Les Rues de Paris, tome troisième Biographies, portraits, récits et légendes
Part 15
_Gesvres_ (quai de): «Il faut se figurer, dit Jaillot, qu'au commencement du siècle passé, le terrain, qui est entre le Pont-au-Change et le pont Notre-Dame, allait en pente jusqu'à la rivière, et qu'il n'était couvert que par quelques vilaines maisons qui formaient la _Tuerie_ et l'_Écorcherie_. En 1641, le marquis de Gesvres demanda ce terrain au Roi et, sur l'avis des trésoriers de France, il obtint des lettres-patentes, au mois de février 1642, lettres qui, malgré l'opposition des bouchers et des propriétaires de forges du Pont-au-Change, furent enregistrées le 30 août de la même année: En voici la teneur:
«Louis (etc.) savoir faisons que Nous, ayant pris en considération les signalés recommandables services que le marquis de Gesvres nous a rendus dès sa tendre jeunesse, tant en nos armées qui ont tenu la campagne qu'es siéges les plus importants dans l'Allemagne, la Flandre et l'Espagne où, en divers combats et entreprises, il a donné telle preuve de son courage et de sa valeur, qu'au prix de son sang et de plusieurs blessures et d'une prison de neuf mois, il a mérité de Nous et du public l'estime et les gratifications qui sont dues à ceux qui nous servent avec tant de coeur et de fidélité. À quoi ayant égard comme aux grandes et excessives dépenses qu'il a faites jusques à présent dans nos armées et qu'il est encore obligé de continuer à l'avenir à icelui avons.... accordé, donné, octroyé, cédé, quitté, transporté et délaissé du tout à toujours les places qui sont entre les ponts Notre-Dame et aux Changeurs, du côté de l'Écorcherie, sur la largeur qui se rencontrera depuis la culée du pont Notre-Dame jusqu'à la première pile d'icelui, pour en quelle place y faire construire, à ses frais et dépens, un quai porté sur arcades et piliers posés d'alignement, depuis le point de la dite première pile du dit pont Notre-Dame jusques à celles du Pont-aux-Changeurs de présent construit de neuf: et quatre rues, l'une de vingt pieds de large avec maisons, qui prendra son embouchure sur le pont Notre-Dame, etc., etc.»
_Gît-le-Coeur_ (rue): Il y a contestation sur l'origine de cette dénomination. Piganiol prétend qu'elle vient d'un descendant de Jacques Coeur, propriétaire d'une des maisons. Cette opinion paraît peu fondée; la plus vraisemblable et la plus suivie veut que le mot _Gît-le-Coeur_ soit une corruption de _Gilles queux_ ou _Gui le queux_, Gilles le cuisinier dans le vieux langage.
Au coin de cette rue, François Ier avait fait bâtir un petit palais communiquant par un escalier avec l'hôtel habité par la duchesse d'Étampes. Vers le commencement du siècle, Sainte-Foix voulut visiter cette résidence jadis fameuse et voici ce qu'il raconte: «Le cabinet de la duchesse d'Étampes sert à présent d'écurie à une auberge qui a retenu le nom de la Salamandre. Un chapelier fait sa cuisine dans la chambre du lever de François Ier, et la femme d'un libraire était en couches dans le petit salon de délices lorsque j'allai pour examiner les restes du palais.»
_Sic transit gloria mundi._
_Glatigny_ (rue de): Des titres anciens disent qu'on voyait en cet endroit une maison de _Glatigny_, qui, en 1241, appartenait à Robert et Guillaume de Glatigny. Au XIVe siècle, cette rue fort mal habitée s'appela le _Val d'Amour_.
_Gluck_ (rue): Gluck (Christophe Willibald), célèbre compositeur de musique, (1714-1787), auteur d'_Alceste_, _Iphigénie en Aulide_, etc.
_Gobelins_ (rue et manufacture des): L'établissement des Gobelins, dont la réputation est européenne, doit son nom à une famille qu'on croit originaire de Reims et dont le chef «Jéhan Gobelin, teinturier en escarlate» fonda en 1450 une fabrique bientôt des plus prospères, et qui resta la propriété de l'un des membres de la famille jusqu'au commencement du XVIIe siècle. À cette époque, dans une des maisons qu'il avait acquises de la famille Gobelin, Henri IV fonda l'établissement que la perfection de ses produits a rendu si fameux.
_Godot de Mauroy_ (rue): Ouverte en 1818 seulement et qui doit son nom aux frères Godot de Mauroy, propriétaires du terrain.
_Goujon_ (rue _Jean_): _Jean-Goujon_, sculpteur d'un talent délicat autant qu'original, périt malheureusement dans la fatale journée de la Saint-Barthélemy (1572). Il fut tué, disent les biographes, d'un coup d'arquebuse tiré sur lui pendant qu'il travaillait aux sculptures du Louvre. Possible qu'il se trouvât sur son échafaud, mais je doute qu'en un pareil moment, il songeât à tenir l'ébauchoir ou le ciseau. Maudite d'ailleurs la balle et maudit l'assassin, quel qu'il fût, qui nous ont privés de tant de chefs-d'oeuvre qu'on pouvait attendre encore de l'artiste dans toute la vigueur de l'âge et le plein épanouissement de son génie!
_Gracieuse_ (rue): Ce nom vient de Jean _Gracieuse_ qui habitait dans cette rue, vers 1243, une maison à lui appartenant.
_Grande-Truanderie_ (rue de la): Deux étymologies: les uns font venir ce nom du vieux mot _truand_ qui signifiait un gueux, un vagabond, un diseur de bonne aventure, espèce de gens qu'on suppose avoir occupé cette rue autrefois. D'autres, et c'est le plus grand nombre, font dériver ce nom du vieux mot _tru_, _truage_ qui signifie tribut, impôt, subside; Jaillot incline à cette opinion.
_Grange aux Belles_ (rue): Désignation pittoresque dont l'origine est inconnue.
_Grange-Batelière_ (rue): Origine douteuse: tout ce qu'on sait de plus précis, c'est que, dans une déclaration faite en 1522, les religieuses de l'abbaye Saint-Antoine reconnaissent que, le 12 avril 1204, on leur donna un muids de grains à prendre sur la Grange-Batelière. L'abbé Leboeuf pense que cette dénomination de _Granchia Batelleria_ provient des joûtes ou exercices militaires qui se faisaient en cet endroit.
_Gravilliers_ (rue des): En 1250, elle s'appelait _Gavelier_, nom d'un bourgeois notable qui l'habitait. Par corruption, ce nom s'est changé en celui des _Gravilliers_, qui sait comment?
_Grenétat_ (rue): On comprend plus difficilement toutefois que ce nom de _Grenétat_ vienne de d'_Arnetal_, transformé en _Garnetal_ et enfin _Grenétat_.
_Grégoire de Tours_ (rue Saint): Saint Grégoire de Tours, né à Tours en 559, mourut en 593, dans cette même ville dont il était évêque. Son grand ouvrage, ayant pour titre _Histoire ecclésiastique des Francs_, est admirable par la candeur et la sincérité de la narration, quoiqu'il laisse à désirer au point de vue de la critique historique. Sans ce trésor, ou cet ensemble inappréciable de faits recueillis par le bon évêque avec une sollicitude si persévérante, que saurions-nous des premiers temps de nos annales?
_Grès_ (rue des): Autrefois le passage des _Jacobins_; dès l'année 1220, les Frères Prêcheurs ou Dominicains eurent, dans la rue Saint-Jacques, avec un couvent, une église dédiée à saint Jacques le Majeur, leur patron. C'est de là que leur vint le nom de _Jacobins_, sous lequel furent généralement connus dès lors les Dominicains de Paris. Ce nom de _Jacobins_, étrangement détourné de sa signification primitive, sert aujourd'hui à désigner la pire espèce des révolutionnaires, parce que les séances d'un club trop fameux sous la révolution, et dont Robespierre était l'idole, se tenaient dans un ancien couvent des Jacobins (Dominicains).
_Guénégaud_ (rue): Ce nom vient d'un hôtel appartenant à Henri de Guénégaud, ministre et secrétaire d'État en 1641.
_Guisarde_ (rue): On lui donna ce nom en souvenir de l'hôtel du Petit-Bourbon qui, du temps de la Ligue, était habité par la fameuse duchesse de Montpensier et servait de quartier-général à la faction des Guises.
H
_Halles_ (les): Avant Philippe-Auguste, le terrain occupé depuis par les Halles, n'était qu'un grand espace vague appelé _Champeaux_. «Les malades de la prieuré de St-Ladre, dit Corrozet, avaient dans ce temps et d'ancienneté acquis le droit de marché et foire publique pour distribuer toutes marchandises, lequel marché se tenait près de leur maison. Mais le roi Philippe-Auguste, ayant fait fermer sa ville de Paris, acheta le droit d'iceux et ordonna qu'il serait tenu dedans une grande place vague nommée les _Champeaux_ (petits-champs), auquel lieu furent édifiés maisons, habitations, ouvroirs, boutiques et places publiques, pour y vendre toutes sortes de marchandises et les tenir et serrer en sûreté et fut appelé ce marché les _Halles_, ou _alles_ de Paris, pour ce que chacun y allait.»
«C'est un endroit qu'il faut éviter, suivant G. Brice, à cause des embarras continuels qui s'y trouvent.» Cette remarque porterait à faux maintenant que les réglements de police y ont mis bon ordre en facilitant la circulation et empêchant l'encombrement par des heures fixées pour l'arrivée et le départ des voitures qui apportent les comestibles.
_La Harpe_ (rue de):
Vins en la rue de la Harpe, Je n'avais hareng ni carpe.
lisons-nous dans _Le Dit des Rues_. Cette voie fort ancienne fut ainsi nommée à cause d'une enseigne. Du Breuil assure qu'elle s'appelait auparavant _Ste-Côme_ sans dire d'où lui vient ce renseignement.
«Au fond d'une assez vilaine maison, dit de son côté Ste-Foix, qui a pour enseigne la _Croix de fer_, on voit une salle très vaste voûtée et haute d'environ quarante pieds. C'est un reste de l'ancien palais des Thermes, et un précieux monument de la façon dont bâtissaient les Romains...» Ce fut la demeure ordinaire de nos rois de la première race. «Childebert, écrit Fortunat, allait de son palais par ses jardins, jusqu'aux environs de l'église St-Vincent.» Les princesses Gisla et Rotrude, filles de Charlemagne, y furent reléguées après sa mort. Ce grand homme avait un peu trop fermé les yeux sur leur conduite, apparemment par cette même tendresse qui l'avait empêché, dit le P. Daniel, de les marier.
Beaucoup de gens se trompent donc qui croient que cette rue s'appelle ainsi en souvenir de La Harpe, l'auteur du _Cours de Littérature ancienne et moderne_.
_Haussmann_ (boulevard): Notre introduction, ainsi qu'on l'a vu, contenait une appréciation en quelques lignes de l'oeuvre de M. Haussmann, le Paris transformé, comme disaient les courtisans. Nous revenions ici sur ce sujet plus longuement et plus sévèrement, mais dans les circonstances actuelles, il nous paraît convenable de retrancher de cet article tout ce qui concernait M. Haussmann puisque nous aurions plus à blâmer qu'à louer; car dans cette gigantesque entreprise, poursuivie avec une hâte et une activité fiévreuses, et l'on sait au prix de quels sacrifices, ou plutôt de quelles ruines, si l'on voit d'excellentes choses, des choses urgentes, indispensables, habilement exécutées, combien qui ne sont que pour l'ostentation et font de Paris une ville impossible!
_Haxo_ (rue): Il y eut deux généraux de ce nom, le premier, Nicolas Haxo, qui périt au combat de la Roche-sur-Yon (Vendée) en 1794; le second, François-Nicolas, baron de Haxo, neveu du précédent, général de division du génie, mort en 1838, à l'âge de soixante-quatre ans.
Cette rue Haxo est devenue célèbre par un récent et trop tragique évènement! C'est là, dans une sorte d'enclos qui s'y trouve, qu'ont été fusillés ou plutôt assassinés, pêle-mêle et Dieu sait avec quelles horribles circonstances! (le 26 mai 1871), comme otages de la Commune et martyrs du devoir, onze prêtres ou religieux et trente-neuf gendarmes ou gardiens de la paix. Parmi les ecclésiastiques, nous citerons, l'abbé Planchat, aumônier du patronage Ste-Anne, le séminariste Seigneuret, et les jésuites Olivain, Caubert, de Bengy, dont les tombes se voient maintenant, dans l'église du Jésù, avec celles de leurs deux confrères, morts comme eux pour la foi, à la Roquette.
_Hautefeuille_ (rue): D'après Jaillot, elle a pris ce nom à cause des arbres hauts et touffus qui bordaient jadis la voie. «Il appuie son opinion, dit Lazare, sur un article des premiers statuts faits pour les Cordeliers, d'après lequel le jeu de paume est interdit aux religieux sous la _Haute-feuillée_.»
_Haudriettes_ (rue des _Vieilles_): Ce nom vient du couvent des religieuses dites _Haudriettes_, qui avaient pour fondateur Étienne Haudri.
_Heaumerie_ (rue de la): Elle doit son nom à une enseigne représentant un _heaume_ (casque). La plupart des maisons d'ailleurs étaient occupées par des _Heaumiers_ (armuriers.)
_Honoré_ (rue _St_): On ne sait pas quel nom elle portait avant de prendre celui qu'elle porte actuellement, et qui n'est pas fort ancien; car il ne lui fut donné paraît-il, qu'après la construction de l'église St-Honoré. «C'est une des rues les plus marchandes de Paris, dit Sauval, surtout, depuis le _cimetière_ St-Innocent jusqu'à St-Honoré, non pas toujours des deux côtés à la fois, mais alternativement et avec interruption tantôt d'un côté tantôt de l'autre. Et de fait, depuis la rue des _Déchargeurs_ jusqu'à la rue _Tirechape_, les maisons sont habitées par de riches drapiers qui les louent bien chèrement et dont les boutiques et les magasins sont pleins de marchandises et de draps de toute sorte. De l'autre côté vis-à-vis, elle n'est occupée que par des fripiers mal fournis et autres semblables artisans qui ne font pas grand trafic et qui louent peu leurs logis.... De savoir maintenant la raison de cette alternative de trafic si bizarre dans une même rue, c'est une chose difficile autant que de dire pourquoi les drapiers sont sortis de la rue de la _Vieille Draperie_, les Passementiers de la rue de la _Vieille Monnaie_, etc.»
_Honoré-Chevalier_ (rue): Nom d'un des principaux propriétaires riverains au XVIe siècle.
_Huchette_ (rue de la):
La rue de la Huchette à Paris Première dont pas n'a mépris,
doit son nom à une enseigne. Au commencement du XVIIe siècle, on l'appelait aussi des _Rôtisseurs_ à cause du grand nombre d'industriels en ce genre qu'on y voyait et dont les établissements par leur grandeur et la multitude des fourneaux, causèrent, disent les auteurs du temps, un tel étonnement au père Bonaventure Catalagirone, l'un des négociateurs de la paix de Vervins, qu'à son retour en Italie, il ne parlait de cette rue pantagruélique qu'avec stupeur: «_Veramente queste rotisserie sono causa stupenda._»
«À toute heure du jour, dit l'auteur du _Tableau de Paris_, on y trouve des volailles cuites; les broches ne désemparent point le foyer le plus ardent; un tourne-broche éternel, qui ressemble à la roue d'Ixion, entretient la torréfaction. La fournaise des cheminées ne s'éteint que pendant le carême; et si le feu prenait dans cette rue dangereuse par la construction de ses antiques maisons, l'incendie serait inextinguible.»
_Hurleur_ (rue du _Grand_): Origine douteuse. L'opinion la plus probable est celle qui fait venir cette dénomination du nom propre Heu-leu, Hugues le Loup, par corruption _Hurleur_.
I
_Imprimerie Nationale_: François Ier, par lettres patentes du 17 janvier 1538, nomma Conrad Néobard, son imprimeur, l'imprimeur du roi et jouissant de priviléges très-étendus. Mais l'Imprimerie royale, proprement dite, ne fut créée que beaucoup plus tard, sous Louis XIII; elle doit sa fondation à Richelieu, en 1640, et dès l'origine, elle se distingua par la perfection de ses produits. Des types choisis, une mise en page intelligente, un beau et bon papier, le tirage très net, recommandent le premier livre imprimé dans l'établissement. C'était un in-folio: _de Imitatione Christi_, que suivit ou précéda un _Novum Testamentum_ dans le même format.
Les ateliers étaient établis dans une des ailes du Louvre, où ils restèrent jusqu'à l'année 1808. Alors, par un décret en date du 6 mars, l'Imprimerie Impériale fut transférée rue Vieille-du-Temple, dans l'ancien Palais-Cardinal, approprié à cet effet, et elle s'y trouve encore. Les ateliers, vastes et bien aérés, non moins bien éclairés, se divisent en ateliers de fonderie, composition, impression, séchage, brochage, reliure, etc. Le nombre des ouvriers et ouvrières, en temps ordinaire, s'élève à 1,000 environ, d'après M. L. Lazare, et chacun d'eux, après trente années de service, a droit à une pension de retraite.
Une anecdote en terminant. Lors de la visite que le pape Pie VII, venu à Paris pour sacrer l'Empereur, fit à l'Imprimerie Impériale, quand il entra dans les ateliers, les ouvriers, compositeurs, imprimeurs, etc., se découvrirent soudain respectueusement, un seul excepté qui d'un air rogue, malgré les observations et les murmures de ses camarades, s'obstinait à garder sa casquette.
«Mon ami, dit le pape avec douceur en s'approchant de lui, découvrez-vous, la bénédiction d'un vieillard porte toujours bonheur.»
À ces mots non-seulement l'ouvrier fut prompt à retirer sa casquette, mais, tremblant d'émotion et les yeux pleins de larmes, il voulut s'agenouiller pour recevoir la bénédiction du souverain pontife.
_Innocents_ (_Marché des_): Établi sur l'emplacement du cimetière et de l'église des _Saints-Innocents_, construite au temps de Louis VII, dit le Jeune. Ce ne fut que longtemps après (1786) qu'on démolit avec l'église les fameux charniers, contigus au cimetière. Ils consistaient en une grande galerie voûtée dans laquelle se faisaient enterrer les privilégiés de la fortune. Cette galerie pavée de tombeaux, tapissée de monuments funèbres, servait néanmoins de passage aux piétons, et pour ce motif était encombrée de boutiques de mercerie, lingerie, modes (étrange rapprochement!) et de bureaux d'écrivains publics. Elle occupait une partie de la largeur actuelle de la rue de la Ferronnerie. «C'est au milieu des débris vermoulus de trente générations qui n'offrent plus que des os en poudre, dit Mercier, c'est au milieu de l'odeur fétide et cadavéreuse qui vient offenser l'odorat, qu'on voit celles-ci acheter des modes et celles-là dicter des lettres amoureuses.»
Lors de la démolition de l'église, en 1786, fut construite la fontaine dite des Innocents dont les matériaux, pour la plus grande partie, provenaient d'un monument adossé à l'église et formant l'angle des rues aux Fers et Saint-Denis. L'idée et l'exécution font honneur à l'ingénieur nommé Six. Cinq des figures de Naïades sont de Jean Goujon, et ajoutent beaucoup, par leur admirable exécution, à la valeur du monument.
_Institut._ Ancien collége des Quatre-Nations fondé par Mazarin et pour lequel il avait légué une somme de deux millions en argent, plus 45,000 livres de rentes sur l'Hôtel-de-Ville de Paris. Le collége s'appelait des Quatre-Nations, pour indiquer les pays appelés à jouir des bénéfices de cette fondation. Là, devaient être élevés les enfants des gentilshommes ou principaux bourgeois de Pignerol et son territoire, de l'Alsace et pays d'Allemagne, de l'État ecclésiastique, de Flandre et de Roussillon. Le collége a subsisté jusqu'à la Révolution française.
_Invalides_, (Hôtel des): Commencé sous Louis XIII par les ordres de Richelieu qui confia la direction des travaux à Libéral Bruant, il fut complété et achevé sous Louis XIV. La partie de l'édifice exécutée sur les plans de L. Bruant se compose de la cour d'honneur entourée d'arcades, des bâtiments qui l'environnent et de l'église. Le reste est l'oeuvre de Mansart.
«Plus les âges qui ont élevé nos monuments ont eu de piété et de foi, dit un éloquent écrivain[47], plus ces monuments ont été frappants par la grandeur et par le caractère. On en voit un exemple remarquable dans l'Hôtel des Invalides et dans l'École militaire; on dirait que le premier a fait monter ses voûtes dans le ciel à la voix du siècle religieux, et que le second s'est abaissé vers la terre à la parole du siècle athée.
«Trois corps de logis, formant avec l'église un carré long, composent l'édifice des Invalides. Mais quel goût dans cette simplicité! quelle beauté dans cette cour qui n'est pourtant qu'un cloître militaire où l'art a mêlé les idées guerrières aux idées religieuses, et marié l'image d'un camp de vieux soldats aux souvenirs attendrissants d'un hospice! C'est à la fois le monument du _Dieu des Armées_ et du _Dieu de l'Évangile_. La rouille des siècles qui commence à le couvrir lui donne de nobles rapports avec ces vétérans, ruines animées, qui se promènent sous ces vieux portiques. Dans les avant-cours, tout retrace l'idée des combats: fossés, glacis, remparts, canons, tentes, sentinelles. Pénétrez-vous plus avant, le bruit s'affaiblit par degrés, et va se perdre à l'église, où règne un profond silence. Ce bâtiment religieux est placé derrière les bâtiments militaires, comme l'image du repos et de l'espérance, au fond d'une vie pleine de troubles et de périls.
«Le siècle de Louis XIV est peut-être le seul qui ait bien connu ces convenances morales, et qui ait toujours fait dans les arts ce qu'il fallait faire, rien de moins, rien de plus. L'or du commerce a élevé les fastueuses colonnades de l'hôpital de Greenwich en Angleterre; mais il y a quelque chose de plus fier et de plus imposant dans la masse des Invalides. On sent qu'une nation qui bâtit de tels palais pour la vieillesse de ses armées a reçu la puissance du glaive ainsi que le sceptre des arts.»
On sait qu'aux voûtes de l'église se voient suspendus les drapeaux de toutes couleurs, glorieux trophées conquis sur l'ennemi.
Est-il permis de ne pas dire, quoique personne ne l'ignore, que, dans la crypte de l'église, se trouve le tombeau de Napoléon Ier, dont le corps, jusqu'en 1840, reposa sous le saule de Sainte-Hélène et qui fut alors, après vingt-cinq ans, rapporté de la terre d'exil.
_Il est là, sous trois pas un enfant le mesure._
(LAMARTINE).
[47] Chateaubriand. _Génie du Christianisme._
J
_Jacob_ (rue): Doit son nom à la reine Marguerite de Valois qui avait fait voeu de bâtir un autel et fit construire le couvent et l'église des Petits-Augustins où s'éleva l'autel _Jacob_.
_Saint-Jacques de la Boucherie_ (Tour): Lors de la démolition de l'église, vendue, en 1797, comme propriété nationale, cette Tour avait été conservée. La ville de Paris l'ayant achetée des héritiers Dubois pour la somme de 250,000, elle fut classée parmi les monuments historiques, ce qui la mettait pour toujours à l'abri de la pioche des démolisseurs. La tour, habilement restaurée par l'architecte Th. Ballu, s'élève maintenant au milieu des frais ombrages d'un square bien connu des mères de famille du quartier et de leurs gentils bambins.
Voyez se dresser, veuve et seule, Du sein des arbustes fleuris, La tour Saint-Jacque, une autre aïeule Des édifices de Paris. Longtemps son destin fut précaire; Mais, comme un riche reliquaire Que quelque amoureux antiquaire Conserve précieusement, Qu'il tonne, qu'il vente ou qu'il pleuve, Elle est désormais à l'épreuve Et, sur sa base, au bord du fleuve, Assise inébranlablement.
a dit un poète contemporain[48]. Au premier étage se voit une statue de Pascal, et une inscription placée sur l'une des parois rappelle que ce fut dans la Tour St-Jacques que Blaise fit ses premières expériences relatives à la pesanteur de l'air.
_St-Jacques_ (rue): A longtemps été divisée en plusieurs tronçons appelés de noms divers: _Grande rue du Petit-Pont_, _Grande rue St-Benoît_, _Grande rue St-Étienne des Grès_. Son nom actuel, qu'elle porte dans toute sa longueur, vient originairement de la chapelle St-Jacques qui s'y trouvait et que desservaient, depuis l'année 1218, les religieux dominicains.
_Japy_ (rue): Elle doit son nom à une famille d'horlogers célèbres, dont le chef, Frédéric Japy, était fils d'un maréchal ferrant de Beaucourt, arrondissement de Béfort (Haut-Rhin). Après avoir fait son apprentissage en Suisse, chez un horloger distingué du pays, nommé Perrelet, il vint à Paris en 1789 «ayant pour toute mise de fonds, dit M. Lazare, ses bras et son coeur.» Trente ans après, il cédait à ses trois fils son établissement très-prospère et l'un des plus considérables de France et même d'Europe.
_Jardinet_ (rue du): A pris ce nom du jardin du collége de l'hôtel Vendôme situé entre cette rue et celle du Battoir.