Part 24
[GU] Je dénonce à l’admiration des contemporains une nouvelle femme de lettres, mademoiselle Godin. Cette muse annonce à la fois une épître en vers et du chocolat.--On trouve les deux objets à la même adresse.--L’épître se vend à la livre, et le chocolat au cent.--Peut-être, cependant, est-ce le chocolat qui se vend à la livre.--Du reste, voici l’annonce telle qu’elle est faite:
«Demoiselle GODIN, rue..... CORRESPONDANCE AMOUREUSE, en vers, d’un Pêcheur picard avec une cuisinière de la rue Saint-Honoré; 25 c. Par la poste, 30 c.; le cent 15 fr.--CHOCOLAT fin, 1 fr.; surfin, 2 fr. 40 c.; Caraque, 3 fr.; praliné, le plus exquis des bonbons, 4 fr.»
[GU] Une académie propose un prix pour la destruction de la pyrale, insecte qui attaque la vigne, au vigneron qui aura découvert le meilleur moyen.
Or, quel est ce prix? Un ouvrage du savant M. Audoin sur la pyrale.
Si l’ouvrage est bon, pourquoi mettre au concours des moyens préférables à ceux qu’il indique?
Si l’on a besoin d’autres moyens, si ceux donnés par M. Audoin sont insuffisants--que sera-ce pour le vigneron qu’un prix consistant en un ouvrage inférieur à celui qu’on demande de lui sur le même sujet?
Est-ce que par hasard cela ne serait pas absurde?
[GU] Voici un exemple frappant des excès auxquels peut se porter un homme qui a de l’huile à vendre.--La plupart des journaux ont reproduit (un franc la ligne) l’annonce que voici.
L’homme qui a de l’huile à vendre commence par des conseils sévères et d’amers reproches au gouvernement de son pays. Il met son huile dans l’opposition; je copie textuellement:
«La tolérance du gouvernement, qui après avoir reconnu que la religion catholique était celle de la majorité des Français, et qui néanmoins par son indifférence et surtout par son exemple, en faisant travailler aux édifices publics les dimanches et les fêtes solennelles de l’année, est cause que cette interdiction est sur ce point généralement transgressée; cette infraction au troisième commandement de Dieu, loin d’ébranler nos croyances, les raffermit plus que jamais. Comme il ne suffit pas de rendre à César ce qui appartient à César, et qu’il faut aussi rendre à Dieu ce qui est à Dieu, nous sommes fier de résister à un entraînement qui n’est imité par aucun autre gouvernement, attendu qu’ils savent tous très-bien que, quand Dieu n’a plus d’empire sur les hommes, les gouvernements n’ont plus d’action sur les esprits.
«Pour nous, ajoute l’homme qui a de l’huile à vendre, conséquent avec nos croyances, fidèle à la ligne que nos pères nous ont tracée, nous nous interdisons toute œuvre servile le dimanche.
«Nous sommes resté stationnaire malgré l’entraînement des siècles.»
L’homme qui a de l’huile à vendre se jette dans d’amers regrets du passé. «Les usages du bon vieux temps, dit-il, étaient en harmonie avec les usages de nos pères, qui, plus sages que nous, apportaient dans leurs relations, intimes ou commerciales, une franchise et une urbanité, qui malheureusement se sont éloignées de nos mœurs.--Mais le goût ancien reprend dans les objets matériels, dans les ameublements, les constructions et les édifices publics.»
L’homme qui a de l’huile à vendre--entrevoit de flatteuses espérances pour l’avenir de sa patrie. «Les nobles et antiques usages du bon vieux temps renaîtront aussi dans la morale publique;--et déjà ne voyez-vous pas un retour aux mœurs de nos pères dans la direction d’un établissement où, tout en s’abstenant scrupuleusement de travailler le dimanche,--la vieille loyauté, les croyances religieuses et les principes de son fondateur forment une puissante garantie, et lui font un commandement de ne livrer aux consommateurs en huile à manger que celles provenant uniquement de l’olivier!»
Voilà l’huile annoncée!--Cela se fait un peu plus attendre que le chapon de Petit-Jean;--mais nous n’y perdons pas;--certes, il est un des héros de comédie auquel Molière n’aurait pas prêté un meilleur langage, si Tartufe avait eu de l’huile à vendre.
[GU] Je suis sûr que M. Aymès se consolera de cette remarque innocente, en songeant que les _Guêpes_ lui font en même temps une annonce,--et une annonce qui ne lui coûte rien.
1er mai.
[GU] Comme il fait beau dans la campagne!--Les pommiers sont couverts de leurs fleurs blanches et roses;--les fauvettes chantent dans les feuilles,--les insectes bourdonnent dans les fleurs.--Comment dire tout ce qui s’épanouit,--tout ce qui chante dans le cœur?--Le soir, les yeux quittent la terre et les fleurs,--et contemplent le ciel et les étoiles;--mais les campagnes sont désertes;--il y a fête à la ville; c’est la fête du roi;--et le peuple se soucie bien des étoiles et des parfums du soir quand il peut voir des lampions et respirer l’odeur du suif.
FIN DU TROISIÉME VOLUME.
TABLE DES MATIERES
1841
JUILLET.--A Victor Hugo.--Le rossignol et les oies.--1.--40.--450.--33,000,000.--M. Conte.--Les lettres et la poste.--Les harpies.--M. Martin (du Nord).--Nouvelles de la prétendue gaieté française.--La queue de la poêle.--Un trait d’esprit du préfet de police.--Les chiens enragés.--Les journaux.--Renseignement utile aux gens d’Avignon.--Où est le tableau de M. Gudin.--M. Quenson dénoncé.--A monseigneur l’archevêque de Paris.--Mots nouveaux.--Victoria à Rachel.--Les esclaves et les domestiques.--L’Opéra.--Le Cirque-Olympique.--Le duc d’Orléans.--Le maréchal Soult.--Nouvelles frontières de la France.--Les vivants et les morts.--M. de Lamartine.--La postérité.--M. Hello accusé de meurtre.--La Fête-Dieu.--Giselle.--M. Ancelot.--M. de Pongerville.--Les vautours.--M. Villemain.--Une voix.--M. Garnier-Pagès.--Un oncle.--Le charbon de terre et les propriétaires de forêts.....1
AOUT.--Les anniversaires.--Paris et Toulouse.--Les trois journées de Toulouse.--M. Floret.--M. Plougoulm.--M. Mahul.--M. de Saint-Michel.--Ce qu’en pensent Pascal, Rabelais et M. Royer-Collard.--Un quatrain.--Le peuple et l’armée.--Les Anglais.--Un pensionnat à la mode.--Les maîtres d’agrément.--A monseigneur l’archevêque de Paris.--Un projet de révolution.--Un baptême.--Une lettre de M. Dugabé.--Le berceau du gouvernement représentatif.--En faveur d’un ancien usage, excepté M. Gannal.--Parlons un peu de M. Ingres.--Un chat et quatre cents souris.--Le roi et les archevêques redevenus cousins.--A M. le vicomte de Cormenin.--M. Thiers en Hollande.--Contre l’eau.--MM. Mareschal et Souchon.--Les savants et le temps qu’il fait.--Les citoyens les plus honorables de Lévignac, selon M. Chambolle.--Triste sort d’un prix de vertu.--De l’héroïsme.--La science et la philanthropie.--Les médailles des peintres.--Les ordonnances de M. Humann.--De l’homicide légal.--AM RAUCHEN _sur le bonheur_.....31
SEPTEMBRE.--Diverses réponses.--L’auteur rassure plusieurs personnes.--M. Molé.--M. Guizot.--M. Doublet de Bois-Thibault.--La vérité sur plusieurs choses.--Les protestations.--Les adresses.--Les troubles.--Ce que c’est qu’une foule et une masse.--Le peuple des théâtres et le peuple des journaux.--L’évêque d’Évreux et l’archevêque de Paris.--Dénonciation contre les savants.--M. Montain.--En quoi M. Duchâtel ressemble à Chilpéric.--Le suffrage universel.--Naïveté.--La pudeur d’eau douce et la pudeur d’eau salée.--Les fêtes de Juillet.--Apparition de plusieurs phénomènes.--Toujours la même chose.--Les banquets.--M Duteil et M. Champollion.--Voyage du duc d’Aumale.--Est-ce une pipe ou un cigare?--Histoire d’un député.--Sur quelques noms.--Les bureaux de tabac.--A M. Villemain.--A M. Rossi.--En faveur de M. Ledru-Rollin.--Les Parias.--Madame O’Donnell.....61
OCTOBRE.--A M. Augustin, du café Lyonnais.--BILAN _de la royauté_.-- M. Partarrieu-Lafosse.--La charte constitutionnelle.--L’article 12 et l’article 13.--Moyen nouveau de dégoûter les princes de la flatterie.--BILAN _de la bourgeoisie_.--M. Ganneron.--M***.--L’orgie et la mascarade.--Madame J. de Rots...--La chatte métamorphosée en femme.--BILAN _de la pairie_.--BILAN _de la députation_.--Une tombola.--Ce que demandent soixante-dix-sept députés.--Ce qu’obtiennent quarante-deux députés.--M. Ganneron.--BILAN _des ministères_.--M. Molé.--M. Buloz.--M. Duvergier de Hauranne.--M. Thiers.--M. Guizot.--Angelo, tyran de Padoue.--Un œuf à la coque.--M. Passy.--M. Dufaure.--M. Martin (du Nord).--BILAN _de l’administration_.--Les synonymes.--Bilan de la justice.--BILAN _de la littérature_.--Les Louis XVII.--La parade.--Louis XIV et les propriétaires de journaux.--M. _Dumas_ et M. _de Balzac_.--BILAN _de la police_.--Facéties des enfants de Paris.--Trois minutes de pouvoir.--BILAN _de l’Église_.--_Les bons curés._--M. Ollivier.--M. Châtel.--M. Auzou.--BILAN _de l’armée_.--BILAN _du peuple_.--_Frédéric le Grand._--Le _pays_.--BILAN _de la presse_.--Dieu ou champignon.--La sainte ampoule et les écrouelles.--BILAN _de l’auteur_.....94
NOVEMBRE.--Les papiers brûlés.--Service rendu à la postérité.--Une phrase du _Courrier français_.--PREMIÈRE OBSERVATION.--De la rente.--DEUXIÈME OBSERVATION.--L’infanterie et la cavalerie.--TROISIÈME OBSERVATION.--Les _que_.--QUATRIÈME OBSERVATION.--Une épitaphe.--CINQUIÈME OBSERVATION.--Réponse à plusieurs lettres.--M. de Cassagnac et le mal de mer.--De la solitude.--M. Lautour-Mézeray.--Abdalonyme.--M. Eugène Sue.--M. Véry.--Louis XIII.--M. Thiers et M. Boilay.--Deux mots de M. Thiers.--Un rédacteur entre deux journaux.--Encore le roi et ses maraîchers.--M. Cuvillier-Fleury.--M. Trognon.--M. de Latour.--Charlemagne.--La Salpêtrière.--La police et les cochers.--Les cigares de Manille.--Sagacité d’un carré de papier.--SIXIÈME OBSERVATION.--SEPTIÈME OBSERVATION.--HUITIÈME OBSERVATION.--Sur l’égalité.--Un blanc domestique d’un noir.--Caisse d’Épargne.--Les mendiants.--Aperçu du _Journal des Débats_.--_Arbor sancta_, nouveau chou colossal.--NEUVIÈME OBSERVATION.--Jules Janin, poëte latin.--Une caisse.--Éducation des enfants.--DIXIÈME OBSERVATION.--La vérité sur Anacréon et sur ses sectateurs.--Une élection.--ONZIÈME OBSERVATION.--DOUZIÈME OBSERVATION.--Post-scriptum......123
DÉCEMBRE.--Les tombeaux de l’empereur.--M. Marochetti.--M. Visconti.--M. Duret.--M. Lemaire.--M. Pradier.--Un nouveau métier.--L’arbre de la rue Laffitte.--Les annonces.--Les réclames.--Un rhume de cerveau.--Un menu du _Constitutionnel_.--D’un acte de bienfaisance qui aurait pu être fait.--Les départements vertueux et les départements corrompus.--M. Ledru-Rollin.--Un nouveau noble.--M. Ingres et M. le duc d’Orléans.--Les prévenus.--L’opinion publique.--Suite des commentaires sur l’œuvre du _Courrier français_.--M. Esquiros.--Le secret de la paresse......163
1842
JANVIER.--Règlement de comptes.--Un pèlerinage.--M. Aimé Martin--M. Lebœuf et _une_ trompette.--Un colonel et un triangle.--Jugement d’un jugement.--Le colin-maillard.--Les cantonniers des Tuileries à la place Louis XVI.--Les nouveaux pairs.--M. de Balzac et une petite chose.--La quatrième page des journaux et les brevets du roi.--M. Cherubini.--Le général Bugeaud.--A quoi ressemble la guerre d’Afrique.--Une bonne intention du duc d’Orléans.--La Chambre des députés.--Consolations à une veuve.--Un joli métier.--Aménités d’un carré de papier.--Une besogne sérieuse.--Correspondance.--Un secret d’influence.--Les écoles gratuites de dessin......188
FÉVRIER.--Les fleurs de M. de Balzac.--Mémoires de deux jeunes mariées.--Les ananas.--La balançoire des tours Notre-Dame.--A monseigneur l’archevêque de Paris.--Un mot de M. Villemain.--Un conseil à M. Thiers, relativement à l’habit noir de l’ancien ministre.--Une annonce.--Un député justifié.--Sur quelques Nisards.--M. Michelet et Jeanne d’Arc.--M. Victor Hugo archevêque.--M. Boilay à Charenton.--Une lettre de M. Jean-Pierre Lutandu.--Une nouvelle invention.--Seulement...--Une croix d’honneur et une rose jaune.--Les _Glanes_ de mademoiselle Bertin.--MM. Ancelot, Pasquier, Ballanche, de Vigny, Sainte-Beuve, A. Dumas, Vatout, Patin, de Balzac, l’évêque de Maroc.--Question d’Orient.--Le roi de Bohême.--M. Nodier.--M. Jaubert.--M. Liadières.--M. Joly.--M. Duvergier de Hauranne _Grand-Orient_.--Le général Hugo.--Naïveté de deux ministres.--M. Aimé Martin et la Rochefoucauld.--Pensées et maximes de M. Aimé Martin.--Éloge de M. Aimé Martin.--Au revoir.....209
MARS.--Les bals de l’Opéra.--Une rupture.--M. Thiers et les _Guêpes_.--Le bal du duc d’Orléans.--Plusieurs adultères.--Grosse scélérate.--Une gamine.--Sur quelques Nisards (suite).--Les capacités.--M. Ducos.--M. Pelletier-Dulas.--A. M. Guizot.--L’_acarus_ du pouvoir.--Grattez-vous.--M. Ballanche.--M. de Vigny.--M. Vatout.--M. Patin.--Le droit de visite.--M. de Salvandy et M. de Lamartine.--Les chaises du jardin des Tuileries.--Une prompte fuite à Waterloo.--Le capitaine Bonnardin.--M. Gannal au beurre d’anchois.--A M. E. de Girardin.--M. Dumas.--M. Ballanche.--M. Pasquier.--M. Dubignac.....233
AVRIL.--Une pension de mille écus et M. Hébert.--Longchamps.--M. de Vigny.--M. Patin.--M. Royer-Collard.--Remède contre le froid aux pieds.--M. C. Bonjour, le roi Louis-Philippe, M. Rudder et M. Cayeux.--EXPOSITION DU LOUVRE: M. Hébert à propos du portrait de la reine.--Louis XVIII et un suisse d’église.--M. Vickemberg et M. Biard.--M. Meissonnier et M. Béranger.--M. Gudin.--Le lion de M. Fragonard.--M. Affre.--Monseigneur de Chartres.--M. Olivier et une dinde truffée.--La Vierge de Bouchot.--Les ânes peints par eux-mêmes.--Question des sucres.--Un tailleur à _façon_.--_Lorenzino_ de M. Al. Dumas.--Un vendeur de beau temps.--M. Listz.--Le cancan, la béquillade, la chaloupe, dansés par M. de B., au dernier bal de madame la duchesse de M...--M. Dubignac sur Napoléon, les femmes et l’amour, etc., etc.--Succès pour le commerce français, obtenu sur la plaidoirie de Me Ledru-Rollin.....259
MAI.--Le roi Louis-Philippe et le jardinier de Monceaux.--Un concurrent à M. Emile Marco de Saint-Hilaire.--Propos légers d’une _Dame_.--M. de Lamartine au château.--M. Aimé Martin et la reine d’Espagne.--Le sucre.--Les rues de Paris.--Les morts d’avril.--M. Boursault.--Le duc de Joinville.--Un costume complet.--M. Lacave-Laplagne et M. Royer-Collard.--Un bon livre.--Dialogue de M. d’Arlincourt.--Un vicaire général et un curé.--M. Surgis.--Éloge d’un tailleur.--M. Nodier et M. Flourens.--Les eaux.--M. Perlet.--M. Romieu et le _Cid_.--Un triomphe de M. de Balzac.--M. Roger de Beauvoir au contrôle des Folies-Dramatiques.--Un bruit sur M. Hugo.--De M. Delecluse.--Comme quoi il est brouillé avec la nature.--Un souvenir historique.--Opinion d’un journaliste de 1780 sur les fortifications de Paris.--Encore le droit de visite.--Une nouvelle muse.--Bévue d’une Académie.--Un homme qui a de l’huile à vendre.--Le 1er mai......286
FIN DE LA TABLE DU TROISIÈME VOLUME.
Paris.--Imprimerie de A. WITTERSHEIM, rue Montmorency, 8.
LES
GUÊPES
ŒUVRES
D’ALPHONSE KARR
Format grand in-18.
LES FEMMES 1 vol. AGATHE ET CÉCILE 1 -- PROMENADES HORS DE MON JARDIN 1 -- SOUS LES TILLEULS 1 -- LES FLEURS 1 -- SOUS LES ORANGERS 1 -- VOYAGE AUTOUR DE MON JARDIN 1 -- UNE POIGNÉE DE VÉRITÉS 1 -- LA PÉNÉLOPE NORMANDE 1 -- ENCORE LES FEMMES 1 -- MENUS PROPOS 1 -- LES SOIRÉES DE SAINTE-ADRESSE 1 -- TROIS CENTS PAGES 1 -- LES GUÊPES 6 --
En attendant que le bon sens ait adopté cette loi en un article, «la propriété littéraire est une propriété,» l’auteur, pour le principe, se réserve tous droits de reproduction et de traduction, sous quelque forme que ce soit.
Paris.--Imprimerie de A. WITTERSHEIM, rue Montmorency, 8.
LES
GUÊPES
PAR
ALPHONSE KARR
--QUATRIÈME SÉRIE--
NOUVELLE ÉDITION
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS RUE VIVIENNE, 2 BIS
1859
Reproduction et traduction réservées.
LES GUÊPES
Juin 1842.
Un feuilleton de M. Jars, membre de la Chambre des députés.--Les vieilles phrases et les vieux décors.--Les enseignements du théâtre.--Un nouveau cerfeuil.--Les circonstances atténuantes.--M. Jasmin.--Un peintre de portraits.--La refonte des monnaies.--M. Lerminier.--M. Ganneron.--M. Dosne.--M. l’Herbette.--M. Ingres.--M. Boilay.--M. Duvergier de Hauranne.--M. Étienne.--M. Enfantin.--M. Enouf.--M. Rossi.--Le droit de pétition.--M. l’Hérault.--M. Taschereau.--M. d’Haubersaert.--M. Bazin de Raucou.--Madame Dauriat.--Les tailleurs.--M. Flourens.--Le _Journal des Débats_, Fourier et Saint-Simon.--Pétition de M. Arago.--Le droit de visite.--Un éloge.
[GU] On a trouvé d’assez mauvais goût un feuilleton fait par M. _Jars_ à la Chambre des députés;--ce feuilleton, outre des compliments à mademoiselle Georges--et une déclaration d’amour à mademoiselle Rachel, renferme une particularité assez curieuse.--Selon M. Jars, _les directeurs des théâtres vont chaque matin chez les auteurs_, et leur disent: _Voici de l’or! travaillez pour nous, travaillez vite!_
M. Jars--adresse ensuite quelques reproches et quelques conseils aux auteurs.
Quand on a à porter un nom comme celui de M. Jars, on devrait, ce nous semble,--l’exposer beaucoup moins aux hasards du calembour.
[GU] Il est, selon nous, à la fois odieux et ridicule de voir cette même Chambre, qui traite si légèrement tant d’autres choses,--accorder chaque année une si grotesque importance aux divers tréteaux comiques et tragiques de Paris.
[GU] M. Auguis a demandé une chose presque raisonnable,--à savoir: que la ville de Paris fût chargée de payer les subventions des théâtres qui la divertissent plus ou moins.--N’est-il pas en effet singulier que le pauvre paysan breton ou alsacien--soit obligé de payer sa part de la subvention accordée à l’Opéra, au Théâtre-Français, à l’Opéra-Comique--de Paris!
[GU] Du reste, je signalerai ici une tactique assez habile de la part de la direction de l’Opéra.
Beaucoup de MM. les députés et de MM. les journalistes jouissent d’une entrée gratuite à l’Opéra.
Il y a un article du règlement qui défend d’accorder ces entrées. Or, au moment où la Chambre arrive à ce qu’on appelle _ussion_ de la subvention de l’Opéra,--pour que les députés et les journalistes qui ont promis de l’appuyer n’oublient pas leur engagement, pour que les autres aient au moins le soin de rester neutres et muets,--la direction de l’Opéra--fait mettre dans tous les journaux une note qui rappelle la prohibition de l’article tant du règlement--et invite les personnes ayant _droit_ aux entrées à faire établir ce droit sous bref délai.
Ce qui, pour les privilégiés, veut dire: «Vous voyez que vous n’avez aucun droit à la faveur dont vous jouissez; vous voyez qu’il nous est même défendu de vous l’accorder;--une faveur surtout gratuite ne peut pas se donner pour rien;--ayez donc soin de la mériter et faites votre devoir.»
[GU] Et alors, députés et journalistes sortent d’une des cases de leur cervelle cinq ou six phrases vermoulues consacrées à cette question,--absolument comme on sort de temps en temps du magasin les vieux décors de la _Vestale_ et de _Fernand Cortez_. «L’Opéra est une gloire nationale;--le Théâtre-Français est l’_école des mœurs_;--la comédie est le _miroir des vices: castigat ridendo mores_; c’est l’_utile dulci_ d’Horace; c’est la _morale embellie par les grâces_; c’est un _magasin de hauts enseignements_,» etc., etc.
[GU] Cette fois-ci, je résolus de savoir ce qu’il en était--et de m’assurer par moi-même des heureux effets que produit le théâtre sur la morale publique.
A cet effet, j’allai me mêler aux groupes qui, à la sortie du spectacle, se pressent autour de la statue de Voltaire, sous le péristyle du Théâtre-Français,--pour surprendre les impressions que venaient de recevoir les spectateurs des hauts enseignements qui leur étaient présentés.
ENSEIGNEMENT DU THÉÂTRE.
_Premier groupe._
--Je ne comprends pas que mademoiselle *** mette une robe verte avec des rubans bleus.
--Quel âge peut bien avoir ***?
--Vous croyez....
--J’ai vu ses débuts....
--Il est changé.
_Deuxième groupe._
--_J’aimerais bien_ mademoiselle ***.
--Elle a un amant,
--Est-il riche?
--C’est lui qui a donné les diamants qu’elle portait ce soir.
--Ah! ah!--ils sont fort beaux.
--Ce gaillard-là ne laisse aux autres que la ressource d’être aimés pour rien.
_Troisième groupe._
--Quand je pense que je demeure sur le carré de cet homme-là et qu’il est si tranquille!
--Vous ne l’entendez jamais déclamer?
--Non. Il est toujours à cultiver ses œillets.
_Quatrième groupe._
--Où allez-vous, demain matin?
--J’irai au bois de Boulogne.
--A cheval?
--Non!--en voiture.--Et vous?
--Moi je comptais aller à cheval,--mais si vous voulez me donner une place, prenez-moi en passant,
--Avez-vous encore de ces cigares?...
--Oui!--j’en apporterai.
_Cinquième groupe._
--Au nom du ciel, ne m’envoyez plus de bouquets, mon mari s’en inquiète.
--A quelle heure serez-vous...
--Chut!--le voilà.
_Sixième groupe._
--Mais, monsieur, pourquoi me poussez-vous comme cela?
--Monsieur, je vous demande mille pardons.
--Monsieur, il n’y a pas de quoi.
--Ah! mon Dieu! le coquin avait de bonnes raisons pour me pousser, il m’a volé ma montre.
_Septième groupe._
--Certainement, je ne m’en irai pas à pied.
--Mais, ma bonne, il fait un temps superbe,
--C’est égal, je suis fatiguée.
_Huitième groupe._
--Mademoiselle *** est faite comme un ange.
--Elle n’a pas de gorge.
--Il m’a semblé, cependant...
--Je te dis que je sais à quoi m’en tenir.
_Neuvième groupe._
--Croiriez-vous qu’on ne m’a envoyé qu’une stalle d’orchestre!
--C’est comme à moi,
--Je vais joliment éreinter la pièce.
--Et moi donc!
--Avec ça que le cinquième acte est trop long.
--Et puis cela traîne partout.
--Je vais faire mon article tout de suite.
_Dixième groupe._
--Les banquettes sont furieusement dures.
--On peut dire qu’elles sont rembourrées avec des noyaux de pêches.
--Hi! hi! hi!
[GU] Le péristyle se désemplissait peu à peu;--dans le dernier flot de foule qui sortait une femme jeta un cri;--son mari, qui lui donnait le bras,--lui demanda ce qu’elle avait.
--Ce n’est rien, mon ami.
--Tu n’aurais pas crié pour rien.
--C’est quelqu’un qui m’a _poussée_.
Le mari jette autour de lui un regard menaçant.
Un homme qui était derrière eux a déjà disparu.
Je savais à quoi m’en tenir sur les _hauts enseignements_ de cette _école des mœurs_.--J’allumai un cigare et je rentrai chez moi.
[GU] Laquelle est-ce de vous, mes guêpes,--que j’ai chargée de la surveillance de messieurs les savants et de mesdames leurs inventions?
--C’est vous, Grimalkin...--N’avez-vous rien à me dire?
--Si, vraiment, maître;--M. Lissa a envoyé à la Société royale d’horticulture de Paris des graines de cerfeuil bulbeux,--plante qu’il a introduite en France--et dont il _enrichit_ nos jardins.
--C’est donc un fameux cerfeuil, Grimalkin?
--Je le crois bien, maître.--On l’appelle _chacrophyllum bulbosum_.
--Et qu’a dit la Société royale d’horticulture?
--Elle a reçu avec plaisir et reconnaissance...
--Mais enfin quels avantages présente ce cerfeuil?
--Je ne sais pas, maître.
--Vous me direz au moins quelle différence?
--Oh! il y en a une:--le rédacteur des _Annales de la Société_, tout en conseillant de le cultiver, conseille de n’en pas trop manger, parce que plusieurs raisons lui font penser qu’il pourrait bien _être vénéneux_.
«Il faut le semer en automne--ou en février au plus tard.»
--A moins qu’on ne le sème pas du tout, Grimalkin.
[GU] Le jury et les _circonstances atténuantes_ vont toujours leur train.
DÉPARTEMENTS (Isère).--_Pont-de-Beauvoisin._--Une accusation de parricide accompagnée de circonstances horribles était portée aux assises de l’Isère contre Jean Boudrier, de Pont-de-Beauvoisin, accusé d’avoir mis le feu à une grange où dormait son père, vieillard octogénaire et paralytique. A peine si le lendemain, dans les décombres de l’incendie, on a retrouvé quelques ossements humains calcinés.