Les Muses de la Nouvelle France

Chapter 3

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C'est la terre Armouchiquoise, Qui son gros blÈ te produit; Et encore l'Iroquoise, Qui donne maint autre fruit.

NÙtre France fromenteuse N'a ses vignes de tout temps, La peine laborieuse L'a fait telle avec les ans.

Courage, doncques, courage, Continue ton dessein, Ayant ce bel avantage, Qui de bon espoir est plein.

Le Tout-puissant mÈme change Ici les froides saisons, Et ‡ cette terre Ètrange Promet des riches moissons.

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A MONSIEUR DE POUTRINCOURT GRAND Sagamos de la Nouvelle-France

ODE.

QUOY que tu n'ailles cherchant (POUTRINCOURT) cette louange Qui va mÈme allechant Ceux qui gisent en la fange;

Ton merite toutefois, Ta pietÈ, ton courage, Forcent ma lyre & ma voix A les chanter sur l'herbage

Que l'Equille de ses eaux Ou plustot Neptune arrose, Tandis qu'au bruit des ruisseaux, A l'Ècart je me repose.

Apres avoir longuement Comme un athlete Gregeois LuttÈ courageusement Parmi les champs des FranÁois,

Saoul d'alarmes & combats, Et des assaux de Bellone, Ores tu prens tes Èbats Avec CerÈs et Pomone.

Et deÁa del‡ portÈs, Suivans Neptune ‡ la danse, Tu nous fais voir les beautÈs De cette Nouvelle-France.

Qui est celui qui ta veu Oncques saisi de paresse? Qui est cil qui t'a conu Semblable ‡ cette Noblesse,

Qui met le point de l'honneur A commander sans prudence, Et n'avoir par son labeur D'aucun art l'experience?

Mais l'un & l'autre tu sÁais, Et ta main infatigable Fait tous les jours des essais De chose ‡ nous incroyable.

Car de tout art manuel T'est conuÎ la pratique, Et se plait ton naturel Es ars de Mathematique.

MÈmes encore ce Dieu Qui fredonnant sur sa lyre Tient des Muses le milieu, Par toy bien souvent respire.

Les secrets de son sÁavoir, Si que tout compris ensemble, Au monde on ne sÁauroit voir Rien que toy qui te ressemble.

C'est toy qu'il falloit ici Afin de bine reconoitre Ce que cette terre ici Rendroit un jour ‡ son maitre.

Tu l'as experimentÈ Tant que ton ame est contente, Et de sa fidelitÈ Tu as une riche attente.

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A MESSIEURS DE MONTS ET SES LIEUTENANT & Associez.

SONNET

SI les siecles premiers ont celebrÈ la gloire De celuy qui conquit la Colchide toison: Si maintenant encor du brave fils d'∆son Pour peu de chose vit en honneur la memoire:

Nous devons beaucoup mieux celebrer en l'histoire La generositÈ non du fils de Jason, Mais de vous, Ù FranÁois, qui en cette saison D'un plus digne sujet recherchez la victoire.

Le Grec acquit Áa bas un terrestre thresor, Il avoit des moyens, & des hommes encor, Tels que les peut avoir entre nous un grand Prince.

Mais vous ‡ vos dÈpens, sans recevoir support Que de l'avoeu du Roy, par un nouvel effort Ravissez courageux, la celeste province. ________________________________________________________

AU SIEUR DE CHAMPLEIN GÈographe du Roy.

SONNET.

UN Roy Numidien poussÈ d'un beau desir Fit jadis rechercher la source de ce fleuve Qui le peuple d'Egypte & de Libye abreuve, Prenant en son pourtrait son unique plaisir

CHAMPLEIN, ja dÈs long temps je voy que ton loisir S'employe obstinÈment & sans aucune treuve A rechercher les flots, que de la Terre-neuve Viennent, apres maints sauts, les rivages saisir.

Que si tu viens ‡ chef de ta belle entreprise, On ne peut estimer combien de gloire un jour Acquerras ‡ ton nom que desja chacun prise.

Car d'un fleuve infini tu cherches l'origine. Afin qu'‡ l'avenir y faisant ton sejour Tu nous faces par l‡ parvenir ‡ la chine.

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ODE EN LA MEMOIRE du Capitaine Gourgues Bourdelois.

Voy l'Histoire de la Nouvelle-France Liv. 1, ch. XIX & XX.

GOURGUES, l'honneur Bourdelois, Je veux reveiller ta gloire, Et faire eclater ma voix Dans le temple de Memoire,

En racontant ta valeur Ta conduite & ta prouÎsse, Quand, d'un invincible coeur, Tu mis la main vengeresse

Sur le soldat bazanÈ Du sang des FranÁois avide, Qui nous avoit butinÈ Les beautez de la Floride.

Si-tot que de noz FranÁois Tu entendis la ruine, Et que le peuple Iberois Occupoit la Caroline,

Tu prins resolution De venger le grand outrage Fait ‡ nÙtre nation Par une Hespagnole rage.

A tes despens tu mis sis De bons hommes une bende Au combat bien resolus, Puis que c'est toy qui commande.

Tu ne leur dis ‡ l'abord Le secret de ton affaire, Come Capitaine accort, Qui sÁais bien ce qu'il faut taire.

Mais quant tu te vis portÈ Dessus la terre nouvelle, Tu leur dis ta volontÈ De venger une querelle,

Querelle qui les FranÁois Et grans & petits regarde, Et partant qu'‡ cette fois Ne faut, d'une ame co¸arde

Reculer quand la saison De bien faire se presente, Afin d'avoir la raison De l'injure violente

Faite aux premiers conquesteurs D'une terre si lointaine Par des assassinateurs De race Mahumetaine.

A ces mots encouragÈs Ils se mettent en bataille, Et vont en ordre rangÈs Droit contre cette canaille.

L'un & l'autre petit Fort Ils attaquent de courage, Et par un puissant effort Ilz les mettent au pillage.

Mais il n'estoit pas aisÈ D'attaquer la Caroline, Si GOURGUES n'eust avisÈ Prudemment ‡ sa ruine.

Car l'adversaire estoit fort D'hommes, d'armes & de place, Mais nonobstant prÈs du Fort En fin sa troupe s'amasse.

L'Hespagnol estant sorti Pour lui faire une saillie Rencontre un mauvais parti Qui a sa gent acuillie,

CAZENOVE donne ‡ des GOURGUES les rencontre en face, Qui les font (en peu de mots) Tous demeurer sur la place.

Le reste tout ÈtonnÈ La Forteresse abandonne, Mais las! il est mal menÈ N'ayant secours de personne.

Car le Sauvage irritÈ Ne lui fait misericorde, Lequel de sa cruautÈ Trop frechement se recorde.

Mais ceux qui tombent Ès mains Des FranÁois, on les attelle Aux arbres les plus hautains Pour y faire sentinelle.

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A LA MEMOIRE D'UN Sauvage Floridien que se proposoit mourir pour les FranÁois.

Voy l'Histoire de la Nouvelle France liv. 1. chap. 20.

OU trouverons-nous un courage Semblable ‡ cil de ce Sauvage, Qui pour ses amis secourir Vient lui-mÈme sa vie offrir, Laquelle il croit devoir Èpandre Pour nÙtre querele defendre? Certainement un homme tel Doit parmi nous estre immortel. Et devons louer tout de mÈme Le souci qu'il a de sa femme Requerant qu'on lui face don Apres son trÈpas du guerdon Que meriteroit sa vaillance Mourant pour l'honneur de la France.

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A PIERRE ANGIBAUT dit CHAMP-DOR… Capitaine de Marine en la Nouvelle-France.

SONNET.

SI des pilotes vieux le renom dure encore Pour avoir sceu voguer sur une Ètroite mer, Si le monde ‡ present daigne encore estimer Ariomene, avec Palinure & Pelore;

C'est raison (CHAMP-DOR…) que nÙtre ‚ge t'honore, Qui sÁais par ta vertu te faire renommer, Quand ta dexteritÈ empeche d'abimer La nef qui va souz toy du Ponant ‡ l'Aurore.

Ceux-l‡ du grand Neptune oncques la majestÈ Ne vivent, ni le fond de son puissant Empire: Mais dessus l'Ocean journellement portÈ

Tu fais voir aux FranÁois des paÔs tout nouveaux, Afin que l‡ un jour maint peuple se retire Faisant les flots gemir souz les ailez vaisseaux.

Fait au Port Royal en la Nouvelle-France.

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LA DEFFAITE DES SAUVAGES ARMOUCHIQUOIS PAR LE SAGAMOS MEMBERTOU & ses alliez Sauvages, en la Nouvelle-France, au mois de Juillet 1607.

O˘ peuvent reconoitre les ruses de guerre desdits Sauvages, leurs actes funebres, les noms de plusieurs d'entre-eux & la maniere de guerir les blessez.

JE ne chante l'orgueil du beant BriarÈe, Ni du fier Rodomont la fureur enivrÈe Du sang dont il a teint prÈque tout l'Univers Ni comme il a forcÈ les pivots des enfers. Je chante Membertou, & l'heureuse victoire Qui lui acquit naguere une immortelle gloire Quand il joncha de morts les champs Armouchiquois Pour la cause venger du peuple Souriquois.

Entre ces peuples-ci une antique discorde Fait que bien rarement l'un ‡ l'autre s'accorde, Et si par fois enter eux se traite quelque paix, Cette pais se peut dire un attrappe-niais.

Car oncques le Renard ne changea sa nature Et de garder la foy l'homme double n'eut cure, Ceci n'a pas long temps se conut par effect Aux depens de celui qui me donne sujet De dire qui a meu Membertou & sa suite De faire pour sa mort si sanglante poursuite. Ce fut Panoniac (car tel estoit son nom) Sauvage entre les siens jadis de grand renom. Cetui cuidant avoir faite bonne alliance Avecques ces mechans, alloit sans deffiance Parmi eux conversant: mÈmes il les aidoit Bien souvent du plus beau des biens qu'il possedoit. Mais pour cela la gent ‡ mal faire addonÈe, Sa mauvaise faÁon n'a point abandonnÈe. Car ce Panoniac il n'y a pas dix mois Les estant allÈ voir (pour la derniere fois) Portant en ses vaisseaux marchandises diverses Pour en accommoder ces nations perverses, Eux qui sont de tout temps avides de butin, Sans aucune merci assomment leur voisin, Pillent ce qu'il avoit & en font le partage. Les compagnons du mort se sauvans ‡ la nage Se cachent pour un temps ‡ l'ombre d'un rocher, N'osans de ces matins ‡ la chaude approcher. «a pour dire vray, la meurtriere cohorte Estoit contre ceux-ci & trop grande & trop forte. Mais comme de Phoebus les chevaus harassez Se furent retirez souz les eaux tout lassez Ces enragÈs en fin abandonnant la place Laisserent l‡ le corps tuÈ ‡ coups de masse, Lequel ‡ la faveur de la sombreuse nuit Soudain par ses amis fut enlevÈ sans bruit, Et mis, non, comme nous, en depost ‡ la terre, N'en un coffre de bois, ni au creux d'une pierre, Ains il fut embaumÈ ‡ la forme des Rois que l'∆gypte pieuse embaumoit autrefois.

Le peuple Etechemin de cette mort cruelle, Receut tout le premier la mauvaise nouvelle, D'o˘ s'ensuivit un dueil si rempli de douleurs Que le haut Firmament en ouÔt les clameurs (Car lors que cette gent la mort des siens lamente Le voisinage ensemble ‡ grans cris se tourmente) Mais ce ne fut ici le brayment principal, Car quand ce pauvre corps fut dans le Port Royal Aux siens representÈ, Dieu sÁait combien de plaintes, De cris, de hurlemens, de funebres complaintes. Le ciel en gemissoit, & les prochains cÙtaux Sembloient par leurs echoz endurer tous ces maux: Les Èpesses forÈts, & la riviere mÈme TËmoignoient en avoir une douleur extreme. Huit jours tant seulement se passerent ainsi Pour respect du FranÁois qui se rit de ceci.

Les services rendus ‡ l'ombre vagabonde (Qui du lac Stygieux a desja passÈ l'onde) Et au corps l‡ present, le Prince Souriquois Commence ‡ s'Ècrier d'une effroyable voix: Quoy doncques, Membertou (dit-il en son langage) Lairra-il impuni un si vilain outrage? De l'excÈs fait aux siens & mÈme ‡ sa maison? Verray-je point jamais Èteinte cette race Qui des miens & de moy la ruine pourchasse? Non, non, il ne faut point cette injure souffrir. Enfans, c'est ‡ ce coup qu'il nous convient mourir, Ou bien par nÙtre bras envoyer dix mille ames De cette gent maudite aux eternelles flammes. Nous avons prÈs de nous des FranÁois le support A qui ces chiens ici ont fait un mÈme tort. Cela est resolu, il que la campagne Au sang de ces meurtriers dans peu de temps se baigne. Auctaudin mon cher fils, & ton frere puisnÈ Qui n'avez vÙtre pere oncques abandonnÈ, Il faut ores s'armer de force & de courage, Sus, allez vitement l'un suivant le rivage, D'ici au Cap-Breton, l'autre ‡ travers les bois Vers les Canadiens, & les GaspeÔquois, Et les Etechemins annoncer cette injure, Et dire ‡ nos amis que tous je les conjure D'en porter dedans l'ame un vif ressentiment, Et pour l'effect de ce qu'ilz s'arment promptement Et me viennent trouver prÈs de cette riviere, O˘ ilz sÁavent que j'ay plantÈe ma banniere.

Membertou n'eut plustot ‡ ses gens commandÈ, Que chacun prent sa route o˘ il estoit mandÈ, Et fit en peu de temps si bonne diligence, Qu'il sembla devancer un postillon de France, Si bien qu'au renouveau voici de toutes parts Venir ‡ Membertou jeunes & vieux soudars Tous ‡ ceci poussez d'esperances non vaines Souz l'asseurÈ guidon des braves Capitaines Chkoudun, & Oagimont, MemembourÈ, Kichkou, Messamoet, Ouzabat, & Anadabijou, Medagoet, Oagimech, & avec eux encore Celui qui plus que tous l'Armouchiquois abhorre, C'est PanoniaguÈs, qui a occasion De procurer mal-heur ‡ cette nation Pour le dur souvenir de la mort de son frere. Quand tout fur arrivÈ, de cette mort amere Il fallut de nouveau recommencer le dueil, Et le corps decedÈ mettre dans le cercueil. Le barbu Membertou lors prenant la parole: Vous sÁavez, ce dit-il, Ù peuple benevole, Le motif qui vous a conduit jusques ici, C'est ce corps que voyÈs massacrÈ sans merci, De qui le sang versÈ vous demande vengeance. Sans que par long discours je vous en face instance. Et comme Ès siecles vieux quant au peuple Romain Fut montrÈ de CÊsar le massacre inhumain, Tout ‡ l'instant Èmeu d'une ardente colere Il voulut reparer ce cruel vitupere Contre les assassins (ainsi que j'ai appris Qu'il est mentionnÈ Ès anciens Ècrits) Ainsi vous devez tous ‡ ce spectacle Ètrange Estre Èmeus du desir de garder la lo¸ange. Que nos antecesseurs nous ont mis en depos, Et par laquelle ilz sont maintenant en repos, N'ayans point estimÈ estre dignes de vivre. Sans de leurs ennemis les injures poursuivre.

A ces mots un chacun au combat animÈ Sent un feu de vengeance en son coeur allumÈ, Et eussent volontiers contre cette canaille, (S'il y est eu moyen) lors donnÈ la bataille, Mais il falloit premier le corps ensevelir, Et du dernier devoir les oeuvres accomplir. Cette grand' troupe donc de douleur affollÈs A conduit le corps mort dedans son MausolÈe, En faisant sacrifice ‡ Vulcan de ses biens Masse, arcs, fleches, carquois, petun, couteaux & chiens, Matachiaz aussi, & la pelleterie Que d'epargne il avoit quant il perdit la vie. Mais quant aux assistans, chacun ‡ son pouvoir Lui fit, devotieux l'accoutumÈ devoir. Qui donne des castors, qui des couteaux, des roses, Armes, Matachiaz, & maintes autres choses. Puis ferment le sepulchre, & laissent reposer Celui duquel ilz vont la querelle Èpouser. Le ciel qui bien-souvent les mal-heurs nous presage, Avoit auparavant par un triste presage TÈmoignÈ les effects de cette guerre ici, Car ayant un long temps refrongnÈ son sourci, Il fit voir maintefois des torches allumÈes, Des lances, des dragons, des flambantes armÈes.

Ainsi s'en va la flotte avec intention De veincre, ou de mourir ‡ cette occasion, Laissans de leurs enfans & femmes la tutele A nous, qui en avons rendu conte fidele. Quand des Armouchiquois les rives ils ont veu Ce peuple deffiant les a tot reconu. Soudain les messagers volent par la campagne, Et sonnent du cornet sur chacune montagne Pour le monde avertir d'estre au guet, & veiller Avant que l'ennemi les vienne reveiller. Peuples de tous cÙtez ‡ grand' troupes s'amassent Tant qu'en nombre les flots de la mer ilz surpassent. Mais pourtant Membertou ne s'epouvante point Car il sÁait le moyen de prendre bien ‡ point L'ennemi, qui tout fier, voyant son petit nombre, Se promet l'enlever si-tot que la nuit sombre Aura dessus la terre Ètendu son rideau.