Part 1
Les louanges de LA FOLIE,
Traicté fort plaisant en forme de Paradoxe, traduict d'Italien en François par feu messire Jehan du Thier, Chevalier, Conseiller du Roy, & Secretaire d'Estat & des Finances dudict Seigneur.
A PARIS, Pour Hertman Barbé marchant demeurant à Paris rue S. Jean de Beauvais.
M. D. LXVI. AVEC PRIVILEGE.
TRAICTÉ FORT PLAISANT DES LOUANGES DE la Folie. Traduict d'Italien en François, par feu messire Jehan du Thier, Chevalier, Conseiller du Roy, & Secretaire d'Estat & des Finances dudict Seigneur.
S'il est ainsi que plusieurs ayent acquis grande louange & estime entre les hommes, pour avoir escript mille facecies & choses vaines, donnant plaisir à ceux qui se sont delectez de les lire & oyr, & encores par advanture y croire chose qui jamais ne fut, qui n'est point & ne peult estre: Doibs-je estre blasmé & repris de reciter une pure verité, qui ne sera moins utile, que plaisante & aggreable à celuy qui daignera l'escouter? Or en advienne ce qu'il pourra. Car tout ainsi que les Musiciens qui n'ont soucy du jugement d'autruy, s'efforcent quelquesfois (chantans leur musique) de delecter eux-mesmes, & les sacrees Muses: Tout ainsi ay-je deliberé (ne me souciant aussi du dire ne du penser d'autruy) reciter à ma recreation (ou pour mieux dire) consolation, les louanges de la Folie, & les plaisirs que ordinairement reçoivent d'elle les humains.
[En marge: Les effects & actions de la Folie.]
Il est bien vray que les saiges ne faudront pas en cest instant de dire, Que celuy doit estre bien hors de propos & jugement, qui pour tiltre & argument d'un sien oeuure qu'il veult mettre en lumiere a entrepris de louer la folie. Mais je leur respondray, qu'il se treuve du temps des anciens que par escripts divinement couchez, les mousches, les fiebvres, la vieillesse & la mort ont esté louees & celebrees autentiquement: Et de nostre siecle se sont encores trouvez de tresnobles esprits, qui ont faict de mesme des jeux de la Prime & des Eschets, des Artichaulx, de la Verolle, & plusieurs autres choses moins dignes de louange. Et ceux qui considereront de combien peult la Folie en la vie humaine, laquelle prend & reçoit par elle quasi sa totale conduicte & direction, ne se devront esmerveiller que j'aye proposé telle entreprise: mais plustost veux-je trouver estrange, que entre tant de siecles passez aucun ne s'est offert & entremis à chanter & escrire les louanges de ceste benigne dame Folie, pour recognoissance des grans faveurs & biensfaicts que nous recevons d'elle. Ce que toutesfois je pense bien que l'on eust faict, si de la grandeur & difficulté du subject l'on n'eust esté aucunement retenu & estonné. Pource que ceste dame Folie en la plus part de toutes ses actions, se gouverne seule: Elle est seule qui dechasse & bannit de nos cueurs & entendemens les fascheuses, cruelles, & ennuyeuses sollicitudes, angoisses, douleurs & passions: Et seule fait contens & heureux les hommes & les femmes, qui autrement seroyent tousjours chagrins, miserables & calamiteux. Bref, sans elle nostre vie certainement se trouveroit amere & fascheuse à passer.
Et d'autant que és grans actes & haults faicts la seule volonté est souventesfois louee & estimee, bien que les effects ne s'en ensuyvent: Je protesteray pour le commencement de cest oeuure à messieurs les repreneurs qui voudront faire & trancher des anciens severes Catons, que en quelque sorte que ce soit, ils n'entreront point ne au Theatre de la Folie, ne au catalogue des fols: si premierement ils ne donnent leurs noms à l'autheur pour estre inscripts. Et neantmoins estans entrez au theatre, ils ne diront un seul mot pour se donner peine des sens & jugemens d'autruy.
[En marge: Les Poetes ont communication avec la Folie.]
[En marge: Jeunesse mere de Folie.]
Les Poetes ausquels se peult prester & adjouster facile croyance, pource que avec la Folie ils ont tousjours eu pratique & communication, recitent que Pluto Dieu des Richesses, qui ha commandement sur la paix, sur les guerres, sur les seigneuries, Royaumes & Empires, & toutes autres choses de ce monde, dont il est directeur, & comme il luy plaist en dispose, fut pere de ceste dame Folie, laquelle eut pour mere la gracieuse Deesse Jeunesse, qui la conceut & enfanta és isles Fortunees, où ne se treuve ennuy, fascherie, maladie ne vieillesse, mais tousjours les Roses, violettes & autres fleurs & herbes odoriferantes, avecques arbres qui produisent fruicts tresexquis, delicieux & savoureux, y couvrent la terre pour l'eternelle prime-vere, qui jamais ne bouge de là: de sorte que de pays, de pere & de mere ceste Dame ne pourroit estre plus noble, ne plus estimable & recommandable qu'elle est. Aussi tost qu'elle fut nee, elle se print à rire, & avecque demonstration de festes & jeux plaisans, resjouit fort le monde, qui premierement sans elle estoit pensif & melancholique. Et pour le tenir en continuels plaisirs & soulas, incontinent elle s'allia & accompagna de Venus, de Bacchus, de volupté, des delices & adulations, fuyant & evitant toutes peines, ennuis, fascheries & tristesses, pour s'addonner à toutes sortes de plaisirs, joyes & passetemps.
[En marge: La Folie cause de la generation des hommes.]
Surquoy il est bien requis que vous saichez & entendez quel bien, proufict, utilité & commodité elle avec sa compagnie a apporté & apporte à nous autres pauvres humains: & de combien nous luy sommes tenus & obligez. Premierement je vous demande comme se pourroyent engendrer les hommes, si ce n'estoit la Folie. Tous les saiges ensemble feront & diront ce qu'ils voudront & sçauront: mais s'ils veulent estre peres, & observer le divin commandement de croistre & multiplier, il est necessaire qu'ils mettent à part la gravité, les estudes & la prudence, & qu'ils embrassent la Folie: mettans en oeuvre la partie du corps, laquelle quasi ne se peult nommer, voir ne toucher sans rire. Cela veritablement est la source & la fontaine de laquelle naissent & sourdent les saiges Philosophes, les graves Jurisconsultes, les devots Religieux, les reverends Prelats, les magnanimes Seigneurs, les trespuissans Rois & Empereurs Augustes. Et certes si ce n'estoit la Folie & la volupté qui est tousjours conjoincte avecque elle, peu d'hommes naistroyent & seroyent produicts sur terre.
Mais par vostre foy, croyez-vous que aucune femme ayant un coup esprouvé les grandes & extremes douleurs, agonies & perils de la mort manifeste & apparente, qu'ils reçoivent à leur enfantement, se voulsissent jamais plus consentir de retourner à faire ce qu'ils ont premierement faict pour concevoir: si elles n'estoyent, comme elles sont (ainsi que lon dit) aucunement folles & hors de raisonnable sentement? Vous voyez par cela clairement que du naistre & de l'estre nous sommes grandement obligez à la Folie. Considerez doncques en vousmesmes combien est grand ce benefice.
Et d'avantage, que si depuis que nous sommes nez, la Folie se vouloit du tout abandonner & faire de nous à sa naturelle discretion, quelle seroit nostre vie: sans doubte miserable & pleine de calamité. Mais ceste Dame, comme benigne mere & doulce nourrice, se contient gracieusement avec nous, pour nous domestiquer & apprivoiser, sans se laisser du tout eschapper, à fin de ne nous estranger. Et tant plus nous sommes en grande necessité, plus s'efforce de nous secourir & aider.
[En marge: Pourquoy les petits enfans sont tant aimez.]
Et d'où vient cela aussi, que les petis enfans en leur puberté & tendre enfance sont tant chers tenus, tant aimez, mignardez & baisez, non seulement par leurs peres & meres, parens, & autres qui les cognoissent: mais encores un mortel ennemi, nonobstant sa malveillance & cruauté, ne desdaignera à les voir & regarder sans les outrager. Et quelques fois s'est trouvé que les bestes sauvages les ont nourris. Il fault que vous pensez que cela ne procede d'autre chose, sinon que pour estre tels petis enfançonnets, simples & hors de sentement & jugement, ils demeurent continuellement en la protection de la Folie: laquelle leur donne tant de grace, que en leurs babils & façons de faire, ils sont souvent plus plaisans, & donnent plus à rire que les plus grans farseurs, bouffons & basteleurs qui se pourroyent trouver.
[En marge: L'Adolescence printemps de nostre vie.]
[En marge: Les maladies & travaux accompaignent nos ans.]
Apres ceste enfance vient à succeder la florie Adolescence, qui certainement est le printemps de nostre vie. Et n'y a personne qui ne sache bien comme les jouvenceaux adolescens en cestuy leur doux aage sont favorisez, caressez, aimez, dressez & aidez en leurs estudes & operations, & quel bien tout homme leur desire & procure: mesmement quand lon voit que leurs façons de faire ne sont trop austeres ne trop sages, mais qu'ils ont plaisante & affable conversation. Depuis, estans faicts hommes, soudainement qu'ils commencent à sentir & gouster les choses graves, & à les embrasser, deslors ils perdent la faveur & la grace; & leur beauté, vigueur & dexterité leur commence à faillir. Et de tant plus qu'ils se distrayent & esloignent de la Folie, pour entendre à la Prudence, de tant plus ils se font difformes & brutaux: En maniere qu'à peine les peult lon recognoistre pour ceux qui n'agueres auparavant pour leur singuliere beauté estoyent tant estimez & desirez. Et ainsi allans de mal en pis, croissent les ans en maladies, en fatigues & en travaulx, jusques à ce qu'ils soyent joincts à la dure & aspre vieillesse, laquelle est tant facheuse, que les vieillars elle fait non seulement aux autres, mais encores à eux mesmes desplaisans & ennuyeux.
[En marge: Les vieillards reviennent au rang d'enfance.]
Et vrayement il n'y auroit aucun qui peust comporter leurs fascheries, plainctes & querelles, si de nouveau la Folie meue de compassion de leurs miseres, ne les secouroit, en les faisant, comme elle a accoustumé, rajeunir & ragaillardir, les transformant & reduisant du tout en leur premier estat de insensez petits enfans: apres leur avoir faict oublier tous leurs arts, sciences & industries, & toute autre grande & importune negoce, pour eux addonner, ainsi que en leurs premiers ans, à la volupté & aux pratiques d'amour. Et alors il fault teindre les cheveux, porter la belle coeffe bien tissue, pour faire semblant que lon n'est point chauve, raser tous les jours la barbe, s'approprier, se perfumer, suborner macquereaux & macquerelles, escrire lettres amoureuses à leurs dames, & puis se marier avec jeunes filles sans douaire, desquelles par apres autres qu'eux sont possesseurs & jouissans. Et sur cela fault despendre & consumer son patrimoine à boire, à jouer, à ribler & enfolastrir du tout, tenants propos ordinairement de leurs amours, & disants choses vaines, pueriles & sottes: tout ainsi qu'ils eussent faict lors qu'ils vindrent au monde, & comme si jamais ils n'y avoyent esté.
[En marge: Les vieillards aiment les petis enfans.]
Et de ceste similitude de nature advient que les vieillars aiment tant ces petis enfans, & les petis enfans se resjouissent & prennent tant de plaisir avecque eux, que plus vont en avant en l'aage, tant plus ils perdent les sens & jugement: de sorte que sans y penser, ne eux en appercevoir, ils passent heureusement de la presente vie en l'autre, sans aucune douleur ne sentement de maladie, voire de la propre mort. Considerez donques encores une autre fois, combien nous sommes obligez à la Folie: Et pour certain, si les hommes fuyoyent du tout la Prudence, & demouroyent tousjours avecque la Folie, ils ne sentiroyent aucune molestie, melancholie ne travail, mais tousjours vivroyent heureux & consolez.
[En marge: Les saiges & graves hommes subjects à fascheries & maladies.]
Et encores qu'il ne soit ja besoing de prouver les choses claires & manifestes, toutesfois je vous prie regardez un peu des saiges & graves hommes, qui n'ont autre versation qu'à l'estude & aux lettres, à gouverner les estats, regir les Republiques, & traicter les negoces de grands seigneurs: vous les trouverez la pluspart palles, maigres, desfaicts & maladifs, & deviennent vieux & chenus devant qu'ils soyent à peine faicts jeunes. Ce qui n'est pas de merveilles, parce que les continuelles cures & sollicitudes, les divers pensemens, les travaulx & fatigues, & le veiller de la nuict, lever avant le jour, ne cognoissent jamais ne plaisir ne repos: mais tousjours travailler & avec le corps & avec l'entendement, les fait debiles, leur oste les esprits, & abbrege beaucoup leur vie, tourmentee en sorte, que quand vous voyez aucuns petits enfans ou jeunes garsons trop saiges, vous devez tenir pour certain & tresevident signe, que leur voyage ne sera pas long en ce monde, & que leurs ans ne dureront gueres. Mais au contraire, ceux qui sont grossiers & robustes, qui ne se soucient depuis le nez en amont, & fuyent les fatigues, s'esloignans le plus qu'ils peuvent de la Prudence, sont sains, gaillards & dispos, & vivent longuement sans aucune maladie.
[En marge: Les Senois, peuple d'Italie.]
A ceux-cy ne different pas beaucoup de complexion les Senois, qui est un peuple de l'Italie, lesquels par un commun & general edict sont de toutes les autres nations tenus & appelez fols publiques, comme ils meritent: mais encores beaucoup plus maintenant que jamais, ayans dechassé de leur ville aucunes familles & nobles citadins, qui avoyent en eux quelque peu de jugement de raison & prudence, & ont mis le gouvernement de leur Republique entre les mains de certains fols glorieux & effrenez, qui tous les jours font tant & de telles folies, que la Folie mesme ils en feroyent devenir folle.
[En marge: Des Portugalois.]
Avec eux contendent, il y a desja longtemps, les Portugalois, lesquels d'entre eux doit obtenir le pris de la Folie: & jusques icy n'y a esté donnee solution ne diffinition aucune.
[En marge: Des Boulongnois.]
Allez encores à la jadis saige Boulongne, qui usurpe le tiltre d'enseigner autruy, & vous verrez qu'ils tiennent tous les saiges enfermez & enchesnez és librairies, & laissent aller les fols par la ville, suyvis d'un chascun: à quoy ils prennent plaisir, & en donnent aux autres.
[En marge: Des Florentins, Mantouans & Venissiens.]
[En marge: Des Espaignols.]
Et qui est-ce aussi qui ignore comme sont grands les fols à Florence, & combien ils peuvent. Que dirons-nous de ces babillards de Mantoue, & de ces couyons Venitiens avec leurs manches à plein fons, & leurs gondolles. Semblablement de ces seigneurs Espaignols, lesquels avec tant de leurs Juradios, & tant de leurs seigneuries se reputent les saiges du monde: n'ont-ils pas edifié en leurs plus nobles villes de tresgrands Palais, & à iceux assigné gros revenu, seulement pour nourrir & entretenir leurs fols?
[En marge: Des François.]
Et les bons François veulent-ils nier leur folie (si tant est qu'ils le voulsissent, comme je croy que non) les villes qu'ils ont faictes en Italie depuis quelques ans en çà, les manifestent & font declarer tresfols.
[En marge: Des Genevois.]
Nous tairons-nous des Genevois, lesquels oultre ce qu'à leur retour de leurs longs voyages trouvent leur famille creue & augmentee, vont tousjours, & mesmement en esté avecques leurs guarnachiolles, que nous disons socquenys de toille blanche, pour couvrir leurs belles robbes de soye, de peur de les gaster: & semble qu'ils viennent de beluter la farine pour faire le tourteau.
[En marge: Des Neapolitains.]
Il seroit trop long si je voulois raconter toutes les villes, les peuples, les provinces, & les nations que la Folie ha en sa peculiere protection: comme la laborieuse cité de Naples, que j'avois oublié à nommer, là où les follies sont appelees gentillesses. Et combien que le nombre des fols (comme lon sçait assez) soit infiny, toutesfois on l'estime encores plus grand pour l'affluence des personnes qui les suyvent. Et par cela se doit juger la Folie estre plus delectable d'autant qu'elle est plus frequentee.
Or laissons à parler d'elle entant que touche les hommes mondains, & considerons un peu quelle est son auctorité au Ciel, aupres des dieux, que les Poetes anciens ont faict immortels & eternels.
[En marge: Janus avec ses deux visages.]
[En marge: Bacchus tousjours jeune & beau.]
Premierement il est à un chascun manifeste, qu'à la porte du Ciel est tousjours Janus avec ses deux visages, l'un de jeune enfant, & l'autre de insensé vieillard: lesquels deux aages, comme vous avez ouy dire cy dessus, sont gouvernez par la Folie. Et telle forme de double visage est de soy tant folle & ridicule que tous ceux qui la voyent, subitement sont meuz & incitez à rire. En apres vous sçavez qu'il n'y a point de plus beaux, de plus aggreables ne de plus joyeux de ces dieux là, que ceux qui sont amis & alliez de la Folie. Bacchus est tousjours jeune & beau, pource que ordinairement en la compagnie d'elle il vit en continuels banquets, en danses, en jeux & en festes.
[En marge: Cupido tousjours petit enfant.]
[En marge: La Deesse Venus.]
[En marge: La deesse Flora.]
[En marge: Pourquoy est dict à Rome Camp de Flor.]
Semblablement le lascif Cupido, qui est le plus beau sur tous les autres dieux, est tousjours petit enfant pource qu'il est tousjours fol. La belle Venus, source de toute beauté, qui tousjours se soubsrit, n'est elle pas une heure avec Mars, & une autre heure avec Adonis, prenant plaisir en lasciveté, en amours brutalles & perpetuelles festes? Quelle deesse fut jamais plus aggreable, & donna plus de soulas & plaisir au peuple Romain, que la deesse Flora: en l'honneur & memoire de laquelle la plus notable & plus frequente place de Rome est encores aujourd'huy appelee de son nom, Camp de Flor: C'estoit pource que en ses sacrifices & festes solennelles non seulement abondoyent les fleurs, & autres delices: mais encores aux grans theatres les dames toutes nues en la presence du peuple les celebroyent, avecque danses, chansons & jeux follastres, risees & autres demonstrations de joye desordonnee.
[En marge: Mercure.]
[En marge: Sillenus.]
[En marge: Les Satyres.]
[En marge: Pan.]
[En marge: Apollo.]
Il ne fault ja racompter les finesses & tours de passe-passe dont Mercure se delecte tant: Ne autrement parler de Sillenus, qui tousjours se trouve avoir beu d'autant: ne semblablement des Satyres qui dansent continuellement: n'aussi de Pan, qui avec ses fleustes chante chansons pour rire: & à fin de donner plus de plaisir à ceux qui l'escoutent, se peint le visage de meures, & de grains d'yebles. Et le blond Apollo quand est-ce qu'il chante aussi plus doulcement, sinon lors qu'il raconte ses vaines amours de Daphne avec sa doulce harpe?
[En marge: Jupiter.]
[En marge: Momus jecté hors du Ciel, & pourquoy.]
Et pour ne perdre temps à parler de tous, n'y voit lon pas l'Altitonant Jupiter tant terrible, qu'avec ses fouldres il espouvante les hommes & les dieux, quand il se transmue tantost en Cygne, tantost en Taureau, tantost en Aigle, puis en une sorte, puis en une autre, pour donner ordre à ses amours, & soy delecter singulierement de la Folie: comme les autres dieux, lesquels le grand Momus voulut une fois reprendre: mais du commun conseil de tous il fut jecté hors du ciel, & le feit on trebuscher icy bas, à fin que là hault il ne demourast plus aucun moleste ne fascheux repreneur, qui aucunement destourbast le singulier plaisir de leurs folies. Et estant ce pauvre Momus tombé en terre, il demoura grandement esmerveillé, voyant que la Folie, laquelle il avoit voulu blasmer là hault, gouverne icy bas encores toutes choses.
* * * * *
[En marge: Raison & Prudence confinees au derriere de la teste.]
[En marge: Le gouvernement du cueur baillé à la colere.]
Celuy qui vouldra mettre peine & diligence de considerer l'universelle complexion des corps humains, il trouvera que la Raison & la Prudence ont en iceux trespetite part: mais c'est par la grace de benigne Nature, qui du commencement voulant subvenir & pourveoir aux hommes, cognoissant de combien ces deux dames Raison & Prudence estoyent contraires & nuisibles à la longueur & au repos de nostre vie, les alla sagement confiner en l'extreme & derniere partie de la teste: Ordonnant à tous les autres esprits appetitifs & sensitifs du corps, de tousjours eux opposer & formaliser contre elles. Et en ceste partie là les tiennent continuellement assiegees, comme quasi en une estroicte roche. En apres elle donna le gouvernement du cueur, qui est l'origine & source de nostre vie, à l'ardente colere. Et quant au reste de ce corps, il fut quasi du tout mis en la disposition & puissance de l'irraisonnable concupiscence, pour estre entre les autres appetits deux trespuissans contraires, qui tousjours s'opposeroyent & viendroyent combatre à la Raison & à la Prudence, comme à leurs manifestes ennemis: à fin que nostre vie humaine fust regie & gouvernee de ses affections & appetits avec plaisir & douceur, & non de la Raison & Prudence avec severité & aigreur.
[En marge: La femme baillee à l'homme pour compagnie.]
[En marge: L'opinion de Platon touchant les femmes.]
Parquoy la divine Providence voyant l'homme estre né pour commander, & dominer sur les autres animaux, regir & gouverner l'universel: se doutant que par une dure necessité ou travail d'aucuns fascheux negoces il ne fust souvent contrainct avoir recours & se joindre à la Prudence: Elle voulut bien encores luy pourveoir d'une eternelle & inseparable compagnie, & luy bailla la femme, qui tousjours le divertit des griefves sollicitudes, tribulations & fascheries qu'il ha, ou lieu desquelles elle luy donne plaisir: estant un animal si goffe, & en toutes choses si follastre, que le divin & saige Platon, ne sçait bonnement s'il le doit mettre au nombre des animaux raisonnables ou brutaux.
[En marge: L'opinion des Turcs touchant les femmes.]
A laquelle opinion se conforme toute la secte des Turcs, qui ne permet que lon adjouste aucune foy ne creance, soit en causes civiles ou criminelles aux dicts & depositions des femmes: encores que toutes les femmes du pays fussent ensemble. D'avantage par les loix & constitutions Turquesques est defendu de croire que les ames des femmes soyent immortelles, ne qu'apres la mort ils aillent en Paradis, ainsi que font celles des hommes: mais qu'elles demeurent en ce monde pour estre, comme elles sont proprement, semblables à bestes sauvages: dont la divine & singuliere folie de ce sexe insensé est seule occasion.
[En marge: Des femmes qui presument de devenir saiges, sçavantes & subtilles.]
[En marge: Bocace.]
[En marge: Dante.]
[En marge: Petrarque.]
[En marge: L'Asollan.]
[En marge: L'Arcadie.]
[En marge: Le Morgant.]
[En marge: Orland furieux.]
[En marge: Le Courtisan.]
[En marge: Seraphin.]
[En marge: Aretin.]