Les Pardaillan — Tome 02 : L'épopée d'amour

Chapter 32

Chapter 323,156 wordsPublic domain

--Il va mieux, songea la nourrice.

Lorsqu'il comprit qu'il était seul, Charles IX ouvrit les yeux.

--Seul! murmura-t-il. Tout seul! Autour de moi, le silence, l'abandon! plus de courtisans, plus de gardes! On sait que je vais mourir...

La solitude, en effet, était profonde autour du roi. C'était bien le silence de l'abandon. Seule, la vieille nourrice venait de temps à autre se pencher sur lui...

Pourtant, en prêtant l'oreille, il semblait à Charles qu'il entendait dans le château des bruits inaccoutumés, un mouvement de va-et-vient de gens empressés, une rumeur joyeuse, eût-on dit! cette rumeur d'une foule de courtisans qui s'empresse autour d'un roi...

Quelle était donc cette Majesté qu'on saluait ainsi, tandis que lui demeurait seul, tout seul en présence de la mort?...

Les heures s'écoulèrent.

La nourrice elle-même ne venait plus: peut-être l'avait-on écartée afin qu'elle ne pût renseigner le roi.

Vers le soir, Charles voulut se lever, il frappa sur un timbre. Il appela. Personne ne vint.

Alors il voulut se lever seul, sans aide.

Mais il retomba sur son lit, et constata avec épouvante que ses forces, depuis le matin, s'en étaient allées.

Il demeura faible, baigné d'une sueur froide, pris d'une angoisse terrible. Il voulut crier, et ses lèvres ne rendirent qu'un son rauque, à peine intelligible.

--Mon Dieu! mon Dieu! râla-t-il. Est-ce que je vais mourir?

Il se souleva subitement, ses dents se mirent à claquer... la crise, la redoutable crise qui l'avait si souvent terrassé, s'abattait sur lui...

Les ombres du crépuscule envahissaient la chambre.

Charles, assis sur son lit, les jambes pendantes, d'un geste d'horreur, repoussait de la main droite les spectres qui, peu à peu, envahissaient la chambre, tandis que, de la main gauche, il cherchait à remonter la couverture jusqu'à son cou, comme pour se cacher.

--Du sang! gronda-t-il. Qui a répandu tant de sang?... Grâce! Qui donc crie grâce et pitié?... Qui êtes-vous? Est-ce toi, Coligny? Et toi, Clermont, que veux-tu? Et toi. La Rochefoucauld? Et toi Chavaignes? Et toi, La Force? Et toi, Pont? Et toi, Ramus? Et toi, Briquemaut? Et toi, La Trémoille? Et toi, La Place? Et toi, Rohan? Que me voulez-vous? Et, vous tous, pourquoi entrez-vous ici? Oh!... la chambre se remplit... il y en a partout, partout, dans le couloir, dans la galerie, dans le château, dans la cour... Ils montent! Ils viennent tous! Qui êtes-vous? Que voulez-vous? A moi! A moi! Oh! c'est affreux! Quoi! vous me voulez tuer?... Quels effroyables gémissements! Quels cris d'agonie! Que sont ces mugissements par les airs? Les cloches! Les cloches! Cela hurle dans ma tête! Cela rugit! Assez! Arrêtez! Grâce!...

Charles IX se tut subitement. Sa voix, qui, peu à peu, s'était enflée, se termina par une plainte affreuse.

Alors, il prit sa tête à deux mains et pleura. Il murmurait:

--Mon Dieu! Mon Dieu! pardonnez-moi!

Tout à coup, il tendit ses bras décharnés vers cette foule de fantômes qui l'entouraient.

--Pardon! oh! pardon!... Que de malédictions sur moi!

La nuit devenait sombre au-dehors. Mais la chambre s'était éclairée de flambeaux.

En effet, maintenant, des êtres se glissaient vers ce lit où hoquetait l'épouvantable agonie.. non pas des fantômes, mais des vivants... des courtisans... le duc d'Anjou... et, toute noire, sinistre, effrayante, Catherine de Médicis!...

La vieille reine se pencha sur le lit et murmura:

--Mon fils...

De sa main glacée, elle toucha le roi au front.

Charles IX jeta une stridente clameur d'épouvante, chercha à repousser cette main, se souleva, les yeux hagards, fou de terreur, fou de remords, il rejeta les couvertures...

Il eut un râle, un souffle:

--Du sang!...

Et, cette fois, ce n'était pas une illusion!...

Il y avait réellement du sang dans ce lit! Les draps étaient piqués de petites taches rouges! Et c'était du sang! Une affreuse transpiration d'agonie et de délire coulait sur le corps du mourant. Et c'était du sang! Charles IX suait du sang[3]. Sa poitrine était à nu. De ses ongles, il avait lacéré sa chemise. Ses bras se tordaient, tordus par la crise.

[Note 3: Historique.]

Et tous ceux qui étaient là se regardèrent avec des yeux d'épouvanté et d'horreur!

Cette poitrine était rouge! Ces bras étaient rouges! Rouges de sang!...

Catherine eut un recul terrible et ferma les yeux.

Deux secondes, un silence mortel pesa sur cette scène.

D'un râle plus rauque, d'une voix plus rude, Charles répéta son cri:

--Du sang!...

Et, tout à coup, sa bouche se convulsa, ses lèvres se crispèrent, et son rire, le rire terrible, le rire funèbre qui jetait l'épouvante dans les âmes, ce rire semblable à un hurlement grinça, fusa, éclata, se gonfla, toujours plus fort, toujours plus sinistre...

Soudain, Charles se renversa... Mort!...

La reine se pencha, posa sa main sur la poitrine de Charles. Et cette main devint toute rouge.

Alors, lentement, elle se releva, se tourna vers le duc d'Anjou, livide, et, d'une étreinte farouche de sa main sanglante, elle empoigna la main de son fils bien-aimé, la main d'Henry d'Anjou... et, d'une voix éclatante, d'une clameur de triomphe qui s'entendit au loin, cria:

--Messieurs!... Vive le roi!...

XLIX

LE PRINTEMPS DE MONTMORENCY

Revenant de vingt et un mois en arrière, nous reprenons nos héros au point où nous les avons laissés, c'est-à-dire entrant au château de Montmorency, à l'aube du 25 août 1572.

On n'a peut-être pas oublié qu'après son enquête à Margency, enquête qui établissait d'une manière éclatante l'innocence de Jeanne de Piennes, le maréchal avait commandé à son intendant d'aménager toute une aile du château pour deux princesses qu'il comptait héberger. C'est dans cette partie du château que furent installées Loïse et Jeanne de Piennes.

Le maréchal voulait entreprendre de sauver la raison de celle qu'il avait adorée, qu'il adorait encore, et il imaginait de frapper vivement l'esprit de la pauvre folle en la conduisant un jour à Margency...

Mais, un devoir plus immédiat sollicita son courage et son dévouement. A peine Jeanne et sa fille furent-elles installées qu'il fit sonner le tocsin du manoir. Il ordonna à son capitaine d'armes de fermer les portes, de lever les ponts-levis, de faire couler dans les fossés les eaux qui en étaient détournées en temps de paix, de faire charger les vingt-quatre pièces d'artillerie, d'armer en guerre les quatre cents hommes de la garnison, enfin, de tout préparer pour soutenir au besoin un long siège.

En même temps, il envoyait des estafettes dans plusieurs directions.

François de Montmorency eut un entretien avec le chevalier de Pardaillan. Les dernières résolutions y furent prises.

Le 25 août 1572, vers trois heures, il y avait près du château deux mille quatre cents cavaliers bien montes, bien armés. Ce corps de cavalerie fut divisé en deux brigades, fortes chacune de douze cents hommes.

Le maréchal prit le commandement de l'une; Pardaillan fut mis à la tête de l'autre.

Puis, chacun d'eux s'élança dans une direction différente; et ces deux hommes, qui laissaient derrière eux tout ce qu'ils aimaient au monde, partirent sans regrets apparents pour remplir un devoir d'humanité.

Le maréchal s'élança vers Pontoise; de là, il battit le pays jusqu'à Magny, puis poussa droit au nord et arriva jusqu'à Beauvais. Partout où il passait, il rassemblait ceux qui étaient en état de porter les armes, leur parlait fortement, leur racontait les horreurs de Paris, et enfin les décidait à s'opposer, les armes à la main, à toute tentative de massacre.

Là où les ordres de Catherine étaient déjà arrivés, là où on commençait à tuer, il fondait tout à coup sur les massacreurs, faisait jeter en prison les plus enragés et décrétait que tout homme pris à violenter, molester ou piller, serait pendu haut et court, sans procès.

Pendant un mois, il battit la campagne, inspirant partout une terreur salutaire aux trop fervents catholiques.

Pardaillan opérait de son côté. mais avec plus de fougue encore et de rapidité. Pendant deux mois, il ne laissa pas un point inexploré dans les pays qu'il traversa.

De L'Isle-Adam, où il se dirigea tout d'abord, Pardaillan bondit jusqu'à Luzarches; de là, il remonta à Senlis, traversa Crépy, allant, revenant, courant à l'est, à l'ouest, entra en coup de foudre à Compiègne et poussa jusqu'à Noyon dans une course audacieuse.

Alors, obliquant à gauche, il redescendit sur Montdidier, et, par Crèvecoeur, gagna enfin Beauvais où le maréchal avait établi ses quartiers.

Cette campagne, faite de marches et de contre-marches, avait duré trois mois.

Grâce donc au maréchal de Montmorency et au chevalier de Pardaillan, toute cette province fut exempte des horreurs qui s'abattirent sur presque tout le reste du royaume.

Au bout de ces trois mois, le calme s'était complètement rétabli. Mais le maréchal, pendant un mois encore, promena sa petite armée pour achever d'intimider les forcenés.

Ce ne fut que le soir du 29 décembre par un temps de neige, que le maréchal rentra dans son manoir. Le 6 janvier, il licencia son armée.

L'hiver s'écoula paisiblement.

Le mariage de Pardaillan et de Loïse avait été fixé au mois d'avril, sur la prière de François.

Pendant la campagne du maréchal et du chevalier, la santé de Jeanne de Piennes avait achevé de se rétablir. Sa beauté était redevenue éclatante; toute pâleur avait disparu; cette ombre de mélancolie, qui couvrait son visage à l'époque où on l'appelait encore la Dame en noir, s'était dissipée. C'était dans ses yeux et sur ses lèvres un soupir de bonheur.

Hélas! ce bonheur n'était qu'un rêve!

C'est à son rêve que souriait la pauvre démente...

Quant à Loïse, la blessure qu'elle avait reçue de Maurevert sur la colline de Montmartre s'était cicatrisée moins promptement qu'on n'aurait pu s'y attendre, il est vrai; mais enfin, lorsque le maréchal et le chevalier étaient rentrés au château, il n'y avait plus qu'une légère trace rosée indiquant que Loïse avait été frappée là.

Sa santé, à elle aussi, s'était rétablie. Elle avait même pris une bonne mine qu'elle n'avait jamais eue. L'incarnat de ses lèvres, l'animation extraordinaire de son teint étonnèrent le maréchal. Il est vrai que, parfois, elle devenait soudain d'une pâleur mortelle et se mettait à grelotter; mais cela durait deux minutes, et ne pouvait paraître alarmant.

En même temps, le caractère de la jeune fille se transformait.

Elle avait toujours été un peu mélancolique; elle devint d'une gaieté dont les éclats, par moments, amenèrent de soudaines épouvantes dans l'âme du chevalier.

Seulement, lorsqu'elle était seule, elle croisait quelquefois ses mains sur sa poitrine, et murmurait:

«J'ai là un feu qui me brûle, et lentement me consume...»

Le 25 avril, devant toute la seigneurie de la province, tandis que les cloches de Montmorency sonnaient, et que les canons faisaient entendre des salves joyeuses, le contrat de mariage fut signé dans la grande salle d'honneur du château.

La veille, le maréchal dit à Pardaillan:

--Mon cher fils, voici les lettres et documents qui vous font maître et seigneur du comté de Margency... Prenez-les comme un gage de mon affection et de ma gratitude...

--Monseigneur, c'est un souvenir de tendresse et d'admiration que je veux offrir à celui qui fut mon maître, et me légua le nom de Pardaillan. Pauvre, sans sou ni maille, sans terres, n'ayant pour tout bien au monde que ce nom, je désire, en m'unissant à l'ange que vous me donnez, m'appeler seulement le chevalier de Pardaillan... Plus tard, monseigneur, il conviendra peut-être que je m'appelle le comte de Margency.

Ceci fut dit avec une belle simplicité d'orgueil que le maréchal comprit. Il serra le chevalier dans ses bras, et, sans insister, referma les parchemins dans un coffre.

Devant le bailli qui procédait au contrat, devant la foule des seigneurs accourus, le chevalier fut donc purement et simplement: le chevalier de Pardaillan.

La cérémonie fut suivie d'un de ces festins somptueux comme seul un Montmorency pouvait en offrir à de tels hôtes.

Le soir, les invités repartirent.

En effet, le mariage devait se faire à l'église, en la plus stricte intimité, vu le deuil du jeune époux.

Le matin du 26 avril se leva enfin.

Ce fut une radieuse journée de printemps. Les cerisiers étaient en fleur; les haies embaumaient; les bois d'alentour se couvraient d'une verdure tendre; la campagne parsemée de bouquets--pommiers blancs, poudrés à frimas--saturés de parfums--lilas, violettes, muguet--la campagne si douce et si plaisante à l'oeil, en ces jours où le monde renaît, offrait le spectacle et le charme d'un jardin comme timide et frileux encore. Cette journée passa comme un doux songe d'amour.

Le maréchal, pourtant, paraissait assiégé de sombres souvenirs... C'est que cette date du 26 avril était à jamais gravée dans son coeur. Vingt ans avant, la nuit du 26 avril, en la chapelle de Margency, s'était consommée son union avec Jeanne de Piennes! Et, en cette même nuit, il était parti pour Thérouanne... pour la guerre... pour l'inconnu... pour le malheur!...

Le soir vint. Onze heures sonnèrent.

Le maréchal avait revêtu son costume, semblable à celui qu'il portait le 26 avril de l'an 1553. Il donna le signal du départ: en effet, ce n'est pas dans la chapelle du château que devait s'accomplir la cérémonie... Loïse et Jeanne furent placées dans une voiture. Le maréchal et Pardaillan montèrent à cheval. On partit. On suivit la route sous un clair de lune d'une douceur infinie, et, enfin, on s'arrêta devant une pauvre petite église:

La chapelle de Margency, comme vingt ans avant!

Le mariage de minuit, comme vingt ans avant!

Presque les mêmes personnages!... Quelques paysans... et près de l'autel, une vieille, très vieille femme qui pleurait, nourrice de Jeanne! Le prêtre commença son office.

Pardaillan et Loïse, l'un près de l'autre, se tenaient par la main; leurs yeux ne se quittaient pas; et, dans ce double regard qui se croisait, il y avait comme de l'extase.

Le maréchal, avec une poignante anxiété suivait sur le visage Jeanne l'effet de cette scène. La mémoire allait-elle se réveiller? La raison allait-elle revenir? La martyre pourrait-elle donc entrevoir un peu de bonheur?...

Les anneaux furent échanges.

Le prêtre prononça les formules sacramentelles.

Loïse et Pardaillan étaient unis!...

Alors, comme autrefois Jeanne et, François s'étaient à cette minute même tournés vers le sire de Piennes Pour demander sa bénédiction suprême, d'un même mouvement instinctif et gracieux, les deux époux se tournèrent vers la pauvre folle, et, pâles tous deux de leur bonheur infini, s'inclinèrent doucement, ployèrent le genoux...

Dans le trajet de Montmorency à Margency, Jeanne de Piennes était demeurée indifférente, loin de ce monde, aux prises avec les pensées obscures qui évoluaient dans les ténèbres de son esprit.

Pendant la cérémonie, elle tint ses regards fixes tantôt sur le prêtre, tantôt sur cette vieille femme qui pleurait non loin d'elle. A un moment, elle passa ses mains sur son front, ses lèvres s'agitèrent... un prodigieux travail se faisait dans cette pauvre cervelle... Tout à coup, elle vit Loïse et le chevalier, qui s'inclinaient devant elle.

--Où suis-je? balbutia-t-elle.

--Jeanne! Jeanne! supplia François d'une voix ardente.

--Ma mère!... murmura Loïse en levant sur elle son beau regard noyé de larmes.

La folle se dressa toute droite. Pendant deux secondes qui furent longues comme des heures, dans le silence plein d'angoisse qui régnait dans l'église, elle contempla tout ce qui l'entourait.

Sa voix, de nouveau, se fit entendre, plus distincte, plus affermie:

--L'église de Margency... l'autel... Qui est là? ma fille?... oh!... est-ce bien toi, François?... Est-ce que je rêve?... Non... je suis morte et je vois ces choses du fond de la tombe!...

--Jeanne!...

--Ma mère!...

Ce double cri retentit dans l'église, déchirant, terrible, épouvanté.

Jeanne avait répété:

«Morte!»

Et, en même temps qu'elle prononçait ce mot, elle était tombée à la renverse dans le fauteuil, comme jadis le sire de Piennes, son père. Un instant, ses bras essayèrent de se soulever comme pour bénir les êtres qui sanglotaient autour d'elle... puis ses yeux s'ouvrirent et s'attachèrent à François... un céleste rayonnement d'amour intense et de bonheur surhumain jaillit de ces yeux... et ce fut tout!...

François, avec un atroce sanglot de désespoir, la saisit dans ses bras... la tête de Jeanne retomba mollement sur son épaule... C'était fini!...

Alors. la voix grave du vieillard qui venait d'officier l'union de Loïse et Pardaillan s'éleva, solennelle te tremblante:

--Mon Dieu, recevez dans votre sein celle qui vient à vous.

Un mois après cette scène, par un beau soir de mai, comme le soleil se couchait dans une gloire pourpre François de Montmorency, en grand deuil, l'âme noyée de regrets, se promenant dans le jardin du château. Il s'assit sur un banc de pierre, qu'ombrageait un énorme buisson de chèvrefeuille.

Dans une allée lointaine, il vit passer un couple qui marchait lentement parmi les fleurs, parmi les parfums du soir, dans l'auguste sérénité de ce beau crépuscule.

Pardaillan et Loïse s'arrêtèrent enlacés; ils échangèrent un long baiser, et leur amour paraissait infini, suave, parfumé comme la radieuse et sereine nature qui les enveloppait de ses caresses.

Les yeux du maréchal s'emplirent de larmes, il laissa tomber sa tête dans ses deux mains, et murmura:

«O mes enfants, aimez-vous, soyez heureux! Comme Loïse est fiévreuse depuis quelques jours!... comme ses yeux brillent d'un éclat funeste!... Est-ce que je n'ai pas assez payé ma dette au malheur? Est-ce que je vais souffrir encore?... Oh! non!... non!... Enfants, chers enfants, pour tant d'infortune et de tristesse, soyez heureux!...

Il releva la tête... regarda au loin la vision adorable des deux amoureux qui s'étaient remis en marche, lents, onduleux, enlacés... Dans l'ombre ils semblèrent ne former qu'un seul être... Puis ils disparurent au détour d'un massif de roses.

Alors, un sourire consolateur erra sur les lèvres de François de Montmorency.

Il se leva pour les voir encore, et il murmura le mot qui résume tout le doute et toute l'espérance des hommes:

«Qui sait?... Peut-être!...»

TABLE

I.--Où une minute de joie fait plus que dix-sept années de misère. II.--Où la promesse de Pardaillan père est tenue par maître Gilles. III.--L'astrologue. IV.--Ordre du roi. V.--L'orage gronde. VI.--L'orage gronde (suite). VII.--Premier coup de foudre. VIII.--Gillot. IX,--Panigarola. X.--Où tout le monde se trouve heureux. XI.--Entrevue de Damville et de Pardaillan. XII.--Où Maurevert joue un rôle important. XIII.--Le Temple. XIV.--La reine Margot. XV.--L'escadron volant de la reine. XVI.--L'escadron volant de la reine (suite). XVII.--Le moine. XVIII.--Les fiancés. XIX.--Les ribaudes. XX.--La dernière farce de l'oncle Gilles. XXI.--Dieu le veut! XXII.--Le cimetière des SS Innocents. XXIII.--Les amours de Pipeau. XXIV.--L'amiral Coligny. XXV.--La nuit terrible. XXVI.--La chambre de torture. XXVII.--Le messie de la Sainte-Inquisition. XXVIII.--Étonnement de Montluc; suite des amours de Pipeau et nouvelle ruine de Catho. XXIX.--Ce qu'il y avait dans le silence. XXX.--Les mystères de la réincarnation. XXXI.--La mécanique. XXXII.--Des visages penches sur la nuit. XXXIII.--Le roi qui rit. XXXIV.--Entrée de Catho dans la gloire. XXXV.--Lions déchaînés. XXXVI.--Ici l'on tue. XXXVII.--La marche au gibet. XXXVIII.--Parole mémorable de Bême. XXXIX.--Le dimanche 24 août 1572, fête de la Saint-Barthélémy. XL.--Profils de gargouilles. XLI.--Visions tragiques. XLII.--L'oasis. XLIII.--«...que des chiens dévorants se disputaient entre eux...» XLIV.--Entre le ciel et la terre. XLV.--Comme à Thérouanne. XLVI.--Les Titans. XLVII.--La bonne étape. XLVIII.--Suée sanglante. XLIX.--Le printemps de Montmorency.