Les mariages de Paris

Part 24

Chapter 24430 wordsPublic domain

«Mes enfants, dit-elle, que vous êtes bien ici! Restez-y longtemps, restez-y toujours! Gaston avait bien raison de faire l'éloge de la campagne: c'est là qu'on se porte bien et qu'on élève les belles familles. Donnez-moi beaucoup de petits-enfants; je ne me plaindrai jamais d'en avoir trop. C'est moi qui doterai vos filles: ainsi, ma Lucette, règle-toi là-dessus. Mais comprenez-vous cet engouement qu'ils ont pour Paris? C'est une ville abominable; je n'y ai trouvé que déboires, et je n'y remettrai jamais les pieds que pour conduire mes petits-enfants dans le monde!»

Sept mois plus tard, la marquise accoucha d'un garçon. Il fut le filleul de Mme Jordy; Mme Benoît ne voulut pas être sa marraine.

«J'attends les filles,» dit-elle.

Dans les dix années qui viennent de s'écouler, Lucile a donné sept enfants à son mari, et une si heureuse fécondité ne paraît pas l'avoir fatiguée. Elle a gagné un peu d'embonpoint sans rien perdre de sa grâce: les cerisiers en sont-ils moins beaux parce qu'ils portent tous les ans des cerises? Gaston, fidèle aux deux passions de sa jeunesse, consacre la meilleure partie de son temps à Lucile, et le reste à la science. Son usine prospère aussi bien que son ménage. Il a poussé vigoureusement les progrès de l'industrie métallurgique; il a précipité la baisse des fers: grâce à lui, la tonne des rails est tombée de 360 francs à 285, et il ne désespère pas de l'amener à 200, comme il le promettait jadis à son ami l'ingénieur des salines. C'est, d'ailleurs, un beau forgeron que le marquis d'Outreville, et vous ne lui donneriez pas plus de trente ans: les années ont si peu de prise sur l'homme heureux!

Mais Mme Benoît est une petite vieille femme fondue, amaigrie, ridée, maussade, insupportable aux autres et à elle-même. C'est qu'elle a attendu vainement la petite tête blonde sur laquelle elle fondait ses dernières espérances. Les sept enfants du marquis sont sept garnements joufflus qui se roulent du matin au soir dans la poussière, qui trouent leurs vestes aux coudes et leurs pantalons aux genoux, qui ont des engelures l'hiver, et les mains rouges en toute saison, et qui iront tout seuls au faubourg Saint-Germain, s'ils ont jamais la curiosité de voir le paradis de leur grand'mère.

Gabrielle-Auguste-Éliane mourra comme Moïse sur le mont Nébo, sans avoir mis le pied sur la terre promise.

FIN.

TABLE.

DÉDICACE Page 1

Les Jumeaux de l'hôtel Corneille 3

L'Oncle et le Neveu 73

Terrains à vendre 108

Le Buste 165

Gorgeon 271

La Mère de la Marquise 300

FIN DE LA TABLE.

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