des lances.
EL-BERGOU (_arabe_) ; EKAYWOD (_temâhaq_).
Roseau, le même que celui du Niger, produisant une sorte de miel. Il croît autour des sources et des mares.
AMATELTEL (_temâhaq_).
Plante grasse grimpante.
KERMÂYET-EDH-DHÎB (_arabe_) ; TÂHERT-N-ABEGGUI (_temâhaq_).
Plante à fruits en forme de grappe de raisin.
Les Arabes de l’Algérie donnent le nom de kermâyet-edh-dhîb (petites figues de chakal) au _Solanum nigrum_.
MYRTUS COMMUNIS.
Rehân (_arabe_).
D’après les Touâreg, le myrte existe en assez grande quantité sur le plateau de Tâderart dans l’Akâkoûs.
GAOTA (_fezzanien_).
A Trâghen, les indigènes cultivent sous le nom de gaota un fruit légumineux, de la grosseur d’une tomate. On le mange cru. J’en ai goûté. Il est sucré et légèrement amer. On le dit très-digestif.
WORTEMÈS (_temâhaq_).
Broussaille, peu commune dans les montagnes des Touâreg, mais abondante au Touât où elle porte le nom de _chaliât_.
AHARADJ (_temâhaq_).
Plante herbacée, grimpante, venant mêler ses feuilles jaunes à la verdure foncée des bois de tamarix, d’où lui est venu son nom arabe d’_es-soffâr-el-ahrech_, le _jaunissant les arbres verts_. Probablement une clématite.
ADAL (_temâhaq_) ; EL-KHOZZ (_arabe_).
Mousse aquatique.
TÂNEDFERT (_temâhaq_) ; EL-’ATTÂSA (_arabe_).
Commune. Pas de renseignements.
FARSÎGA (_arabe_ et _temâhaq_).
Commune dans les montagnes du Ahaggâr et au Touât.
AKERFAL (_temâhaq_) ; EL-IADHÎDH (_arabe_).
Quelques stations.
_PLANTES DE PLAINES._
TASSAK (_temâhaq_) ; ASKÂF (_arabe_).
Commune. S’élève quelquefois dans la montagne.
AFESSÔR (_temâhaq_) ; ET-TOLÎHA (_arabe_).
Commune.
TAMEDDOÛNET (_temâhaq_) ; OUMM-ES-SÎMA (_arabe_).
Commune.
TAHENNA (_temâhaq_) ; ET-TEHENNA (_arabe_).
Herbe toujours verte. Commune.
AFARFAR (_temâhaq_) ; EL-FOÛLA (_arabe_).
Légumineuse.
RHASSÂL (_arabe_).
Commune sur le plateau de Tâdemâyt.
CONCLUSION.
Je le répète, si, dans cet inventaire, figure le plus grand nombre des plantes qui composent la végétation persistante du pays, celle sur laquelle comptent ses habitants pour la nourriture de leurs troupeaux, il est hors de doute que la végétation annuelle, celle qui naît, vit et meurt dans une courte saison, n’y est représentée que pour une très- minime partie. Mon exploration directe ou indirecte ne comprend d’ailleurs que le versant méditerranéen des montagnes des Touâreg ; quand on pourra explorer le versant nigritien de ces montagnes, quand surtout on pourra pénétrer dans le massif du Ahaggâr, plus élevé que le Tasîli, plus riche en eau, mieux boisé, il est probable que la flore du plateau central comprendra presque autant de plantes que celle du Sahara algérien aujourd’hui parfaitement connue par les voyages botaniques de M. le docteur Cosson et de ses collaborateurs.
Plus on avance dans l’étude de la région désertique, et plus le désert, tel que notre imagination l’avait créé, disparaît pour faire place à une région exceptionnelle, sans doute, mais plus aride par le fait de l’homme que par l’abandon du Créateur.
Tous les voyageurs chargés d’explorer le Sahara ont constaté que la morte-saison des végétaux correspondait aux mois des plus grandes chaleurs, et qu’après chaque pluie le sol se couvrait presque instantanément de plantes qu’on n’aurait pas soupçonnées s’y trouver en germe. Mon témoignage doit confirmer le leur. J’ai eu l’occasion de me trouver chez les Touâreg au moment où, après neuf années de sécheresse absolue, des pluies abondantes venaient d’arroser la terre, et j’ai vu se produire sous mes yeux le miracle de vastes espaces, nus la veille, transformés instantanément en pacages de la plus belle verdure. Sept jours suffisent pour que l’herbe nouvelle puisse nourrir les troupeaux. On donne à cette production spontanée le nom d’_’acheb_ ou celui de _rebîàa_, printemps.
Mon exploration confirme aussi une loi bien connue de la géographie botanique : celle qui subordonne les stations des plantes bien plus à l’altitude des lieux qu’à leur latitude. Ainsi, alors que dans les vallées au Nord du Tasîli je trouvais des représentants de la flore intertropicale, au sommet de la montagne, au Sud, les plantes des environs de Montpellier n’étaient pas rares.
Le lecteur comprendra pourquoi j’ai donné autant de développement à cette étude :
Le pays, objet de mon exploration, est réputé un désert sans végétation ; j’ai tenu à constater que la Providence avait, même pour les lieux les plus arides, des ressources spéciales.
Les botanistes qui avaient exploré le Sahara algérien avaient prévu, par la comparaison de leurs herbiers avec ceux du Sénégal, de la haute Égypte et de l’Arabie, qu’à partir de la zone reconnue par eux jusqu’à la limite des pluies tropicales, la végétation saharienne ne pouvait pas se modifier sensiblement ; j’avais à démontrer cette vérité.
Enfin la marche des caravanes est souvent subordonnée aux lois naturelles du développement des plantes qui alimentent les chameaux ; j’avais à mettre sous les yeux du lecteur les éléments d’appréciation des causes qui règlent les départs et obligent à avoir des relais d’animaux.
J’ose espérer que ces motifs feront excuser l’aridité d’une nomenclature très-étendue.
CHAPITRE III.
ANIMAUX.
La faune du pays des Touâreg est en rapport avec sa flore. En général, les animaux y sont relativement plus rares que dans les parties du Sahara rapprochées du littoral. Cette remarque s’applique aussi bien aux animaux domestiques qu’aux animaux sauvages.
§ Ier. — ANIMAUX DOMESTIQUES.
Les animaux domestiques que possèdent les Touâreg sont :
Le chameau, _Amadjoûr_[90] ;
Le cheval, _Aïs_ ;
Le zébu, _Esoû_ ;
L’âne, _Eyhad_ ;
Le mouton, _Akerêr_ ;
La chèvre, _Tîrhsi_, plur. _Oûlli_ ;
Le chien, _Eydi_.
On trouve, dans les villes seulement :
Le chat, _Akârouch_ ;
Le pigeon, _Tidebîrt_, plur. _Idebîren_ ;
Le coq, _Ikahi_ ; la poule, _Tîkahit_.
Inutile de dire que le porc est exclu pour des motifs religieux.
Les Touâreg n’ont aucun oiseau domestique, par la raison qu’ils n’en mangent pas.
_Chameau._