Les Rues de Paris, tome troisième Biographies, portraits, récits et légendes
Part 13
_Culture Ste-Catherine_ (rue): On prononçait _coulture_. Cette rue et plusieurs autres avec elle s'appelèrent de ce nom qui signifie un endroit propre à _être cultivé_. Il y avait jadis à Paris un grand nombre de ces terrains appartenant à des églises, à des abbayes, la culture Saint-Éloi, la culture Saint-Gervais, Saint-Lazare, etc.
Au coin de cette rue _Culture Ste-Catherine_, dans la nuit du 13 au 14 juin 1391, Pierre de Craon tenta par vengeance d'assassiner le connétable de Clisson. Il le laissa pour mort sur la place, mais le connétable n'était que blessé et guérit assez promptement. Les biens de Pierre de Craon furent confisqués, son hôtel démoli et l'emplacement où il s'élevait servit dès lors de cimetière à la paroisse Saint-Jean.
_Cuvier_ (rue): Georges Cuvier, né en 1769 mourut en 1832. L'illustre naturaliste, qui fut un éminent écrivain, a jeté les bases de cette branche nouvelle de la science qu'on appelle la _Paléontologie_, dont les progrès ont été si rapides. Un des résultats les plus considérables des récentes découvertes géologiques, fruit de patientes investigations, a été de prouver le merveilleux accord de la cosmogonie de Moïse avec les faits mis en lumière par la science. «Chose admirable, dit Cuvier, les dépôts et les débris fossiles suivent absolument, dans les degrés de leur enfoncement dans le sein de la terre, l'ordre des jours où les substances auxquelles elles ont rapport furent créées d'après le récit de Moïse... Élevé dans toute la science des Égyptiens, Moïse nous a laissé une _Cosmogonie_ dont l'exactitude se vérifie chaque jour. Les observations géologiques s'accordent parfaitement avec la _Genèse_ sur l'ordre dans lequel ont été successivement créés tous les êtres organisés[43].»
[43] Cuvier:--_Recherches sur les ossements des quadrupèdes fossiles._
D
_Daguerre_ (rue): L. Jacques Daguerre (1788-1851) inventeur du _Diorama_, en 1822, l'est aussi du _Daguerréotype_ (1839) réservé à une bien autre fortune grâce aux perfectionnements de la découverte. Le procédé, qui consistait d'abord à fixer les images sur la plaque métallique par la seule action de la lumière, est devenu surtout populaire par la _Photographie_ qui, à l'aide du verre dépoli, reproduit l'empreinte sur le papier et tire autant d'épreuves que l'on désire.
L'engouement pour les cartes-portraits et les albums paraît cependant très-refroidi.
C'est une question de savoir si le peintre Daguerre, avec sa découverte qui donne trop aux procédés matériels, n'a pas nui à l'art plus qu'il ne l'a servi. Toppffer assez compétent est pour l'affirmative. J'inclinais, moi-même à cette opinion lorsque j'ai lu, d'un écrivain éminent, une page éloquente qui m'a fait réfléchir et m'a converti, peu s'en faut, à la photographie.
«Voici que, depuis peu de jours, dit le père Gratry dans les _Sources_ (2e partie), l'art de fixer l'image de la figure humaine devient si populaire et si facile, que les peintres, aidés du soleil, parcourent dans toute l'Europe jusqu'aux moindres villages, et font si bien que fort souvent ils ne laissent pas dans la contrée une seule figure humaine sans la saisir. Eh bien! voilà les portraits des ancêtres. Ce qui n'était possible, il y a plusieurs siècles, qu'aux rois et aux seigneurs, sera bientôt réalisé pour tous; l'usage de ces collections s'étendra; on mettra les noms et les dates, puis quelques faits saillants: fonctions, honneurs, services, actes de dévouement. Les maires et les curés signeront les portraits, constateront les souvenirs. Voilà les parchemins, voilà les titres de noblesse! Ô mon frère qui que vous soyez, devenez fondateur ou bien régénérateur d'une race noble! Portez avec vigueur à son grand but, qui est la multiplication des justes et des enfants de Dieu, celles des lignées humaines, dont vous êtes un anneau: en cela seul, vous aurez été un bienfaiteur de la patrie et de l'humanité.»
Nous voilà bien loin de Daguerre et de sa plaque!
_Davoust_ (rue): Davoust (Louis-Nicolas) maréchal de France et prince d'Eckmühl, joignait à de grands talents militaires, prouvés surtout par la victoire d'Auesterdæt, une honorable indépendance de caractère. Né en 1770, il est mort en 1823.
_Dauphin_ (rue du): Relativement récente, car elle ne date que du XVIIe siècle. Elle s'appelait d'abord St-Vincent; mais vers 1744, le Dauphin (père de Louis XVI) prit l'habitude de suivre cette rue pour aller entendre la messe à St-Roch. Un matin, pendant qu'il priait, le peuple, à qui ce prince était cher par ses vertus, enleva l'ancienne inscription pour la remplacer par une nouvelle, celle de _rue du Dauphin_.
_Dauphine_ (rue): Ce nom lui fut donné en l'honneur du Dauphin, depuis Louis XIII (1606).
_Dauphine_ (place): Fut faite sous le règne de Henri IV, et à cette époque Paris ne comptait comme places publiques que la Grève, les Halles, le parvis Notre-Dame, la place Maubert, celle du Chevalier-du-Guet, de Sainte-Opportune et de la Croix-du-Tiroir.
«Lorsque le projet de bâtir le Pont-Neuf avait été conçu, dit Saint-Victor, on avait coupé l'île de la Gourdaine du côté du grand cours de l'eau, le moulin de la Monnaie avait été détruit, et sur les deux côtés du triangle qui forme ce terrain avaient été construits les deux quais que nous voyons aujourd'hui. Commencés en 1580, puis interrompus, ils furent repris vers le temps où l'on finissait le pont et achevés en 1611. Tout l'espace qui s'étendait depuis l'Éperon jusqu'au jardin du Palais était encore en prairies: «c'était, dit Sauval, une solitude stérile, déserte et abandonnée qui, tous les ans, était noyée et cachée sous l'eau.» Henri IV en fit don, en 1607, au premier président de Harlay, à la charge d'y bâtir, suivant les plans et devis qui lui seraient donnés par le grand voyer et sous la condition de quelques redevances. Ce magistrat fit construire d'abord, le long des murs du jardin, une rue de maisons uniformes qui aboutit aux deux quais du grand et du petit cours d'eau et qui fut nommée rue du _Harlay_. Sur le plateau triangulaire qui formait le reste de l'île, on ouvrit une place qui fut environnée de maisons à double corps de logis dont l'un a vue sur la place et l'autre sur les quais. Le plan en fut donné par le roi qui la nomma place _Dauphine_, en mémoire de la naissance de son fils Louis XIII.
Sous la Révolution, la place s'appela _Place_ de Thionville, et garda ce nom jusqu'à la Restauration. C'est au milieu de cette place, à l'endroit à peu près où se voit le monument de Desaix, que furent brilles, sous Philippe IV dit le Bel, Jacques Molay, grand maître des Templiers et le maître de Normandie. L'île dite de la Gourdaine appartenait alors à l'abbaye de St-Germain des Prés et le roi crut devoir écrire aux religieux de l'abbaye que par cette exécution il n'avait aucunement prétendu porter atteinte à leurs droits de propriété. Le fait est assez curieux pour ne pas l'oublier.
_David_ (rue): Louis David, né en 1748, mort en 1825. Très vraie nous paraît cette réflexion de Raczynski à propos de ce maître: «Dans les _Sabines_ de David par exemple, il y a de très grandes beautés. Les enfants dans ce tableau sont dignes du Dominiquin.... Si au lieu de brûler de l'encens sur les autels du paganisme et de la Révolution, il avait élevé son âme aux inspirations chrétiennes, s'il avait été donné à ce coeur de connaître la charité, la piété et le calme religieux, il eut sans doute atteint le sublime de l'art.»
Dans la bouche du critique, ces observations ont plus de portée encore.
_Delaroche_ (rue): Paul Delaroche, né en 1797, mort en 1856. Lenormant a dit de cet illustre peintre: «Tous les moyens employés par l'artiste sont pour ainsi dire sa création, et par un bonheur sans égal il trouve le secret de s'adresser à tout le monde; tandis que le peuple, dans le sens véritable et étendu du mot, est séduit et captivé par une réalité saisissante, l'homme de l'art reconnaît un talent original, des ressources étonnantes, et son suffrage, _arraché peut-être_, n'en est que plus sincère et plus profond.»
«... Après ce que j'ai dit, j'ai peu de chose à ajouter sur son caractère pour faire juger l'homme en même temps que le peintre. On s'arrange mieux aujourd'hui d'épines dorsales plus souples que la sienne: mais il s'inquiétait peu qu'on le trouvât raide pourvu que sa conscience lui dît qu'il était bon. Il était par-dessus tout l'homme du devoir et du travail; il avait à un degré supérieur le sentiment de la dignité de l'artiste: et ceux qui dépendaient de lui, enfants, élèves et domestiques, savaient seuls qu'il n'y avait pas de bornes à la douceur intime de son caractère.... Il laisse de beaux exemples et n'a donné que de bonnes leçons.»
_Casimir Delavigne_ (rue): Né en 1793, mort en 1843, Casimir Delavigne a prouvé, (comme Racine avec _Athalie_), par sa tragédie des _Enfants d'Édouard_ que, sans une intrigue amoureuse, un drame pouvait offrir l'intérêt le plus soutenu, le plus profond, tenir jusqu'à la fin le spectateur haletant sous le coup de son émotion croissant de scène en scène, et le conduire le coeur serré par l'angoisse, les yeux pleins de larmes, au dénouement des plus pathétiques. La plupart des autres pièces de l'auteur, les _Vêpres siciliennes_, le _Paria_, _Marino Faliero_, etc, ont vieilli, pour la forme comme pour le fond; la tragédie des _Enfants d'Édouard_, de beaucoup supérieure, vraiment remarquable même, a gardé tout son attrait restée à bon droit au théâtre. Beaucoup de vers sont devenus proverbe, celui-ci par exemple:
Quand ils ont tant d'esprit les enfants vivent peu.
On y regrette seulement quelques hémistiches malveillants à l'adresse du clergé. Delavigne par malheur était imbu de préjugés rétrogrades et voltairiens, qui, dans le _Don Juan d'Autriche_, s'accentuent jusqu'à l'ineptie et au ridicule. Le caractère honorable du poète, qui n'était point un bohème comme tels autres de nos contemporains, rend plus extraordinaire le penchant à ces sottises peu dignes d'un esprit aussi élevé, penchant qui doit tenir à une première et fausse éducation. Mais il dépendait de Casimir Delavigne de s'éclairer par l'expérience, par l'étude, la réflexion aidées de la conscience; et précisément parce qu'il eut plus de lumières, il semble moins excusable d'avoir persévéré dans ces vulgaires errements.
Les _Messéniennes_, poésies lyriques, qui eurent naguère tant de retentissement et commencèrent la réputation de l'auteur, ne se lisent plus guère.
_Saint-Denis_ (rue): Est l'une des plus anciennes de Paris. Elle existait comme rue avant la fin du XIe siècle, et avait pris tout naturellement son nom du chemin qui conduisait au village de St-Denis (ancienne Catalocum), où l'on vénérait le tombeau du saint martyr, et de ses compagnons. C'était et ce fut longtemps un pèlerinage des plus célèbres.
La rue à l'abbé de Saint-Denis Sied assez près de Saint-Denis[44].
«À deux lieues est l'abbaye laquelle est d'excellent édifice, dit un vieil auteur[45]: là sont les corps de St-Denis et ses compagnons St-Ruth et St-Eleuthère, en grandes riches fiertes (châsses). Si y est une maisoncelle (petite maison) dessus appelée _tégurion_, toute d'argent, à riches pierres, laquelle fit saint Éloi. Si fut d'abord la couverture de l'église d'argent; mais puis, pour une grande guerre, fut découverte et fut pour ce baillé à l'église un des saints Clous, une partie de la sainte Couronne, une partie de la Lance, une partie de la sainte Croix, le Suaire de Notre-Seigneur, la destre de saint Siméon, une chemise de Notre-Dame et autres notables reliques. Illec (là) sont moult de riches sépultures de rois et de princes; là prend le roi l'oriflamme quand il va en guerre; c'est un gonfanon dont la hampe est dorée et la bannière vermeille à cinq franges où l'on met houppes de vert.»
C'était par la rue St-Denis que les rois et les reines de France faisaient leur entrée solennelle dans Paris. Toutes les rues sur leur passage étaient tendues d'étoffes magnifiques de soie et de drap. Voici ce que Froissard nous raconte à propos de l'entrée dans Paris de la trop fameuse Isabeau, femme de Charles VI: «À la Porte aux Peintres, rue St-Denis, on voyait un ciel nué et étoilé très richement, et Dieu par figure séant en sa majesté, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; et dans ce ciel petits enfants de choeur chantaient moult doucement en forme d'anges; et lorsque la reine passa dans sa litière découverte sous la porte de ce paradis, deux anges descendirent d'en haut tenant en leur main une très riche couronne d'or, garnie de pierres précieuses et la mirent moult doucement sur le chef de la reine, chantant en vers:
Dame enclose entre fleurs de lys, Reine êtes-vous de paradis, De France et de tout pays. Nous remontons au paradis.
On sait que saint Denis, apôtre des Gaules, qui fut le premier évêque de Paris, souffrit le martyre dans cette ville avec ses compagnons, Rustique, prêtre, et Eleuthère, diacre, et que tous trois eurent la tête tranchée. Les Actes nous apprennent de plus qu'après l'exécution, les corps des saints furent jetés dans la Seine par les bourreaux; mais une pieuse chrétienne du nom de Catulla, à la faveur des ténèbres et aidée de quelques serviteurs sans doute, put les retirer et les enterrer honorablement non loin du lieu où les confesseurs avaient été décapités. Sur cette tombe vénérée, les fidèles élevèrent une chapelle, comme on l'a dit plus haut, remplacée au cinquième siècle par une église. Puis, lorsque le roi Dagobert fonda la célèbre abbaye de St-Denis, il y fit transporter les précieuses reliques.
Mais à quelle date faut-il placer le martyre de saint Denis? «L'opinion la plus probable, dit Godescard, est qu'il souffrit durant la persécution de Valérien, en 272.» Mais une tradition fort ancienne et respectable autant que vraisemblable, d'après des hagiographes consciencieux, veut que saint Denis, premier évêque de Lutèce, fût celui-là même que saint Paul convertit à Athènes et qui est connu sous le nom de _l'Aréopagite_. Dès le temps des apôtres, et envoyé par eux, il avait porté l'Évangile dans les Gaules; son martyre remonterait donc au premier siècle de l'ère chrétienne. Il ne nous appartient pas, à nous trop peu versé dans ces matières, de décider à ce sujet; il nous semble toutefois, en ne consultant que les simples lumières du bon sens, que le triomphe définitif de cette opinion, s'appuyant de preuves sérieuses, ne pourrait qu'ajouter à la gloire de l'église gallicane puisque l'évêché de Paris remonterait ainsi à la plus haute antiquité.
_St-Denis_ (porte): En 1671, le prévôt des marchands et les échevins décidèrent qu'on érigerait un arc de triomphe en mémoire des glorieux exploits de Louis XIV dans la Flandre et la Franche-Comté. La ville de Paris fit les frais de cette construction. Ils s'élevèrent à 500,122 f. Les sculptures, commencées par Girardon d'après les dessins donnés par François Blondel, furent achevées par Michel Anguier. L'arc de triomphe fut restauré en 1807 par M. Cellerier.
_Descartes_ (rue): René Descartes, mathématicien et métaphysicien célèbre, né en 1596, mourut en 1650. Il a fait dire de lui: «Tout est tellement plein dans le système de Descartes que la pensée ne peut s'y faire jour et y trouver place. On est toujours tenté de crier comme au parterre: «De l'air! de l'air! On étouffe, on est moulu!» J'en crois plus volontiers ici Joubert que le poète quand il dit:
Descartes, ce mortel dont on eût fait un Dieu!
_Desèze_ (rue): Romain ou Raymond, comte Desèze, né à Bordeaux en 1750, mort en 1828, l'un des défenseurs de Louis XVI.
_Diamants_ (rue des cinq): Ce nom vient d'une enseigne.
_St-Dominique St-Germain_ (rue): S'appelle ainsi depuis l'an 1643, que les Jacobins obtinrent la permission de lui donner ce nom au lieu de celui de _Rue aux Vaches_, _Chemin aux Vaches_, qu'elle portait parce que les vaches du faubourg St-Germain passaient par ce sentier pour aller paître au Pré aux Clercs. (Il y a longtemps de cela).
_Dragon_ (rue et cour du): Ce nom vient d'un _dragon_ sculpté au-dessus de l'une des portes de la Cour.
_Draperie_ (rue de la _Vieille_): Après l'expulsion des Juifs, en 1183, Philippe-Auguste établit dans cette rue des drapiers auxquels il donna 24 maisons moyennant 100 livres de rentes. De là le nom de la draperie qui devint, en 1313, la _Viez Draperie_.
_Du Sommerard_ (rue): Du Sommerard est le savant antiquaire à qui l'on doit la création du Musée de Cluny, par suite du don qu'il fit à la ville de Paris de sa précieuse collection. Né en 1779, il mourut en 1842.
[44] _Le Dit des Rues._
[45] Guillebert de Metz.
E
_Éblé_ (rue): Engagé volontaire dès l'âge de 9 ans comme fils d'un officier, Éblé (Jean-Baptiste) était capitaine au moment de la Révolution qui lui ouvrit une plus large carrière. Général de brigade en septembre 1793, on lui dut une nouvelle et meilleure organisation de l'artillerie. Après avoir fait la plupart de nos grandes campagnes, il fut, lors de la guerre de Russie, nommé commandant en chef des équipages et rendit, en cette qualité, des services inappréciables.
Quand vinrent les désastres de la retraite, Éblé dirigea la construction des ponts qui permirent aux débris de l'armée de franchir la Bérésina et sauvèrent la vie à tant d'infortunés. Le brave général, pour hâter l'exécution du travail, et réparer, au besoin, les accidents, resta trois jours et trois nuits sur la rive du fleuve les pieds dans l'eau et dans la glace. Victime ou plutôt martyr de son dévouement, par suite de la fatigue et du froid, il s'éloigna malade. Quelques jours après, il expirait à Koenisberg au moment où l'Empereur le nommait inspecteur-général et commandant en chef de l'artillerie de l'armée.
_Échaudé_ (rue de l'): On appelle échaudé un îlot de maisons en forme triangulaire qui donne sur trois rues.
_Échelle_ (rue de l'): On nommait échelles autrefois certains lieux d'exécution à cause d'une espèce d'échelle sur laquelle on attachait les coupables.
_École_, (rue de l'): Voici ce que nous en apprend _Le Dit des Rues de Paris_:
En après est, rue de l'École, La demeure à dame Nicole; En cette rue, ce me semble, Vend-on foin et fouarre (paille).
Le vieux poète Ruteboeuf nous a laissé de l'écolier d'alors un portrait pris sur le vif et curieux aujourd'hui encore à reproduire:
Quand il est à Paris venuz Por faire à quoi il est tenuz Et por (pour) mener honeste vie, Si bestorne (renverse) la prophétie. Gaing de soc et d'arérure (labourage) Nos convertit en arméure (armure); Por chacune rue regarde Où voie la belle musarde; Partout regarde, partout muse; Ses argenz faut (gaspille) et sa robe uze: Or est tout au recoumancier (recommencer). Ne fait or bien ce semancier En carême que l'on doit faire, Chose qui à Dieu doive plaire. En lieu de haires haubers vestent, Et boivent tant qu'ils s'entêtent.
_École Polytechnique_: Cette École célèbre, fondée, en 1794, sous le titre de: _École centrale des Travaux publics_, parce qu'elle était destinée surtout à former des ingénieurs, prit le nom d'_École Polytechnique_ que lui donna la loi du 1er septembre 1795, modifiant son organisation. Les savants les plus illustres de l'époque, Lagrange, Laplace, Berthollet, Fourcroy, Monge, etc., tinrent à honneur d'y professer. Les élèves se réunissaient dans les amphithéâtres du Palais-Bourbon; mais, après le décret du 16 juillet 1804, qui déclara qu'à l'avenir ils seraient casernés, l'École fut transférée sur la montagne Sainte-Geneviève, dans le local qu'elle occupe aujourd'hui.
L'admission a toujours lieu par voie de concours, et des examinateurs spéciaux en décident. La durée des cours est de deux ans, suivis de nouveaux et rigoureux examens. Les élèves s'ils n'ont pas échoué, en sortant _fruits-secs_, ont le droit de choisir, d'après le rang qu'ils occupent sur la liste dressée par le jury, le service public (ponts-et-chaussées, mines, artillerie, état-major, etc.) dans lequel ils veulent entrer. Aux derniers nécessairement les moins bonnes places: _tardè venientibus ossa_.
_Deux-Écus_ (rue des): Guillot, en 1300, la nomme des Écus seulement. C'est là que naquit, il y a pas mal d'années déjà, certain auteur assez de nos amis, et qui, nous l'espérons, n'est point tout à fait indifférent au lecteur. Pas n'est besoin de dire son nom. Avoir son berceau rue des _Deux-Écus_, pour un poète ou un littérateur, cela ne vous semble-t-il pas un présage et un indice assuré de la vocation?
_Elzevir_ (rue): Ce nom fut rendu célèbre par plusieurs imprimeurs du XVIe et du XVIIe siècle établis à Amsterdam et à Leyde, et dont les bibliophiles recherchent curieusement aujourd'hui encore les belles éditions comme d'autres amateurs font des tableaux, dessins, sculptures etc.
_Enfants-Rouges_ (rue des): Ce nom lui vient d'un hôpital qui se trouvait rue _Portefoin_ et s'appelait ainsi au XVIe siècle. Par lettres patentes du mois de janvier 1536, François Ier se déclare fondateur de cet hospice spécialement destiné à recevoir les enfants orphelins natifs de Paris. Il est ordonné par les mêmes lettres que ces enfants seront perpétuellement appelés _Enfants-Dieu_ et qu'on les vêtira d'étoffe rouge, «pour marquer que c'est la charité qui les fait subsister.» C'est ce qui leur fit donner par le peuple, en dépit de l'ordonnance royale, le nom d'_Enfants-Rouges_.
_Enfer_ (rue d'): Ce n'était au XIIIe siècle qu'un chemin nommé de Vanves et d'Issy parce qu'il conduisait à ces deux villages. On le désigna ensuite sous la dénomination de Vauvert, parce qu'il se dirigeait vers le château de ce nom que remplaça plus tard le couvent des Chartreux. Cette voie publique prit successivement le nom de _Porte-Gibard_, de rue _Saint-Michel_, et faubourg _Saint-Michel_. Enfin on l'appela rue d'_Enfer_ parce qu'elle devint, dit M. L. Lazare, «un lieu de débauches et de voleries, un enfer pour les pauvres bourgeois qui se hasardaient le soir dans ce quartier perdu.»
D'après Sainte-Foix, le château de Vauvert, bâti par le roi Robert, fut abandonné par ses successeurs. «Le hasard voulut que des esprits ou revenants s'avisèrent de s'emparer de ce vieux château. On y entendait des hurlements affreux. On y voyait des spectres traînant des chaînes, et entre autres un monstre vert, avec une grande barbe blanche, moitié homme et moitié serpent, armé d'une grosse massue et qui semblait toujours prêt à s'élancer sur les passants. Que faire d'un pareil château? Les Chartreux le demandèrent à saint Louis; il le leur donna avec toutes les appartenances et dépendances. Les _revenants_ n'y _revinrent_ plus; le nom d'_Enfer_ resta seulement à la rue, en mémoire de tout le tapage que les diables y avaient fait.»
Dans la rue d'Enfer, au nº 74, se trouve, comme on sait, l'hospice des Enfants-Trouvés, dit aujourd'hui des Enfants-Assistés.
_Épée de Bois_ (rue de l'): Ce nom vient d'une enseigne.
_Deux-Ermites_ (rue des): Ce nom vient également d'une enseigne.
_Vieille-Estrapade_ (rue de la): Autrefois rue des Fossés Saint-Marcel, nom qu'elle échangea contre celui de l'_Estrapade_ parce que c'était l'endroit où s'infligeait ce supplice alors en usage dans l'armée. Voici en quoi il consistait: On soulevait au moyen d'une poulie le condamné jusqu'à une certaine hauteur d'où on le laissait retomber violemment à terre, ce qui lui disloquait les bras d'habitude liés sur la poitrine. Ce supplice barbare, a disparu depuis longtemps du code militaire; n'eut-il pas mieux valu n'en point perpétuer le souvenir par le nom donné à cette rue?
_Étienne du Mont_ (église Saint): Il existait une chapelle de ce nom dès les premières années du XIIIe siècle (1221). Elle fit place plus tard à la basilique actuelle, commencée sous François Ier (1517), mais terminée bien des années après, et remarquable par son jubé, le seul qui se voie à Paris. Le tombeau de sainte Geneviève, resté dans cette église bien que les reliques aient été transportées au Panthéon (Sainte-Geneviève), attire tous les ans un grand concours de pèlerins.