Les Heures du Soir - Précédées de les Heures claires, Les Heures d'après-midi
Part 2
L'ombre des rameaux blancs voyage Parmi ta gorge et ton visage Et tes cheveux dénouent leur floraison, En guirlandes, sur les gazons.
La nuit est toute d'argent bleu, La nuit est un beau lit silencieux, La nuit douce, dont les brises vont, une à une, Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.
XXVI
Bien que déjà, ce soir L'automne Laisse aux sentes et aux orées, Comme des mains dorées, Lentes, les feuilles choir, Bien que déjà l'automne, Ce soir, avec ses bras de vent, Moissonne, Sur les rosiers fervents Les pétales et leur pâleur, Ne laissons rien de nos deux âmes Tomber soudain avec ces fleurs.
Mais tous les deux, autour des flammes De l'âtre en or de souvenir, Mais tous les deux, blottissons-nous, Les mains au feu et les genoux.
Contre les deuils cachés dans l'avenir, Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin, Contre notre terreur, contre nous-mêmes enfin, Blottissons-nous, près du foyer, Que la mémoire en nous fait flamboyer.
Et si l'automne obère A grands pans d'ombre et d'orages planants, Les bois, les pelouses et les étangs, Que sa douleur du moins n'altère L'intérieur jardin tranquillisé, Où s'unissent, dans la lumière, Les pas égaux de nos pensées.
XXVII
Le don du corps, lorsque l'âme est donnée, N'est rien que l'aboutissement De deux tendresses entraînées L'une vers l'autre, éperdûment.
Tu n'es heureuse de ta chair, Si belle en sa fraîcheur natale, Que pour, avec ferveur, m'en faire L'offre complète et l'aumône totale.
Et je me donne à toi, ne sachant rien Sinon que je m'exalte à te connaître, Toujours meilleure, et plus pure, peut-être, Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien.
L'amour, oh! qu'il nous soit la clairvoyance Unique, et l'unique raison du cœur, A nous, dont le plus fol bonheur Est d'être fous de confiance.
XXVIII
Fut-il en nous une seule tendresse, Une pensée, une joie, une promesse, Que nous n'ayons semée au-devant de nos pas?
Fut-il une prière en secret entendue, Dont nous n'ayons serré les mains tendues Avec douceur sur notre sein?
Fut-il un seul appel, un seul dessein, Un vœu tranquille ou violent Dont nous n'ayons accéléré l'élan?
Et, nous aimant ainsi, Nos cœurs s'en sont allés, tels des apôtres, Vers les doux cœurs timides et transis Des autres. Ils les ont conviés, par la pensée, A se sentir aux nôtres fiancés, A proclamer l'amour avec des ardeurs franches, Comme un peuple de fleurs aime la même branche, Qui le suspend et le baigne dans le soleil; Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil, S'est mise à célébrer tout ce qui aime, Magnifiant l'amour pour l'amour même, Et à chérir, divinement, d'un désir fou, Le monde entier qui se résume en nous.
XXIX
Le beau jardin fleuri de flammes Qui nous semblait le double ou le miroir Du jardin clair que nous portions dans l'âme Se cristallise en gel et or, ce soif.
Un grand silence blanc est descendu s'asseoir Là-bas, aux horizons de marbre, Vers où s'en vont, par défilés, les arbres Avec leur ombre immense et bleue Et régulière, à côté d'eux.
Aucun souffle de vent, aucune haleine. Les grands voiles du froid Se déplient seuls, de plaine en plaine, Sur des marais d'argent ou des routes en croix.
Les étoiles paraissent vivre. Comme l'acier, brille le givre, A travers l'air translucide et glacé. De clairs métaux pulvérisés A l'infini semblent neiger De la pâleur d'une lune de cuivre. Tout est scintillement dans l'immobilité.
Et c'est l'heure divine, où l'esprit est hanté Par ces mille regards que projette sur terre, Vers les hasards de l'humaine misère, La bonne et pure et inchangeable éternité.
XXX
S'il arrive jamais Que nous soyons, sans le savoir, Souffrance ou peine ou désespoir L'un pour l'autre; s'il se faisait Que la fatigue ou le banal plaisir Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir; Si le cristal de la pure pensée Doit en nos cœurs tomber et se briser; Si malgré tout, je me sentais Vaincu pour n'avoir pas été Assez en proie à la divine immensité De la bonté; Alors, oh! serrons-nous comme deux fous sublimes Qui, sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes Quand même--et, d'un unique essor, L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort.
LES HEURES D'APRÈS-MIDI
I.
L'âge est venu, pas à pas, jour à jour, Poser ses mains sur le front nu de notre amour Et, de ses yeux moins vifs, l'a regardé.
Et, dans le beau jardin que Juillet a ridé, Les fleurs, les bosquets et les feuilles vivantes Ont laissé choir un peu de leur force fervente Sur l'étang pâle et sur les chemins doux. Parfois, le soleil marque, âpre et jaloux, Une ombre dure, autour de sa lumière.
Pourtant, voici toujours les floraisons trémières Qui persistent à se darder vers leur splendeur, Et les saisons ont beau peser sur notre vie, Toutes les racines de nos deux cœurs Plus que jamais plongent inassouvies, Et se crispent et s'enfoncent, dans le bonheur.
Oh! ces heures d'après-midi ceintes de roses Qui s'enlacent autour du temps et se reposent La joue en fleur et feu, contre son flanc transi!
Et rien, rien n'est meilleur que se sentir ainsi, Heureux et, clairs encor, après combien d'années! Mais si tout autre avait été la destinée Et que, tous deux, nous eussions dû souffrir, --Quand même!--oh! j'eusse aimé vivre et mourir, Sans me plaindre, d'une amour obstinée.
II
Roses de Juin, vous les plus belles, Avec vos cœurs de soleil transpercés; Roses violentes et tranquilles, et telles Qu'un vol léger d'oiseaux sur les branches posés; Roses de Juin et de Juillet, droites et neuves, Bouches, baisers qui tout à coup s'émeuvent Ou s'apaisent, au va et vient du vent, Caresse d'ombre et d'or, sur le jardin mouvant; Roses d'ardeur muette et de volonté douce, Roses de volupté en vos gaines de mousse, Vous qui passez les jours du plein été A vous aimer, dans la clarté; Roses vives, fraîches, magnifiques, toutes nos roses Oh! que pareils à vous nos multiples désirs, Dans la chère fatigue ou le tremblant plaisir S'entr'aiment, s'exaltent et se reposent!
III
Si d'autres fleurs décorent la maison Et la splendeur du paysage, Les étangs purs luisent toujours dans le gazon, Avec les grands yeux d'eau de leur mouvant visage.
Dites de quels lointains profonds et inconnus Tant de nouveaux oiseaux sont-ils venus, Avec du soleil sur leurs ailes?
Juillet a remplacé Avril dans le jardin Et les tons bleus par les grands tons incarnadins, L'espace est chaud et le vent frêle; Mille insectes brillent dans l'air, joyeusement, Et l'été passe, en sa robe de diamants Et d'étincelles.
IV
L'ombre est lustrale et l'aurore irisée. De la branche, d'où s'envole là-haut L'oiseau, Tombent des gouttes de rosée.
Une pureté lucide et frêle Orne le matin si clair Que des prismes semblent briller dans l'air. On écoute une source; on entend un bruit d'ailes.
Oh! que tes yeux sont beaux, à cette heure première Où nos étangs d'argent luisent dans la lumière Et reflètent le jour qui se lève là-bas. Ton front est radieux et ton artère bat.
La vie intense et bonne et sa force divine Entrent si pleinement, tel un battant bonheur, En ta poitrine, Que pour en contenir l'angoisse et la fureur, Tes mains soudain prennent mes mains Et les appuyent comme avec peur, Contre ton cœur.
V
Je t'apporte, ce soir, comme offrande, ma joie D'avoir plongé mon corps dans l'or et dans la soie Du vent joyeux et franc et du soleil superbe: Mes pieds sont clairs d'avoir marché parmi les herbes, Mes mains douces d'avoir touché le cœur des fleurs, Mes yeux brillants d'avoir soudain senti les pleurs Naître, sourdre et monter, autour de mes prunelles, Devant la terre en fête et sa force éternelle.
L'espace entre ses bras de bougeante clarté, Ivre et fervent et sanglotant, m'a emporté, Et j'ai passé je ne sais où, très loin, là-bas, Avec des cris captifs que délivraient mes pas.
Je t'apporte la vie et la beauté des plaines; Respire-les sur moi à franche et bonne haleine, Les origans ont caressé mes doigts, et l'air Et sa lumière et ses parfums sont dans ma chair.
VI
Asseyons-nous tous deux près du chemin, Sur le vieux banc rongé de moisissures, Et que je laisse, entre tes deux mains sûres, Longtemps s'abandonner ma main.
Avec ma main qui longtemps s'abandonne A la douceur de se sentir sur tes genoux, Mon cœur aussi, mon cœur fervent et doux Semble se reposer, entre tes deux mains bonnes
Et c'est la joie intense et c'est l'amour profond Que nous goûtons à nous sentir si bien ensemble, Sans qu'un seul mot trop fort sur nos lèvres ne tremble, Ni même qu'un baiser n'aille brûler ton front.
Et nous prolongerions l'ardeur de ce silence Et l'immobilité de nos muets désirs, N'était que tout à coup à les sentir frémir Je n'étreigne, sans le vouloir, tes mains qui pensent;
Tes mains, où mon bonheur entier reste celé Et qui jamais, pour rien au monde, N'attenteraient à ces choses profondes Dont nous vivons, sans en devoir parler.
VII
Très doucement, plus doucement encore, Berce ma tête entre tes bras, Mon front fiévreux et mes yeux las; Très doucement, plus doucement encore. Baise mes lèvres, et dis-moi Ces mots plus doux à chaque aurore, Quand me les dit ta voix, Et que tu t'es donnée, et que je t'aime encore.
Le joug surgit maussade et lourd; la nuit Fut de gros rêves traversée; La pluie et ses cheveux fouettent notre croisée Et l'horizon est noir de nuages d'ennui.
Très doucement, plus doucement encore, Berce ma tête entre tes bras, Mon front fiévreux et mes yeux las; C'est toi qui m'es la bonne aurore, Dont la caresse est dans ta main Et la lumière en tes paroles douces: Voici que je renais, sans mal et sans secousse, Au quotidien travail qui trace, en mon chemin, Son signe, Et me fait vivre, avec la volonté, D'être une arme de force et de beauté, Aux poings d'or d'une vie insigne.
VIII
Dans la maison où notre amour a voulu naître, Avec les meubles chers peuplant l'ombre et les coins, Où nous vivons à deux, ayant pour seuls témoins Les roses qui nous regardent par les fenêtres.
Il est des jours choisis, d'un si doux réconfort, Et des heures d'été, si belles de silence, Que j'arrête parfois le temps qui se balance, Dans l'horloge de chêne, avec son disque d'or.
Alors l'heure, le jour, la nuit est si bien nôtre Que le bonheur qui nous frôle n'entend plus rien, Sinon les battements de ton cœur et du mien Qu'une étreinte soudaine approche l'un de l'autre.
IX
Le bon travail, fenêtre ouverte, Avec l'ombre des feuilles vertes Et le voyage du soleil Sur le papier vermeil, Maintient la douce violence De son silence, En notre bonne et pensive maison.
Et vivement les fleurs se penchent Et les grands fruits luisent, de branche en branche, Et les merles et les bouvreuils et les pinsons Chantent et chantent Pour que mes vers éclatent Clairs et frais, purs et vrais, Ainsi que leurs chansons, Leur chair dorée et leurs pétales écarlates.
Et je te vois passer dans le jardin, là-bas, Parfois à l'ombre et au soleil mêlée; Mais ta tête ne se retourne pas, Pour que l'heure ne soit troublée Où je travaille, avec mon cœur jaloux, A ces poèmes francs et doux.
X
Toute croyance habite au fond de notre amour. On lie une pensée ardente aux moindres choses: A l'éveil d'un bourgeon, au déclin d'une rose, Au vol d'un frêle et bel oiseau qui, tour à tour, Arrive ou disparaît, dans l'ombre ou la lumière. Un nid, qui se disjoint au bord moussu d'un toit Et que le vent saccage, emplit l'esprit d'effroi. Un insecte qui mord le cœur des fleurs trémières Epouvante: tout est crainte, tout est espoir.
Que la raison, avec sa neige âpre et calmante, Refroidisse soudain ces angoisses charmantes, Qu'importe, acceptons-les sans trop savoir Le faux, le vrai, le mal, le bien qu'elles présagent; Soyons heureux de nous sentir, enfants, Pour croire à leur pouvoir fatal ou triomphant; Et gardons-nous, volets fermés, des gens trop sages.
XI
L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles; Ce que la nuit recèle ou montre entre ses voiles, Se mêle à la ferveur de notre être exalté. Ceux qui vivent d'amour vivent d'éternité.
Il n'importe que leur raison adhère ou railla Et leur tende, debout, sur ses hautes murailles, Au long des quais et des havres ses flambeaux clairs; Eux, sont les voyageurs d'au delà de la mer.
Ils regardent le jour luire de plage en plage, Très loin, plus loin que l'océan et ses flots noirs; La fixe certitude et le tremblant espoir Pour leurs regards ardents ont le même visage.
Heureux et clairs, ils croient, avec avidité; Leur âme est la profonde et soudaine clarté Dont ils brûlent le front des plus hautains problèmes; Et pour savoir le monde, ils ne scrutent qu'eux-mêmes.
Ils vont, par des chemins lointains, choisis par eux; Vivant des vérités que renferment leurs yeux Simples et nus, profonds et doux comme l'aurore; Et pour eux seuls, les paradis chantent encore.
XII
C'est la bonne heure, où la lampe s'allume: Tout est si calme et consolant, ce soir, Et le silence est tel, que l'on entendrait choir Des plumes.
C'est la bonne heure où, doucement, S'en vient la bien-aimée, Comme la brise ou la fumée, Tout doucement, tout lentement. Elle ne dit rien d'abord--et je l'écoute; Et son âme, que j'entends toute, Je la surprends luire et jaillir Et je la baise sur ses yeux.
C'est la bonne heure, où la lampe s'allume, Où les aveux De s'être aimés le jour durant, Du fond du cœur profond, mais transparent, S'exhument.
Et l'on se dit les simples choses: Le fruit qu'on a cueilli dans le jardin; La fleur qui s'est ouverte, D'entre les mousses vertes; Et la pensée éclose, en des émois soudains, Au souvenir d'un mot de tendresse fanée Surpris au fond d'un vieux tiroir, Sur un billet de l'autre année.
XIII
Les baisers morts des défuntes années Ont mis leur sceau sur ton visage, Et, sous le vent morne et rugueux de l'âge, Bien des roses, parmi tes traits, se sont fanées.
Je ne vois plus ta bouche et tes grands yeux Luire, comme un matin de fête, Ni, lentement, se repeser ta tête, Dans le jardin massif et noir de tes cheveux,
Tes mains chères qui demeurent si douces Ne viennent plus comme autrefois, Avec de la lumière au bout des doigts, Me caresser le front, comme une aube les mousses.
Ta chair jeune et belle, ta chair Que je parais de mes pensées, N'a plus sa fraîcheur pure de rosée, Et tes bras ne sont plus pareils aux rameaux clairs.
Tout tombe, hélas, et se fane sans cesse; Tout est changé, même ta voix, Ton corps s'est affaissé comme un pavois, Pour laisser choir les victoires de la jeunesse.
Mais néanmoins, mon cœur ferme et fervent te dit: Que m'importent les ans jour à jour alourdis, Puisque je sais que rien au monde Ne troublera jamais notre être exalté Et que notre âme est trop profonde Pour que l'amour dépende encor de la beauté.
XIV
Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord; Que notre ardeur claire et belle vainc l'habitude, Mégère à lourde voix, dont les lentes mains rudes Usent l'amour le plus tenace et le plus fort.
Je te regarde, et tous les jours je te découvre, Tant est intime ou ta douceur ou ta fierté: Le temps, certe, obscurcit les yeux de ta beauté,
Mais exalte ton cœur dont le fond d'or s'entr'ouvre. Tu te laisses naïvement approfondir, Et ton âme, toujours, paraît fraîche et nouvelle; Les mâts au clair, comme une ardente caravelle, Notre bonheur parcourt les mers de nos désirs.
C'est en nous seuls que nous ancrons notre croyance, A la franchise nue et la simple bonté; Nous agissons et nous vivons dans la clarté D'une joyeuse et translucide confiance.
Ta force est d'être frêle et pure infiniment; De traverser, le cœur en feu, tous chemins sombres, Et d'avoir conservé, malgré la brume ou l'ombre, Tous les rayons de l'aube en ton âme d'enfant.
XV
J'ai cru à tout jamais notre joie engourdie Comme un soleil fané avant qu'il ne fût nuit, Le jour qu'avec ses bras de plomb, la maladie M'a lourdement traîné vers son fauteuil d'ennui.
Les fleurs et le jardin m'étaient crainte ou fallace; Mes yeux souffraient à voir flamber les midis blancs, Et mes deux mains, mes mains, semblaient déjà trop lasses Pour retenir captif notre bonheur tremblant.
Mes désirs n'étaient plus que des plantes mauvaises, Ils se mordaient entre eux comme au vent les chardons, Je me sentais le cœur à la fois glace et braise Et tout à coup aride et rebelle aux pardons.
Mais tu me dis le mot qui bellement console Sans le chercher ailleurs que dans l'immense amour; Et je vivais avec le feu de ta parole Et m'y chauffais, la nuit, jusqu'au lever du jour.
L'homme diminué que je me sentais être, Pour moi-même et pour tous, n'existait par pour toi; Tu me cueillais des fleurs au bord de la fenêtre, Et je croyais en la santé, avec ta foi.
Et tu me rapportais, dans les plis de ta robe, L'air vivace, le vent des champs et des forêts, Et les parfums du soir ou les odeurs de l'aube, Et le soleil, en tes baisers profonds et frais.
XVI
Tout ce qui vit autour de nous, Sous la douce et fragile lumière, Herbes frêles, rameaux tendres, roses trémières, Et l'ombre qui les frêle et le vent qui les noue, Et les chantants et sautillants oiseaux Qui follement s'essaiment, Comme des grappes de joyaux Dans le soleil, Tout ce qui vit au beau jardin vermeil, Ingénument, nous aime; Et nous, Nous aimons tout.
Nous adorons le lys que nous voyons grandir Et les hauts tournesols plus clairs que le Nadir --Cercles environnés de pétales de flammes-- Brûlent, à travers leur ardeur, nos âmes.
Les fleurs les plus simples, les phlox et les lilas, Au long des murs, parmi les pariétaires, Croissent, pour être proches de nos pas; Et les herbes involontaires, Dans le gazon où nous avons passé, Ouvrent les jeux mouillés de leur rosée.
Et nous vivons ainsi avec les fleurs et l'herbe, Simples et purs, ardents et exaltés, Perdus dans notre amour comme, dans l'or, les gerbes, Et fièrement, laissant l'impérieux été Trouer et traverser de ses pleines clartés Nos chairs, nos cœurs, et nos deux volontés.
XVII
Avec mes sens, avec mon cœur et mon cerveau, Avec mon être entier tendu comme un flambeau Vers ta bonté et vers ta charité Sans cesse inassouvies, Je t'aime et te louange et je te remercie D'être venue, un jour, si simplement, Par les chemins du dévouement, Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie.