Part 25
Les péripéties de ce drame, qui s’est terminé par une scène aussi terrible, duraient depuis quinze ans, époque à laquelle Jean Boudrier, fuyant la maison paternelle, avait proféré pour dernier adieu ces atroces paroles: «Je voudrais voir rôtir mon père comme un crapaud sur une pelle.»
Le jury a reconnu Jean Boudrier coupable du crime dont il était accusé, mais avec des _circonstances atténuantes_. En conséquence, Jean Boudrier a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.
[GU] Je vous le disais bien, il y a un an,--que vous seriez honteux d’avoir soutenu les fortifications:--et vous, monsieur Barrot, qui les attaquez maintenant à la tribune,--et vous journalistes qui les invectivez dans vos feuilles,
[GU] M. Jasmin, coiffeur et poëte, est arrivé à Paris où il a dîné avec le roi Louis-Philippe, et avec MM. les coiffeurs de la capitale;--il a été invité et reçu dans plusieurs maisons du faubourg Saint-Germain.
Rapprochez ceci de ce que je vous ai dit de ce dîner où le roi fit semblant de ne pas savoir que M. de Lamartine fait des vers, et vous en tirerez pour conséquence ce que je vous ai répété déjà bien des fois.
O poëtes,--vous serez toujours méprisés et dédaignés.--La _presse_ est arrivée aux affaires, aux _honneurs_ (quels honneurs!) mais la presse n’est pas plus la poésie, que les Cosaques ne sont l’armée russe.
Les ravages qu’a causés la _presse_ sur son passage--n’ont fait qu’ajouter un peu de haine au mépris que l’on avait pour vous.
On n’accueillerait pas ainsi au château un poëte qui ne serait pas en même temps perruquier.
Peut-être,--par suite de cette affaire,--quelques poëtes vont se faire coiffeurs,--et je n’y verrai pas grand mal;--mais je suis sûr que depuis huit jours les jeunes coiffeurs inoccupés ont fait plus de trois millions de vers.
[GU] Voici ce qui arrive à un peintre qui fait un portrait, sauf les nuances qu’apportent nécessairement la position sociale et l’éducation du modèle.
--Monsieur, suis-je bien ainsi?
--Madame, je ne saurais trop vous recommander de prendre une position naturelle.
--Mais, monsieur, je ne crois pas me maniérer.
--Ce n’est pas ce que je veux dire, madame; je veux simplement vous engager à prendre la pose qui vous est la plus habituelle; je ne puis peindre que ce que je vois, et il faut avant tout que la personne que l’on peint tâche de se ressembler à elle-même.
La femme considère cette observation comme non avenue: elle garde une pose prétentieuse et maniérée; elle lève les yeux au ciel, ou les ferme languissamment; elle serre les lèvres pour se rapetisser la bouche; elle est naturellement enjouée, elle prend un air majestueux.
Le peintre fait son esquisse.
--Dites-moi, monsieur, ne serais-je pas mieux ainsi?
--Je ne pense pas.
--Cependant, je pense que cela fera mieux.
Elle prend une pose toute différente de la première, sans être pour cela moins affectée.
Le peintre efface son esquisse. Comme il va en commencer uns autre:
--Décidément, vous aviez raison, la première pose valait mieux.
Et le malheureux artiste recommence ce qu’il a effacé.
--Je vous recommanderai la couleur de mes yeux; j’ai la faiblesse d’y tenir. Cela est excusable quand on a si peu de chose de bien.
--Madame est trop modeste; car au contraire...
Pendant ce temps, elle a encore changé de position.
--Voudriez-vous avoir la bonté, madame, de reprendre la position où vous étiez tout à l’heure?
--C’est qu’elle me gêne un peu.
--Alors, madame, prenez-en une que vous puissiez garder, car il me faut recommencer mon ouvrage chaque fois que vous remuez.
--Alors je vais reprendre celle de tout à l’heure. Suis-je bien comme cela?
--Très-bien, si vous y restez.
--Bérénice!
Entre la femme de chambre, laquelle est aussi la cuisinière.
--Bérénice, apportez-moi mon écrin.
Écrin est un mot qui n’est pas d’un usage habituel entre la maîtresse et la domestique, et dont on ne se sert que pour le peintre et pour lui donner une brillante idée de sa distinction.
--Comment dit madame?
--Ma boîte à bijoux, imbécile.
Bérénice apporte une boîte.
--Dites-moi, monsieur, quel collier et quels pendants d’oreilles me conseillez-vous de mettre?
--Ceux qui vous plairont le mieux, madame.
--Mais il me semble qu’un peintre doit avoir là-dessus des idées?
--J’aimerais assez le corail.
--Cependant, ce sont ordinairement les femmes brunes qui affectionnent le corail, et, si j’ai quelque chose de passable, c’est la blancheur de la peau.
--Je n’en ai jamais vu de plus belle.
--Je vais mettre des diamants.
--Bérénice!
--Madame?
--Avez-vous pensé à prévenir le coiffeur pour ce soir?
--Non, madame.
--A quoi sert-il alors que je vous parle? allez-y tout de suite.
--Ah! monsieur, on est bien malheureux d’avoir des domestiques; je me surprends quelquefois à envier la position d’un artiste: au moins vous êtes indépendant, vous faites vos affaires vous-même.
--Hélas! madame, je suis forcé de vous ôter cette illusion: je ne suis pas assez heureux pour cirer mes bottes moi-même;--mais je vous supplierai de tourner la tête un peu plus à droite, comme vous étiez tout à l’heure.
--Mon Dieu! monsieur, je ne sais pourquoi on n’a jamais pu me faire ressemblante; j’ai deux portraits de moi, ce sont deux horreurs. Sur le dernier, j’ai une bouche qui n’en finit pas; je vous recommanderai la bouche, ce n’est pas que j’y tienne. Quand on a une grande fille de six ans... (La fille en a neuf.)--quand on a une grande fille de six ans, il faut renoncer à toutes les prétentions; mon mari aime beaucoup ma bouche, et il serait désolé de la voir trop grande sur le portrait.
--Je vous la ferai aussi petite que vous voudrez, madame.
--Surtout, monsieur, je ne veux pas être flattée; je ne suis pas comme ces femmes qui exigent qu’on donne à leurs portraits tous les charmes qui leur manquent.--Je fais demander le coiffeur pour une soirée, pour un bal où je vais ce soir. Je n’aime guère le monde, mais on ne peut se dérober aux exigences et aux devoirs de la société. Et puis mon mari veut que je sorte un peu de la solitude, qui me plaît infiniment. Je ne sais comment m’habiller ce soir, car il ne faut pas faire peur.
--Certainement, madame...
--Pensez-vous que je ferai bien de mettre du bleu?
--Le bleu doit vous aller à ravir.
--Cependant, toutes réflexions faites, je mettrai une robe de crêpe rose.--Remarquez, s’il vous plaît, que j’ai le nez assez délicat; c’est même tout ce que j’ai de remarquable dans la figure.
--Ah! madame!
--Permettez que je voie.
--Il n’y a presque rien de fait.
--C’est égal, c’est très-joli; mais pourquoi ai-je ainsi le cou noir et bleu?
--Ce sont des ombres indiquées.
--Mais c’est que je passe au contraire pour avoir le cou très-blanc, je vous avouerai même que c’est ma prétention.
--Je vois mieux que personne, madame, que vous avez le cou d’une blancheur éblouissante; mais j’ai eu l’honneur de vous dire que ce sont des ombres que j’indique; d’ailleurs, cela ne restera pas ainsi.
--A la bonne heure.
--Voulez-vous, madame, vous remettre en place?
--Très-volontiers: suis-je bien ainsi?
--Vous êtes charmante de toutes les manières, madame; mais, si vous préférez maintenant cette pose, il va falloir que j’efface tout pour recommencer.--La tête un peu à droite,--baissez les yeux un peu plus.
--Est-ce que je n’avais pas les yeux au ciel?
--Non, madame.
--C’est singulier! c’est que c’est un mouvement qui m’est très-familier.
--Il est alors facile de changer le mouvement des yeux.
Entre un monsieur; ce monsieur est un courtier marron que madame décore du titre d’agent de change.
--Tenez, monsieur T***, mon mari veut que je me fasse peindre encore une fois.
--On ne saurait trop reproduire un aussi charmant visage.
--Voyons, T***, vous savez que j’ai horreur des compliments. Trouvez-vous que je sois ressemblante?
--Certainement, la peinture de monsieur est fort bien; je dirai plus... elle est... fort bien; mais vous êtes plus jolie que cela.
Le peintre se retourne avec l’intention de faire observer au connaisseur que le portrait n’est qu’ébauché; mais il s’arrête, et sa pensée se dessine sur ses lèvres en un sourire ironique. Le connaisseur continue:
--Il y a, ou plutôt il n’y a pas... un je ne sais quoi; enfin, monsieur, je voudrais voir ici, dans les yeux, plus de... vous comprenez, et aussi quelque chose dans le front.
--Et, dit la femme, ne trouvez-vous pas aussi que le cou est un peu noir?
--J’ai eu l’honneur, dit le peintre un peu impatienté, de dire à madame que, si je ne marque pas d’ombres, elle aura la figure plate comme une silhouette; avec plus d’attention, madame apercevrait ces ombres sur la nature.
--Ah! pour cela, dit le connaisseur, monsieur a raison: ce sont les ombres;--on ne peut chicaner les peintres là-dessus; c’est une imperfection, mais ils ne peuvent faire autrement; l’art a ses limites. Les madones de Raphaël ont peut-être un peu moins d’ombres que le portrait que fait monsieur, mais elles en ont cependant.
Le peintre, pour cette fois, se lève et annonce qu’il reviendra le lendemain. Le lendemain, on le fait attendre une heure; plus, on ne veut plus mettre de diamants, et la coiffure a été changée.
Toujours préoccupée des ombres de son cou, la dame a clandestinement enlevé et jeté ce que le peintre avait mis de bleu sur la palette.
[GU] Au moment où on s’occupe de la refonte des monnaies, M. Anténor Joly a adressé au gouvernement un mémoire dans lequel il propose un système qui a reçu l’approbation d’une grande partie des journaux.--D’après ce système,--on échapperait à la monotonie de voir sans cesse sur les gros sous la même figure de roi d’un côté, et de l’autre l’invariable couronne de chêne.
On se rappelle ce paysan qui exilait Aristide seulement parce que cela l’ennuyait de l’entendre appeler le _Juste_. Qui sait si les révolutions n’ont pas pour principe l’ennui de voir toujours la même figure sur les pièces de monnaie?
Selon le nouveau système, nos sous seraient frappés aux diverses effigies des grands hommes:--d’un côté le visage,--de l’autre les vertus et belles actions.--De même qu’on dit un _louis_,--un _napoléon_,--un _philippe_,--on dirait un _martin_,--un _chambolle_,--un _lerminier_.--J’aurais bien quelques objections à faire à cette innovation:
1º Nous avons beaucoup de grands hommes fort laids;--l’aspect trop fréquent de leur figure pourrait diminuer sensiblement le respect que méritent leurs actes.
2º Ce serait donner au pouvoir un nouveau et terrible moyen de corruption;--tant de gens échangent volontiers l’honneur contre les honneurs;--que ne fera-t-on pas pour devenir gros sou! Quelle gloire d’être gros sous, et devant quelle infamie reculera-t-on si elle aide à y parvenir?
3º Ne serait-ce pas donner à la fois un nouvel aliment et un nouveau prétexte à l’amour de l’argent?
4º N’a-t-on pas à craindre un fâcheux agiotage,--une dépréciation de certains gros sous et un enchérissement de quelques autres;--tandis qu’un système monétaire bien établi doit être fondé sur un rapport quelconque entre le signe et la valeur représentée?--Ne verra-t-on pas,--et cela--à l’arbitraire des goûts, des sympathies et des caprices,--donner trois _ledru_ pour un _jars_,--et _vice versa_?
Néanmoins,--et malgré ces objections et plusieurs autres encore qu’il serait facile de faire,--nous donnons un spécimen de quelques-unes des nouvelles monnaies qui proviendraient de l’application de ce système.--Je prends une pièce au hasard;--pour savoir de quel côté je la présenterai à mes lecteurs,--je la jette en l’air:
--Pile ou face?
La pièce tombe pile:--c’est le côté des vertus et des belles actions.
M. LERMINIER.
1830 Démocrate assez farouche. 1840 Dévoué à la dynastie, nommé professeur. 1841 On lui jette des pommes cuites. 1842 _Idem_ crues. Dieu protége la France.
M. GANNERON.
1820 Épicier. Apporte à la chandelle de notables perfectionnements. 1832 Député, colonel de la deuxième légion. 1840 Écrit: «Plusieurs compagnies ont ouverTES des souscriptions.» 1841 Danse avec les filles du roi. 1842 Est mécontent.
Dieu protége la France.
M. JARS.
Est envoyé à la Chambre pour le maintien des droits et des libertés de la France.
--Monte à la tribune et dit des douceurs à mademoiselle Rachel.
--Le _Moniteur_ est chargé de porter le poulet.
Dieu protége la France.
M. DOSNE.
1825 Reçoit gratuitement une charge d’agent de change de la duchesse d’Angoulême.
1840 Parie à la Bourse contre la politique de son gendre.--S’en retourne à Lille.
Dieu protége la France.
M. L’HERBETTE.
1839 Se coupe les cheveux en brosse.
1840 Demande à la Chambre des députés que les femmes de lettres puissent écrire malgré leurs maris.
Dieu protége la France.
M. INGRES.
1828 Supprime le rouge.
1832 Nettoie sa palette du jaune.
1841 Ne sait pas où Dieu avait la tête quand il a mis tant de vert dans la nature.
Dieu protége la France.
M. BOILAY.
1839 Est inventé par M. Thiers. 1841 Passe à M. Guizot. 1842 Est mis à Charenton.
Dieu protége la France.
M. DUVERGIER DE HAURANNE.
1828 Fait des vaudevilles.
1829 La fameuse chanson de la redingote; après la révolution de Juillet, se donne à M. Guizot.
1840 Passe à M. Thiers.
Dieu protége la France.
M. DE RAMBUTEAU.
1837 Prononce le fameux discours: «Les habitants de Paris sont mes enfants.--C’est les pauvres qu’est les aînés.»
1838 Reprononce le fameux discours.
1839 Prononce le discours où il appelle _donataire_ celui qui donne.
1840-41-42 Fait paver la rue Vivienne perpétuellement.
Dieu protége la France.
M. CHAMBOLLE.
1840 S’en va-t-en guerre.--Le 25 août 1840,--imprime que M. de Lamartine est un niais.
Dieu protége la France.
M. ÉTIENNE.
Fait des vaudevilles et des chansons bachiques; est reçu membre du Caveau et de plusieurs sociétés buvantes et chantantes.
Est nommé pair de France.
Trouve mauvais qu’un poëte (M. de Lamartine) se mêle de politique.
Écrit: «C’est avec une plume trempée dans notre cœur.»
Dieu protége la France.
M. COUSIN.
1815 Baise la botte de l’empereur de Russie.
Dit à M. Molé, à la Chambre des pairs: «Je vous donne un démenti.»
1840 Cire les souliers de M. Thiers.
Se lave les mains.
Laisse tomber la littérature en quenouille.
1841 Refuse un titre _vain_.
Dieu protége la France.
M. DUPIN L’AINÉ.
1830 A très-peur.
1835 Insulte M. Clauzel.--M. Clauzel demande raison.--Me Dupin s’excuse.--Fait trois discours contre le duel.
Est très-audacieux.--Son audace n’effraye que lui.--Il va le soir en demander pardon au château.
Dieu protége la France.
M. ENFANTIN.
1827 Invente un nouveau bleu pour le billard.
1828 Rend un point au garçon de billard du Grand-Balcon.
1830 Se déclare dieu.
1840 Découvre un nouveau crapaud.
Dieu protége la France.
M. ENOUF.
1826 Elève des veaux à Carentan.
1838 Fait à la Chambre une proposition hardie qui n’est pas appuyée;--à savoir: de ne parler pas plus de quatre à la fois.
Dieu protége la France.
M. VIVIEN.
1828 Ecrit le _Code des théâtres_ et le _Mercure des salons_,--journal des modes.
--Est ministre après la révolution de Juillet.
Dieu protége la France.
M. AUGUIS.
1832 Fait mettre une paire de manches à son habit vert.
1833 Fait retourner ledit habit.
1835 Le donne à son portier.
1837 Le reprend à son portier pour ses étrennes.
1840 Y fait mettre des pans neufs.
1841 Y fait mettre des boutons.
Dieu protége la France.
M. ROSSI.
En 17»» naît Autrichien.
En 1808 devient Français.
En 1812--Italien.
1814--Napolitain.
1820--Genevois.
1830--Refrançais.
Dieu protége la France.
M. ARAGO.
18»» Annonce que des étoiles fileront, les étoiles ne filent pas.
1840 Dîne beaucoup à Perpignan.
Dieu protége la France.
DROIT DE PÉTITION.
1828 Les garçons de bureau vendent les pétitions à la livre.
1842 Les garçons de bureau vendent les pétitions au kilogramme.
Dieu protége la France.
M. L’HÉRAULT.
Est envoyé à la Chambre pour le maintien des droits et des libertés de la France.
Il porte une redingote gris-crapaud.
Dieu protége la France.
JOURNAL DES DÉBATS.
Epouse successivement et non _sans dot_ les intérêts de tous les gouvernements, prouve qu’il n’a jamais varié dans ses opinions et qu’il a été de tout temps pour le gouvernement _actuel_.
Conseille aux _pauvres_ de mettre à la _Caisse d’épargne_.
Dieu protége la France.
M. DE BALZAC.
Se livre à diverses incarnations comme Vichnou.
--Imprimeur.
--Viellerglé.
--Horace de Saint-Aubin.
--Balzac.
--De Balzac.
--Le plus fécond de nos romanciers.
--Cultive des ananas.
--Défend Peytel, qui lui pardonne en mourant.
--Tombe du théâtre, et se remet à faire de beaux romans.
Dieu protége la France.
M. TASCHEREAU.
1839 Dit: «Oh! oh!»
1840 «Allons donc!»
1841 «La clôture!»
1842 «L’appel nominal!!!»
Dieu protége la France.
M. TROGNON.
Est nommé professeur du duc de Joinville.
1833 Son élève le force de s’habiller en Turc.
1840 Le fait mettre à terre à l’île de Wight, parce que sa figure attristait un bal que le prince donnait sur son vaisseau.
Dieu protége la France.
M. D’HAUBERSAERT.
1830 Il avait le nez couleur cerise.
1833 cramoisi.
1835 ponceau.
1840 écarlate.
1842 Beaucoup plus rouge qu’en 1840.
Dieu protége la France.
M. BAZIN DE ROCOU.
Manifeste l’intention d’écrire plusieurs ouvrages.
Est nommé par le roi chevalier de la Légion d’honneur.
Dieu protége la France.
M. LEDRU-ROLLIN.
--Achète un privilége trois cent trente mille francs.
--Fait un discours contre les priviléges.
1840 Se présente comme candidat dynastique.
1842 Se présente comme candidat républicain.
Dieu protége la France.
M. AMILHAU.
1820 Conspire.
1840 Juge les conspirateurs.
Dieu protége la France.
M. CHAPUYS DE MONTLAVILLE.
1840 Ne salue pas la reine.
1841 Fait son grand discours contre les épingles de la duchesse d’Orléans.
--Demande une réduction de huit cent mille francs sur un article de cent quarante mille.
1842 Découvre qu’un greffier de justice de paix grève le Trésor de cinquante francs par an.
Dieu protége la France.
S. M. LOUIS-PHILIPPE.
1842, 20 février. Vend les premiers haricots verts de l’année.
Dieu protége la France.
M. COULMAN.
--Se présente aux Tuileries fort mal vêtu.
Demande si on le prend pour un marquis.
Dieu protége la France.
LE PETIT MARTIN.
Origine de sa _grandeur_.--Il a un pouce de moins que M. Thiers.
Il fait les commissions.
Il entre au conseil d’Etat.
Dieu protége la France.
LE DANDYSME.
Enrichit la langue française des mots: «deat heat,--stagss hund,--joal stalkes,--comfort,--stud book,--new betting room stakes,--two years old stakes,--sport,--sportmen,--sportwomen, --gentlemen riders,--turf,--sport,--steeple chase, etc.»
--En 1839 invente les gilets trop courts.
Dieu protége la France.
MADAME DAURIAT.
A neuf ans commence à fumer des cigares.
A quarante ans se déclare contre un gouvernement sous lequel on n’est plus jeune.
Prêche publiquement la liberté de la femme.
Demande à être _députée_.
Laisse croître _sa barbe_.
Dieu protége la France.
M. LEBŒUF.
Fait la _banque_ à Fontainebleau.--Donne sa voix en échange d’une invitation aux bals de la cour pour madame Lebœuf.
Dieu protége la France.
LES TAILLEURS.
1831 Demandent des droits politiques.
1838 Se prononcent pour le _sans-culottisme_ avec une touchante abnégation.
1840 Veulent fumer en travaillant.
Dieu protége la France.
M. GANNAL.
Veut _empailler les cendres_ de l’empereur.
--Écrit clandestinement sur les pierres tumulaires à la suite des vertus des défunts: «Empaillé par M. Gannal.»
--Un de ses élèves empaille les côtelettes et les petits pois--qui seront mangés par nos descendants.--Nous pouvons aujourd’hui faire à dîner pour nos arrière-neveux.
Dieu protége la France.
LE COURRIER FRANÇAIS.
1840 Veut qu’on chasse à coups de pieds le roi de Sardaigne.
1842 Pense que le roi de Sardaigne est un grand prince,--puisqu’il a su apprécier mademoiselle Fitz-James.
Dieu protége la France.
LA SCIENCE.
On s’obstine à _nourrir_ de gélatine les malades des hôpitaux qui s’obstinent à en mourir de faim.
On découvre un nouveau cerfeuil vénéneux.
On attaque la pyrale, insecte qui nuit à la vigne, au moyen d’une composition qui détruit les ceps--et brûle les mains qui l’emploient.
Le gaz éclate.
Les chemins de fer causent d’horribles catastrophes.
On propose d’employer la vapeur et les rails à marcher plus lentement qu’un fiacre sur le pavé.
Dieu protége la France.
JUSTICE.
Une douzaine d’empoisonneurs, d’assassins, de parricides, éprouvent chaque année l’indulgence du jury.
Ces encouragements réussissent autant qu’on devait s’y attendre.
Dieu protége la France.
M. FLOURENS.
Élève des canards.
Est élu membre de l’Académie française.
Dieu protége la France.
On voit que, malgré quelques inconvénients, ce système monétaire n’est pas sans agréments.--Je joins ma voix à celle de la plupart des journaux pour conseiller au ministère d’en user; on dit que cela coûtera cher et que chaque pièce de deux sous reviendra à cinq cents francs.--Mais cela fera une galerie curieuse, et il faudrait, pour s’en priver, n’avoir pas une centaine de millions dans la poche des autres.
[GU] Le _Journal des Débats_ avait à rendre compte d’un ouvrage où il est question de quelques dieux qui se sont révélés à la France dans ces dernières années,--entre autres de Fourier et du père Enfantin,--le _Journal des Débats_ s’est trouvé un peu embarrassé;--il a attaché à sa rédaction trois ou quatre saint-simoniens;--qu’est-il arrivé de là?--Fourier, qui n’aurait eu que six colonnes tout au plus d’amertumes et de sarcasmes sur les douze colonnes du feuilleton, a empoché en outre la part de facéties et de reproches à laquelle avait droit le saint-simonisme, dont l’article ne dit pas un mot.
[GU] Dans plusieurs départements, le ciel s’est fait d’airain, les nuages ne laissent pas échapper une goutte d’eau;--quelques personnes,--frappées du bouleversement qui a eu lieu depuis quelques années dans l’ordre des saisons,--veulent s’en prendre à M. Arago.
Voici leurs raisons:
Il y a des artisans qui mettent sur leur enseigne: _fait tout ce qui concerne son état_.
Il serait à désirer que ce principe,--et la négation qui en est le corollaire obligé, reçût son application dans toutes les positions sociales.--On verrait beaucoup mieux aller l’_état_ particulier dont chacun s’occuperait, et ainsi l’état en général, dont chacun ne s’occuperait pas.
Malheureusement beaucoup de gens semblent avoir adopté aujourd’hui une enseigne contraire:
FAIT TOUT CE QUI CONCERNE L’ÉTAT DES AUTRES.
On en voit surtout de fréquents exemples à la Chambre des députés.
Entre autres, M. Arago.--M. Arago est un savant célèbre; pendant longtemps, on s’est habitué à n’avoir chaud ou froid en France que sur l’avis de M. Arago. Les journaux considéraient M. Arago comme un capucin hygromètre; on disait: M. Arago a ôté ou a remis son capuchon,--c’est-à-dire il fait beau ou il pleut.
En ce temps-là, les affaires du ciel allaient on ne peut mieux.--La nuit succédait au jour régulièrement et le jour à la nuit,--et l’on savait gré à M. Arago;--l’année avait ses cinquante-deux dimanches, et l’on disait: «Cet excellent M. Arago!»
Pour les affaires de la terre, elles allaient comme elles ont toujours été et comme elles iront toujours:--fort mal pour le plus grand nombre,--au bénéfice de quelques-uns.
Mais voici qu’un jour M. Arago se laissa choir dans le puits des affaires politiques,--qu’il se fit député et _grand citoyen_.
De ce jour, les affaires de la terre se mirent à aller absolument comme elles allaient auparavant;--pour les affaires du ciel, ce fut autre chose: l’anarchie se mit dans les astres;--la voix même de M. Arago ne fut plus écoutée:--M. Arago avait dit: «Les étoiles fileront.»