Part 20
«Qui mon Tableau de Paris lira, Paris très-beau, tel qu’il est, trouvera De la France admirable, son organisation, De l’Europe digne de grande admiration. Qui mon tableau lira connaîtra Paris. Plus d’envie et désir n’aura de voir Paris, Et, après l’avoir lu, l’on jugera Si de le louer il ne mérite pas.
»Dans le second volume, deuxième édition, corrigée, augmentée, le _Vrai Guide de la Santé_, dédié à l’humanité, dont le but de l’auteur a été de faire connaître combien est grand le malheur de perdre la santé, si difficile à rétablir, et à, etc., etc.
»Résultat d’une expérience pratique pendant les _dix-huit ans_ qu’il a été maire de _sa commune_, où il avait de grandes propriétés, _dont_ tous les habitants le regardaient _comme leur père_ et lui _comme ses enfants_.
»Amateur de la médecine, il s’occupait à en lire les meilleurs ouvrages sur _le_ botanique, herborisant dans _ses_ bois et champs, _il se familiarisait avec les simples_, dont il parvint à _en_ connaître les propriétés; il était _leur médecin_, pharmacien, _avocat_, aussi n’y avait-il jamais de procès; il se faisait un vrai plaisir de _leur_ donner des soins, et avait-il la bien grande jouissance de les soulager, et bien souvent la douce consolation de les guérir, et par des moyens _consistant en infusions, en décoctions_ de quelques simples dont il connaissait les propriétés et vertus (les remèdes les plus simples sont souvent les meilleurs), des nombreuses maladies qui les affligeaient, plus exposés que les habitants des villes par leurs travaux ou par leurs imprudences.
»L’auteur, dans cet ouvrage, s’est regardé comme un vrai père de famille, aimant tous ses enfants, voulant, désirant leurs prospérités, bonheurs, félicité, et leur procurer cette chère santé sans laquelle on ne peut être heureux, et qui, à cet effet, l’a écrit et fait d’après la théorie-pratique la mieux suivie, et des expériences très-réfléchies et avec soin; aussi peut-on dire:
«De plus instructif, nul en sera des agronomes, De plus utile, il serait de la campagne aux personnes; Pour faire fortune, il faut bien travailler. Pour bien travailler, il faut se bien porter, Des vrais moyens l’un donne en travaillant, De s’enrichir en peu de temps, travail faisant, Et vous procurera bonheur, prospérité; L’autre, de rétablir, conserver sa santé. Vive, vive, l’_agricuture_ Et sa chère sœur la _culture!_ Vive, vive le commerce En tout genre, de toute espèce! Vive, vive l’industrie De ma patrie c’est la vie! Vive, vive cette chère santé, Sans elle, bonheur ni félicité!
»S’adresser à l’auteur, passage de la Treille, 5, près l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.»
_Imprimerie de_ DUCESSOIS, _quai des Augustins_, 55.
M. Dubignac n’a pas été élu.
Avril 1842.
Une pension de mille écus et M. Hébert.--Longchamps.--M. de Vigny.--M. Patin.--M. Royer-Collard.--Remède contre le froid aux pieds.--M. C. Bonjour, le roi Louis-Philippe, M. Rudder et M. Cayeux.--EXPOSITION DU LOUVRE: M. Hébert à propos du portrait de la reine.--Louis XVIII et un suisse d’église.--M. Vickemberg et M. Biard.--M. Meissonnier et M. Béranger.--M. Gudin.--Le lion de M. Fragonard.--M. Affre.--Monseigneur de Chartres.--M. Ollivier et une dinde truffée.--La Vierge de Bouchot.--Les ânes peints par eux-mêmes.--Question des sucres.--Un tailleur _à façon_.--_Lorenzino_ de M. Al. Dumas.--Un vendeur de beau temps.--M. Listz.--Le cancan, la béquillade, la chaloupe, dansés par M. de B... au dernier bal de madame la duchesse de M...--M. Dubignac sur Napoléon, les femmes et l’amour, etc., etc.--Succès pour le commerce français, obtenu sur la plaidoirie de Me Ledru-Rollin.
AVANT-PROPOS.--On savait depuis longtemps que j’étais _vendu_ au gouvernement.--Quelques _carrés de papier_ m’appelaient, par euphémisme, _ami du château_;--mais dans plusieurs estaminets ou disait nettement la chose. Cependant on n’était pas d’accord sur certains détails. Quelques personnes portaient la somme dont on m’avait acheté à une importance qui pouvait devenir une dangereuse amorce pour les désintéressements les plus inabordables.
Mais l’autre jour, comme j’arrivais à Paris pour voir l’exposition de peinture,--une des premières choses que m’a dites un des premiers hommes que j’ai rencontrés a été qu’on sait maintenant à quoi s’en tenir: «M. Cavé est venu me trouver au bord de la mer, où je péchais des soles et des barbues, et là nous avons fixé le prix à trois mille francs de pension annuelle.»
D’autre part, je reçois une lettre signée Pauline, où on me dit de prendre garde à moi,--parce que M. Hébert surveille attentivement les _Guêpes_, dont quelques aiguillons lui ont percé l’épiderme.--Est-ce que M. Hébert serait chargé de me reprendre, sous forme d’amende périodique, les trois mille francs de pension dont je vous parlais tout à l’heure?--Tout cela m’inquiète fort, et ne me laisse prendre la plume qu’avec une extrême timidité.
En effet, on comprendra facilement mon embarras:--je voudrais bien dire des choses extrêmement hardies,--pour démentir le bruit de la pension;--mais j’ai peur que M. Hébert ne profite de la circonstance pour me faire un procès.--Heureusement que j’ai à parler du Salon et de l’exposition de peinture: il n’y a là rien de politique, et je pourrai naviguer entre les deux écueils que je redoute.
[GU] Voici les quatre choses qui m’ont le plus frappé à Longchamps:
Un marchand de briquets promenait six voitures rouges;
Un marchand de chemises, en cabriolet, faisait tomber sur la foule une neige d’adresses et de prospectus;
Plusieurs messieurs à pied--étaient vêtus de toiles représentant des cheminées, avec l’adresse et l’éloge des fabricants;--ils étaient coiffés d’un tuyau de poêle;--un de ces malheureux a été chassé de l’administration parce qu’il s’était permis de fumer;
La garde municipale était en petite tenue,--ce dont on était généralement fâché, parce que la grande tenue est d’un aspect magnifique. (Peut-être ceci, à propos de la garde municipale, va-t-il confirmer l’affaire des mille écus:--je l’effacerai sur les épreuves.)
[GU] M. de Vigny refait en ce moment ses visites à ses futurs collègues. Cette fois, les chances sont pour lui, quoique cependant la rivalité de M. Patin présente quelques dangers.--On a généralement trouvé de mauvais goût qu’en parlant de son concurrent M. de Vigny feignît de ne pas savoir son nom et affectât de l’appeler M. Pantin.
[GU] M. Royer-Collard tient singulièrement à la vie. M. Andr..., son gendre et son médecin, lui a recommandé, avec la plus grande sévérité, d’apporter à ses repas une régularité inflexible. Un de ces jours derniers, au moment où la pendule marquait six heures,--M. Royer-Collard mettait la main sur le bras de son fauteuil pour se lever et s’approcher de la cheminée devant laquelle on venait de lui servir une _sole_ fumante,--lorsqu’un domestique maladroit annonce brusquement M. le comte Alfred de Vigny.--M. de Vigny suivait le domestique de fort près et entendit parfaitement la réponse de M. Royer-Collard, qui s’écria:--«Je n’y suis pas.»--Il entra néanmoins, et allait ouvrir la bouche quand l’académicien lui dit:
--Monsieur, vous reviendrez une autre fois.
--Mais, monsieur,--reprit M. de Vigny,--l’affaire dont j’ai à vous entretenir est sérieuse.
--Eh bien! vous reviendrez une autre fois.
--Je pense, monsieur,--que l’on m’a mal annoncé:--je suis le comte A. de Vigny.
--Eh bien!--dit M. Royer-Collard,--qui regardait avec anxiété,--et la pendule qui marquait six heures dix minutes,--et la sole, dont la fumée paraissait déjà moins intense;--eh bien! vous reviendrez un autre jour.
--Mais, monsieur...
--Mais, monsieur,--je vous dis de revenir;--je ne vous connais pas.
--Je croyais, monsieur, que mon nom était parvenu jusqu’à vous; il a fait un peu de bruit dans la littérature.
--Eh bien, monsieur, c’est pour cela;--il n’a fait qu’un peu de bruit, et il en faut faire beaucoup pour venir jusqu’à moi.--Je suis vieux; j’ai besoin de régularité:--faites-moi le plaisir de me laisser dîner tranquillement.
[GU] A une parade, le marquis de ***, un des jeunes officiers les plus élégants de l’armée,--se plaignait du froid aux pieds qu’il ressentait à cheval:
--Vous avez froid aux pieds, capitaine? lui dit un vieux maréchal des logis.
--Je t’en réponds.
--Je sais ce que c’est, capitaine; j’y ai eu froid pendant vingt ans.
--Eh bien, tu as dû avoir du plaisir.
--Mais, maintenant, c’est fini;--on m’a indiqué un moyen...
--Ah! quel est ton moyen?
--C’est bien simple, allez, capitaine,--vous ne vous figurez pas comme je souffrais:--c’est-à-dire que les larmes m’en venaient aux yeux.
--Eh bien, qu’as-tu fait?
--Ce n’est presque rien.--On va toujours chercher midi à quatorze heures; j’ai vu des jours où je serais tombé de cheval.
--Mais, enfin, quel est ton moyen?
--Le plus simple du monde, comme je vous dis, capitaine,--presque rien;--moi, j’ai eu froid pendant vingt ans, et, quand on m’a eu donné ce moyen-là, ç’a été fini,--je n’ai plus jamais eu froid aux pieds de ma vie; et, comme je vous dis,--ce qu’il y a de meilleur,--c’est que c’est un moyen aussi simple qu’il est excellent.--Vous n’y avez pas froid comme j’y ai eu froid pendant vingt ans;--et aujourd’hui...
--Eh bien?
--Si vous avez froid aux pieds,--il ne faut pas aller s’ingérer ça ou ça;--le moyen est bien simple... il faut mettre des chaussettes dans vos bottes.
[GU] M. Casimir Bonjour,--auteur des _Deux Cousins_ et de la mort de M. Alexandre Duval, qu’il a forcé d’aller, mourant, voter pour lui à l’Institut,--n’ose plus se mettre sur les rangs depuis qu’un académicien lui a dit: «Franchement, mon cher ami, votre candidature n’a plus de chances:--tous les jours la _Gazette des Tribunaux_ met l’Académie en garde contre le _vol au bonjour_.»
[GU] Un de mes amis reçoit hier une lettre de son jardinier;--cette lettre est datée d’une charmante retraite qu’il possède dans le midi de la France;--le jardinier lui dit:
«Monsieur, voici le printemps,--il va m’arriver comme l’année passée.--Permettez-moi d’aller demeurer à la ferme; il y a dans le jardin des rossignols qui _gueulent_ toute la nuit: il n’y a pas moyen de fermer l’œil.»
[GU] Il y a au Musée un portrait du roi Louis-Philippe,--que l’auteur, M. de Rudder, avait fait de son chef, sans en prévenir personne,--et d’après d’autres portraits.--M. de Cayeux offrit à l’artiste de lui obtenir du roi une ou deux séances pour arriver à une plus complète ressemblance.--Il est facile de voir, à l’aspect du portrait, que M. de Rudder a ajouté des cheveux blancs--qui ne se mêlent nullement aux autres.
Un jour que le roi donnait séance à M. de Rudder, il prit envie à Sa Majesté de faire le tour du Musée,--et elle pria M. de Rudder de l’accompagner avec M. de Cayeux, qui se trouvait là.
Pendant qu’on traversait les appartements, M. de Cayeux, qui aime beaucoup les conseils... quand il les donne,--avait pris M. de Rudder à part, et lui avait dit à voix basse: «Il y a une chose dont il faut que je vous avertisse: le roi n’aime pas qu’on soit trop près de lui,--restez un peu en arrière.»
M. de Rudder croit la chose et n’en demande pas davantage.
On arrive dans les galeries;--le roi tourne souvent la tête à droite et à gauche pour parler à M. de Rudder,--mais c’était M. Cayeux qui interceptait les questions et faisait les réponses.
Il faut dire que c’était un manége assez fatigant pour le roi, qui a la fâcheuse habitude de porter deux cravates fort serrées,--dont ses médecins ne peuvent pas obtenir de lui qu’il affranchisse son cou.
Enfin, Sa Majesté, impatientée de ne pas voir M. de Rudder, avec qui elle voulait causer, lui cria d’un peu loin: «Mais, monsieur, je vous en prie, venez à côté de moi!»
M. de Rudder obéit et resta près du roi, avec lequel il causa quelque temps.
Ce jour-là, du reste, une fenêtre tomba avec fracas aux pieds du roi pendant cette promenade.
Cette anecdote sur le roi,--M. de Rudder et M. de Cayeux,--nous amène naturellement au Musée.--Entrons au Musée.
[GU] EXPOSITION DU LOUVRE.--Constatons d’abord une chose: c’est que les expositions du Louvre ont singulièrement l’air de ne plus amuser le public, et que, excepté moi, je n’ai vu là personne qui fît un peu plus de cent lieues pour se promener dans les galeries en renversant les vertèbres du cou d’une façon si douloureuse et si fatigante.
Je ne reparlerai pas des membres du jury, _doctores non docti_. Deux fois déjà à pareille époque les _Guêpes_ se sont expliquées à leur sujet.
Je vais vous dire ce que j’ai remarqué en me promenant dans les galeries.
D’abord un portrait de la reine;--ce portrait est fait avec soin, par M. Winterhalter.--Je voudrais seulement savoir pourquoi les mains sont aussi bleues,--est-ce le velours qui déteint?
_N. B._ (Phrase à refaire tout entière: d’un bout, elle est exposée aux estaminets et aux carrés de papier, et de l’autre à M. Hébert,--en effet «_d’abord la reine_» c’est le _ab Jove principium_ des Latins.--Il est évident que j’ai la pension de mille écus.
Puis à la fin--une critique: _les mains sont bleues_--les mains de la _reine_.--M. Lévy ne voudra peut-être pas imprimer cela,--et, s’il l’imprime, M. Hébert, qui me surveille, selon madame ou mademoiselle Pauline,--peut se fâcher.--J’aurai soin, pour les estaminets et les carrés de papier, de parler de quelque bourgeoise ou bien de la _cuisinière piquant un fricandeau_ de M. Chollet, avant de parler de S. M. la reine Amélie.--A l’égard de M. Hébert, j’expliquerai que j’entends parler des mains du tableau.)
Il y a dans ce même salon carré, une grande image ainsi intitulée au livret:
M. VINCHON. 1831. _Séance royale pour l’ouverture des Chambres et la proclamation de la Charte constitutionnelle_ (_14 juin 1814_).
_Maison du Roi._
Qu’est-ce que la peinture historique si elle n’ose pas poétiser un peu les figures? Pourquoi donner à Louis XVIII cet air de suisse d’église?--pourquoi avoir présenté de face un homme d’une grosseur extraordinaire qu’on pouvait dissimuler sans mensonge en changeant sa position? pourquoi faire la lumière de ce blanc pâteux?--la lumière se compose de toutes les couleurs.
En voyant ce tableau, M. Villemain a dit:
--Il faudra donner cinq cents francs à l’auteur.
--Mais, a répondu quelqu’un,--cinq cents francs! le cadre les vaut!
--Aussi est-ce en comptant le cadre, a répondu M. Villemain.
[GU] M. Lestang-Parade a à se reprocher une _Bethsabée_ très-décolletée, dont la peau est couleur gorge de pigeon.
[GU] Au-dessus de la _Bethsabée_ est un petit tableau de M. Wickemberg,--c’est un étang gelé, sur lequel des enfants jouent avec un traîneau; deux autres enfants apportent des fagots;--c’est d’une vérité charmante et d’un fini précieux. C’est une comparaison fâcheuse pour les glaces bleu de ciel de M. Biard.--Il n’y avait pas besoin d’aller en Laponie,--un baquet de blanchisseuse oublié dans une cour, une nuit de décembre, donne une glace de cette couleur.--Je ne pense pas qu’il y en ait ailleurs.
Au-dessous d’un _Combat naval_ de M. Th. Gudin,--toujours dans le salon carré,--sont deux tableaux, grands comme des tabatières, et qui méritent l’attention,--un _Fumeur_, de M. Meissonnier, et surtout un _Lièvre et une Perdrix_, de M. Béranger.--Je ne pense pas que la peinture soit jamais allée plus loin comme imitation.
Un monsieur, voulant savoir si c’était peint sur toile, a donné un coup violent de la pointe de son doigt sur le tableau. «Heureusement qu’il est peint sur bois, me disait A. L***, qui était avec moi.--Du reste, ajoutait-il, ce monsieur avait pris un bon moyen de satisfaire sa curiosité,--car, si le tableau avait été sur toile, il l’aurait vu tout de suite; son doigt aurait passé au travers.»
A propos de M. Gudin, sa _Barque de pêche danoise_ est un de ses meilleurs tableaux.
Au-dessus est un tableau de M. Fragonard, ainsi nommé au livret: _Femmes chrétiennes livrées aux bêtes féroces dans le Cirque_.
Or, il n’y a qu’une femme,--il n’y a qu’une bête, et il n’y a pas de cirque.
La bête est un lion qui, par sa forme et sa pose, ressemble singulièrement aux lions qui servent d’enseigne à beaucoup de marchands de vins.--La femme est renversée, et une des pattes du lion est levée, arrondie, un peu au-dessus d’un des seins nus de la malheureuse chrétienne. Ce sein nu fait tout à fait l’effet de la boule que la tradition place sous la patte des _lions d’or_ et des _lions d’argent_. M. Fragonard a senti la chose, et, pour éviter l’application, pour empêcher d’appeler son tableau le _Lion d’or_, il a fait son lion brun.
[GU] _Deux taureaux appuyés l’un sur l’autre dans une grande prairie._ Ce tableau est une de ces fenêtres que M. Brascassat ouvre de temps en temps dans les murs du Louvre sur les prairies de Normandie. Son tableau a une étendue immense dans un cadre de quelques pieds.
[GU] Il y a énormément de femmes nues et laides, ce qui constitue la véritable et la plus haute indécence.--Parmi celles qui ont eu le regret de se faire peindre habillées, plusieurs ont imaginé une autre indécence; elles se sont fait peindre entières, vues de dos, sur des sièges sans dossiers, qui ne permettent de rien perdre des formes Oudinot (crinoline--cinq ans de durée), que les femmes exagèrent singulièrement depuis quelques années.--Je prendrai, pour l’exemple le plus frappant de ce que je dis, le portrait de S. A. I. la grande-duchesse Hélène Paulowna, peint par M. Court, portrait détestable du reste, dont la guipure, parfaitement imitée par des procédés connus des derniers rapins,--excite au musée une assez vive admiration.
[GU] Madame. G*** (84) est rouge;--madame G. est jaune;--mademoiselle R. est violette;--madame *** est grosse comme un muid;--mademoiselle de R. est orange;--Madame de ***, gris-bleu;--M. R*** est chauve, etc. Je pense que c’est là ce que veulent faire savoir au public les diverses personnes qui ont fait mettre leurs portraits au Louvre.
[GU] A propos de portraits,--il y a un peintre qui a fait le portrait de sa femme; sa femme est, dit-on, jolie, et le portrait semble avoir pour but de le cacher au public;--quelqu’un disait à l’original: «Votre mari est jaloux, c’est pour cela qu’il vous a faite si laide; ils sont tous comme cela.--Oui-da, répondit-elle, et à quoi cela les avance-t-il?
[GU] UN CHANOINE DE SAINT-DENIS.--Nous venons de voir M. Affre, archevêque de Paris.--M. Ollivier, ancien curé de Saint-Roch,--puis un évêque de je ne sais où;--il y a au moins quinze prélats attifés avec une coquetterie féminine,--des recherches de parures inouïes, des raffinements d’élégance inimaginables, des dentelles qui font envie aux femmes.
L’Église est pour le moment assez mondaine; monseigneur de Chartres fait depuis quelque temps des feuilletons dans les journaux.
[GU] Madame la comtesse de B*** n’a pas suffisamment compté sur ses charmes,--elle a fait mettre son écusson dans un coin du tableau.
Ah! mon bon monsieur Lévy,--laissez-moi une fois dire ce que je pense sur cette odieuse galerie de bois.
Quel est le malheureux qui a eu l’idée d’accrocher cette hideuse baraque au flanc d’un monument comme le Louvre? Jamais les peuples barbares n’ont rien imaginé de cette force.--Les Vandales eussent peut-être détruit le Louvre, mais ils ne l’eussent pas ainsi déshonoré.--Ah! diable,--et M. Hébert... à ce que dit madame ou mademoiselle Pauline.
[GU] Près de ce portrait blasonné est celui d’une femme vêtue de noir,--c’est une figure intéressante et un tableau remarquablement peint.--Il faut lui reprocher un fond d’un bleu dur et uniforme,--comme le papier de tenture d’un appartement;--mais ce n’est pas, à ce qu’il paraît, si facile de faire des fonds.
Du vivant de Rubens,--une femme alla le trouver et lui dit:
--_Monsieur_ Rubens--(on l’appelait monsieur), mon fils a d’heureuses dispositions (c’est incroyable combien ont d’heureuses dispositions les enfants dont on est la mère): il faut absolument qu’il travaille auprès de vous.
Rubens, qui n’en voulait à aucun prix, s’excuse sur ses occupations.
--Oh! monsieur Rubens, il ne vous fera pas perdre de temps; au contraire, il vous aidera: il y a un tas de petites choses qu’il fera à votre place, il vous fera vos fonds...
--Ah! parbleu, madame, s’écrie Rubens, il me rendra là un vrai service, car je ne sais pas encore les faire!
[GU]--Pardon, la grosse mère qui êtes en face, serrez un peu vos gros bras contre votre gros corps, vous me cachez trop de ce beau papier qui sert de fond à votre portrait.
Dans l’épisode du _Combat de Trafalgar_, de M. Caussé,--on remarque un fragment de mât brisé,--sur lequel quelques matelots sont debout ou assis comme dans des fauteuils.--Je voudrais vous y voir, monsieur Caussé;--je gage que, par une mer un petit peu houleuse, vous ne vous tenez pas sur le bateau du Havre à Honfleur comme vos matelots se tiennent sur leur morceau de mât.--Tenez-vous la gageure?
[GU] Mademoiselle Dimier a peint son propre portrait (567), cela m’a rappelé ce que fit Phryné:--Accusée devant l’aréopage,--elle se contenta, pour toute réponse, de montrer sa gorge aux juges,--et elle obtint son acquittement par cette plaidoirie d’un genre tout particulier, qui n’aurait guère de succès aujourd’hui..., du moins en audience publique.--Mademoiselle Dimier paraît appeler son visage au secours de son pinceau; ils sont agréables l’un et l’autre.
[GU] Tiens,--deux singes!
Ah! non... pardon; mille pardons.--C’est un ménage vert--dans une forêt.--Cela s’appelle portrait de M. et de madame ***; mais je serai plus discret que le peintre, M. Defer, je ne mettrai pas les initiales;--j’intitulerai l’objet: _Portrait du livret du salon, tenu à la main par M***, qui est dans une forêt_; c’est du reste ce que cela représente.--Le livret est fort ressemblant.--J’espère que M. et madame*** le sont moins.
[GU] M. Lafond a peint nue--une femme grosse de sept mois;--c’est laid.
[GU] Je ne sais pourquoi certains carrés de papier ne font pas plus attention à la manière dont on peint les villes de la conquête d’Alger. Le jury qui admet ces tableaux ne peut avoir pour but que de dégoûter les Français de leurs possessions d’Afrique.
Selon M. Frère, Constantine est couleur chocolat à l’eau et Alger couleur chocolat au lait.
Joignez à cela un _Combat_ de M. Guyon, et dites-moi si vous vous sentez envie d’aller être héros là-bas, pour qu’on vous peigne comme cela ici.
[GU] Le 4 avril 1840, dit M. Chazal dans le livret,--il se passait dans le port de Cherbourg un de ces rares et majestueux événements où se révèle la puissance du génie de l’homme: on lançait à la mer le vaisseau le _Friedland_.
Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce tableau, c’est une sorte de dressoir où sont figurées les autorités de Cherbourg, et qui ressemble, à s’y méprendre, à l’un des côtés de la boutique d’un pharmacien avec les fioles de diverses couleurs qui y sont rangées sur des tablettes.
Quelques-unes des fleurs de M. Chazal, dans le tableau qui est près du portrait de la reine, dans le salon carré, valent mieux que son tableau du _Friedland_; cependant je ne les aime guère;--au reste,--je dois dire pour consoler M. Chazal, en lui donnant le moyen de se réfugier dans un grand mépris de mon opinion,--que la plupart des fleurs, même des maîtres en ce genre,--me paraissent un barbouillage de convention.
Il y a cependant au Salon, dans la galerie de bois, un remarquable tableau de fleurs de madame Chantereine:--c’est à peu près la seule fois que j’ai vu aussi bien reproduire _l’étoffe des fleurs_;--c’est un charmant tableau et un charmant talent.
Disons encore, toujours pour consoler M. Chazal et les autres peintres de fleurs, que j’ai quitté mes pêchers et mes abricotiers en fleurs pour venir voir leurs tableaux, et que cela me rend difficile et un peu de mauvaise humeur.
[GU] M. Villiers a peint un bœuf bleu, sous le nº 1847.