Les Phénomènes Psychiques Occultes: État Actuel de la Question
Part 17
Dans le numéro des _Annales_ qui contient ce procès-verbal, figure aussi une étude de ces mêmes phénomènes, par M. Richet.
Nous allons donner quelques extraits de ses appréciations et de ses conclusions personnelles:
Et maintenant, que peut-on conclure? dit le savant professeur, après avoir raconté minutieusement les principales expériences.--Car il ne suffit pas d'énumérer des expériences; il faut dégager ou essayer de dégager le résultat final qu'elles apportent.
Si, comme ce n'est pas tout à fait le cas, nous avions obtenu un résultat tout absolument décisif, je n'aurais pas hésité un instant à dire hautement mon opinion. La défaveur publique ne m'inquiète guère et ce ne serait pas la première fois que je me serais trouvé en désaccord avec la majorité, voire même la presque unanimité de mes confrères; les doutes que je ne crains pas d'avouer sont donc des doutes réels, non des doutes de timidité ou d'hésitation dans ma pensée.
Certes, s'il s'agissait de prouver quelque fait simple et naturel, à peu près évident _a priori_, ou ne contredisant pas les données scientifiques vulgaires, je m'estimerais pleinement satisfait: les preuves seraient largement suffisantes et il me paraîtrait presque inutile de continuer, tant les faits accumulés dans ces séances paraissent éclatants et conclusifs; mais il s'agit de démontrer des phénomènes vraiment absurdes, contraires à tout ce que les hommes, le vulgaire ou les savants, ont admis depuis quelques milliers d'années. C'est un bouleversement radical de toute la pensée humaine, de toute l'expérience humaine; c'est un monde nouveau ouvert à nous, et, par conséquent, il n'est pas possible d'être trop réservé dans l'affirmation de ces étranges et stupéfiants phénomènes......................
* * * * *
Pour ma part, je n'admets pas du tout qu'Eusapia trompe de propos délibéré; et je crois que, si elle trompe, c'est sans le savoir elle-même... car il y a, dans la production de ces phénomènes, même s'ils ne sont pas sincères, une part d'inconscience qui est certainement très grande...
Quant à l'opinion des personnes qui ont suivi Eusapia pendant longtemps, elle serait d'un grand poids s'il s'agissait de phénomènes vulgaires et ordinaires; mais les faits dont il s'agit sont trop surprenants pour que la croyance d'une personne, non habituée à l'expérimentation, détermine ma propre croyance. Je suis bien certain de la bonne foi de M. Chiaia et des autres hommes distingués qui ont, pendant des mois et des années, observé Eusapia: mais leur perspicacité ne m'est pas démontrée, et je puis parler ainsi sans les froisser, car je me défie de ma propre perspicacité...
Pour ce qui est des expériences elles-mêmes:
Il faut, avant tout, écarter l'hypothèse d'un compère... et s'il y a une supercherie, c'est Eusapia seule qui la commet, sans être aidée par personne et sans que personne s'en doute. De plus, si cette supercherie existe, elle se fait sans appareil, par des moyens très simples presque enfantins. Eusapia.... n'a aucun objet dans sa poche ou ses vêtements.
Reste alors la seule hypothèse possible, c'est qu'Eusapia trompe, en remuant les objets avec ses pieds ou avec ses mains, après avoir réussi à dégager ses mains ou ses pieds des mains et des pieds de ceux qui sont chargés de la surveiller.
Si ce n'est pas cela qui est l'explication, la réalité des phénomènes donnés par elle me paraît tout à fait certaine. Eh bien, je l'avoue, cette explication par des mouvements de ses pieds et de ses mains est peu satisfaisante. Dans quelques expériences....., celle, par exemple, de la chaise qui est venue derrière le rideau se placer sur le bras de M. Finzi, en demi-lumière..., je ne vois pas du tout comment la main d'Eusapia a pu se dégager, et comment, s'étant dégagée, cette main a pu accomplir le mouvement en question. Je me déclare donc incapable de comprendre.
Mais, d'autre part, il s'agit de faits si absurdes qu'il ne faut pas se satisfaire à trop bon compte[136]. Les preuves que je donne seraient bien suffisantes pour une expérience de chimie. Elles ne suffisent pas pour une expérience de spiritisme....... ...............................................................
[136] Voilà un reproche que--nos lecteurs en conviendront--l'on ne saurait adresser au scrupuleux directeur de la _Revue Scientifique_.
En définitive: _Quelque absurdes et ineptes que soient les expériences faites par Eusapia, il me paraît bien difficile d'attribuer les phénomènes produits à une supercherie soit consciente, soit inconsciente, ou à une série de supercheries. Toutefois, la preuve formelle,_ _irrécusable, que ce n'est pas une fraude de la part d'Eusapia et une illusion de notre part, cette preuve formelle fait défaut._
_Il faut donc chercher de nouveau une preuve irrécusable._
Charles RICHET.
On a pu s'en convaincre, il serait difficile d'être, plus que M. Richet, pénétré du véritable esprit scientifique, de se montrer d'une exigence plus scrupuleuse en fait de méthode et de preuves. Pareilles qualités intellectuelles, jointes à un _philonéisme_ aussi éclairé qu'ardent, nous sont de sûres garanties que la cause de la Psychologie occulte ne saurait être en de meilleures mains. Avec une telle intellectualité, l'écueil,--s'il pouvait y en avoir un--serait précisément, par un ironique retour, une suspicion trop tenace, une exigence poussée trop loin en fait de preuves....
Nous voici parvenu à la fin de cette étude des Phénomènes physiques occultes, et cette progression à travers l'Absurde vient d'atteindre à son plus haut sommet, celui où le vertige est proche...
Pas plus ici que précédemment, l'on ne doit nous demander des considérations plus ou moins développées, plus ou moins subtiles sur ces obscurs et inquiétants mystères, car, partout, dans l'Occulte, nos habitudes mentales, nos procédés de raisonnement et d'appréciation se trouvent en défaut. De quelque côté qu'il se tourne, l'esprit se heurte à des difficultés presque insurmontables et surtout irritantes. La seule attitude qui lui convienne donc, la seule rationnelle est une expectative impartiale et attentive.
Certes, nous en avons assez dit pour exciter à d'exhilarantes joies ou à d'apitoyés haussements d'épaules les délectables exemplaires humains étiquetés «Beaux-Esprits». Et c'est déjà un résultat...
Aurons-nous réussi de même à susciter chez les âmes sérieuses, dans les cerveaux sagement réceptifs, non pas un entraînement passager, non pas une conviction hâtive, mais la notion raisonnée de l'_Anormal possible_, mais un intérêt réfléchi pour les Phénomènes de l'Occulte?
Que cet espoir nous soit permis.
III. Des Médiums
Nous ne pouvons terminer ce que nous avions à dire des Phénomènes occultes, c'est-à-dire des Phénomènes dus, selon toute probabilité, à une faculté encore mystérieuse de l'organisme, sans dire un mot des sujets qui présentent un développement plus ou moins remarquable de cette faculté.
Or, malgré l'importance évidente d'une pareille étude pour la solution des divers problèmes que nous venons de passer en revue, il semble que, jusqu'ici, elle ait été un peu négligée; on s'est attaché surtout à la constatation aussi exacte que possible des faits--ce qui était rationnel, du reste--et l'on s'est contenté d'observations plus ou moins superficielles sur les états somatiques et psychiques des sujets qui les produisaient. Il en résulte que le «type» du médium reste encore à établir.
Mais d'abord, il conviendrait de préciser où commence et où finit la véritable médiumnité.
A notre sens, on a trop souvent donné ce titre de «médium» à des personnes qui rentrent simplement dans la catégorie des sujets hypnotiques: tels sont les médiums à _incarnations_, _à écriture directe_, etc. Nous ne nions pas absolument que les phénomènes qu'ils produisent puissent reconnaître d'autres causes, plus ou moins occultes; mais comme, par l'automatisme psychologique, la dualité cérébrale, les variations de la personnalité, on les interprète d'une façon satisfaisante, même dans les cas les plus compliqués, nous estimons que, dans le doute, on doit refuser à de tels sujets le don de la véritable médiumnité.
Qu'est-ce donc qui caractérise le médium authentique? C'est, suivant nous, la possession de ce «_quelque chose_ de particulier» comme dit Croockes, de cette force spéciale, encore si mal connue, que la Science nomme Force psychique et qui produit des phénomènes absolument distincts de ceux de l'Hypnotisme: mouvements d'objets sans contact, matérialisations, etc.
Tel est pour nous le _seul Médium_.
Est-ce à dire qu'il n'existe aucun point de ressemblance entre lui et le _sujet_, aucun rapport entre les phénomènes de l'Hypnotisme et ceux de la Médiumnité transcendante?
Nous ne le pensons pas, et, pour ne citer qu'un fait, nous rappellerons que si les grands médiums produisent certains de leurs «prodiges» à l'état de veille, la production de certains autres exige qu'ils soient tantôt en léthargie, tantôt en somnambulisme, ou tout au moins dans un état particulier encore mal défini, et qui paraît être intermédiaire à la veille et au sommeil: l'état de _transe_, comme on dit entre Spirites. Mais ici, plus que partout ailleurs, il faut se méfier des analogies apparentes, et ce simple fait ne saurait suffire à établir entre le sujet et le médium une tendance à la similitude, tendance que nous soupçonnons depuis longtemps, sans que nous ayons encore pu, faute de posséder de réels médiums, la vérifier d'une façon certaine.
Or, on saisit sans peine les conséquences d'un rapprochement entre la Psychologie occulte et l'Hypnotisme. Si l'on pouvait démontrer, en effet, que les Phénomènes occultes ne sont en quelque sorte que les phénomènes _transcendantalisés_ de l'Hypnotisme, il est presque certain que la Psychologie occulte, désormais moins suspecte, aurait moins de préventions à vaincre et pourrait espérer, dans un avenir plus proche, une solution satisfaisante de ses inquiétants problèmes[137].
[137] Ce rapprochement, M. de Rochas en légitime plus que personne la supposition et l'espoir, lorsqu'il nous révèle, dans ses _Etats profonds de l'Hypnose_, quelques-uns des étonnants et nombreux mystères que recèle encore l'Hypnotisme; il nous donne même la quasi-certitude que celui-ci n'est, comme il le dit, que «le vestibule d'un vaste et merveilleux édifice.»
Les affinités probables entre médiums et sujets ont été depuis longtemps pressenties. C'est ainsi que Perrier écrivait, en 1854: «Les médiums sont des somnambules incomplets[138]», et qu'après lui, Chevillard disait que c'est «le même phénomène qui produit le somnambulisme et le spiritisme[139]». Mais ces auteurs, et d'autres encore, n'avaient surtout en vue que les médiums à incarnations, à écriture directe, etc., bref, ceux que l'on peut nommer les médiums _douteux_, en sorte que leurs conclusions ne sauraient être probantes.
[138] _Journal du Magnétisme._ 1851, 79.
[139] Chevillard: _Etudes expérimentales sur certains phénomènes nerveux, et solution rationnelle du problème spirite_. 1875.
Plus récemment, M. Janet et le docteur Encausse (_Papus_) ont repris cette étude comparative. Par malheur, ces auteurs, eux aussi, s'occupent surtout de cette classe de médiums chez lesquels l'existence de la Force psychique n'est nullement démontrée, et M. Janet n'a pas de peine à prouver qu'ici médium et sujet ne font qu'un[140].
[140] Voy. son livre: l'_Automatisme psychologique_, p. 404 et suiv.
Suivant nous, le problème à résoudre se pose ainsi: rechercher et établir les similitudes qui--soit pendant la veille, soit pendant le sommeil--peuvent exister entre les sujets hypnotiques et _les personnes qui, paraissant douées d'une Force spéciale, produisent des Phénomènes différant absolument de ceux de l'Hypnose_[141], tels que mouvements d'objets sans contact, matérialisations, etc.
[141] Cela revient à chercher si, déjà, dans les phénomènes de l'Hypnose, ce «quelque chose» d'inconnu, que l'on a nommé Force psychique, n'intervient pas.
M. Encausse, dans son _Traité de Science occulte_, a consacré plusieurs pages d'un intérêt particulier à cette étude comparative; il établit un parallèle entre le sujet et le médium, d'abord à l'état de veille, puis dans le sommeil, et il parvient à établir chez le second l'existence de _phases_ analogues à celles que traverse le sujet. Ce qui affaiblit un peu, du moins à notre avis, les conclusions de l'auteur, c'est qu'il ne fait pas de différence, quant à leur origine, entre les phénomènes médianimiques qui peuvent s'interpréter scientifiquement (_typtologie_, mouvements de la table avec contact, écriture directe, incarnation, etc.) et les autres, ceux qui révèlent seuls une médiumnité réelle. Il semble que, pour M. Encausse, un médium à incarnations soit aussi sûrement médium que celui qui produit des matérialisations ou des effets à distance[142]. Nous sommes persuadés que le savant chef de clinique du Dr Luys possède de solides raisons pour penser ainsi; quant à nous, nous ne voulons pas affirmer, encore un coup, que les incarnations et l'écriture directe ne puissent reconnaître une cause réellement médianimique; mais comme ces faits sont passibles d'une interprétation rationnelle--du moins dans tous les cas que nous connaissons,--nous ne pouvons pas les considérer comme dus sûrement à une faculté, à une force occulte de l'organisme.
[142] Voy. Papus: _Traité méthodique de Science occulte_, p. 867 et suiv.
Que si l'on nous objecte que le même médium peut produire--ce qui est vrai--des incarnations et des matérialisations, l'écriture directe et des effets à distance, nous répondrons que cela ne saurait nullement prouver l'identité de cause des phénomènes. Les théories de l'automatisme psychologique et des variations de la personnalité expliquent suffisamment les premiers de ces faits et, pour le moment, restent impuissantes devant les seconds: simplement.
En résumé, disons donc que si certains médiums, les médiums à incarnations, à écriture directe, etc.--les plus nombreux--peuvent être et ont été justement assimilés aux sujets hypnotiques, pareille assimilation, bien que probable, reste encore à établir entre ces mêmes sujets et les grands, les véritables médiums, c'est-à-dire ceux qui, doués d'une force spéciale, produisent des phénomènes que nulle donnée de l'Hypnotisme ne peut plus interpréter.
Et maintenant, rappelons en substance que les médiums sont, le plus souvent, des êtres très nerveux, très impressionnables, enclins à l'envie, à la dissimulation et d'une susceptibilité qui rend leur commerce difficile. La plupart du temps, ils présentent des tares nerveuses plus ou moins graves, et les cas ne sont pas rares de médiums morts fous[143].
[143] Voir plus bas l'opinion de M. Lombroso à ce sujet.
Nous le répétons, les examens détaillés et complets, tant, au point de vue anatomo-physiologique que psycho-pathologique, font presque entièrement défaut. On en est donc réduit, jusqu'à maintenant, à des notions très vagues sur ces êtres étranges.
La force qu'ils possèdent leur est-elle particulière? et ne saurait-on en trouver le rudiment chez les autres êtres?
Nous n'en savons rien pour le moment; il est bon toutefois de se rappeler que, lors des premiers travaux sur l'hypnotisme, on croyait très restreint le nombre des personnes hypnotisables, et que, depuis, ce nombre s'est singulièrement accru.
Un des caractères psychiques dominant chez les médiums, c'est la tendance au mensonge, à la tricherie. On peut même dire que c'est à leurs nombreuses fraudes qu'est dû le discrédit qui, aujourd'hui encore, entrave d'une façon si fâcheuse les progrès de la Psychologie occulte. Ici, comme partout ailleurs, on conclut trop vite du particulier au général, et l'on s'imagine que, parce qu'un médium a été surpris «la main dans le sac», il ne saurait partout et toujours que tricher. Or, il n'en est pas du tout ainsi. Certes, nous ne saurions trop dénoncer et trop mettre en garde contre les nombreux jongleurs qui se donnent effrontément pour médiums; mais il n'en est pas moins vrai que, d'après le peu que nous en savons, la faculté médianimique paraît être très capricieuse, très variable chez le même individu, d'un jour à l'autre, d'une heure à l'autre; il en résulte qu'un bon médium, désespérant d'obtenir par son seul «fluide» certains phénomènes qu'on lui demande, peut se laisser entraîner--parfois inconsciemment--à «simuler» la production de ces phénomènes. Du reste, voici ce que dit M. Dariex, au sujet des fraudes des médiums et des précautions à prendre dans l'expérimentation des phénomènes psychiques[144]:
«Il ne faudrait pas conclure que tout est supercherie et que les faits n'existent pas; nous avons la ferme conviction que des faits d'ordre psychique ou, si l'on veut, spiritiques, existent, et il ne nous est plus permis de repousser la télépathie, ni la lucidité; quant aux mouvements d'objets sans contact, nous avons de puissantes raisons pour en admettre la réalité, mais nous tenions à démontrer que l'expérimentation de ces phénomènes est délicate et difficile, et que, pour la mener à bien, il est utile, comme d'ailleurs pour la plupart des choses, d'en avoir une longue pratique.
[144] Dariex: _De l'expérimentation dans les Phénomènes psychiques_, Annales des Sciences psychiques, no 6, 1re année. L'un des plus célèbres médiums-imposteurs que l'on connaisse est celui qui, sous les noms de _Cagliostro_ et de _Joseph Balsamo_, fit tant de bruit à la fin du XVIIIe siècle. Voy. le curieux passage que, dans ses _Mémoires_, Gœthe consacre à cet aventurier sicilien et à sa famille, qui valait mieux que lui. (Gœthe: _Mémoires_, tome II, page 140 et suiv. Charpentier, 1885).
»Les médiums sont habiles et très enclins à la supercherie, même quand ils ne sont pas gagés et n'ont aucun intérêt matériel à tromper. Beaucoup d'entre eux... simulent le phénomène attendu, s'il ne se produit pas naturellement, ou s'il tarde à se produire; tantôt ils agissent inconsciemment, tantôt ils sont plus ou moins conscients, mais sont mus par une impulsion à laquelle ils ne peuvent résister. Cette impulsion à simuler le phénomène, déjà longtemps attendu, n'est pas exclusive aux médiums, beaucoup de personnes l'éprouvent, mais, plus énergiques ou moins impressionnables que ces derniers, elles y résistent d'habitude...
»Les spirites prétendent que les «esprits» aiment la musique, qu'elle aide aux phénomènes.
»Beaucoup de médiums ont, en effet, l'habitude de demander que l'on chante ou que l'on joue de quelque instrument de musique; à les entendre, on serait plus mélomane dans l'autre monde que dans celui-ci... Ces bons «esprits» auraient-ils aussi une grande prédilection pour les odeurs, spécialement pour l'éther, dont l'odeur pénétrante se répand immédiatement dans toute la pièce? Les phénomènes augmenteraient beaucoup en intensité, disent les spirites et les occultistes.
»Nous ne croyons pas que ces deux affirmations aient jamais été prouvées, tandis que nous savons que les médiums profitent souvent de ce que le chant masque le bruit de leurs mouvements et détourne l'attention des assistants, pour tricher plus à leur aise; ils sont aussi plus à leur aise pour produire des phénomènes lumineux, quand l'odeur de l'éther masque celle du phosphore.»
D'où la nécessité grande, quand on se livre à l'expérimentation des phénomènes psychiques, de se méfier de la musique, des odeurs et des médiums.
Au reste, disons, en finissant, que, d'une façon générale, nous déconseillons la pratique des Phénomènes occultes. Certes, leur seule pensée pourrait, par les problèmes élevés qu'elle suggère, secouer peut-être l'apathique aïdéisme qui, en ces jours de matérialité triomphante, n'a que de trop nombreux et de trop fervents adeptes; mais les dangers que présentent des recherches de ce genre, pour un parfait équilibre mental, doivent les faire interdire aux esprits qu'une éducation intellectuelle solide n'a pas prémunis là-contre.
Seuls, les médecins, dont le concours pourrait être si précieux, ne devraient négliger aucune occasion de faire des expériences médianimiques. Leurs efforts n'auraient-ils que des résultats médiocres, la Psychologie occulte--nous le répétons--touche à des questions d'une telle transcendance, que son seul commerce pourrait les arracher à cette incuriosité intellectuelle, dans laquelle la pratique exclusive et terre-à-terre de leur art n'a que trop de tendance à les enliser.
IV. Théories émises pour expliquer les divers Phénomènes occultes
Nous avons déjà dit, à plusieurs reprises, que la partie théorique de notre étude serait brève et que nous aurions garde de nous lancer dans la discussion des théories diverses, émises pour l'interprétation des Phénomènes occultes. On connaît les raisons de prudence intellectuelle qui motivent cette réserve. Mais nous jugerions notre travail incomplet si nous n'y faisions figurer au moins un exposé de ces tentatives d'explication.
Voici donc, d'après MM. Croockes et Gibier, le résumé de ces théories[145]:
1re THÉORIE.--Les phénomènes sont tous le résultat de fraudes, d'habiles arrangements mécaniques ou de prestidigitation; les médiums sont des imposteurs et les assistants des imbéciles.
[145] Voyez: Croockes: _Force psychique_, p. 174 et suiv.--Gibier: _Spiritisme_, p. 310 et suiv.
Il est évident que cette théorie ne peut expliquer qu'un très petit nombre de faits sérieusement observés.
2me THÉORIE.--Les personnes qui assistent à une séance sont victimes d'une espèce de folie ou d'illusion, et s'imaginent qu'il se produit des phénomènes qui n'existent réellement pas.
Les expériences faites avec le secours d'instruments enregistreurs réfutent aisément cette théorie.
3me THÉORIE.--Tout est produit par le diable ou ses suppôts. C'était la théorie de de Mirville, c'est celle de toutes les églises chrétiennes.--_Théorie démoniaque._
4me THÉORIE.--Il existe une catégorie d'êtres, un monde immatériel, vivant à côté de nous et manifestant sa présence dans certaines conditions. Ce sont ces êtres qu'on a connus de tout temps sous le nom de _génies_, _fées_, _sylvains_, _lutins_, _gnômes_, _farfadets_, etc. A cette théorie se rattache celle des boudhistes de l'Inde et d'Europe (théosophes) qui mettent les phénomènes sur le compte d'esprits vitaux incomplets, d'êtres non finis appelés _Elémentals_.--_Théorie «gnômique»._
5me THÉORIE.--Toutes ces manifestations sont dues aux esprits ou âmes des morts, qui se mettent en rapport avec les vivants, en manifestant leurs qualités ou leurs défauts, leur supériorité ou, au contraire, leur infériorité, tout comme s'ils vivaient encore.--_Théorie spirite._
6me THÉORIE.--Un fluide spécial se dégage de la personne du médium, se combine avec le fluide des personnes présentes, pour constituer un personnage nouveau, temporaire, indépendant dans une certaine mesure, et produisant les phénomènes connus.--Cette théorie pourrait s'appeler: _Théorie de l'être collectif_.
On pourrait la nommer aussi _Théorie de la Force psychique_.
Le professeur Lombroso vient de la reprendre à propos des expériences de Naples et d'en présenter une variante. Comme ces expériences ont fait grand bruit, nous allons citer les principaux passages de l'interprétation qu'a voulu en donner l'éminent anthropologiste.