Chapter 5
Il écrit en janvier 2000: «Nos nouvelles idées sont nombreuses. Nous projetons de travailler avec l'Endangered Language Fund aux États-Unis et en Grande-Bretagne pour rassembler des fonds pour cette fondation et nous publierons les résultats sur notre site. Nous aurons des groupes de discussion et des bulletins d'information sur les langues. Il y aura des jeux de langue destinés à se distraire et à apprendre les bases de la linguistique. La page Linguistic Fun [qui propose des éléments de linguistique pour les non initiés, NDLR] deviendra un journal en ligne avec des extraits courts, intéressants et même amusants dans différentes langues, choisis par des experts du monde entier. (...) Si l'anglais domine encore le web, on voit s'accentuer le développement de sites monolingues et non anglophones du fait des solutions variées apportées aux problèmes de caractères.»
En septembre 2003, yourDictionary.com, devenu un portail de référence, répertorie plus de 1.800 dictionnaires dans 250 langues, ainsi que de nombreux outils linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires, méthodes de langues, etc. En avril 2007, le répertoire comprend 2.500 dictionnaires et grammaires dans 300 langues.
Soucieux de servir toutes les langues sans exception, le portail propose comme prévu l'Endangered Language Repository, une section spécifique consacrée aux langues menacées. «Les langues menacées sont essentiellement des langues non écrites, écrit Robert Beard en janvier 2000. Un tiers seulement des quelques 6.000 langues existant dans le monde sont à la fois écrites et parlées. Je ne pense pourtant pas que le web va contribuer à la perte de l'identité des langues et j'ai même le sentiment que, à long terme, il va renforcer cette identité. Par exemple, de plus en plus d'Indiens d'Amérique contactent des linguistes pour leur demander d'écrire la grammaire de leur langue et de les aider à élaborer des dictionnaires. Pour eux, le web est un instrument à la fois accessible et très précieux d'expression culturelle.»
= Le Grand Dictionnaire terminologique
Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est une initiative majeure de l'Office québécois de la langue française (OQLF). C'est en effet la première fois qu'un organisme propose une base terminologique aussi importante en accès libre sur le web, en septembre 2000. Le GDT est précédé par Le Signet, une base terminologique pour les technologies de l'information, dont les 10.000 fiches bilingues français-anglais sont ensuite intégrées au GDT.
Le GDT est un dictionnaire bilingue français-anglais de 3 millions de termes appartenant au vocabulaire industriel, scientifique et commercial. Sa mise en ligne est le résultat d'un partenariat entre l'OQLF, auteur du dictionnaire, et Semantix, société spécialisée dans les solutions logicielles linguistiques. Événement célébré par de très nombreux linguistes, cette mise en ligne est un succès. Dès le premier mois, le GDT est consulté par 1,3 million de personnes, avec des pointes de 60.000 requêtes quotidiennes. La gestion de la base est ensuite assurée par Convera Canada. En février 2003, les requêtes sont au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle version du GDT est mise en ligne en mars 2003. Sa gestion est désormais assurée par l'OQLF lui-même, et non plus par une société prestataire.
= Eurodicautom et IATE
Géré par le service de traduction de la Commission européenne, Eurodicautom est une base terminologique multilingue de termes économiques, scientifiques, techniques et juridiques permettant de combiner entre elles les onze langues officielles de l'Union européenne (allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, français, grec, hollandais, italien, portugais, suédois), ainsi que le latin, avec une moyenne de 120.000 consultations par jour en 2003.
Fin 2003, Eurodicautom annonce son intégration dans une base terminologique plus vaste regroupant les bases terminologiques de plusieurs institutions de l'Union européenne, notamment EUTERPE, la base du Parlement européen, et TIS, la base du Conseil de l'Union européenne. Cette nouvelle base traiterait non plus douze langues mais une vingtaine, du fait de l'élargissement de l'Union européenne prévu l'année suivante pour intégrer plusieurs pays d'Europe de l'Est.
Un projet de base terminologique commune est évoqué dès 1999 afin de renforcer la coopération inter-institutionnelle. Les partenaires de ce projet sont le Parlement européen, le Conseil de l'Union européenne, la Commission européenne, la Cour de justice, la Cour des comptes européenne, le Comité économique et social européen, le Comité des régions, la Banque européenne d'investissement, la Banque centrale européenne et enfin le Centre de traduction des organes de l'Union européenne.
La nouvelle base terminologique voit le jour au printemps 2004 sous le nom de IATE (Inter-Active Terminology for Europe), d'abord pour un usage interne dans les institutions de l'Union européenne avant de migrer sur le web en juin 2007 en tant que service public, avec 1,4 million d'entrées dans les 23 langues officielles de l'Union européenne, plus le latin. L'Union européenne est en effet passée de 15 à 25 pays membres en mai 2004, pour atteindre 27 pays membres en janvier 2007, d'où la nécessité de 23 langues officielles au lieu des 11 langues officielles présentes dans Eurodicautom.
Le site web de IATE est administré par le Centre de traduction des organes de l'Union européenne à Luxembourg (capitale du pays du même nom), pour le compte des partenaires du projet. Comme expliqué dans la brochure de IATE, elle-même disponible en 23 langues, «les termes sont introduits dans la base de données par les terminologues et les traducteurs de l'Union européenne sur la base des informations fournies par les traducteurs, les administrateurs, les juristes-linguistes, les experts et d'autres sources fiables.» En 2009, IATE comprend 8,4 millions de termes, dont 540.000 abréviations et 130.000 expressions.
= WordReference.com
Le site WordReference.com est lancé en 1999 par Michael Kellogg pour offrir des dictionnaires bilingues gratuits en ligne. En mars 2010, Michael relate sur son site: «L'internet a été un incroyable outil ces dernières années pour rassembler des gens du monde entier. L'un des principaux obstacles à cela reste bien entendu la langue. Le contenu de l'internet est pour une grande part en anglais et de très nombreux usagers lisent ces pages alors que l'anglais est leur deuxième langue et non leur langue maternelle. De par mes propres expériences avec la langue espagnole, je sais que de nombreux lecteurs comprennent une grande partie de ce qu'ils lisent, mais pas la totalité.
J'ai débuté ce site en 1999 pour procurer des dictionnaires bilingues gratuits en ligne et d'autres outils pour tous sur l'internet. Depuis, le site s'est progressivement développé pour devenir l'un des sites de dictionnaires en ligne les plus utilisés, et le principal dictionnaire en ligne pour les paires de langues anglais-espagnol, anglais-français, anglais-italien, espagnol-français et espagnol-portugais. Ce site est toujours classé sans interruption parmi les 500 sites les plus visités du web. Aujourd'hui, je suis heureux de continuer à améliorer ces dictionnaires, les autres outils linguistiques du site et les forums de langues. J'ai vraiment plaisir à créer de nouvelles fonctionnalités pour rendre ce site de plus en plus utile.»
Les dictionnaires les plus populaires sont le dictionnaire espagnol (espagnol-anglais et anglais-espagnol), le dictionnaire français et le dictionnaire italien. On trouve aussi un dictionnaire allemand, un dictionnaire russe et un dictionnaire monolingue anglais. Des tableaux de conjugaison sont disponibles pour l'espagnol, le français et l'italien.
Pour l'anglais, on trouve également des dictionnaires de l'anglais vers les langues suivantes: arabe, chinois, coréen, grec, japonais, polonais, portugais, roumain, tchèque et turc, et vice versa.
Pour l'espagnol, en plus des deux dictionnaires d'Espasa Calpe et d'Oxford complétés par le supplément propre à WordReference.com, on peut consulter un dictionnaire monolingue espagnol, un dictionnaire espagnol de synonymes, un dictionnaire espagnol-français et un dictionnaire espagnol-portugais.
Pour le français et l'italien, outre les dictionnaires d'Oxford, WordReference.com propose deux dictionnaires qui lui sont propres, à savoir un dictionnaire français-anglais de 250.000 termes et un dictionnaire italien-anglais de 200.000 termes.
WordReference.com offre également des forums linguistiques très actifs et de qualité. Si les usagers ont une question sur un problème linguistique donné, ils peuvent faire une recherche dans les centaines de milliers de questions précédentes, avant de poser leur propre question dans l'un des forums si nécessaire, pour être aidés par des gens des quatre coins du monde.
WordReference Mini est une version miniature du site qui permet son intégration dans d'autres sites, par exemple des sites d'apprentissage de langues.
Une version pour appareil mobile est également disponible pour plusieurs dictionnaires: anglais-espagnol, espagnol-anglais, anglais- français, français-anglais, anglais-italien, italien-anglais, avec d'autres paires de langues à venir.
L'APPRENTISSAGE DES LANGUES
= Quelques expériences
Maria Victoria Marinetti, de nationalité mexicaine, est titulaire d'un doctorat en ingénierie. Depuis son installation en France, elle est professeur d'espagnol dans plusieurs entreprises du bassin annécien, en Haute-Savoie, et également traductrice.
Elle raconte en août 1999: «J'ai accès à un nombre important d'informations au niveau mondial, ce qui est très intéressant pour moi. J'ai également la possibilité de transmettre ou de recevoir des fichiers, dans un va-et-vient d'information constant. L'internet me permet de recevoir ou d'envoyer des traductions générales ou techniques du français vers l'espagnol et vice versa, ainsi que des textes espagnols corrigés. Dans le domaine technique ou chimique, je propose une aide technique, ainsi que des informations sur l'exportation d'équipes de haute technologie vers le Mexique ou d'autres pays d'Amérique latine.»
Elle ajoute en août 2001: «Depuis notre premier entretien, j'utilise beaucoup l'internet pour des échanges avec ma famille au Mexique et avec mes amis un peu partout dans le monde. C'est un outil de communication rapide, agréable et fantastique pour moi. Par contre, pour l'utilisation d'internet comme outil de télétravail, très peu d'entreprises ont le matériel et l'expérience nécessaires pour échanger des données dans le travail quotidien, notamment par la voix et l'image (par exemple pour la formation ou les conférences par l'internet). Pour ma part, je rencontre ce problème car je souhaite proposer une téléformation en langue espagnole, en utilisant la voix et l'image. Mais mes entreprises clientes ne sont pas habituées à utiliser ces moyens de communication malgré leur caractère pratique (pas de déplacements à faire) et malgré la fiabilité accrue de ces nouveaux moyens de communication par l'internet. En conclusion, les sociétés de conseil informatique ont encore beaucoup à faire pour familiariser les entreprises à l'utilisation des nouvelles technologies liées aux transferts de données par l'internet.»
Robert Beard, professeur de langues et créateur du portail yourDictionary.com, écrit en septembre 1998: «En tant que professeur de langues, je pense que le web présente une pléthore de nouvelles ressources disponibles dans la langue étudiée, de nouveaux instruments d'apprentissage (exercices interactifs Java et Shockwave) et de test, qui sont à la disposition des étudiants quand ceux-ci en ont le temps ou l'envie, 24 heures par jour et 7 jours par semaine. Aussi bien pour mes collègues que pour moi, et bien sûr pour notre établissement, l'internet nous permet aussi de publier pratiquement sans limitation.»
Comment voit-il l'avenir? «L'internet nous offrira tout le matériel pédagogique dont nous pouvons rêver, y compris des notes de lecture, exercices, tests, évaluations et exercices interactifs plus efficaces que par le passé, parce que reposant davantage sur la notion de communication.»
Une autre expérience est celle de Russon Wooldridge, professeur au département des études françaises de l'Université de Toronto (Canada), qui relate en février 2001: «Tout mon enseignement exploite au maximum les ressources d'internet (le web et le courriel): les deux lieux communs d'un cours sont la salle de classe et le site du cours, sur lequel je mets tous les matériaux des cours. Je mets toutes les données de mes recherches des vingt dernières années sur le web (réédition de livres, articles, textes intégraux de dictionnaires anciens en bases de données interactives, de traités du 16e siècle, etc.). Je publie des actes de colloques, j'édite un journal, je collabore avec des collègues français, mettant en ligne à Toronto ce qu'ils ne peuvent pas publier en ligne chez eux. En mai 2000 j'ai organisé à Toronto un colloque international sur "Les études françaises valorisées par les nouvelles technologies". (...) Je me rends compte que sans internet mes activités seraient bien moindres, ou du moins très différentes de ce qu'elles sont actuellement. Donc je ne vois pas l'avenir sans.»
= Des outils pour les enseignants
Depuis ses débuts en 1989, le Computer in Teaching Initiative (CTI) Centre for Modern Languages est un centre inclus dans l'Institut des langues de l'Université d'Hull (Royaume-Uni) et vise à promouvoir l'utilisation des ordinateurs dans l'apprentissage et l'enseignement des langues. Connu sous le nom de CTI Centre, il procure des informations sur la manière dont l'apprentissage des langues assisté par ordinateur peut être effectivement intégré à des cours existants, et il offre un soutien aux professeurs qui utilisent - ou souhaitent utiliser - l'informatique dans l'enseignement qu'ils dispensent.
June Thompson, responsable du CTI Centre, écrit en décembre 1998: «Avec l'internet, on a la possibilité de favoriser l'utilisation des langues étrangères, et notre organisation ne soutient absolument pas la suprématie de l'anglais en tant que langue de l'internet. L'utilisation de l'internet a apporté une nouvelle dimension à notre tâche qui consiste à soutenir les professeurs de langue dans l'utilisation de la technologie correspondante. Je pense que, dans un avenir proche, l'utilisation de supports linguistiques sur l'internet va continuer à se développer en même temps que d'autres activités liées aux technologies, par exemple l'utilisation de CD-ROM - certains établissements n'ont pas suffisamment de matériel informatique en réseau. A l'avenir, il me semble que l'utilisation de l'internet jouera un rôle plus grand, mais seulement si ces activités sont à caractère pédagogique. Notre organisme travaille étroitement avec le WELL, qui se consacre à ces problèmes.»
Le WELL (Web Enhanced Language Learning) est un projet britannique mené à bien entre 1997 et 2000 pour donner accès à des ressources en ligne de qualité dans douze langues différentes. Sélectionnées et décrites par des experts, ces ressources sont complétées par des informations et des exemples sur la manière de les utiliser pour l'enseignement ou l'apprentissage d'une langue.
Ce projet est l'oeuvre de l'association EUROCALL (European Association for Computer-Assisted Language Learning), qui regroupe des professionnels de l'enseignement des langues exerçant en Europe et dans le monde entier. Ses objectifs sont de favoriser l'utilisation des langues étrangères en Europe, encourager une vision européenne de l'utilisation des technologies pour l'apprentissage des langues, et enfin promouvoir la création et la diffusion d'un matériel de qualité.
Un autre projet d'EUROCALL est CAPITAL (Computer-Assisted Pronunciation Investigation Teaching and Learning), qui regroupe des chercheurs et praticiens souhaitant utiliser l'informatique dans ce domaine.
= La LINGUIST List
Gérée par l'Eastern Michigan University et la Wayne State University, deux universités des États-Unis, la LINGUIST List est une liste de diffusion à destination des linguistes. Les messages reçus sont classés dans diverses rubriques: profession (conférences, associations linguistiques, programmes, etc.), recherche et soutien à la recherche (articles, résumés de mémoires, projets, bibliographies, dossiers, textes), publications, pédagogie, ressources linguistiques (langues, familles linguistiques, dictionnaires, informations régionales) et soutien informatique (polices de caractères et logiciels). La LINGUIST List propose aussi un centre de documentation virtuel, dénommé Virtual Library.
Helen Dry, modératrice de la LINGUIST List, explique en août 1998: «La LINGUIST List, que je modère, a pour politique d'accepter les informations dans toutes les langues, puisque c'est une liste pour linguistes. Nous ne souhaitons cependant pas que le message soit publié dans plusieurs langues, tout simplement à cause de la charge de travail que cela représenterait pour notre personnel de rédaction (nous ne sommes pas une liste fourre-tout, mais une liste modérée: avant d'être publié, chaque message est classé par nos étudiants-rédacteurs dans une section comprenant des messages du même type). Notre expérience nous montre que pratiquement tout le monde choisit de publier en anglais. Mais nous relions ces informations à un système de traduction qui présente nos pages dans cinq langues différentes. Ainsi un abonné ne lit LINGUIST en anglais que s'il le souhaite. Nous essayons aussi d'avoir au moins un étudiant-éditeur qui soit réellement multilingue, afin que les lecteurs puissent correspondre avec nous dans d'autres langues que l'anglais.»
LES LANGUES MINORITAIRES
= La liste de Caoimhín
Contrairement aux clichés véhiculés dans les médias, l'internet ne favorise pas forcément l'hégémonie de l'anglais et n'entraîne pas la disparition des langues minoritaires. L'internet peut au contraire contribuer à protéger ces langues, s'il existe une volonté politique et culturelle dans ce sens. En témoigne l'expérience de Caoimhín.
Caoimhín Ó Donnaíle est professeur d'informatique à l'Institut Sabhal Mór Ostaig, situé sur l'île de Skye, en Écosse. Il dispense ses cours en gaélique écossais. Il est également le webmestre du site de l'institut, qui est bilingue anglais-gaélique et qui se trouve être la principale source d'information mondiale sur le gaélique écossais. Sur ce site, il tient à jour la page European Minority Languages, une liste elle aussi bilingue anglais-gaélique, avec classement par ordre alphabétique de langues et par famille linguistique.
Interviewé en août 1998, Caoimhín raconte: «L'internet a contribué et contribuera au développement fulgurant de l'anglais comme langue mondiale. L'internet peut aussi grandement aider les langues minoritaires. Ceci ne se fera pas tout seul, mais seulement si les gens choisissent de défendre une langue. Le web est très utile pour dispenser des cours de langues, et la demande est grande.»
Près de trois ans plus tard, en mai 2001, il ajoute: «Nos étudiants utilisent un correcteur d'orthographe en gaélique et une base terminologique en ligne en gaélique. (...) Il est maintenant possible d'écouter la radio en gaélique (écossais et irlandais) en continu sur l'internet partout dans le monde. Une réalisation particulièrement importante a été la traduction en gaélique du navigateur Opera. C'est la première fois qu'un logiciel de cette taille est disponible en gaélique.»
La langue gaélique est promue par toute une communauté linguistique. Mais qu'en est-il des langues menacées? «En ce qui concerne l'avenir des langues menacées, l'internet accélère les choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient pas de préserver les langues, l'internet et la mondialisation qui l'accompagne accéléreront considérablement la disparition de ces langues. Si les gens se soucient vraiment de les préserver, l'internet constituera une aide irremplaçable.»
= Le site Windows on Haiti
Guy Antoine, créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la langue haïtienne, relate en novembre 1999: «J'ai fait de la promotion du kreyòl (créole haïtien) une cause personnelle, puisque cette langue est le principal lien unissant tous les Haïtiens, malgré l'attitude dédaigneuse d'une petite élite haïtienne - à l'influence disproportionnée - vis-à-vis de l'adoption de normes pour l'écriture du kreyòl et le soutien de la publication de livres et d'informations officielles dans cette langue. A titre d'exemple, il y avait récemment dans la capitale d'Haïti un Salon du livre de deux semaines, à qui on avait donné le nom de "Livres en folie". Sur les 500 ouvrages d'auteurs haïtiens présentés lors du salon, il y en avait une vingtaine en kreyòl, ceci dans le cadre de la campagne insistante que mène la France pour célébrer la Francophonie dans ses anciennes colonies. A Haïti cela se passe relativement bien, mais au détriment direct de la Créolophonie.
En réponse à l'attitude de cette minorité haïtienne, j'ai créé sur mon site Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyòl. Le premier forum regroupe des discussions générales sur toutes sortes de sujets, mais en fait ces discussions concernent principalement les problèmes socio-politiques qui agitent Haïti. Le deuxième forum est uniquement réservé aux débats sur les normes d'écriture du kreyòl. Ces débats sont assez animés, et un certain nombre d'experts linguistiques y participent. Le caractère exceptionnel de ces forums est qu'ils ne sont pas académiques. Je n'ai trouvé nulle part ailleurs sur l'internet un échange aussi spontané et aussi libre entre des experts et le grand public pour débattre dans une langue donnée des attributs et des normes de la même langue.»
En juin 2001, Guy Antoine rejoint l'équipe dirigeante de Mason Integrated Technologies, une société dont l'objectif est de créer des outils permettant l'accessibilité des documents publiés dans des langues dites minoritaires. «Étant donné l'expérience de l'équipe en la matière, nous travaillons d'abord sur le créole haïtien (kreyòl), qui est la seule langue nationale d'Haïti, et l'une des deux langues officielles (l'autre étant le français). Cette langue ne peut guère être considérée comme une langue minoritaire dans les Caraïbes puisqu'elle est parlée par huit à dix millions de personnes.»
DES ENCYCLOPÉDIES MULTILINGUES
= Des projets précurseurs
Robert Beard, professeur de langues et co-fondateur du portail yourDictionary.com, écrit en septembre 1998: «Le web sera une encyclopédie du monde faite par le monde pour le monde. Il n'y aura plus d'informations ni de connaissances utiles qui ne soient pas disponibles, si bien que l'obstacle principal à la compréhension internationale et interpersonnelle et au développement personnel et institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus débordante que la mienne pour prédire l'effet de ce développement sur l'humanité.»
Les premières grandes encyclopédies en ligne apparaissent en décembre 1999 avec WebEncyclo et l'Encyclopaedia Universalis en langue française et Britannica.com en langue anglaise.
WebEncyclo, publié par les éditions Atlas, est la première grande encyclopédie francophone en accès libre. La recherche est possible par mots-clés, thèmes, médias (à savoir les cartes, liens internet, photos ou illustrations) et idées. Un appel à contribution incite les spécialistes d'un sujet donné à envoyer des articles, qui sont regroupés dans la section WebEncyclo contributif. Après avoir été libre, l'accès est ensuite soumis à une inscription préalable gratuite.
La version web de l'Encyclopaedia Universalis est mise en ligne à la même date, soit un ensemble de 28.000 articles signés par 4.000 auteurs. Si la consultation est payante sur la base d'un abonnement annuel, de nombreux articles sont en accès libre.