Les Heures du Soir - Précédées de les Heures claires, Les Heures d'après-midi
Part 4
Et maintenant que sont tombés les hauts feuillages Qui tenaient le jardin sous leur ombre abrité, On voit, à travers le branchage à nu, monter Là-bas, vers l'horizon, les toits des vieux villages.
Tant que l'été darda sa joie, aucun de nous Ne les a vus groupés non loin de notre porte Mais aujourd'hui que fleurs et que feuilles sont mortes Nous y songeons souvent avec des pensers doux.
D'autres gens vivent là, entre des murs de pierre, Derrière un seuil usé que protège un auvent, N'ayant pour seuls amis que la pluie et le vent Et la lampe dont luit l'amicale lumière.
Dans l'ombre, au soir tombant, quand s'éveille le feu Et que se tait l'horloge où le temps se balance, Autant que nous, sans doute, ils aiment le silence Pour se sentir penser au travers de leurs jeux.
Rien ne trouble ni pour eux ni pour nous ces heures De profonde et tranquille et tendre intimité Où l'on bénit l'instant qui fut d'avoir été Et dont celle qui vient est toujours la meilleure.
Dites, comme eux aussi serrent l'ancien bonheur Fait de peine et de joie entre leurs mains qui tremblent; Ils connaissent leurs corps qui ont vieilli ensemble Et leurs regards usés par les mêmes douleurs.
Les roses de leur vie, ils les aiment fanées Avec leur gloire morte et leur dernier parfum Et le lourd souvenir de leur éclat défunt Se frippant feuille à feuille, au jardin des années.
Contre le noir hiver ainsi que des reclus Ils se tiennent blottis dans leur ferveur humaine Et rien ne les abat et rien ne les amène A se plaindre des jours qu'ils ne possèdent plus.
Oh! les tranquilles gens au fond des vieux villages! Dites, les sentons-nous voisins de notre cœur! Et combien, dans leurs yeux, retrouvons-nous nos pleurs Et notre force et notre ardeur dans leur courage!
Ils sont là, sous leur toit, assis autour des feux Ou s'attardant parfois au bord de leur fenêtre, Et, par ce soir de vent ample et flottant, peut-être Ont-ils pensé de nous ce que nous pensons d'eux.
X
Quand le ciel étoile couvre notre demeure Nous nous taisons durant des heures Devant son feu intense et doux Pour nous sentir, plus fervemment, émus de nous.
Les grands astres d'argent tracent là-haut leur roule; Sous les flammes et les lueurs La nuit étend ses profondeurs Et le calme est si grand que l'océan l'écoute!
Mais qu'importe que se taise même la mer, Si dans l'espace immense et clair Plein d'invisible violence Nos cœurs battent si fort qu'ils font tout le silence!
XI
Avec le même amour que tu me fus jadis Un jardin de splendeur dont les mouvants taillis Ombraient les longs gazons et les roses dociles, Tu m'es en ces temps noirs un calme et sûr asile.
Tout s'y concentre, et ta ferveur et ta clarté Et tes gestes groupant les fleurs de ta bonté, Mais tout y est serré dans une paix profonde Contre les vents aigus trouant l'hiver du monde.
Mon bonheur s'y réchauffe en tes bras repliés; Tes jolis mots naïfs, joyeux et familiers, Chantent toujours, aussi charmants à mon oreille Qu'aux temps des lilas blancs et des rouges groseilles
Ta bonne humeur allègre et claire, oh! je la sens Triompher jour à jour de la douleur des ans; Et-tu souris toi-même aux fils d'argent qui glissent Leur onduleux réseau parmi les cheveux lisses.
Quand ta tête s'incline à mon baiser profond, Que m'importe que des rides marquent ton front Et que tes mains se sillonnent de veines dures Alors que je les tiens entre mes deux mains sûres!
Tu ne te plains jamais et tu crois fermement Que rien de vrai ne meurt quand on s'aime dûment, Et que le feu vivant dont se nourrit noire âme Consume jusqu'au deuil pour en grandir sa flamme.
XII
Les fleurs du clair accueil au long de la muraille Ne nous attendent plus quand nous rentrons chez nous, Et nos étangs soyeux dont l'eau plane s'éraille Ne se prolongent plus sous les cieux purs et doux.
Tous les oiseaux ont fui nos plaines monotones Et les pâles brouillards flottent sur les marais. O ces deux cris: automne, hiver! hiver, automne! Entends-tu le bois mort qui choit dans la forêt?
Notre jardin n'est plus l'époux de la lumière D'où l'on voyait les phlox vers leur gloire surgir; Nos violents glaïeuls sont mêlés à la terre Et longuement s'y sont couchés pour y mourir.
Tout est sans force et sans beauté; tout est sans flamme Et passe et fuit et penche et croule sans soutien; Oh! donne-moi tes yeux qu'illumine ton âme Pour y chercher quand même un coin du ciel ancien.
C'est en eux seuls qu'existe encor notre lumière, Celle qui recouvrait tout le jardin jadis A l'heure où s'exaltait l'orgueil blanc de nos lys Et l'ascendante ardeur de nos roses trémières.
XIII
Lorsque s'épand sur notre seuil la neige fine Au grain diamanté, J'entends tes pas venir rôder et s'arrêter Dans la chambre voisine.
Tu retires le clair et fragile miroir Du bord de la fenêtre, Et ton trousseau de clefs balle an long du tiroir De l'armoire de hêtre.
J'écoute et te voici qui tisonnes le feu Et réveilles les braises; Et qui ranges autour des murs silencieux Le silence des chaises.
Tu enlèves de la corbeille aux pieds étroits La fugace poussière, Et ta bague se heurte et résonne aux parois Frémissantes d'un verre.
Et je me sens heureux plus que jamais, ce soir, De ta présence tendre, Et de la sentir proche et de ne pas la voir, Et de toujours l'entendre.
XIV
Si le sort nous sauva des banales erreurs Et du mensonge vil et de la triste feinte, C'est que toujours nous révolta toute contrainte Dont le joug eût ployé notre double ferveur.
Tu marchas libre et franche et claire sur ta route, Mêlant aux fleurs d'amour tes fleurs de volonté, Et redressant vers toi doucement sa fierté Quand mon front s'inclinait vers la crainte ou le doute.
Et toujours tu fus bonne et de geste ingénu, Sachant qu'elle était tienne à tout jamais mon âme; Car si j'aimai--le sais-je encor?--quelque autre femme C'est toujours vers ton cœur que je suis revenu.
Tes jeux étaient si purs alors parmi leurs larmes Que mon être se réveillait sincère et vrai, Et je te répétais les mots doux et sacrés, Et la tristesse et le pardon étaient tes armes.
Et j'endormais le soir mon front sur tes seins clairs, Heureux d'être rentré des lointains faux et blêmes Dans le doux renouveau qui régnait en nous-mêmes, Et je restais captif entre tes bras ouverts.
XV
Non, mon âme jamais de toi ne s'est lassée!
Au temps de juin, jadis, tu me disais: «Si je savais, ami, si je savais Que ma présence, un jour, dût te peser. Avec mon pauvre cœur et ma triste pensée Vers n'importe où, je partirais. » Et doucement ton front montait vers mon baiser.
Et tu disais encore: «On se déprend de tout et la vie est si pleine! Et qu'importe qu'elle soit d'or La chaîne Qui lie au même anneau d'un port Nos deux barques humaines!» Et doucement tes pleurs me laissaient voir ta peine.
Et tu disais, Et tu disais encore: «Quittons-nous, quittons-nous, avant les jours mauvais. Notre existence fut trop haute Pour se traîner banalement de faute en faute.» Et tu fuyais et tu fuyais Et mes deux mains éperdûment te retenaient.
Non, mon âme jamais de toi ne s'est lassée.
XVI
Que nous sommes encore heureux et fiers de vivre Quand le moindre rayon entr'aperçu là-haut Illumine un instant les pauvres fleurs de givre Que le gel dur et fin grava sur nos carreaux.
L'élan bondit en nous et l'espoir nous emporte, Et notre vieux jardin nous apparaît encor Malgré ses longs chemins jonchés de branches mortes Vivant et pur et clair et plein de lueurs d'or.
Je ne sais quoi de lumineux et d'intrépide Se glisse en notre sang et nous réincarnons L'immense et plein été dans les baisers rapides Qu'avec ardeur, à corps perdu, nous nous donnons.
XVII
Subirons-nous, hélas! le poids mort des années Jusqu'à n'être plus rien que deux tranquilles gens Qui se donnent d'inoffensifs baisers d'enfants Le soir, quand le feu flambe aux creux des cheminées?
Nos meubles chers nous verront-ils à pas très lents Nous traîner du foyer jusqu'au bahut de hê Nous appuyer au mur pour gagner la fenêtre Et sur des sièges lourds tasser nos corps branlants?
Si telle un jour doit s'affirmer notre ruine, Et la torpeur dans nos cerveaux et dans nos bras, Malgré le sort méchant nous ne nous plaindrons pas Et retiendrons nos pleurs captifs en nos poitrines.
Car nous conserverons quand même encor nos yeux Pour regarder le jour dont la nuit est suivie, Et l'aube et le soleil illuminer la vie Et faire de la terre un objet merveilleux.
XVIII
Les menus faits, les mille riens, Une lettre, une date, un humble anniversaire, Un mot que l'on redit comme aux jours de naguère Exalte en ces longs soirs ton cœur comme le mien.
Et nous solennisons pour nous ces simples choses Et nous comptons et recomptons nos vieux trésors, Pour que le peu de nous qui nous demeure encore Reste ferme et vaillant devant l'heure morose.
Et plus qu'il ne convient, nous nous montrons jaloux De ces pauvres, douces et bienveillantes joies Qui s'asseyent sur le banc près du feu qui flamboie Avec les fleurs d'hiver sur leurs maigres genoux,
Et prennent dans la huche, où leur bonté le cèle, Le pain clair du bonheur qui nous fut partagé, Et dont, chez nous, l'amour a si longtemps mangé Qu'il en aime jusqu'aux parcelles.
XIX
Viens jusqu'à notre seuil répandre Ta blanche cendre O neige pacifique et lentement tombée: Le tilleul du jardin tient ses branches courbées Et plus ne fuse au ciel la légère calandre.
O neige, Qui réchauffes et qui protèges Le blé qui lève à peine
Avec la mousse, avec la laine Que tu répands de plaine en plaine! Neige silencieuse et doucement amie Des maisons, au matin dans le calme endormies, Recouvre notre toit et frôle nos fenêtres Et soudain par le seuil et la porte pénètre Avec tes flocons purs et tes dansantes flammes, O neige lumineuse au travers de notre âme, Neige, qui réchauffes encor nos derniers rêves Comme du blé qui lève!
XX
Quand notre jardin clair dardait toutes ses fleurs, C'était en des instants de fièvre Que le regret d'avoir diminué nos cœurs Nous jaillissait des lèvres, Et le pardon offert, mais mérité toujours Et l'étalage exagéré de nos misères Et tant de pleurs, mouillant nos tristes yeux sincères, Exaltaient notre amour.
Mais, en ces mois de lourde pluie Où tout se tasse et se réduit, Où la clarté même s'ennuie A refouler de l'ombre et de la nuit, Notre âme n'est plus assez vibrante et haute Pour confesser, avec transports, nos fautes.
Nous les disons à lente voix Certes, avec tendresse encore, Mais c'est au soir tombant et non plus à l'aurore, Parfois même, nous les comptons sur nos dix doigts Comme des choses qu'on dénombre Et qu'on range dans la maison, Et pour diminuer leur folie ou leur nombre, Nous raisonnons.
XXI
Avec mes vieilles mains de ton front rapprochées J'écarte tes cheveux et je baise, ce soir, Pendant ton bref sommeil au bord de l'âtre noir La ferveur de tes yeux, sous tes longs cils cachée.
Oh! la bonne tendresse en cette fin de jour! Mes yeux suivent les ans dont l'existence est faite Et tout à coup ta vie y paraît si parfaite Qu'un émouvant respect attendrit mon amour.
Et comme au temps où tu m'étais la fiancée L'ardeur me vient encor de tomber à genoux Et de toucher la place où bat ton cœur si doux Avec des doigts aussi chastes que mes pensées.
XXII
Si nos cœurs ont brûlé en des jours exaltants D'une amour claire autant que haute, L'âge aujourd'hui nous fait lâches et indulgents Et paisibles devant nos fautes.
Tu ne nous grandis plus, ô jeune volonté, Par ton ardeur non asservie, Et c'est de calme doux et de pâle bonté Que se colore notre vie.
Nous sommes au couchant de ton soleil, amour, Et nous masquons notre faiblesse Avec les mots banals et les pauvres discours D'une vaine et lente sagesse.
Oh! que nous serait triste et honteux l'avenir, Si dans notre hiver et nos brumes N'éclatait point, tel un flambeau, le souvenir Des âmes fières que nous fûmes.
XXIII
En ce rugueux hiver où le soleil flottant S'échoue à l'horizon comme une lourde épave, J'aime à dire ton nom au timbre lent et grave Quand l'horloge résonne aux coups profonds du temps.
Et plus je le redis, plus ma voix est ravie Si bien que de ma lèvre, il descend dans mon cœur, Et qu'il réveille en moi un plus ardent bonheur Que les mots les plus doux que j'ai dits dans la vie.
Et devant l'aube neuve ou le soir qui s'endort Je le répète avec ma voix toujours la même Mais, dites, avec quelle ardeur forte et suprême Je le prononcerai à l'heure de la mort!
XXIV
Peut-être, Lorsque mon dernier jour viendra, Peut-être Qu'à ma fenêtre, Ne fût-ce qu'un instant, Un soleil frêle et tremblotant Se penchera.
Mes mains alors, mes pauvres mains décolorées Seront quand même encor par sa gloire dorées; Il glissera son baiser lent, clair et profond Une dernière fois, sur ma bouche et mon front, Et les fleurs de mes yeux, pâles, mais encore fières Avant de se fermer lui rendront sa lumière.
Soleil, ai-je adoré ta force et ta clarté! Mon art torride et doux, de son geste suprême, T'a retenu captif au cœur de mes poèmes; Comme un champ de blé mûr qui houle au vent d'été, Telle page t'anime et t'exalte en mes livres, O toi, soleil qui fais éclore et qui délivres, O toi, l'immense ami dont l'orgueil a besoin, Fais qu'à cette heure grave, impérieuse et neuve Où mon vieux cœur humain sera lourd sous l'épreuve, Tu sois encor son visiteur et son témoin.
XXV
Oh! tes si douces mains et leur lente caresse Se nouant à mon cou et glissant sur mon torse Quand je te dis, au soir tombant, combien ma force S'alourdit, jour à jour, du plomb de ma faiblesse!
Tu ne veux pas que je devienne ombre et ruine Comme ceux qui s'en vont du côté des ténèbres, Fût-ce avec un laurier entre leurs mains funèbres Et la gloire endormie en leurs creuse poitrine.
Oh! que la loi du temps m'est par toi adoucie, Et que m'est généreux et consolant ton songe. Pour la première fois tu berces d'un mensonge Mon cœur qui t'en excuse et qui t'en remercie;
Mais qui sait bien pourtant que toute ardeur est vaine Contre tout ce qui est et tout ce qui doit être, Et qu'un profond bonheur se rencontre peut-être A finir en tes yeux ma belle vie humaine.
XXVI
Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière, Baise-les longuement, car ils t'auront donné Tout ce qui peut tenir d'amour passionné Dans le dernier regard de leur ferveur dernière.
Sous l'immobile éclat du funèbre flambeau, Penche vers leur adieu ton triste et beau visage Pour que s'imprime et dure en eux la seule image Qu'ils garderont dans le tombeau.
Et que je sente, avant que le cercueil se cloue, Sur le lit pur et blanc se rejoindre nos mains Et que près de mon front sur les pâles coussins, Une suprême fois se repose ta joue.
Et qu'après je m'en aille au loin avec mon cœur, Qui te conservera une flamme si forte Que même à travers la terre compacte et morte Les autres morts en sentiront l'ardeur!
TABLE
_LES HEURES CLAIRES
O LA SPLENDEUR DE NOTRE JOIE QUOIQUE NOUS LE VOYIONS FLEURIR DEVANT NOS YEUX CE CHAPITEAU BARBARE OU DES MONSTRES SE TORDENT LE CIEL EN NUIT S'EST DÉPLIÉ CHAQUE HEURE OU JE SONGE A TA BONTÉ TU ARBORES PARFOIS CETTE GRACE BÉNIGNE OH! LAISSE FRAPPER A LA PORTE COMME AUX AGES NAIFS JE T'AI DONNÉ MON CŒUR LE PRINTEMPS JEUNE ET BÉNÉVOLE VIENS LENTEMENT T'ASSEOIR COMBIEN ELLE EST FACILEMENT RAVIE AU TEMPS OU LONGUEMENT J'AVAIS SOUFFERT ET QU'IMPORTENT ET LES POURQUOIS ET LES RAISONS A CES REINES QUI LENTEMENT DESCENDENT JE DÉDIE A TES PLEURS, A TON SOURIRE JE NOIE EN TES DEUX YEUX MON AME TOUT ENTIÈRE POUR NOUS AIMER DES YEUX AU CLOS DE NOTRE AMOUR. L'ÉTÉ SE CONTINUE QUE TES YEUX CLAIRS, TES YEUX D'ÉTÉ DIS-MOI MA SIMPLE ET MA TRANQUILLE AMI EN CES HEURES OU NOUS SOMMES PERDUS OH! CE BONHEUR VIVONS DANS NOTRE AMOUR ET NOTRE ARDEUR SITOT QUE NOS BOUCHES SE TOUCHENT POUR QUE BIEN DE NOUS DEUX N'ÉCHAPPE A NOTRE ÉTREINTE BIEN QUE DÉJÀ CE SOIR LE DON DU CORPS, LORSQUE L'AME EST DONNÉE FUT IL EN NOUS UNE SEULE TENDRESSE LE BEAU JARDIN FLEURI DE FLAMMES S'IL ARRIVE JAMAIS
_LES HEURES D'APRÈS MIDI_
L'AGE EST VENU, PAS A PAS, JOUR A JOUR ROSES DE JUIN, VOUS LES PLUS BELLES SI D'AUTRES FLEURS DÉCORENT LA MAISON L'OMBRE EST LUSTRALE ET L'AURORE IRISÉE JE T'APPORTE CE SOIR COMME OFFRANDE MA JOIE ASSEYONS-NOUS TOUS DEUX PRÈS DU CHEMIN TRÈS DOUCEMENT, PLUS DOUCEMENT ENCORE DANS LA MAISON OU NOTRE AMOUR A VOULU NAITRE LE BON TRAVAIL, FENÊTRE OUVERTE TOUTE CROYANCE HABITE AU FOND DE NOTRE AMOUR L'AUBE, L'OMBRE, LE SOIR, L'ESPACE ET LES ÉTOILES C'EST LA BONNE HEURE OU LA LAMPE S'ALLUME LES BAISERS MORTS DES DÉFUNTES ANNÉES VOICI QUINZE ANS DÉJÀ QUE NOUS PENSONS D'ACCORD J'AI CRU A TOUT JAMAIS NOTRE JOIE ENGOURDIE TOUT CE QUI VIT AUTOUR DE NOUS AVEC MES SENS, AVEC MON CŒUR ET MON CERVEAU LES JOURS DE FRAICHE ET TRANQUILLE SANTÉ JE SUIS SORTI DES BOSQUETS DU SOMMEIL HÉLAS! LORSQUE LE PLOMB DES MALADIES LE CLAIR JARDIN, C'EST LA SANTÉ C'ÉTAIT EN JUIN, DANS LE JARDIN ET TE DONNER NE SUFFIT PLUS, TU TE PRODIGUES O LE CALME JARDIN OU RIEN NE BOUGE COMME A D'AUTRES L'HEURE ET L'HUMEUR LES BARQUES D'OR DU BEL ÉTÉ ARDEUR DES SENS, ARDEUR DES CŒURS, ARDEUR DES AMES L'IMMOBILE BEAUTÉ VOUS M'AVEZ DIT TEL SOIR DES PAROLES SI BELLES «HEURES DU MATIN CLAIR», «HEURES D'APRÈS-MIDI»
_LES HEURES DU SOIR_
DES FLEURS FINES ET MOUSSEUSES S'IL ÉTAIT VRAI LA GLYCINE EST FANÉE ET MORTE EST L'AUBÉPINE METS TA CHAISE PRÈS DE LA MIENNE SOIS-MOI PROPICE ET CONSOLANTE HÉLAS! LES TEMPS SONT LOIN LE SOIR TOMBE, LA LUNE EST D'OR LORSQUE TA MAIN CONFIE ET MAINTENANT QUE SONT TOMBÉS QUAND LE CIEL ÉTOILE COUVRE NOTRE DEMEURE AVEC LE MÊME AMOUR QUE TU ME FUS JADIS LES FLEURS DU CLAIR ACCUEIL LORSQUE S'ÉPAND SUR NOTRE SEUIL SI LE SORT NOUS SAUVA DES BANALES ERREURS NON, MON AME JAMAIS DE TOI NE S'EST LASSÉE QUE NOUS SOMMES ENCORE HEUREUX SUBIRONS-NOUS, HÉLAS! LE POIDS MORT DES ANNÉES LES MENUS FAITS, LES MILLE RIENS VIENS JUSQU'A NOTRE SEUIL RÉPANDRE. QUAND NOTRE JARDIN CLAIR AVEC MES VIEILLES MAINS SI NOS CŒURS ONT BRÛLÉ EN DES JOURS EXALTANTS ET CE RUGUEUX HIVER OU LE SOLEIL FLOTTANT PEUT-ÊTRE OH! TES SI DOUCES MAINS LORSQUE TU FERMERAS MES YEUX A LA LUMIÈRE