Les guêpes ­— séries 3 & 4

Part 21

Chapter 213,766 wordsPublic domain

M. Raynaud a représenté une famille se réjouissant de la convalescence d’un homme que je déclare mort depuis six semaines;--voir le visage dudit.

[GU] 614. _Tobie et l’Ange._--Sur le livret, on croirait que c’est une marchande de poisson à laquelle un ange marchande sa denrée.

Au bout de la galerie de pierre, en tournant pour entrer dans la galerie de bois,--je vous recommande une très-drôle de dame jouant du tambour de basque,--et une Cléopâtre de quatorze pieds.

[GU] Puisque M. Olivier, évêque d’Évreux et ancien curé de Saint-Roch, a fait mettre son portrait au Musée,--c’est qu’il n’est pas ennemi de la publicité;--nous pensons lui être agréable en citant un mot de lui. Au commencement de l’hiver qui finit, il avait, je ne sais à quel sujet, fait une gageure avec un de ses vicaires:--l’enjeu était une dinde truffée;--le vicaire perdit, et ne montra aucun empressement pour s’acquitter;--en vain M. Ollivier portait au pari des allusions chaque jour plus directes;--le vicaire paraissait décidé à ne pas comprendre.--M. Ollivier, poussé à bout, résolut de s’expliquer clairement et lui dit:

--Ah ça! monsieur le vicaire,--je voudrais bien vous rappeler adroitement que vous me devez une dinde truffée?

--Je le sais bien, monseigneur, dit le vicaire,--et, si je ne me suis pas acquitté plus tôt, c’est que les truffes sont de mauvaise qualité cette année.

--Allons donc, mon cher vicaire!--s’écria M. Ollivier, n’en croyez donc pas un mot: c’est un bruit que les dindons font courir.

[GU] Je voudrais voir le _Passage d’Honfleur_ de M. Biard.--J’ai lu dans tous les journaux qu’une foule compacte stationnait devant le tableau.--Je n’aurai pas de peine à le reconnaître.--Où est-ce qu’il y a une foule compacte?--Je ne vois pas de foule compacte:--c’était pourtant dans les journaux.

Où peut être le tableau de M. Biard?

En attendant, voici celui de M. Decamps, la _Sortie de l’école turque_;--on m’a dit d’admirer cela;--eh bien! je n’admire pas;--je soupçonne fort les qualités de ce tableau de consister principalement en difficultés plus ou moins vaincues, en adresse, en habileté,--toutes choses qui peuvent intéresser les peintres.--M. Decamps a beau lever les jambes de ses petits bonshommes, il n’en est pas moins vrai qu’ils ne sautent pas,--qu’ils ne courent pas, qu’ils ne jouent pas;--rapprochez de cela cette si spirituelle gravure de vacarme dans l’école que nous avons tant vue sur les boulevards,--rappelez-vous-en la vie et la malice, et vous comprendrez la froideur du tableau de M. Decamps,--pour les qualités probables que j’ai mentionnées plus haut,--je suis tout à fait incapable de les apprécier, et, si elles existent, elles n’en existent pas moins pour cela.

C’est un argument qu’on m’oppose habituellement pour la peinture et pour la musique.--En fait de musique, je n’ai jamais que sonné de la trompe,--et, en dessin, je n’ai jamais fait un nez au profil.--Je réponds que les peintres et les musiciens ne faisant pas de la peinture et de la musique entre eux, et postulant au contraire les suffrages du _public_, on doit attendre d’eux des ouvrages qui aient un charme qu’on puisse éprouver sans être peintre ou musicien.--Si, pour admirer un tableau de M. Decamps, ou la musique de M. Meyer-Beer, il me faut travailler huit ans au Conservatoire et à l’atelier,--je ne vous cache pas que je me priverai d’un plaisir aussi laborieux.--Heureusement que ces messieurs ont assez souvent le bonheur de n’avoir pas besoin que nous soyons aussi savants. Quand un ignorant comme moi leur adresse un éloge, ils n’élèvent pas de réclamation.--Je ne juge que ce qui est à ma portée,--je laisse toutes réserves pour les arcanes de l’art.

Par exemple, je demanderai à M. Decamps comment il y a tant de poussière sur un sol aussi pierreux,--et pourquoi elle est si lourde.--Il faudrait un escadron de cavalerie pour soulever cette poussière de plomb.

Deux grands dessins de M. Decamps, placés en face de la sortie de l’école, ont des parties remarquables et d’un beau style;--mais pourquoi s’avise-t-il de faire ses chevaux d’après des bas-reliefs et non d’après des chevaux?--Les chevaux de profil, bas sur leurs jambes, à encolure roide des bas-reliefs, sont une impuissance;--si le sculpteur savait leur donner de la vie, du mouvement et de la couleur, je suppose qu’il s’en ferait un vrai plaisir. Pourquoi alors ne pas faire les lions d’après les lions du blason?

[GU] M. Chevaudier est auteur d’un tableau qu’il appelle un _Ruisseau dans la campagne de Rome_.--L’eau est bleue, les arbres sont bleus,--l’herbe est bleue,--et l’auteur, voulant mettre un oiseau dans un coin, a cherché un oiseau bleu et a peint un martin-pêcheur un peu plus bleu qu’il ne faut.--Le paysage est animé par une bacchante qui se laisse aller à de singulières exagérations.

[GU] Je ne sais plus de qui est une _Niobé_ vert-pomme qui pleure ses enfants vert-choux.

[GU] Mais où est donc la foule compacte qui m’empêche de voir le tableau de M. Biard? «Voici le tableau,» me dit quelqu’un qui m’accompagnait;--pour la foule, elle se compose d’un monsieur en redingote verte qui se presse devant.

J’attends que ce monsieur se soit écoulé, et je me presse à mon tour devant le _Passage du Havre à Honfleur_; c’est tout simplement une caricature triviale.

[GU] Mais voici une chose véritablement intéressante,--et qui vous laisse longtemps pensif.--Voici un tableau inachevé,--la Vierge et saint Joseph sont endormis et l’enfant-Dieu lève ses yeux au ciel;--la tête de la Vierge, pleine d’une angélique suavité, est seule terminée.--Bouchot est mort sans pouvoir achever son tableau;--on voit encore les lignes faites à la craie de l’esquisse:--ce qui est fait est d’une grande beauté.

Trois autres tableaux offrent le même intérêt et une partie des mêmes qualités.

[GU] Ceci est un tableau de M. Bidault, de l’Institut,--et l’un des membres de ce jury d’admission; ou, si vous voulez, de ce jury de refus--contre lequel on élève un si magnifique concert de malédictions.

Je renvoie encore mes lecteurs pour ce sujet aux volumes qui ont parlé des deux dernières expositions.

Disons seulement que deux tableaux de M. Gudin, qu’il avait oublié de signer, ont été parfaitement refusés.

M. Bidault est, assure-t-on, l’un des plus grands _refuseurs_ du jury;--c’est donc à lui un louable courage d’exposer ainsi son tableau au jugement de ses victimes.

J’aurais voulu voir plus de monde devant un tableau aussi curieux.--Les peintres refusés devraient au moins étudier, dans une contemplation assidue de l’œuvre de M. Bidault, quelles beautés il faut chercher, quels défauts il faut fuir pour mériter l’indulgence du jury. Voici le sujet du tableau 137:--_Vue de Mycènes et d’une partie de la ville d’Argos._

«Le site que le peintre a voulu représenter est celui qui se trouve indiqué dans les premiers vers de l’_Electre_ de Sophocle. Oreste, son gouverneur et Pylade, tous trois partis de la Phocide, arrivent à Mycènes, et le gouverneur indique à Oreste les temples et les principaux monuments qui composent cette ville. Pendant un dialogue entre ces deux héros, Pylade est occupé à cacher dans les broussailles le vase d’airain qui est censé renfermer les cendres d’Oreste.»

Je crois devoir, de l’étude que j’ai faite du tableau en question, pouvoir tirer une poétique à l’usage des jeunes peintres. Homère n’a pas fait ses poëmes d’après les règles d’Aristote,--comme il serait facile de le démontrer.--C’est, au contraire, Aristote qui a fait sa poétique d’après l’_Iliade_ et l’_Odyssée_.--Voici le résumé de mon travail:

Voulez-vous peindre Mycènes?--Beaucoup croiraient travailler d’après nature et suivraient tout pensifs le chemin de Mycènes.--C’est une voie parfaitement fausse.--M. Bidault peint d’après des vers de Sophocle.--Il veut représenter Mycènes,--il place dans son tableau la Madeleine, la Chambre des députés, l’Hôtel-Dieu,--l’église Notre-Dame-de-Lorette et cinq ou six bornes-fontaines.--Si Mycènes n’est pas comme cela, tant pis pour Mycènes,--C’est elle qui a tort.

Pour l’eau,--vous croyez peut-être devoir lui donner de la transparence et de la limpidité?--Autre erreur, ce serait alors comme de l’eau véritable.--Quoi de plus commun que de l’eau?--Si vous faites de l’eau semblable à la vraie eau, j’aime mieux regarder couler l’eau de la Seine que de regarder votre tableau.

Pour les personnages,--il est bon d’attacher quelquefois un bras à l’oreille pour mettre un peu de variété dans les bras attachés à l’épaule, ce qui est du dernier commun. (Voir le gouverneur.)

Il est des parties du corps humain qu’on est convenu de dérober aux yeux,--et que beaucoup de peintres représentent cependant comme tout le reste.--Vous comprenez, dans un personnage, vu de dos, tout ce qu’on évite d’inconvenant en lui faisant partir les jambes du milieu des reins. (Voir le personnage, en char, dans le fond, traînant, avec un cheval de bois, un petit canon de cuivre comme en font les enfants.)

Vous trouverez un nouvel exemple de la variété qu’il est bon de mettre dans les bras dans Pylade, qui cache le vase d’airain;--vous tâchez sans cesse de donner à vos personnages des bras de longueur égale,--eh bien! cela n’est pas vrai; il y a beaucoup de gens qui ont des bras inégaux.

J’ai entendu dire,--par un mauvais plaisant, que le vase d’airain était une casserole de cuivre; par un autre, que Pylade cueille une citrouille sur un olivier; ces critiques n’ont aucun sens,--attendu que le livret dit positivement que c’est un vase _d’airain_ que Pylade cache dans des broussailles;--si c’était une casserole, il ne coûtait pas plus à M. Bidault de mettre au livret que c’était une casserole;--également, si c’était une citrouille, rien ne l’empêchait de mettre une citrouille; il est donc évident que c’est un vase d’airain.

Je désire que ces quelques conseils puissent servir aux jeunes peintres.

[GU] Il y a une impression que d’autres ont dû ressentir comme moi;--en tout cas la voici:

L’autre jour, je vis ouverte la partie de la galerie, séparée par un rideau, qui ne renferme que des tableaux des maîtres anciens;--j’y entrai et je sentis à l’instant même un grand calme dans tous mes sens.

Dans les galeries que je venais de quitter,--c’était à l’œil une confusion presque bruyante; la lumière, divisée violemment entre les tableaux qui se disputaient les rayons, s’éparpillait en tons durs et heurtés;--il semblait qu’elle fût mise au pillage,--et que toutes ces images, comme une peuplade d’Esquimaux, s’arrachassent les lambeaux de lumière, les rouges et les bleus les plus féroces.--C’était un charivari de couleurs,--un tintamarre de tons crus et hostiles.

Mais tout à coup succéda une harmonie calme et paisible; il semblait qu’on passât d’un cabaret en tumulte dans un salon de bonne compagnie.

J’y restai quelque temps pour me reposer, et je pris la fuite.

[GU] Qu’ai-je encore vu?--un turban dans une baignoire, par M. Court,--un paysage vrai, mais un peu commun, de M. Flers;--de bien jolis enfants de madame Boulanger;--un beau tableau par Troyon;--des marines très-estimables de M. Gilbert de Brest;--un gué de M. Loubon, vrai et d’une bonne couleur;--un joli tableau de mademoiselle Colin;--beaucoup d’ânes dont quelques-uns semblent peints par eux-mêmes, comme les _Français_ de M. Curmer;--des bonshommes en fer-blanc par M. Hesse.

[GU] J’ai déjà parlé, il y a un an, de cette question des sucres qui cause aujourd’hui tant de rumeur;--je ne la mentionne aujourd’hui que parce qu’elle me rappelle une caricature faite sous l’Empire, à l’époque où Napoléon voulait absolument du sucre de n’importe quoi.

On voyait le petit roi de Rome--faisant une grimace horrible à une betterave qu’il tenait à la main,--sa nourrice lui disait: «Mange donc, petit, ton papa dit que c’est du sucre.»

[GU] M*** est un homme économe qui se défie des tailleurs--achète son drap lui-même et donne ses habits _à façon_. Dernièrement, il demande son tailleur,--qui prend mesure en tous sens et lui déclare qu’il n’y a pas moyen de lui faire une redingote avec le coupon d’étoffe qu’il a acheté. Il le chasse ignominieusement et en demande un autre.--Celui-ci arrive, prend l’étoffe et promet l’habit pour dans deux jours.

--Apportez la note.

--Volontiers.

Le troisième jour, le tailleur arrive avec l’habit, qui est bien fait et d’une ampleur suffisante.

--Et la note?

--Ah! mon Dieu, je l’ai oubliée;--je l’avais mise sur l’établi avec mes gants, j’ai laissé les gants et la note.

On sonne. Un domestique arrive et dit:

--C’est le fils du tailleur.

Celui-ci se trouble.

--Que veut-il? demande M. M***.

--Il demande son père.

--Faites-le entrer.

Le tailleur s’oppose à ce qu’on fasse entrer son fils:

--Sans doute, c’est la note qu’il m’apporte.

--Eh bien! qu’il entre.

--Le tailleur se trouble de plus en plus,--surtout quand entre le gamin orné d’une veste d’un drap tout à fait pareil à celui de la redingote.

--Que viens-tu faire, brigand?

--C’est maman qui m’a envoyé à cause de la note.

--Donne et sauve-toi.

Mais, pendant ce temps, M. M*** tient l’enfant par la veste et s’assure de l’identité du drap.

--Oh ça! maître,--comment se fait-il que mon autre tailleur n’ait pas pu me faire une redingote--quand, vous, vous m’avez fait une redingote et une veste à votre fils.

--Monsieur,--dit le tailleur, qui a repris tout son sang-froid,--c’est qu’il a probablement un fils plus grand que le mien.

[GU] Voici ce qu’on lit dans un journal:

Au _recto_.

«Le nouveau drame de M. Alexandre Dumas, _Lorenzino_, qui a été représenté hier au Théâtre-Français, est une de ces _compositions romantiques_ qui n’ont aucune chance de durée. C’est une véritable chute, et cependant, M. Alexandre Dumas aurait recueilli tous les traits de génie qui caractérisent la nouvelle école: duel, enterrement, procession de religieuses, confession, absolution, empoisonnement, guet-apens et assassinat.

«On s’étonne à bon droit que les comédiens français, dont le répertoire se compose de tant de chefs-d’œuvre, consentent encore à jouer le _drame romantique_, qui n’est plus maintenant qu’une vieillerie. Les meilleurs acteurs perdent leur talent en jouant ces pièces, dont le style trivial ne peut prêter qu’au ridicule et à l’ennui. Nous reviendrons sur ce drame, si l’on prétend l’IMPOSER encore au public.»

Au _verso_:

«_Lorenzino_, drame nouveau de M. Alexandre Dumas, a produit le PLUS GRAND EFFET avant-hier soir au Théâtre-Français. Ce soir, on donne la deuxième représentation de ce BEL OUVRAGE. Il sera précédé des _Rivaux d’eux-mêmes_.»

[GU] Il existe à Rouen--un homme appelé Lebarbier--qui vend du beau temps;--on a jusqu’ici vendu bien des choses; mais c’est, je crois, la première fois qu’on imagine de vendre du soleil.--Il répand des prospectus--dont je donne un à copier à MM. les imprimeurs.

PIERRE-LOUIS LEBARBIER, FRANÇAIS, DOMINATMOSPHÉRISATEUR, DOMINATURALISATEUR, _Rue aux Ours, nº 32, à Rouen._

Souscription par chaque Boutique à la Foire, Étalagistes, Débitants, Aubergistes, à l’effet d’obtenir du beau temps la veille, le jour de Fête donnée par un Particulier, jour de Noce,

Cette Souscription sera payée d’avance dans les mains dudit sieur LEBARBIER, à son domicile précité, sauf par lui de la rendre, dans le cas contraire.

IL FAUT AU MOINS CINQUANTE SOUSCRIPTEURS. IL Y A UN DIXIÈME POUR LES PAUVRES.

La veille de la Foire » fr. 75 c. Le jour de la Foire 1 » Jours suivants » 50 Jour de marché » 50 Jour de Fête donnée par un Particulier, ou jour de Noce 10 » Entretien ou conférence sur une infinité d’objets d’intérêt particulier ou public, par quart d’heure » 75 Réponse et moyens écrits, la page 5 »

Le même Louis Lebarbier--donne des séances de moralisation;--le prospectus de ces séances contient une particularité que je recommande aux _donneurs_ de concerts, etc.

«En attendant la séance, les hommes sont servis d’un verre de cognac, et les dames d’un verre de bavaroise.»

[GU] M. Listz est un homme de talent;--mais lui, qui, en France, était devenu Français,--qui a reçu à Paris une si grande hospitalité, qui se disait avec orgueil le frère de tous nos _grands hommes_, quels qu’ils fussent,--devrait démentir, dans les journaux où il fait dire tant de choses,--le bruit qu’on répand--qu’il chante dans des banquets, en Allemagne, des chansons où les Français sont traités un peu plus mal que des chiens.

Les lecteurs des _Guêpes_ savent, du reste, ce que je pense, pour ma part, de ces chansons dites patriotiques, sur quelque air et dans quelque pays qu’on les chante.

[GU] Un écrivain a épousé une Anglaise;--il y a, dans le contrat de mariage, une clause qui dit que les enfants naîtront Anglais.--Quelqu’un, prenant singulièrement à la lettre--cette formule,--disait:

--Ah ça, c’est bien embarrassant d’aller comme cela faire ses enfants en Angleterre.

--Surtout pour M***, répondit-on, qui n’en peut faire en France.

[GU] Au dernier bal donné par madame la duchesse de M.,

--M. de B.--s’est laissé aller, après le souper, aux danses les plus hasardées.--Rien, du reste, de si imminent que l’invasion dans la haute société, des danses bizarres,--telles que le _cancan_,--la _béquillade_,--la _chaloupe_, etc.

[GU] On lisait dernièrement dans les journaux l’horrible phrase que voici:

«NANTES, _mars_.--Près de cent idiots ou aliénés non furieux vont être, d’ici à quelques jours, expulsés de l’hospice de Saint-Jacques, _par suite de l’insuffisance de l’allocation_ faite par le conseil général pour cet exercice;--tous ces malheureux vont errer dans la ville, sans asile et sans pain.»

Je serais assez d’avis qu’on profitât de ce que l’hôpital est libre pour y renfermer ledit conseil général.

[GU] Plusieurs personnes m’ont écrit que j’avais inventé M. Dubignac; M. Dubignac m’a fait l’honneur de venir me voir en personne:--c’est un homme un peu âgé, mais parfaitement conservé.--Il a bien voulu m’offrir quelques-uns de ses ouvrages,--en remercîment, m’a-t-il dit, de la mention équitable que j’ai faite de lui.--M. Dubignac paraît décidé à ne pas faire de visites à messieurs de l’Académie: je ne sais si je puis me flatter d’avoir ébranlé sa résolution.--Je veux faire partager à mes lecteurs, par quelques citations prises ça et là, le plaisir que m’a procuré le présent de M. Dubignac.

SUR NAPOLÉON.

...Telle fut la faute du grand Napoléon, Dont les nobles cendres nous fêtons et respectons, Qui fut la source de plusieurs autres; Par les perfides conseils des uns et des autres; Mais si des grandes fautes il fit et commit, Que de belles actions, toutes nobles, ne fit-il aussi; ...Du grand Napoléon la vraie gloire, Par son grand génie et ses victoires, Dubignac, par reconnaissance, Vertu très-rare, quoique bien aimable. Qui n’est pour lui que jouissance, De ses vers lui fait hommage, Pour, en 1811, l’avoir nommé, A Cosne, comme receveur particulier...

AUX FEMMES.

Charmant, aimable sexe, ah! quelle gloire pour vous en serait! De pouvoir obtenir des mœurs la restauration, La postérité vous devrait cet insigne bienfait, Et la société vous doterait de sa considération. Ah! quel bien grand bonheur pour la postérité, Quel plaisir et joie pour toute société, Pour père et mère, quelle tranquillité d’âme, Pour leurs demoiselles jolies, aimables, Vive la modestie, la décence et la prudence, Qui de l’aimable sexe sera toujours leur défense, Et tous les hommes seront honnêtes et respectueux En leur offrant leurs hommages et vœux.

SUR L’AMOUR.

Un amoureux... Dans la société, plein de respect, affable, Jolies manières, très-obligeant, aimable, Jouant avec goût et talent de quelque instrument, Pour plaire à l’amie de son cœur s’évertuant. En particulier il lui adresse ses tendres vœux, En public, ses yeux sont les messagers de son cœur, Plein de tendres désirs, mais très-respectueux, Avec la résolution de l’aimer de tout son cœur.

SUR LES TUILERIES.

Quoi de plus superbe que ces terrasses Qui d’un bout à l’autre, ont neuf cents toises; Quel plaisir si permis était La nuit d’y prendre le frais.

SUR LE PAIN.

Le pain, c’est le premier des besoins; Avec le pain, on ne crève jamais de faim.

SUR LUI-MÊME.

De prétention, Dubignac aucune n’a; De ces concitoyens, l’estime lui suffira.

[GU] Une vieille femme est traduite en police correctionnelle sous prévention de mendicité;--on fait une perquisition à son domicile,--on trouve dix-huit cents francs dans sa paillasse.

Les mendiants ont pris depuis quelques années, s’il faut en croire les journaux, l’habitude d’avoir dix-huit cents francs dans leur paillasse.

[GU] Les journaux sont dans un abattement profond,--l’ordre de choses actuel se consolide;--tous les arrivés tirent chacun sa PETITE ÉCHELLE.--C’est en vain que ceux qui voulaient monter après eux s’efforcent de les retenir. Les gens arrivés maintenant--auront probablement à passer par toutes les phases qu’ont franchies les castes qui ont disparu en juillet 1830. Ils agissent à découvert;--ils avouent par leurs actes que leur patriotisme était de l’envie,--et que ce qu’ils ont renversé, ils n’ont jamais voulu le détruire, mais s’en emparer. D’autre part, comme ceux qui les attaquent feraient juste les mêmes choses,--nous n’y perdons et nous n’y gagnons rien;--seulement il se glisse dans les esprits une grande indifférence politique.--Les têtes, comme le thermomètre, ont baissé en France de dix degrés.

[GU] Voici la copie authentique d’un certificat délivré à un domestique:

«Je soussigné, doyen des colonels, des chevaliers de Saint-Louis et des gentilshommes domiciliés dans l’arrondissement communal du***, électeur du département de la Seine-Inférieure, otage et volontaire royal, ancien commissaire de la noblesse aux états de Bretagne et en d’autres assemblées légalement délibérantes, associé de plusieurs Académies royales d’histoire, sciences et belles-lettres, commissaire de l’association paternelle des chevaliers de Saint-Louis et du mérite militaire pour le canton municipal de***, certifie que _Pierre*** m’a toujours servi fidèlement et avec zèle_, en foi de tout quoi j’ai délivré le présent avec apposition de l’empreinte du cachet de mes armes.

»Fait ce..., au château de***, commune dont feu mon père, aussi officier supérieur et chevalier de Saint-Louis, était, par longue dépendance et succession patrimoniale, seigneur paroissial et haut justicier au 4 août 1789, et dont je suis depuis plusieurs années doyen du conseil municipal, n’en ayant point accepté la mairie, que les règlements ne rendaient pas compatible avec ma place de chef d’une légion nationale par laquelle j’ai longtemps exercé un commandement à la fois régulier, paternel et fraternel, supprimé par les dernières ordonnances relatives à ce corps ou à cette arme.

»Le vicomte T. de R.»

[GU] En ce moment où les nouvelles routes et les tracés de chemins de fer entraînent de nombreuses expropriations,--il est assez curieux d’entendre les doléances des propriétaires dont les terrains sont écornés.

Voici quelques-uns de ces cris, partant de l’âme, que j’ai recueillis:

Un propriétaire auquel on prend trois pommiers parfaitement payés sur estimation légale:

«Ah! monsieur, vous prenez ces trois-là;--mais, monsieur, il n’y a pas de pommiers comme ceux-là pour faire _le bonheur d’une famille_. Le cidre qu’ils donnent est parfait; je n’ai acheté tout le verger que pour ces trois pommiers.»

Un autre auquel on prend sa haie--(toujours en payant):

«Il peut bien prendre tout,--ça m’est bien égal.--Qu’est-ce que c’est qu’un champ qui n’a pas de haie?--j’aime mieux ne rien avoir.»