Part 6
J'ai peur d'oublier quelqu'un de ses métiers. Il rasoit bien; et un jour il coupa la barbe à tous ses officiers, et ne leur laissa qu'un petit toupet au menton[88]. On en fit une chanson:
Hélas! ma pauvre barbe, Qu'est-ce qui t'a faite ainsi? C'est le grand roi Louis Treizième de ce nom Qui toute a ébarbé sa maison.
Ça, monsieur de La Force, Que je vous la fasse aussi: Hélas, Sire, nenni; Ne me la faites pas, Plus ne me connoîtroient vos soldats.
Laissons la barbe en pointe Au cousin de Richelieu, Car, par la vertudieu, Qui seroit assez osé Pour prétendre la lui raser?
Il composoit en musique, et ne s'y connoissoit pas mal. Il mit un air au rondeau sur la mort du cardinal:
Il est passé, il a plié bagage, etc.
Miron, maître des comptes, l'avoit fait.
Il peignoit un peu. Enfin, comme dit son épitaphe:
Il eut cent vertus de valet, Et pas une vertu de maître.
Son dernier métier fut de faire des châssis avec M. de Noyers. On lui a trouvé pourtant une vertu de roi, si la dissimulation en est une. La veille qu'on arrêta MM. de Vendôme, il leur fit mille caresses; et le lendemain, comme il disoit à M. de Liancourt: «Eussiez-vous jamais cru cela?--Non, Sire, dit M. de Liancourt, car vous avez trop bien joué votre personnage.» Il témoigna que cette réponse ne lui avoit pas été trop agréable; cependant il sembloit qu'il vouloit qu'on le louât d'avoir si bien dissimulé.
Il fit une fois une chose que son frère n'eût pas faite. Plessis-Bezançon lui alloit rendre de certains comptes; et comme c'est un homme assez appliqué à ce qu'il fait, il étale ses registres sur la table du cabinet du Roi, après avoir mis, sans y penser, son chapeau sur sa tête. Le Roi ne lui dit rien. Quand il eut fait, il cherche son chapeau partout; le Roi lui dit: «Il y a long-temps qu'il est sur votre tête.» M. d'Orléans envoya offrir un carreau à un homme qui, sans y penser, s'étoit assis dans une salle comme Son Altesse Royale s'y promenoit.
Le Roi ne vouloit pas que ses premiers valets-de-chambre fussent gentilshommes; car il disoit qu'il vouloit pouvoir les battre, et il ne croyoit pas pouvoir battre un gentilhomme sans se faire tort. A ce compte, il ne prenoit pas Béringhen pour un gentilhomme.
J'ai déjà dit qu'il étoit naturellement médisant. Il disoit: «Je pense que tels et tels sont bien aises de mon édit des duels.» Il se railloit de ceux qui ne se battoient pas au même temps qu'il faisoit une déclaration contre ceux qui se battoient. Il avoit quelque chose de hobereau, car il croyoit qu'il y alloit de son honneur qu'un sergent entrât chez lui, et il en vouloit faire battre un qui étoit venu remplir sa charge dans la cour de Fontainebleau, pour dette sans capture. Mais un conseiller d'Etat qui se trouva là lui dit: «Mais, Sire, il faudroit savoir au nom et en l'autorité de qui il fait cela.» On apporte les pièces: «Eh, Sire, lui dit-on, c'est de par le Roi, et ces gens-là sont des ministres de votre justice.» Philippe II, roi d'Espagne, ordonna que les sergents entreroient dans toutes les maisons des grands, et depuis cela on leur porte respect partout.
On l'a reconnu avare en toutes choses. Mézerai lui présenta un volume de son _Histoire de France_. Le Roi trouva le visage de l'abbé Suger à sa fantaisie; il en fit le crayon sans rien dire. Bien loin de rien donner à l'auteur, il raya après la mort du cardinal toutes les pensions des gens de lettres, en disant: «Nous n'avons plus affaire de cela.»
Depuis la mort du cardinal, M. de Schomberg lui dit que Corneille vouloit lui dédier la tragédie de _Polyeucte_. Cela lui fit peur, parce que Montauron avoit donné deux cents pistoles à Corneille pour _Cinna_[89]. «Il n'est pas nécessaire, dit-il.--Ah! Sire, reprit M. de Schomberg, ce n'est point par intérêt.--Bien donc, dit-il, il me fera plaisir.» Ce fut à la Reine qu'on la dédia, car le Roi mourut entre deux[90].
Une fois à Saint-Germain, il voulut voir l'état de sa maison pour la bouche. Il retrancha un potage au lait à la générale Coquet, qui en mangeoit un tous les matins. Il est vrai qu'elle étoit assez truie sans cela.
Il trouva sur le compte des biscuits que l'on avoit donnés à M. de La Vrillière. Dans ce même moment M. de La Vrillière entra. Il lui dit brusquement: «A ce que je vois, La Vrillière, vous aimez fort les biscuits.» En revanche, il parut bien libéral, quand, en lisant: Un pot de gelée pour un tel, qui étoit malade, il dit: «Je voudrois qu'il m'en eût coûté six, et qu'il ne fût pas mort.» Il retrancha trois paires de mules de sa garde-robe; et M. le marquis de Rambouillet, qui en étoit grand-maître, lui ayant demandé ce qu'il vouloit qu'on fît de vingt pistoles qui étoient restées de ce qu'on avoit donné pour acheter des chevaux pour le chariot du lit, il lui dit: «Donnez-les à un tel, mousquetaire, à qui je les dois. Il faut commencer par payer ses dettes.» Il rabattit aux fauconniers du cabinet les bouts carrés qu'ils achetoient pour peu de chose des écuyers de cuisine, et les leur fit donner pour leurs oiseaux, sans récompenser les écuyers de cuisine.
Il n'étoit pas humain. En Picardie, il vit des avoines toutes fauchées, quoiqu'elles fussent encore toutes vertes, et plusieurs paysans assemblés autour de ce dégât, mais qui, au lieu de se plaindre de ses chevau-légers qui venoient de faire ce bel exploit, se prosternoient devant lui et le bénissoient. «Je suis bien fâché, leur dit-il, du dommage qu'on vous a fait là.--Cela n'est rien, Sire, lui dirent-ils, tout est à vous; pourvu que vous vous portiez bien, c'est assez.--Voilà un bon peuple,» dit-il à ceux qui l'accompagnoient. Mais il ne leur fit rien donner, ni ne songea à les faire soulager des tailles.
Je pense qu'une des plus grandes humanités qu'il ait eues en sa vie, ce fut en Lorraine. Le paysan chez qui il dînoit, dans un village où ils étoient bien à leur aise avant cette dernière guerre, fut tellement charmé d'un potage de perdrix aux choux, qu'il le suivit jusque sur la table du Roi. Le Roi dit: «Voilà un beau potage.--C'est bien l'avis de vôtre hôte, Sire, dit le maître-d'hôtel, il n'a pas ôté les yeux de dessus.--Vraiment, dit le Roi, je veux qu'il le mange.» Il le fit recouvrir, et ordonna qu'on le lui servît.
Le cardinal ayant chassé Hautefort, et La Fayette s'étant faite religieuse, le Roi dit qu'il vouloir aller au bois de Vincennes, et, en passant, fut cinq heures aux Filles de Sainte-Marie, où étoit La Fayette. En sortant, Nogent lui dit: «Sire, vous venez de voir la pauvre prisonnière?--Je suis plus prisonnier qu'elle,» répondit le Roi. Le cardinal eut du soupçon de cette longue conversation, et y envoya M. de Noyers, à qui M. de Tresmes n'osa refuser la porte; cela rompit les chiens.
L'Eminentissime voyant bien qu'il falloit quelque amusement au Roi, jeta les yeux, comme j'ai déjà dit, sur Cinq-Mars, qui déjà étoit assez agréable au Roi. Il avoit ce dessein de longue main, car le marquis de La Force fut trois ans sans se pouvoir défaire de sa charge de grand-maître de la garde-robe (je pense qu'on lui avoit donné celle-ci au lieu de celle de capitaine des gardes-du-corps). Le cardinal ne vouloit pas qu'autre que Cinq-Mars l'eût. En effet, M. d'Aumont, frère aîné de Villequier, aujourd'hui maréchal d'Aumont, ne put y être reçu, quoiqu'il eût de bonnes paroles du Roi.
Au commencement, M. de Cinq-Mars faisoit faire débauche au Roi. On dansoit, on buvoit des santés. Mais comme c'étoit un jeune homme fougueux et qui aimoit ses plaisirs, il s'ennuya bientôt d'une vie qu'il n'avoit prise qu'à contre-coeur. D'ailleurs La Chesnaye, premier valet-de-chambre, qui étoit son espion, le mit mal avec le cardinal, car il lui disoit cent bagatelles du Roi que l'autre ne lui disoit point, et que le cardinal vouloit qu'on lui dît. Cinq-Mars, devenu grand-écuyer[91] et comte de Dampmartin, fit chasser La Chesnaye, mais aussi la guerre fut déclarée par ce moyen entre le cardinal et lui.
Nous avons dit comme le Roi l'aimoit éperduement. Fontrailles racontoit qu'étant entré une fois à Saint-Germain fort brusquement dans la chambre de M. le Grand, il le surprit comme il se faisoit frotter depuis les pieds jusqu'à la tête d'huile de jasmin, et, se mettant au lit, il lui dit d'une voix peu assurée: «Cela est plus propre.» Un moment après on heurte, c'est le Roi. Il y a apparence, comme le dit le fils de feu L'Huillier, à qui on contoit cela, qu'il s'huiloit pour le combat. On m'a dit aussi qu'en je ne sais quel voyage le Roi se mit au lit dès sept heures. Il étoit fort négligé; à peine avoit-il une coiffe à son bonnet. Deux grands chiens sautent aussitôt sur le lit, le gâtent tout, et se mettent à baiser Sa Majesté. Il envoya déshabiller M. le Grand, qui revint paré comme une épousée: «Couche-toi, couche-toi,» lui dit-il d'impatience. Il se contenta de chasser les chiens sans faire refaire le lit, et ce mignon n'étoit pas encore dedans, qu'il lui baisoit déjà les mains. Dans cette grande ardeur, comme il ne trouvoit pas que M. le Grand y correspondît trop, car il avoit le coeur ailleurs, il lui disoit: «Mais, mon cher ami, qu'as-tu? que veux-tu? tu es tout triste. De Niert[92], demande-lui ce qui le fâche; dis-moi, as-tu jamais vu une telle faveur?» Il le faisoit épier pour savoir s'il alloit en cachette quelque part.
M. le Grand avoit été amoureux de Marion de Lorme plus qu'il ne l'étoit alors. Une fois, comme il alloit la trouver en Brie, il fut pris pour un voleur par des gens qui effectivement couroient après des voleurs. Ils l'attachèrent à un arbre, et, sans quelqu'un qui le reconnut, ils l'eussent mené en prison. Madame d'Effiat eut peur qu'il n'épousât cette fille, et eut des défenses du Parlement. Il a fait enrager sa mère quelque temps, car elle étoit avare, et lui, par dépit, changeoit d'habit quatre fois le jour, et l'alloit voir autant de fois. Elle étoit pourtant revenue de cette aversion depuis qu'il étoit en faveur. Elle pouvoit bien l'aimer, car il n'y avoit que lui qui valût quelque chose. Il avoit du coeur. Il s'étoit battu, et fort bien, contre Du Dognon, aujourd'hui le maréchal Foucault. Il avoit de l'esprit, et étoit fort bien fait de sa personne. Son aîné est mort fou; cet aîné faisoit des semelles de souliers des plus belles tapisseries de Chilly, et l'abbé est fort peu de chose, quoiqu'il ait assez d'esprit.
La plus grande amour de M. le Grand en ce temps-là, c'étoit Chemerault, aujourd'hui madame de La Bazinière. Elle étoit alors en religion à Paris. Elle avoit été chassée à cause de lui[93], et enfin on l'envoya en Poitou. Un soir à Saint-Germain il rencontra Rumigny, et lui dit: «Suivez-moi, il faut que je sorte pour aller parler à Chemerault. Il y a un endroit des fossés par où je prétends passer: on m'y attend avec deux chevaux.» Ils sortent; mais le palefrenier s'étoit endormi à terre, et on lui avoit pris ses deux chevaux. Voici M. le Grand au désespoir. Ils vont dans le bourg pour tâcher d'avoir d'autres chevaux, et ils aperçoivent un homme qui les suivoit de loin. C'étoit un chevau-léger de la garde, le plus grand espion qu'eût le Roi pour M. le Grand. M. le Grand l'ayant reconnu, l'appelle et lui parle. Cet homme leur vouloit faire accroire qu'ils s'alloient battre. Il lui protesta que non. Enfin cet homme se retira. Rumigny conseilla à M. le Grand de s'en retourner, de peur d'irriter le Roi, de se coucher, et, à deux heures de là, d'envoyer prier quelques officiers de la garde-robe de le venir entretenir, parce qu'il ne pouvoit dormir; qu'ainsi il ôteroit pour un temps la créance à ses espions, car on ne manqueroit pas le lendemain de dire au Roi qu'il étoit sorti. M. le Grand crut ce conseil. Le lendemain, le Roi lui dit: «Ah! vous avez été à Paris?» Lui, produit ses témoins. L'espion fut confondu, et il eut le loisir de faire trois voyages nocturnes à Paris.
Pour dire le vrai, la vie que le Roi lui faisoit faire étoit une triste vie. Le Roi vraisemblablement fuyoit le monde et surtout Paris, parce qu'il avoit honte de la calamité du peuple. On ne crioit presque point _vive le Roi_ quand il passoit; mais il n'étoit pas capable de mettre ordre à rien. Il ne s'étoit réservé que le soin de pourvoir aux compagnies du régiment des gardes et des vieux corps, et étoit jaloux de cela plus que de toute autre chose. On a remarqué que le Roi aimoit tout ce que M. le Grand haïssoit, et que M. le Grand haïssoit tout ce que le Roi aimoit. Ils ne s'accordèrent qu'en une chose, c'est à haïr le cardinal. J'ai déjà dit ailleurs toute cette histoire[94].
N.[95] dit à Esprit, au retour de Savoie à Lyon, que M. le cardinal ne vivroit pas long-temps, à cause qu'il avoit fait fermer son charbon. Par propreté, il fit cette extravagance-là. Le voilà à Ruel, où la Reine l'alla voir. Il n'osoit aller à Saint-Germain, et le Roi n'osoit aller à Ruel. Il entreprit de gagner Guitaud, car, outre Tréville, Guitaud, Tilladet, Des Essarts, Castelnau, et La Salle, capitaines aux gardes, étoient des gens qu'il n'avoit pu gagner; ceux-là s'attachoient au Roi. Il fit donc prier Guitaud de le venir voir, le reçut le plus civilement du monde, ordonna qu'on le menât dîner, et qu'on lui fît bonne chère. Après dîner, il le fit venir seul, et lui demande s'il ne vouloit pas être de ses amis. «Monseigneur, j'ai toujours été attaché au Roi.--Eh! dit le cardinal en levant le bras par trois fois par mépris, monsieur de Guitaud, vous vous moquez; allez, allez, monsieur de Guitaud.» L'affaire de Tréville le troubla fort: cela aida à le faire mourir.
Après la mort du cardinal de Richelieu, le Roi témoignoit de la joie de recevoir les paquets lui-même. Il disoit qu'il n'auroit jamais de favori à garder. Il affectionnoit, ce sembloit, M. de Noyers plus que pas un autre; et quand on parloit de travailler, si M. de Noyers n'y étoit pas: «Non, non, disoit-il, attendons le petit bon homme.» L'autre venoit avec sa bougie _en catimini_. Il étoit bon pour servir sous un autre. Il étoit, disoient les gens, Jésuite galloche[96], car il l'étoit sans porter l'habit et sans demeurer avec eux. Ce fut lui pourtant qui fit chasser le Père Sirmond[97], mais c'étoit pour en mettre un autre qui fût plus Jésuite, s'il faut ainsi dire, car ce bon Père est un peu trop franc, et il ne fait que de petits livres; eux veulent qu'on fasse de gros volumes. Le petit bon homme, se fiant à l'affection du Roi, se trouva attrapé, car le cardinal Mazarin et Chavigny donnoient à ceux qui approchoient le Roi; et quoiqu'il fût toujours à Saint-Germain et eux presque toujours à Paris, ils le débusquèrent pourtant. Il mourut peu après à Dangu, une maison à lui auprès de Pontoise. On grattoit déjà à sa porte comme à celle du cardinal[98].
Le feu Roi mourut bientôt après[99]. Il avoit toujours craint le diable, car il n'aimoit point Dieu, mais il avoit grande peur de l'enfer. Il fit baptiser M. le Dauphin; le cardinal Mazarin le tint pour le pape. Il lui prit une vision, il y a vingt ans, de mettre son royaume sous la protection de la Vierge, et, dans la déclaration qu'il en fit, il y avoit: «Afin que tous nos bons sujets aillent en paradis, car tel est notre plaisir.» C'est ainsi que finissoit cette belle pièce[100]. Dans sa dernière maladie, il étoit étrangement superstitieux. Un jour qu'on lui parloit de je ne sais quel béat qui avoit un don tout particulier pour découvrir les corps saints, et qui, en marchant, disoit: «Fouillez là, il y a un corps saint,» sans y manquer une seule fois, Nogent[101] dit, à sa manière de mauvais bouffon, comme dit le _Journal_ du cardinal: «Si je le tenois, je le mènerois avec moi en Bourgogne, il me trouveroit bien des truffes.» Le Roi se mit en colère, et lui cria: «Maraud, sortez d'ici.» Il mourut assez constamment, et disoit en regardant le clocher de Saint-Denis, qu'on voit du château neuf de Saint-Germain, où il étoit malade: «Voilà où je serai bientôt[102].» Il dit à M. le Prince: «Mon cousin, j'ai songé que mon cousin, votre fils, étoit aux mains avec les ennemis, et qu'il avoit l'avantage.» C'est la bataille de Rocroy. Il envoya quérir le Parlement, pour leur faire promettre qu'ils observeroient la déclaration qu'il avoit faite. C'étoit sur celle du cardinal de Richelieu, dont il n'avoit fait que changer quelque chose. Par cette déclaration, la Reine avoit un conseil nécessaire, et n'avoit que sa voix, non plus qu'un autre. Il leur dit qu'elle gâteroit tout, s'ils la faisoient régente comme la feue Reine-mère. Elle se jeta à ses genoux. Il la fit bientôt relever; il la connoissoit bien, et la méprisoit.
On disoit quand M. le Prince mourut, et qu'il eut aussi témoigné de la fermeté, qu'il n'y avoit plus d'honneur à bien mourir, puisque ces deux hommes-là étoient si bien morts. On alla à l'enterrement du Roi comme aux noces, et au-devant de la Reine comme à un carrousel. On avoit pitié d'elle, et on ne savoit pas ce que c'étoit.
[71] Fils de Henri IV et de Marie de Médicis, né à Fontainebleau le 27 septembre 1601, mort le 14 mai 1643.
[72] En 1615.
[73] Il mourut depuis aux guerres des Huguenots. (T.)
[74] Le comte de Nogent, capitaine des archers de la porte, frère de Bautru, dans l'_Historiette_ duquel Tallemant aura occasion de reparler de Nogent. Ménage confirme à son sujet ce qu'avance ici Tallemant; car il dit «qu'il arriva à Paris n'ayant que huit cent livres de rente, et qu'il en avoit cent quatre-vingt mille lorsqu'il mourut. Le premier jour qu'il parut à la cour, il porta le Roi sur ses épaules pour le passer par un endroit où il y avoit de l'eau. C'étoit aux Tuileries.» (_Ménagiana_, édit. de 1762, t. I, p. 41.)
[75] Précédemment dans l'_Historiette_ du cardinal de Richelieu.
[76] M. d'Estambon est fort bègue. Le Roi, la première fois qu'il le vit, lui demanda quelque chose en bégayant. Comme vous pouvez penser, l'autre lui répondit de même. Cela surprit le Roi, comme si cet homme eût voulu se moquer de lui. Voyez quelle apparence il y avoit à cela, et si on n'eût assuré le roi que ce gentilhomme étoit bègue, il l'eût peut-être fait maltraiter. (T.)
[77] Espèce de bouffon en vogue en Italie.
[78] La famille d'Ecquevilly, descendue du président Hennequin. Tallemant est entré plus bas dans quelques détails sur d'Ecquevilly.
[79] Tréville, ou Troisville, commandoit les mousquetaires.
[80] Voici le passage: «Madame Bellier a dit au sieur cardinal en grandissime secret, comme la Reine avoit été grosse dernièrement, qu'elle s'étoit blessée; que la cause de cet accident étoit un emplâtre qu'on lui avoit donné pensant faire bien. Depuis Patrocle m'en a dit autant et le médecin ensuite.» (_Journal du cardinal de Richelieu_, 1648, petit in-12, première partie, p. 53; Mai, 1632.)
[81] _La Ludovicotrophie_, ou _Journal de toutes les actions et de la santé de Louis, dauphin de France, qui fut ensuite le roi Louis XIII_, par Jean Hérouard, seigneur de Vaugrineuse, son premier médecin, est indiquée dans le Père Lelong, comme existant dans la Bibliothèque du Roi, au nombre des manuscrits du Fonds Colbert. (_Bibliothèque historique de la France_, t. 2, no 21448.)
[82] Marais disoit au Roi: «Il y a deux choses à votre métier dont je ne me pourrois accommoder.--Hé! quoi?--De manger tout seul et de ch... en compagnie.» (T.)
[83] Ménage assigne une autre cause à la disgrâce de Barradas. «La faveur de Barradas auprès de Louis XIII ne dura pas plus de six mois, et c'est de là que _la fortune de Barradas_ passe en proverbe pour une fortune de peu de durée. Le sujet de la disgrâce de ce favori est fort plaisant. Il étoit un jour à la chasse avec le Roi, lorsque le chapeau de ce prince étant tombé, il alla justement sous le ventre du cheval de Barradas. Dans ce moment-là ce cheval étant venu à passer gâta tout le chapeau du Roi, qui se mit dans une aussi grande colère que s'il l'avoit fait faire exprès. Cet accident, qui en auroit fait rire un autre, fut pris en très-mauvaise part par le Roi, qui commença dès ce temps-là à ne plus aimer Barradas. (_Ménagiana_, t. I, p. 98.)
[84] A la poursuite des financiers, la Reine-mère étoit implacable pour Beaumarchais, à cause du maréchal de Vitry, son gendre. On s'avisa pour le sauver d'offrir mademoiselle de La Vieuville, fille de l'autre gendre, à Barradas avec huit cent mille livres. Le Roi en fut fort aise: «Mais, dit-il, il faut faire le compte rond: il faut un million.» Barradas le dit à quelque babillard: le cardinal de Richelieu, qui ne vouloit point que La Vieuville eût de l'appui, et qui voulut peut-être satisfaire la Reine-mère, dit au Roi: «Sire, voilà qui est bien, mais il m'a offert (cela étoit faux) un million de sa charge de trésorier de l'Épargne qui en vaut encore autant.» Cela cabra Vitry et La Vieuville. L'affaire fut rompue. Outre cela, Beaumarchais fut pendu en effigie dans la cour du palais. Il laissa encore des biens prodigieux. Il avoit l'île de l'Éguillon, près de La Rochelle, et six vaisseaux qu'il envoyoit aux Indes. Il faisoit accroire que sa richesse venoit de là. (T.).
[85] Le Roi prit amitié pour Saint-Simon, à cause, disoit-il, que ce garçon lui rapportoit toujours des nouvelles certaines de la chasse; qu'il ne tourmentoit point trop ses chevaux, et que, quand il prenoit un cor, il ne bavoit point dedans: voilà d'où vient sa fortune. (T.)
[86] Une fois qu'il dansoit je ne sais quel ballet de _la Chasse aux Merles_, qu'il aimoit tendrement, et qu'il avoit nommée _la Merlaison_, un M. de Bourdonné, qui connoissoit M. Godeau, depuis évêque de Grasse, à cause qu'il est voisin de Dreux, d'où est ce prélat, lui écrivit: «Monsieur, sachant que vous faites joliment des vers, je vous prie de faire les vers du ballet du Roi dont j'ai l'honneur d'être, et d'y mettre souvent le mot de _Merlaison_, parce que Sa Majesté l'aime.» M. Godeau est encore à faire ces vers. (T.)
[87] Montauron étoit parent de Tallemant; on lira plus loin son _Historiette_.
[88] Depuis ceux qui ne sont pas trop âgés l'ôtent, et on n'a que les moustaches. (T.)
[89] D'autres ont dit _mille_ pistoles (_Journal de Verdun_, juin, 1707, p. 410). Le chiffre donné par Tallemant est plus vraisemblable. La pistole valoit alors onze livres, ce qui équivaut à vingt-quatre francs d'aujourd'hui.
[90] _Polyeucte_, représenté en 1640, ne fut publié qu'en 1643.
[91] On avoit obligé M. de Bellegarde à prendre quelque petite récompense de cette charge, et pour cela il eut permission de revenir à la cour. (T.)
[92] Premier valet-de-chambre. (T.)--Il étoit premier valet de garde-robe.
[93] De chez la Reine, comme on l'a vu précédemment dans l'_Historiette_ du maréchal de Brézé.
[94] Voyez l'_Historiette_ du cardinal de Richelieu pour la conspiration de Cinq-Mars et le récit de sa mort.
[95] Ce nom est illisible dans le manuscrit; l'initiale paroît être un J, mais encore elle est douteuse.
[96] On appelle les filles de la Reine de dehors _galloches_, car on laisse les _galloches_ à la porte. (T.)
[97] Jacques Sirmond, Jésuite, né à Riom le 12 octobre 1559, mort à Paris le 7 octobre 1651.
[98] On grattoit à la porte du Roi, et par flatterie à celle des puissants d'alors, pour se les faire ouvrir. Dans _le Baron de la Crasse_, comédie de R. Poisson, ce personnage raconte qu'étant allé au Louvre, et ayant frappé à la porte du Roi, l'huissier lui dit:
Apprenez, monsieur de Pézenas, Qu'on gratte à cette porte, et qu'on n'y heurte pas.
Les courtisans se servoient du peigne pour cet usage. Molière dit dans son _Remercîment au Roi_ de 1663:
Grattez du peigne à la porte De la chambre du Roi.
[99] Comme les prisonniers de la Bastille ne sortoient point, on disoit qu'il n'y avoit que la Reine qui fût sortie de prison. (T.)
[100] _Déclaration du Roi par laquelle il prend la sainte Vierge pour protectrice spéciale de son royaume, le 10 février 1638_; Paris, 1638, in-8º.