Les misérables Tome IV: L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis

Part 31

Chapter 312,755 wordsPublic domain

Gavroche, après avoir regardé en l'air, regardait en bas; il se haussait sur la pointe des pieds et tâtait les portes et les fenêtres des rez-de-chaussée; elles étaient toutes fermées, verrouillées et cadenassées. Après avoir constaté cinq ou six devantures de maisons barricadées de la sorte, le gamin haussa les épaules, et entra en matière avec lui-même en ces termes:

--Pardi!

Puis il se remit à regarder en l'air.

Jean Valjean, qui, l'instant d'auparavant, dans la situation d'âme où il était, n'eût parlé ni même répondu à personne, se sentit irrésistiblement poussé à adresser la parole à cet enfant.

--Petit, dit-il, qu'est-ce que tu as?

--J'ai que j'ai faim, répondit Gavroche nettement. Et il ajouta: Petit vous-même.

Jean Valjean fouilla dans son gousset et en tira une pièce de cinq francs.

Mais Gavroche, qui était de l'espèce du hoche-queue et qui passait vite d'un geste à l'autre, venait de ramasser une pierre. Il avait aperçu le réverbère.

--Tiens, dit-il, vous avez encore vos lanternes ici. Vous n'êtes pas en règle, mes amis. C'est du désordre. Cassez-moi ça.

Et il jeta la pierre dans le réverbère dont la vitre tomba avec un tel fracas que des bourgeois, blottis sous leurs rideaux dans la maison d'en face, crièrent: Voilà Quatre-vingt-treize!

Le réverbère oscilla violemment et s'éteignit. La rue devint brusquement noire.

--C'est ça, la vieille rue, fit Gavroche, mets ton bonnet de nuit.

Et se tournant vers Jean Valjean:

--Comment est-ce que vous appelez ce monument gigantesque que vous avez là au bout de la rue? C'est les Archives, pas vrai? Il faudrait me chiffonner un peu ces grosses bêtes de colonnes-là, et en faire gentiment une barricade.

Jean Valjean s'approcha de Gavroche.

--Pauvre être, dit-il à demi-voix et se parlant à lui-même, il a faim.

Et il lui mit la pièce de cent sous dans la main.

Gavroche leva le nez, étonné de la grandeur de ce gros sou; il le regarda dans l'obscurité, et la blancheur du gros sou l'éblouit. Il connaissait les pièces de cinq francs par ouï-dire; leur réputation lui était agréable; il fut charmé d'en voir une de près. Il dit: contemplons le tigre.

Il le considéra quelques instants avec extase; puis, se retournant vers Jean Valjean, il lui tendit la pièce et lui dit majestueusement:

--Bourgeois, j'aime mieux casser les lanternes. Reprenez votre bête féroce. On ne me corrompt point. Ça a cinq griffes; mais ça ne m'égratigne pas.

--As-tu une mère? demanda Jean Valjean.

Gavroche répondit:

--Peut-être plus que vous.

--Eh bien, reprit Jean Valjean, garde cet argent pour ta mère.

Gavroche se sentit remué. D'ailleurs, il venait de remarquer que l'homme qui lui parlait n'avait pas de chapeau, et cela lui inspirait confiance.

--Vrai, dit-il, ce n'est pas pour m'empêcher de casser les réverbères?

--Casse tout ce que tu voudras.

--Vous êtes un brave homme, dit Gavroche.

Et il mit la pièce de cinq francs dans une de ses poches.

Sa confiance croissant, il ajouta:

--Êtes-vous de la rue?

--Oui, pourquoi?

--Pourriez-vous m'indiquer le numéro 7?

--Pourquoi faire le numéro 7?

Ici l'enfant s'arrêta, il craignit d'en avoir trop dit, il plongea énergiquement ses ongles dans ses cheveux, et se borna à répondre:

--Ah! voilà.

Une idée traversa l'esprit de Jean Valjean. L'angoisse a de ces lucidités-là. Il dit à l'enfant:

--Est-ce que c'est toi qui m'apportes la lettre que j'attends?

--Vous? dit Gavroche. Vous n'êtes pas une femme.

--La lettre est pour mademoiselle Cosette, n'est-ce pas?

--Cosette? grommela Gavroche. Oui, je crois que c'est ce drôle de nom-là.

--Eh bien, reprit Jean Valjean, c'est moi qui dois lui remettre la lettre. Donne.

--En ce cas, vous devez savoir que je suis envoyé de la barricade?

--Sans doute, dit Jean Valjean.

Gavroche engloutit son poing dans une autre de ses poches et en tira un papier plié en quatre.

Puis il fit le salut militaire.

--Respect à la dépêche, dit-il. Elle vient du gouvernement provisoire.

--Donne, dit Jean Valjean.

Gavroche tenait le papier élevé au-dessus de sa tête.

--Ne vous imaginez pas que c'est là un billet doux. C'est pour une femme, mais c'est pour le peuple. Nous autres, nous nous battons, et nous respectons le sexe. Nous ne sommes pas comme dans le grand monde où il y a des lions qui envoient des poulets à des chameaux.

--Donne.

--Au fait, continua Gavroche, vous m'avez l'air d'un brave homme.

--Donne vite.

--Tenez.

Et il remit le papier à Jean Valjean.

--Et dépêchez-vous, monsieur Chose, puisque mamselle Chosette attend.

Gavroche fut satisfait d'avoir produit ce mot.

Jean Valjean reprit:

--Est-ce à Saint-Merry qu'il faudra porter la réponse?

--Vous feriez là, s'écria Gavroche, une de ces pâtisseries vulgairement nommées brioches. Cette lettre vient de la barricade de la rue de la Chanvrerie et j'y retourne. Bonsoir, citoyen.

Cela dit, Gavroche s'en alla, ou, pour mieux dire, reprit vers le lieu d'où il venait son vol d'oiseau échappé. Il se replongea dans l'obscurité comme s'il y faisait un trou, avec la rapidité rigide d'un projectile; la ruelle de l'Homme-Armé redevint silencieuse et solitaire; en un clin d'oeil, cet étrange enfant, qui avait de l'ombre et du rêve en lui, s'était enfoncé dans la brume de ces rangées de maisons noires, et s'y était perdu comme de la fumée dans des ténèbres; et l'on eût pu le croire dissipé et évanoui, si, quelques minutes après sa disparition, une éclatante cassure de vitre et le patatras splendide d'un réverbère croulant sur le pavé n'eussent brusquement réveillé de nouveau les bourgeois indignés. C'était Gavroche qui passait rue du Chaume.

Chapitre III

Pendant que Cosette et Toussaint dorment

Jean Valjean rentra avec la lettre de Marius.

Il monta l'escalier à tâtons, satisfait des ténèbres comme le hibou qui tient sa proie, ouvrit et referma doucement sa porte, écouta s'il n'entendait aucun bruit, constata que, selon toute apparence, Cosette et Toussaint dormaient, plongea dans la bouteille du briquet Fumade trois ou quatre allumettes avant de pouvoir faire jaillir l'étincelle, tant sa main tremblait; il y avait du vol dans ce qu'il venait de faire. Enfin, sa chandelle fut allumée, il s'accouda sur la table, déplia le papier, et lut.

Dans les émotions violentes, on ne lit pas, on terrasse pour ainsi dire le papier qu'on tient, on l'étreint comme une victime, on le froisse, on enfonce dedans les ongles de sa colère ou de son allégresse; on court à la fin, on saute au commencement; l'attention a la fièvre; elle comprend en gros, à peu près, l'essentiel; elle saisit un point, et tout le reste disparaît. Dans le billet de Marius à Cosette, Jean Valjean ne vit que ces mots:

«...Je meurs. Quand tu liras ceci, mon âme sera près de toi.»

En présence de ces deux lignes, il eut un éblouissement horrible; il resta un moment comme écrasé du changement d'émotion qui se faisait en lui, il regardait le billet de Marius avec une sorte d'étonnement ivre; il avait devant les yeux cette splendeur, la mort de l'être haï.

Il poussa un affreux cri de joie intérieure.--Ainsi, c'était fini. Le dénouement arrivait plus vite qu'on n'eût osé l'espérer. L'être qui encombrait sa destinée disparaissait. Il s'en allait de lui-même, librement, de bonne volonté. Sans que lui, Jean Valjean, eût rien fait pour cela, sans qu'il y eût de sa faute, «cet homme» allait mourir. Peut-être même était-il déjà mort.--Ici sa fièvre fit des calculs.--Non. Il n'est pas encore mort. La lettre a été visiblement écrite pour être lue par Cosette le lendemain matin; depuis ces deux décharges qu'on a entendues entre onze heures et minuit, il n'y a rien eu; la barricade ne sera sérieusement attaquée qu'au point du jour; mais c'est égal, du moment où «cet homme» est mêlé à cette guerre, il est perdu; il est pris dans l'engrenage.--Jean Valjean se sentait délivré. Il allait donc, lui, se retrouver seul avec Cosette. La concurrence cessait; l'avenir recommençait. Il n'avait qu'à garder ce billet dans sa poche. Cosette ne saurait jamais ce que «cet homme» était devenu. «Il n'y a qu'à laisser les choses s'accomplir. Cet homme ne peut échapper. S'il n'est pas mort encore, il est sûr qu'il va mourir. Quel bonheur!»

Tout cela dit en lui-même, il devint sombre.

Puis il descendit et réveilla le portier.

Environ une heure après, Jean Valjean sortait en habit complet de garde national et en armes. Le portier lui avait aisément trouvé dans le voisinage de quoi compléter son équipement. Il avait un fusil chargé et une giberne pleine de cartouches. Il se dirigea du côté des halles.

Chapitre IV

Les excès de zèle de Gavroche

Cependant il venait d'arriver une aventure à Gavroche.

Gavroche, après avoir consciencieusement lapidé le réverbère de la rue du Chaume, aborda la rue des Vieilles-Haudriettes, et n'y voyant pas «un chat», trouva l'occasion bonne pour entonner toute la chanson dont il était capable. Sa marche, loin de se ralentir par le chant, s'en accélérait. Il se mit à semer le long des maisons endormies ou terrifiées ces couplets incendiaires:

_L'oiseau médit dans les charmilles_ _Et prétend qu'hier Atala_ _Avec un Russe s'en alla._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_Mon ami pierrot, tu babilles,_ _Parce que l'autre jour Mila_ _Cogna sa vitre, et m'appela._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_Les drôlesses sont fort gentilles;_ _Leur poison qui m'ensorcela_ _Griserait monsieur Orfila._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_J'aime l'amour et ses bisbilles,_ _J'aime Agnès, j'aime Paméla,_ _Lise en m'allumant se brûla._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_Jadis, quand je vis les mantilles_ _De Suzette et de Zéïla,_ _Mon âme à leurs plis se mêla._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_Amour, quand, dans l'ombre où tu brilles,_ _Tu coiffes de roses Lola,_ _Je me damnerais pour cela._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_Jeanne, à ton miroir tu t'habilles!_ _Mon coeur un beau jour s'envola;_ _Je crois que c'est Jeanne qui l'a._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_Le soir en sortant des quadrilles,_ _Je montre aux étoiles Stella_ _Et je leur dis: regardez-la._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

Gavroche, tout en chantant, prodiguait la pantomime. Le geste est le point d'appui du refrain. Son visage, inépuisable répertoire de masques, faisait des grimaces plus convulsives et plus fantasques que les bouches d'un linge troué dans un grand vent. Malheureusement, comme il était seul et dans la nuit, cela n'était ni vu, ni visible. Il y a de ces richesses perdues.

Soudain il s'arrêta court.

--Interrompons la romance, dit-il.

Sa prunelle féline venait de distinguer dans le renfoncement d'une porte cochère ce qu'on appelle en peinture un ensemble; c'est-à-dire un être et une chose; la chose était une charrette à bras, l'être était un Auvergnat qui dormait dedans.

Les bras de la charrette s'appuyaient sur le pavé et la tête de l'Auvergnat s'appuyait sur le tablier de la charrette. Son corps se pelotonnait sur ce plan incliné et ses pieds touchaient la terre.

Gavroche, avec son expérience des choses de ce monde, reconnut un ivrogne.

C'était quelque commissionnaire du coin qui avait trop bu et qui dormait trop.

--Voilà, pensa Gavroche, à quoi servent les nuits d'été. L'Auvergnat s'endort dans sa charrette. On prend la charrette pour la République et on laisse l'Auvergnat à la monarchie.

Son esprit venait d'être illuminé par la clarté que voici:

--Cette charrette ferait joliment bien sur notre barricade.

L'Auvergnat ronflait.

Gavroche tira doucement la charrette par l'arrière et l'Auvergnat par l'avant, c'est-à-dire par les pieds, et, au bout d'une minute, l'Auvergnat, imperturbable, reposait à plat sur le pavé.

La charrette était délivrée.

Gavroche, habitué à faire face de toutes parts à l'imprévu, avait toujours tout sur lui. Il fouilla dans une de ses poches, et en tira un chiffon de papier et un bout de crayon rouge chipé à quelque charpentier.

Il écrivit:

_République française._

«Reçu ta charrette.»

Et il signa: «Gavroche.»

Cela fait, il mit le papier dans la poche du gilet de velours de l'Auvergnat toujours ronflant, saisit le brancard dans ses deux poings, et partit, dans la direction des halles, poussant devant lui la charrette au grand galop avec un glorieux tapage triomphal.

Ceci était périlleux. Il y avait un poste à l'Imprimerie royale. Gavroche n'y songeait pas. Ce poste était occupé par des gardes nationaux de la banlieue. Un certain éveil commençait à émouvoir l'escouade, et les têtes se soulevaient sur les lits de camp. Deux réverbères brisés coup sur coup, cette chanson chantée à tue-tête, cela était beaucoup pour des rues si poltronnes, qui ont envie de dormir au coucher du soleil, et qui mettent de si bonne heure leur éteignoir sur leur chandelle. Depuis une heure le gamin faisait dans cet arrondissement paisible le vacarme d'un moucheron dans une bouteille. Le sergent de la banlieue écoutait. Il attendait. C'était un homme prudent.

Le roulement forcené de la charrette combla la mesure de l'attente possible, et détermina le sergent à tenter une reconnaissance.

--Ils sont là toute une bande! dit-il, allons doucement.

Il était clair que l'Hydre de l'Anarchie était sortie de sa boîte et qu'elle se démenait dans le quartier.

Et le sergent se hasarda hors du poste à pas sourds.

Tout à coup, Gavroche, poussant sa charrette, au moment où il allait déboucher de la rue des Vieilles-Haudriettes, se trouva face à face avec un uniforme, un shako, un plumet et un fusil.

Pour la seconde fois, il s'arrêta net.

--Tiens, dit-il, c'est lui. Bonjour, l'ordre public.

Les étonnements de Gavroche étaient courts et dégelaient vite.

--Où vas-tu, voyou? cria le sergent.

--Citoyen, dit Gavroche, je ne vous ai pas encore appelé bourgeois. Pourquoi m'insultez-vous?

--Où vas-tu, drôle?

--Monsieur, reprit Gavroche, vous étiez peut-être hier un homme d'esprit, mais vous avez été destitué ce matin.

--Je te demande où tu vas, gredin?

Gavroche répondit:

--Vous parlez gentiment. Vrai, on ne vous donnerait pas votre âge. Vous devriez vendre tous vos cheveux cent francs la pièce. Cela vous ferait cinq cents francs.

--Où vas-tu? où vas-tu? où vas-tu, bandit?

Gavroche repartit:

--Voilà de vilains mots. La première fois qu'on vous donnera à téter, il faudra qu'on vous essuie mieux la bouche.

Le sergent croisa la bayonnette.

--Me diras-tu où tu vas, à la fin, misérable?

--Mon général, dit Gavroche, je vas chercher le médecin pour mon épouse qui est en couches.

--Aux armes! cria le sergent.

Se sauver par ce qui vous a perdu, c'est là le chef-d'oeuvre des hommes forts; Gavroche mesura d'un coup d'oeil toute la situation. C'était la charrette qui l'avait compromis, c'était à la charrette de le protéger.

Au moment où le sergent allait fondre sur Gavroche, la charrette, devenue projectile et lancée à tour de bras, roulait sur lui avec furie, et le sergent, atteint en plein ventre, tombait à la renverse dans le ruisseau pendant que son fusil partait en l'air.

Au cri du sergent, les hommes du poste étaient sortis pêle-mêle; le coup de fusil détermina une décharge générale au hasard, après laquelle on rechargea les armes et l'on recommença.

Cette mousquetade à colin-maillard dura un bon quart d'heure, et tua quelques carreaux de vitre.

Cependant Gavroche, qui avait éperdument rebroussé chemin, s'arrêtait à cinq ou six rues de là, et s'asseyait haletant sur la borne qui fait le coin des Enfants-Rouges.

Il prêtait l'oreille.

Après avoir soufflé quelques instants, il se tourna du côté où la fusillade faisait rage, éleva sa main gauche à la hauteur de son nez, et la lança trois fois en avant en se frappant de la main droite le derrière de la tête; geste souverain dans lequel la gaminerie parisienne a condensé l'ironie française, et qui est évidemment efficace, puisqu'il a déjà duré un demi-siècle.

Cette gaîté fut troublée par une réflexion amère.

--Oui, dit-il, je pouffe, je me tords, j'abonde en joie, mais je perds ma route, il va falloir faire un détour. Pourvu que j'arrive à temps à la barricade!

Là-dessus, il reprit sa course.

Et tout en courant:

--Ah çà, où en étais-je donc? dit-il.

Il se remit à chanter sa chanson en s'enfonçant rapidement dans les rues, et ceci décrut dans les ténèbres:

_Mais il reste encor des bastilles,_ _Et je vais mettre le holà_ _Dans l'ordre public que voilà._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_Quelqu'un veut-il jouer aux quilles?_ _Tout l'ancien monde s'écroula_ _Quand la grosse boule roula._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_Vieux bon peuple, à coups de béquilles_ _Cassons ce Louvre où s'étala_ _La monarchie en falbala._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

_Nous en avons forcé les grilles;_ _Le roi Charles Dix ce jour-là_ _Tenait mal et se décolla._

_Où vont les belles filles,_ _Lon la._

La prise d'armes du poste ne fut point sans résultat. La charrette fut conquise, l'ivrogne fut fait prisonnier. L'une fut mise en fourrière; l'autre fut plus tard un peu poursuivi devant les conseils de guerre comme complice. Le ministère public d'alors fit preuve en cette circonstance de son zèle infatigable pour la défense de la société.

L'aventure de Gavroche, restée dans la tradition du quartier du Temple, est un des souvenirs les plus terribles des vieux bourgeois du Marais, et est intitulée dans leur mémoire: Attaque nocturne du poste de l'Imprimerie royale.