Les mutations du livre

Chapter 10

Chapter 103,461 wordsPublic domain

L’année 2000 marque le début du partenariat de la Bibliothèque électronique de Lisieux avec l’Université de Toronto. Lancé officiellement en août 2000, LexoTor est une base de données utilisant le logiciel TACTweb (TACT: text analysis computing tools) et permettant l’interrogation en ligne des oeuvres de la bibliothèque, ainsi que des analyses et des comparaisons textuelles. Le projet est issu de la rencontre d’Olivier Bogros avec Russon Wooldridge, professeur au département d’études françaises de l’Université de Toronto, lors d'un colloque organisé par ce dernier en mai 2000 à Toronto («colloque international sur les études françaises valorisées par les nouvelles technologies d’information et de communication»). Deux ans après, en mai 2002, un deuxième colloque international sur le même sujet est organisé cette fois par Olivier Bogros à Lisieux.

En septembre 2003, la bibliothèque électronique approche les 600 textes. En décembre 2006, les collections comprennent 930 oeuvres et 20 galeries d'images, le tout représentant 327,1 Mo (mégaoctets) sur une capacité de stockage de 600 Mo.

= Gallica

Secteur numérique de la Bibliothèque nationale de France (BnF), Gallica est inauguré en 1997 avec des images et textes du 19e siècle francophone, «siècle de l’édition et de la presse moderne, siècle du roman mais aussi des grandes synthèses historiques et philosophiques, siècle scientifique et technique». A l’époque, le serveur stocke 2.500 livres numérisés en mode image complétés par les 250 volumes numérisés en mode texte de la base Frantext de l’INaLF (Institut national de la langue française). Classées par discipline, ces ressources sont complétées par une chronologie du 19e siècle et des synthèses sur les grands courants en histoire, sciences politiques, droit, économie, littérature, philosophie, sciences et histoire des sciences. Le site propose aussi un échantillon de la future iconothèque numérique, à savoir le fonds du photographe Eugène Atget, une sélection de documents sur l’écrivain Pierre Loti, une collection d’images de l’Ecole nationale des ponts et chaussées sur les grands travaux liés à la révolution industrielle en France, et enfin un choix de livres illustrés de la Bibliothèque du Musée de l’homme.

Fin 1997, Gallica se considère moins comme une banque de données numérisées que comme un «laboratoire dont l’objet est d’évaluer les conditions d’accès et de consultation à distance des documents numériques». Le but est d’expérimenter la navigation dans ces collections, en permettant aussi bien le libre parcours du chercheur ou du curieux que des recherches textuelles pointues.

Début 1998, Gallica annonce 100.000 volumes et 300.000 images pour la fin 1999, avec un accroissement rapide des collections ensuite. Ces collections numériques pourront également être consultées sur place à la BnF au moyen de 3.000 postes multimédias, dont quelques centaines fonctionnent déjà début 1998. Sur les 100.000 volumes prévus, qui représenteront 30 millions de pages numérisées, plus du tiers concerne le 19e siècle. Quant aux 300.000 images fixes, la moitié appartient aux départements spécialisés de la BnF (Estampes et photographie, Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies et médailles, etc.). L’autre moitié provient de collections d’établissements publics (musées et bibliothèques, Documentation française, Ecole nationale des ponts et chaussées, Institut Pasteur, Observatoire de Paris, etc.) ou privés (agences de presse dont Magnum, l’Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).

Par ailleurs, à la même date, le site bilingue français-anglais de la BnF est à la fois solidement ancré dans le passé et résolument ouvert sur l’avenir, comme en témoigne le menu principal de la page d’accueil avec ses neuf rubriques: nouveau (à savoir les nouvelles manifestations culturelles), connaître la BnF, les actualités culturelles, les expositions virtuelles (quatre expositions en septembre 1998: les splendeurs persanes, le roi Charles V et son temps, naissance de la culture française, tous les savoirs du monde), des informations pratiques, l’accès aux catalogues de la BnF, l’information professionnelle (conservation, dépôt légal, produits bibliographiques, etc.), la bibliothèque en réseau (Francophonie, coopération nationale, coopération internationale, etc.), et les autres serveurs (bibliothèques nationales, bibliothèques françaises, universités, etc.). Enfin, bien en vue sur la page d’accueil, un logo permet d’accéder à Gallica.

En mai 1998, la BnF revoit ses espérances à la baisse et modifie quelque peu ses orientations premières. Jérôme Strazzulla, journaliste, écrit dans Le Figaro du 3 juin 1998 que la BnF est «passée d’une espérance universaliste, encyclopédique, à la nécessité de choix éditoriaux pointus». Dans le même article, le président de la BnF, Jean-Pierre Angremy, rapporte la décision du comité éditorial de Gallica: «Nous avons décidé d’abandonner l’idée d’un vaste corpus encyclopédique de cent mille livres, auquel on pourrait sans cesse reprocher des trous. Nous nous orientons aujourd’hui vers des corpus thématiques, aussi complets que possibles, mais plus restreints. (...) Nous cherchons à répondre, en priorité, aux demandes des chercheurs et des lecteurs.» Le premier corpus aura trait aux voyages en France, avec mise en ligne prévue en 2000. Ce corpus rassemblera des textes, estampes et photographies du 16e siècle à 1920. Les corpus envisagés ensuite sont : Paris, les voyages en Afrique des origines à 1920, les utopies, et les mémoires des Académies des sciences de province.

En 2003, Gallica donne accès à tous les documents libres de droit du fonds numérisé de la BnF, à savoir 70.000 ouvrages et 80.000 images allant du Moyen-Age au début du 20e siècle. Mais, de l’avis de nombreux usagers, les fichiers sont très lourds puisque les livres sont numérisés en mode image, et l’accès en est très long. Chose tout aussi problématique, la numérisation en mode image n’autorise pas la recherche textuelle alors que Gallica se trouve être la plus grande bibliothèque numérique francophone du réseau en nombre de titres disponibles en ligne. Seule une petite collection de livres (1.117 titres en février 2004) est numérisée en mode texte.

En février 2005, Gallica compte 76.000 ouvrages. A la même date, la BnF annonce la mise en ligne prochaine (entre 2006 et 2009) de la presse française parue entre 1826 et 1944, à savoir 22 titres représentant 3,5 millions de pages. Début 2006, les premiers journaux disponibles en ligne sont Le Figaro (fondé en 1826), La Croix (fondée en 1883), L'Humanité (fondée en 1904) et Le Temps (fondé en 1861 et disparu en 1942). En décembre 2006, les collections comprennent 90.000 ouvrages numérisés (fascicules de presse compris), 80.000 images et des dizaines d'heures de ressources sonores. Gallica débute la conversion en mode texte des livres numérisés en mode image pour pour favoriser l'accès à leur contenu.

= Online Books Page

Certains se donnent pour tâche non pas de numériser des oeuvres mais, tout aussi utile, de répertorier celles qui sont en accès libre sur le web, en offrant au lecteur un point d’accès commun. C’est le cas de John Mark Ockerbloom, doctorant à l’Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, Etats-Unis), qui crée l’Online Books Page pour recenser les oeuvres anglophones.

Cinq ans plus tard, en septembre 1998, il relate: «J’étais webmestre ici pour la section informatique de la CMU (Carnegie Mellon University), et j’ai débuté notre site local en 1993. Il comprenait des pages avec des liens vers des ressources disponibles localement, et à l’origine l’Online Books Page était l’une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des collègues de notre département (par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont commencé à demander des liens vers des livres disponibles sur d’autres sites. J’ai remarqué que de nombreux sites (et pas seulement le Projet Gutenberg ou Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu’il serait utile d’en avoir une liste complète qui permette de télécharger ou de lire des livres où qu’ils soient sur l’internet. C’est ainsi que mon index a débuté. J’ai quitté mes fonctions de webmestre en 1996, mais j’ai gardé la gestion de l’Online Books Page, parce qu’entre temps je m’étais passionné pour l’énorme potentiel qu’a l’internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de livres mis en ligne que j’ai du mal à rester à jour. Je pense pourtant poursuivre cette activité d’une manière ou d’une autre. Je suis très intéressé par le développement de l’internet en tant que médium de communication de masse dans les prochaines années. J’aimerais aussi rester impliqué dans la mise à disposition gratuite de livres sur l’internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité professionnelle, ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps libre.»

Fin 1998, John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique. En 1999, il rejoint l’Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D (recherche et développement) de la bibliothèque numérique de l'université. A la même époque, il y transfère l’Online Books Page, tout en gardant la même présentation, très sobre, et il poursuit son travail d’inventaire dans le même esprit. Ce répertoire recense 20.000 textes électroniques en septembre 2003 et 25.000 textes électroniques en décembre 2006.

Une autre initiative est celle de l’Internet Public Library (IPL). Créée en mars 1995 par l’Université du Michigan (Etats-Unis) dans le cadre de la School of Information and Library Studies, l’IPL se définit comme la première bibliothèque publique de l’internet sur l’internet, à savoir une bibliothèque sélectionnant, organisant et cataloguant les ressources disponibles sur l’internet, et n’existant elle-même que sur celui-ci. Cette bibliothèque publique d’un genre nouveau devient vite une référence. L’IPL recense de manière pratiquement exhaustive les livres (Online Texts, avec 22.500 titres en 2006), les journaux (Newspapers) et les magazines (Magazines) disponibles sur le web. Les livres sont essentiellement des oeuvres du domaine public.

7.2. Bibliothèques traditionnelles

Qu’en est-il de l’internet dans les bibliothèques traditionnelles? La première bibliothèque présente sur le web est la Bibliothèque municipale d’Helsinki (Finlande), qui inaugure son site en février 1994. Des bibliothèques mettent sur pied des «cyberespaces» à destination de leurs lecteurs. D’autres bibliothèques font connaître les joyaux de leurs collections par le biais du web. Des bibliothèques nationales unissent leurs efforts pour créer un portail commun. Voici un récit succint de quelques réalisations très différentes.

= ARPALS, en milieu rural

Lancé en 1996, le site web de l’ARPALS a pour sous-titre: «Internet et multimédia aux champs, ou comment amener la culture en milieu rural». L’ARPALS (Amicale du regroupement pédagogique Armillac Labretonie Saint-Barthélémy) regroupe les 950 habitants de quatre villages (Armillac, Labretonie, Laperche et Saint-Barthélémy) sis dans le département du Lot-et-Garonne, dans le sud-ouest de la France. Le regroupement pédagogique intercommunal (RPI) permet aux quatre villages de faire école commune afin d’éviter la fermeture de classes malheureusement fréquente en zone rurale.

L’ARPALS met sur pied d’une part des animations (repas, kermesse, bal masqué), d’autre part une bibliothèque intercommunale de 1.300 livres en partenariat avec la Bibliothèque départementale de prêt (BDP) de Villeneuve-sur-Lot. Le site web présente une sélection de livres avec un résumé pour chacun d’eux. L’association crée aussi une médiathèque ouverte 22 heures par semaine pour un public allant de 3 à 76 ans. Quatre ordinateurs multimédias - complétés par deux imprimantes couleur et un scanner à plat - permettent la consultation de CD-Rom, le libre accès à l’internet et l’utilisation de logiciels bureautiques tels que Works, Dbase for Windows, Corel Draw, Publisher, PhotoPaint, etc.

En juin 1998, Jean-Baptiste Rey, webmestre de l’ARPALS, précise: «Le but de notre site internet est de faire connaître l’existence de la médiathèque intercommunale de Saint-Barthélémy et ce que nous y faisons. C’est un moyen pour nous de démontrer l’utilité et l’intérêt de ce type de structure et la simplicité de l’usage des nouvelles technologies dans le cadre d’une bibliothèque. » C’est aussi un moyen de « pallier la faiblesse de notre fonds documentaire. Internet et le multimédia nous permettent d’offrir beaucoup plus de ressources et d’informations à nos usagers.»

= Cyberespace des Nations Unies

L’internet peut aussi relancer les bibliothèques traditionnelles. C’est le cas de la Bibliothèque de l’Organisation des Nations Unies à Genève (ONUG), sise dans l’imposant Palais des Nations, entre le Lac Léman et le quartier des organisations internationales.

En juillet 1997, à l’initiative de Pierre Pelou, son directeur, la bibliothèque ouvre un cyberespace de 24 postes informatiques en libre accès avec plusieurs dizaines de CD-Rom en réseau et connexion à l’internet. Aménagé au premier étage de la bibliothèque par Antonio Bustamante, architecte au Palais des Nations, ce cyberespace est mis gratuitement à la disposition des représentants des missions permanentes, délégués de conférences, fonctionnaires internationaux, chercheurs, étudiants, journalistes, membres des professions libérales, ingénieurs et techniciens, sans sélection par le rang, chose assez rare dans ce milieu. Le premier arrivé est le premier servi.

Les 24 stations du cyberespace comprennent chacune un ordinateur multimédia, un lecteur de CD-Rom et un casque individuel. Chaque groupe de trois ordinateurs est relié à une imprimante laser. Chaque station permet de consulter l’internet et sa messagerie électronique et d’utiliser le traitement de texte WordPerfect. Sont disponibles aussi les services suivants: 1) le système optique des Nations Unies; 2) un serveur regroupant une cinquantaine de CD-Rom en réseau; 3) la banque de données UNBIS (United Nations Bibliographic Information System), coproduite par les deux bibliothèques des Nations Unies à New York et à Genève; 4) le catalogue de la Bibliothèque de l’Office des Nations Unies à Genève; 5) Profound, un ensemble de banques de données économiques et commerciales; 6) RERO, le catalogue du Réseau romand des bibliothèques suisses (qui comprend le catalogue de la Bibliothèque des Nations Unies de Genève à titre de bibliothèque associée); 7) plusieurs CD-Rom multimédia (Encarta 97, L’Etat du monde, Elysée 2, Nuklear, etc.); 8) des vidéocassettes multistandards et des DVD présentant des programmes, films et documentaires sur l’action internationale et l’action humanitaire.

Très rapidement, de l’avis du personnel, «la consultation électronique induit une plus grande consultation imprimée et un renforcement de toutes les formes de recherche». Dépassant les prévisions les plus optimistes, ce cyberespace joue le rôle de catalyseur, amenant un public nouveau, jeune, varié et enthousiaste à consulter les collections de la bibliothèque et à utiliser ses autres services. Suite au succès du premier cyberespace, un deuxième cyberespace ouvre en avril 1998, deux étages plus haut, avec six postes informatiques et une vue imprenable sur le lac Léman et la chaîne des Alpes.

= Enluminures de la Bibliothèque de Lyon

Nombre de bibliothèques recèlent des joyaux que l’internet permet de faire connaître. C'est le cas de la Bibliothèque municipale de Lyon qui, en 1998, décide de diffuser en ligne sa collection d’enluminures, en débutant par une collection numérique de 3.000 images, le but à terme étant une collection de 10.000 images émanant de 200 manuscrits et incunables s’échelonnant du 5e siècle à la Renaissance. Le système utilisé est le SGBI (Système de gestion de banques d’images) créé par la Maison de l’Orient à Lyon, sous l’égide du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et de l’Université Lyon 2.

«Chaque document, signalé par son auteur, son titre et son siècle de réalisation, représente une entité, est-il expliqué sur le site web. Par un double clic sur l’entité choisie, on accède à un écran qui permet de feuilleter les images du document. Chaque écran peut comporter neuf imagettes, correspondant à des objets-images. Lorsque le document comporte davantage d’objets-images, des flèches permettent d’accéder aux objets-images suivants. Chaque objet-image peut comprendre plusieurs images, leur nombre étant indiqué sous chaque objet-image. Un double-clic sur une imagette permet de voir l’image agrandie. Dans une seconde étape, une interrogation multicritères sera possible.»

Deux ans plus tard, en décembre 2000, le site web donne accès à la plus importante collection française d’enluminures médiévales, soit 12.000 images scannées dans 457 ouvrages précieux. Certains manuscrits et incunables sont à dominante religieuse: bibles, missels, bréviaires, pontificaux, livres d’heures, droit canon. D’autres, à dominante profane, traitent de philosophie, d’histoire, de littérature, de sciences, etc. Les images numérisées sont les peintures en pleine page et les miniatures, ainsi que les initiales ornées et les décors des marges.

La bibliothèque poursuit ensuite la numérisation de ses collections iconographiques. Début 2003, plusieurs fonds spécialisés sont en accès libre sur le web: manuscrits, livres imprimés anciens, manuscrits autographes, collections locales (Lyon) et régionales (Rhône-Alpes), ésotérisme et franc-maçonnerie, fonds de la première guerre mondiale (1914-1918), estampes, affiches, livres d’artistes, photographies, fonds Lacassagne (père de l’Ecole lyonnaise d’anthropologie criminelle), fonds chinois, arts du spectacle, et enfin collection jésuite des Fontaines.

= Gabriel, serveur européen

Lancé en 1997, Gabriel - acronyme de: Gateway and Bridge to Europe’s National Libraries - est le serveur des bibliothèques nationales européennes, créé pour offrir un point d’accès unique à leurs services et collections. Le choix de ce nom «rappelle également les travaux de Gabriel Naudé, dont l’Advis pour dresser une bibliothèque (Paris, 1627) est le premier travail théorique en Europe sur les bibliothèques et qui constitue ainsi un point de départ sur les bibliothèques de recherche modernes. Le nom Gabriel est aussi employé dans de nombreuses langues européennes et vient de l’Ancien Testament, Gabriel étant l’un des archanges, ou messager céleste. Il est également présent dans le Nouveau Testament et dans le Coran.»

Plus prosaïquement, le site trilingue (anglais, français, allemand) propose des liens hypertextes vers les services en ligne d’un certain nombre de bibliothèques nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Malte, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, San Marino, Suède, Suisse, Turquie et Vatican). Une rubrique informe des projets communs à plusieurs pays. La recherche sur Gabriel est possible par pays ou par type de services: OPAC (online public access catalogue), bibliographies nationales, catalogues collectifs nationaux, index de périodiques, serveurs web, gophers (à savoir des systèmes d’information à base de menus textuels à plusieurs niveaux), liste complète des services en ligne par bibliothèque.

Comment Gabriel voit-il le jour? L’idée d’un site web commun aux bibliothèques nationales européennes naît en 1994 à Oslo (Norvège) lors de la réunion annuelle de la CENL (Conference of European National Librarians). En mars 1995, une nouvelle réunion rassemble les représentants de la Koninklijke Bibliotheek (Pays-Bas), de la British Library (Royaume-Uni) et de l’Helsinki University Library (Finlande). Après s’être mises d’accord sur un projet pilote, ces trois bibliothèques sont rejointes par trois autres bibliothèques nationales: Die Deusche Bibliothek (Allemagne), la Bibliothèque nationale de France et la Biblioteka Narodowa (Pologne).

Le projet Gabriel est approuvé en septembre 1995 lors de la réunion annuelle de la CENL à Berne (Suisse). Un serveur pilote est lancé sur l’internet par la British Library, qui s’occupe ensuite de sa maintenance éditoriale avec la collaboration des Bibliothèques nationales de Finlande et des Pays-Bas. La seconde étape se déroule entre octobre 1995 et septembre 1996. Les bibliothèques nationales n’ayant pas participé à la phase pilote sont invitées à se joindre au projet. Entre-temps, nombre de bibliothèques nationales débutent leur propre site web. Lors de sa réunion à Lisbonne (Portugal) en septembre 1996, la CENL décide de lancer officiellement Gabriel à compter du 1er janvier 1997, la maintenance éditoriale étant assurée par la Bibliothèque nationale des Pays-Bas.

En été 2005, Gabriel est intégré à la Bibliothèque européenne. Lancée dix-huit mois plus tôt, en janvier 2004, la Bibliothèque européenne est issue du projet TEL (Telematics & Electronic Libraries), un projet subventionné par la Commission européenne pendant trois ans, entre 2001 et 2003, pour étudier la faisabilité d’un service pan-européen donnant accès aux ressources disséminées dans toutes les bibliothèques nationales d’Europe. Ce portail commun est mis en ligne par la CENL et hébergé par la Bibliothèque nationale des Pays-Bas. Il offre un point d’accès unique aux catalogues de 18 bibliothèques nationales (Allemagne, Autriche, Croatie, Danemark, Estonie, Finlande, France, Italie, Hongrie, Lettonie, Pays-Bas, Portugal, République tchèque, Royaume-Uni, Serbie, Slovaquie, Slovénie et Suisse), avec accès (gratuit ou payant) aux documents électroniques de ces bibliothèques. S’y ajoutent les catalogues de la CENL et de l’ICCU (Instituto Centrale per il Catalogo Unico delle Bibliothece Italiane). Les collections des 25 autres bibliothèques nationales seront intégrées dans une phase ultérieure. La Bibliothèque européenne devrait également accueillir en son sein la future Bibliothèque numérique européenne, nouveau projet officiellement lancé en mars 2006.

= De la conservation à la communication

Face à un web encyclopédique et des bibliothèques numériques de plus en plus nombreuses, les jours des bibliothèques traditionnelles sont-ils comptés? La bibliothèque numérique menace-t-elle vraiment l’existence de la bibliothèque traditionnelle? En 1997 et 1998, plusieurs grandes bibliothèques expliquent sur leur site que, à côté d’un secteur numérique en pleine expansion, la communication physique des documents reste essentielle. Ces commentaires ont depuis disparu. La bibliothèque numérique rend enfin compatibles deux objectifs qui ne l’étaient guère, à savoir la conservation des documents et leur communication. Le document est numérisé une bonne fois pour toutes, et le grand public y a facilement accès. Au début des années 2000, toute bibliothèque traditionnelle quelque peu dynamique dispose de collections numériques, soit à usage interne, soit en accès libre sur le web.

Les problèmes de bande passante s’estompent aussi. Après avoir proposé avec enthousiasme des images en pleine page très agréables à l’oeil mais excessivement longues à apparaître à l’écran, nombreux sont les sites qui optent ensuite pour des images de format réduit, avec possibilité de cliquer ou non sur ces images pour obtenir un format plus grand. Cette présentation est souvent restée la norme, même avec la généralisation de l’internet à débit rapide. Le passage du petit format ou grand format est désormais rapide sinon immédiat, à la grande satisfaction des iconographes, photographes et autres amateurs d’images.