Part 2
Ceci est une garantie qu’aucun homme qui prétend à la loyauté n’a le droit de refuser, du moins tout haut;--cela arrache à la presse ce prestige mystérieux si connu des anciennes royautés de l’Orient,--qui a, pour un journaliste, l’avantage de le dérober aux représailles d’agression et de personnalités,--masque dont la suppression forcera l’écrivain de se fixer à l’égard des autres les bornes qu’il désirera pour lui même, et donnera à chaque article sa valeur réelle,--en laissant voir que tel qui parle si haut de moralité et exerce une inquisition si sévère dans la maison de verre que la presse, retirée prudemment dans ses sombres cavernes, a faite à tous ceux qui ne sont pas avec elle,--a eu bien du mal, après un souper trop prolongé, à retrouver la porte de l’imprimerie où il venait la plume à la main exiger d’autrui toutes les perfections et toutes les vertus dont la liste est d’autant plus longue qu’elle se compose de celles qui lui manquent.
[GU] Art. 4.--_Chaque journal sera tenu d’insérer_, etc.
Cet article existe déjà dans la loi, mais d’une manière vague qui permet de l’éluder sans cesse.--Nettement exprimé, il épargnerait au gouvernement le coq-à-l’âne volontaire, perpétuel et grotesque par lequel il se justifie sans cesse devant des gens qui ne savent rien des choses dont on l’accuse, et n’a aucun moyen de parvenir à ceux qui ont entendu l’accusation.
[GU] RENSEIGNEMENTS UTILES AUX GENS D’AVIGNON.--Dans le numéro des _Guêpes_ du mois de mai dernier, il est fait mention d’un tableau de M. Gudin qui, donné par le roi à la ville d’Avignon en 1836, n’était pas encore arrivé à sa destination depuis cinq ans qu’il est en route.
Nous racontions, en outre, qu’on s’occupait activement de rechercher ce tableau égaré, de douze pieds de haut.
Jusqu’ici les recherches de messieurs de la liste civile et de leurs employés ont été inutiles.--Nous croyons pouvoir leur dire où est le tableau.
Le tableau est tranquillement accroché dans le musée de la ville de Douai.
Astarté,--une de nos Guêpes les plus vagabondes, prétend l’avoir parfaitement reconnu;--elle assure en outre que ce tableau, envoyé, sans autre avis, aux autorités de la ville de Douai, est resté six mois sans qu’on ouvrît la caisse qui le renfermait; enfin, au bout de ce temps, M. Quenson, conseiller à la cour royale,--grand amateur de peinture et quelque chose au musée,--prit sur lui d’ouvrir la caisse et de s’emparer,--pour le musée,--du tableau de Gudin, ne laissant aux gens d’Avignon que la reconnaissance pour le présent qu’ils n’ont pas reçu.
A MONSEIGNEUR L’ARCHEVÊQUE DE PARIS.
Paris.
[GU] _Note à l’appui de son discours dans lequel il tâche d’insinuer adroitement au roi Louis-Philippe que, malgré la grandeur et la vénération qui l’entourent, il ferait bien de se rappeler quelquefois qu’il n’est qu’un homme._--Monseigneur, me promenant hier du côté de la barrière de l’Étoile, j’ai vu les douaniers,--dits gabelous,--chargés d’empêcher l’introduction frauduleuse des objets soumis au droit, visiter les voitures de la maison du roi venant de Neuilly,--les voitures attelées de mules de sa propre maison.
Agréez, monseigneur, etc.
[GU] _Suite des mots nouveaux introduits dans la langue française--par MM. les membres du Club-Jockey._--Dead haet,--stags hund,--foal stalkes,--comfort,--stud book.
Une des bonnes plaisanteries de cette époque est, sans contredit, l’invention de mademoiselle Rachel.--Mademoiselle Rachel est une fille qui récite les vers assez juste,--et qui a réussi par la froideur et la sécheresse--comme il y a quelques années d’autres ont réussi par les cris, le désordre et l’exagération, et uniquement par la même raison,--c’est-à-dire parce que c’était autre chose.
Il ne faut croire qu’une petite partie des ridicules extravagances que certains journaux prêtent à nos voisins au sujet de ladite Rachel,--et de ces extravagances, ce qui est vrai a pour cause la morgue des Anglais, qui, ayant lu dans nos journaux les ridicules déclamations dont elle a été le prétexte, veulent nous surpasser dans l’admiration même de ce qu’ils ne comprennent pas.--Du reste ces récits se font à Paris.
[GU] Un journal a dit que la reine avait donné à la comédienne un bracelet avec ces mots:--VICTORIA A RACHEL.
Douce et touchante intimité qui dépasse de bien loin celle que Henry Monnier, dans ses rêves démocratiques, voulait voir s’établir entre les fils de pairs de France et les marchands de peau de lapin.
Encore un peu, et les reines de théâtre n’accepteront plus les airs de familiarité que se donnent les reines du monde.
Voyez,--monseigneur Affre,--archevêque de Paris,--voici un sujet digne de vos méditations.--Voyez les comédiens, race autrefois proscrite,--voyez-les régner seuls aujourd’hui sur les peuples, qui ont pris au sérieux leur couronne de papier, et recevoir tous les hommages en place des rois véritables, qui ont en échange hérité de leur opprobre.--S’il est des gens, monseigneur, qu’il faut rappeler au souvenir de la condition humaine,--ce sont les comédiennes et les danseuses,--dont les peuples si fiers d’avoir brisé le joug des rois tiennent à honneur de traîner les carrosses,--tandis que maintenant, s’il est un état avili et avilissant,--c’est celui de ces anciens maîtres de la terre.
[GU] Tel dans sa farouche indépendance et dans son dédain ne rend pas le salut au roi de France,--qui se fait gloire de s’atteler au fiacre d’une danseuse en sueur--et dispute à coups de coudes l’honneur d’être plus près du timon dans cet attelage grotesque.
Encouragez donc encore le peuple à reconquérir,--dans les luttes et le sang,--une liberté dont la dignité l’embarrasse si fort,--qu’après avoir arraché violemment aux rois les marques de servilité qu’il leur a rendues si longtemps,--il conserve ces priviléges dans la tradition la plus pure--pour les reporter aux pieds des danseuses,--seules aimées, seules honorées aujourd’hui, sans qu’il s’élève personne pour crier du milieu de ces triomphes ridicules--que la plus belle, la plus habile, la plus adorée, la plus fêtée des danseuses--n’est pas digne d’entrer dans la mansarde de la plus humble des femmes d’ouvrier.
Et vous voulez que le peuple se moralise--quand vous offrez à ses filles de pareils exemples,--quand vous lui montrez qu’il n’y a d’heureuses, d’aimées, de riches, que celles d’entre elles qui, renonçant à toute la pudeur, à toutes les charges et à tous les devoirs de leur sexe, ont pour état de gambader nues devant un public enthousiaste!
[GU] Ne faites plus de grandes phrases avec les grands mots de joug brisé, de fers rompus.--Allons donc,--les hommes ne sont pas des esclaves,--ce n’est pas vrai,--ils se flattent,--ce sont des domestiques volontaires--qui aiment à changer de place et de maître.
[GU] Certes, si je m’intéressais autrement à ces choses--je féliciterais les conseils de mademoiselle Rachel du tact et de l’à-propos avec lesquels ils lui ont fait choisir la pièce de _Marie Stuart_ pour sa représentation à bénéfice:--on sait l’admiration des Anglais pour Élisabeth, qu’ils appellent leur _reine vierge_;--ils prétendent avec indignation que l’histoire est tronquée dans cette tragédie, qui n’a eu aucun succès.
Un journaliste a dit: «Pendant toute la soirée les Anglais ont eu l’air de comprendre,--l’Hospitalité.»
[GU] A MM. DE LA QUOTIDIENNE.--Messieurs du journal la _Quotidienne_ ont eu la bonté de vouloir bien prendre quelques pages dans les _Guêpes_ pour les insérer dans leurs colonnes:--ils ont bien voulu faire précéder ce fragment de quelques mots plus ou moins obligeants,--voici le moins obligeant--M. Karr _assure_ n’appartenir à aucun parti.
_Assure_ est, messieurs, un mot un peu jésuitique,--surtout au moment où vous donniez vous-mêmes une preuve assez évidente de la vérité de mon assertion.
Une bonne preuve, messieurs, je crois, que je n’appartiens pas aux partis opposés au vôtre,--c’est que vous ne manquez guère de m’emprunter chaque mois des fragments assez longs. Une preuve, non moins bonne, que je n’appartiens pas non plus à votre parti, c’est que vous avez soin de tronquer ces fragments et d’en élaguer parfois des phrases qui vous embarrasseraient.
A propos, messieurs,--comment vous qui niez si fort la famille régnante,--et, à votre point de vue, cela se comprend,--vous qui appelez le prince royal duc de Chartres, pour montrer avec quelle sollicitude vous gardez à son père le titre de duc d’Orléans, voici une phrase qu’on vous fait mettre pour trois francs aux annonces,--phrase qui a pour but incontestable de donner comme attrait à une ville de bains la présence probable d’une princesse de cette maison:
«On parle du voyage de madame la duchesse de Nemours--aux eaux minérales de Forges,--où sont allés depuis Louis XIII, en le comptant, la plupart des membres de la famille royale de France.»
Je vous _assure_, messieurs, que je ne fais pas de ces choses-là.
[GU] _Arrêté d’une administration philanthropique._--Considérant que _l’orphelin_ N... s’est échappé de chez son maître, pour aller se réfugier _chez son père_;
Qu’il importe de prendre les mesures nécessaires pour ramener ce jeune homme à de meilleurs sentiments, etc...
Arrête:
L’enfant N... sera renfermé six mois, à titre de _correction paternelle_, dans une maison de détention, etc., etc.
[GU] Un monsieur a trouvé plaisant,--pendant qu’on célébrait la Fête-Dieu à Auteuil, d’allumer son cigare à un cierge.--Je ne pense pas qu’un chétif animal comme l’homme ait le pouvoir d’offenser Dieu; mais ce genre de facétie a pour inconvénient d’offenser tous les gens qui suivent une procession;--ledit monsieur a pu s’en apercevoir: quatre femmes se sont saisies de lui et l’ont si considérablement houspillé, qu’il est probable qu’il cherchera à l’avenir d’autres distractions.
[GU] L’OPÉRA.--On a joué à l’Opéra le _Freyschütz_ de Weber;--cet ouvrage est massacré par les transpositions du fait des acteurs; il y a un trio qui fait pitié: madame Stoltz en a tant baissé le ton, qu’elle chante dans son busc,--ce qui oblige Boucher à chanter dans sa barbe et Marié à chanter dans ses bottes.
Il y avait un pas contre lequel la pudeur du public s’est révoltée. Ces nouveaux pas excitent l’indignation des dames du faubourg Saint-Germain, qui ne veulent plus mener leurs filles au ballet;--mais, en revanche, vont tous les soirs à Franconi, où les dames écuyères trouvent moyen de montrer au moins autant que les danseuses, et de plus près.--Il y a surtout une certaine danse de cerceau, où le cerceau accroche fréquemment les jupes déjà si diaphanes et les maintient en l’air un temps plus que raisonnable.
[GU] Irrité du vote courageux du duc d’Orléans, à la Chambre des pairs, contre la loi du recrutement,--le vieux Soult-Spire--s’est mis à bouder et à offrir sa démission.--Alors grande terreur au château (mon ami, selon le _National_, le _Journal du Peuple_ et autres carrés de papier): on a envoyé demander au président du conseil s’il voulait pardonner à la mauvaise tête du jeune homme;--on lui a offert en outre d’envoyer son fils, le marquis de Dalmatie, en ambassade à Rome ou à Vienne. La seconde destination est une excellente bouffonnerie.--On sait assez que jamais à Vienne on n’a voulu reconnaître ni admettre les noms de bataille donnés par Napoléon à ses généraux.--Mais, dans cette occasion, c’est encore mieux, parce que l’empereur d’Autriche, dans ses titres, se nomme _duc de Dalmatie_.
On a, dit-on,--dépêché à Vienne un envoyé extraordinaire pour savoir si on s’arrangerait d’un changement de nom,--ce qui serait tout à fait misérable.
Des gens bien en cour--ont eu le malheur de trouver cela tout simple et de dire: «Mais, au fait, pourquoi l’appellerait-on autrement que _monsieur l’ambassadeur de France_?»
Les villes de province ne savent plus si elles font encore partie de la France,--qui, grâce à M. Thiers,--aux Chambres et à S. M. Louis-Philippe,--est désormais un pays borné,
Au levant par Charenton,
A l’ouest par le bois de Boulogne,
Au nord par Montmartre,
Au midi par Montrouge.
Aussi, beaucoup d’entre ces villes, n’espérant rien du présent ni de l’avenir,--se mettent en mesure de régler leurs comptes avec l’histoire de France.--On érige des monuments aux grands hommes morts,--à Duguesclin,--à Latour-d’Auvergne, etc.--Quoiqu’ils soient morts depuis assez longtemps, on ne s’en était pas encore avisé jusqu’ici.--Mais il n’y a de grandeur que par la comparaison,--et jamais on n’avait si bien remarqué la grandeur des morts:--c’est qu’on n’avait jamais vu de si petits vivants.
[GU] M. de Lamartine a publié des vers pleins à la fois de raison et d’un sentiment élevé;--il a eu l’adresse et l’abnégation de glisser dans son œuvre quelques mauvaises strophes pour engager à en parler même ceux qui sont mal disposés ou pour lui ou pour ses opinions,--et à répandre par là des idées bonnes et utiles.--Certes, de cette courageuse tentative contre ces idées rétrécies--qui ferait croire _que l’homme n’a inventé l’amour de la patrie, c’est-à-dire d’une petite partie de la terre et des hommes, que pour se mettre à son aise dans sa méchanceté et haïr tranquillement tout le reste_,--je dirais plus de bien que je n’en dis, si je n’avais, il y a bientôt un an, pris l’initiative, et traité cette question dans les _Guêpes_ (octobre 1840).
[GU]--J’en appelle à la postérité, disait l’autre jour un poëte tombé,--je récuse un public de tailleurs.
--Hélas! monsieur,--lui répondit quelqu’un en ouvrant la fenêtre,--voyez ces enfants qui jouent aux billes dans la cour: voilà ceux qui seront la postérité.--Les tailleurs d’aujourd’hui, dont vous vous plaignez, sont la postérité tant réclamée par les poëtes sifflés il y a cinquante ans.--En appeler à la postérité, c’est en appeler des tailleurs d’aujourd’hui aux bottiers de l’avenir.
[GU] Je n’ai aucune raison de ne pas dire que ce mois-ci je m’amuse énormément à propos des journaux et de la Fête-Dieu.--L’année dernière déjà la même circonstance m’avait procuré quelque distraction,--comme en peut faire foi le volume des _Guêpes_ de juillet 1840,--où il est question de M. Roussel, chef de bataillon de la garde nationale de la petite commune de Montreuil.
Plusieurs de ces bons carrés de papier racontent avec indignation que dans plusieurs villes de province--_on a osé_ faire des processions à l’occasion de la Fête-Dieu, et que les soldats commandés pour l’escorte ont rendu au dais les honneurs ordinaires. «Nous voilà donc en pleine Restauration!» s’écrient ces _organes_ vénérés de l’opinion publique.
[GU] J’ai eu longtemps pour domestique un Indien fort noir auquel je m’avisai un jour de demander--de quelle religion il était.
--Je ne sais pas.
--Qu’est-ce que tu adores?
--Oh! chez nous, nous adorons le soleil.
--Et ici?
--Ici nous n’adorons rien.
Ceci me paraît un catéchisme qui obtiendrait facilement l’approbation de M. Chambolle--et une religion peu chargée de dogmes,--fort convenable,--selon les carrés de papier précités,--pour devenir la religion de la majorité des Français.
Malheureusement pour ces doctrines, il y a chez l’homme un instinct qui le pousse invinciblement à la vénération,--et il faut qu’il adore quelque chose, quand il devrait, comme certains bonzes, adorer son propre nombril.
Il est à remarquer que les plus grands génies--sont ceux qui acceptent le plus sincèrement le culte de la Divinité,--par cela qu’un peu plus rapprochés d’elle que le vulgaire, s’ils ne voient pas Dieu--_face à face_--ils aperçoivent quelques-uns des rayons de la lumière qui émane de lui.
Les carrés de papier philosophiques--ont une doctrine fixe à l’égard des choses de la religion.--Quand le fils aîné du roi a épousé une princesse protestante,--ils ont parlé de _notre sainte religion_.--Peu s’en est fallu que M. Jay, du _Constitutionnel_, ne se mît à prêcher une croisade comme un nouveau Pierre l’Ermite, et que la rédaction en masse de cette feuille ne prît la croix rouge.
Mais, quand il s’agit de quelque cérémonie catholique--_approuvée par l’autorité_,--ils crient alors au cagotisme et aux jésuites avec une nouvelle fureur,--et maltraitent fort le bon Dieu, parce qu’ils le croient une créature du préfet de police.
Mais, comme je le disais tout à l’heure, il y a dans l’homme un besoin de vénération qui l’entraîne malgré lui,--et, si vous lui ôtez Dieu, qui, après tout, est au moins un prétexte honnête d’exercer ce sentiment, vous pouvez voir avec un peu d’attention qu’il se reportera sur d’autres objets, sur des comédiennes jaunes, sur des danseuses vertes, etc., etc.
Et, quelques torts que puisse avoir l’Être suprême,--comme je le crois volontiers,--envers M. Jay, du _Constitutionnel_,--M. Chambolle, du _Siècle_,--M. Léon Faucher, du _Courrier Français_, etc., ces messieurs seront forcés d’avouer que, religion pour religion, puisque l’homme est ainsi fait qu’il lui en faille une absolument, il valait autant s’en tenir à l’ancienne,--jusqu’à ce qu’à force de progrès on en vienne à tendre les maisons et à joncher les rues de fleurs à certains jours consacrés aux susdits MM. _Jay_, _Chambolle_ et _Léon Faucher_.
Du reste, on peut voir par les clameurs des journaux,--en quoi je leur reprocherai de manquer d’adresse,--ce que ces braves papiers entendent par la liberté. Ils ont commencé par demander qu’on ne fût pas forcé d’aller à la messe, et ils avaient raison;--maintenant ils ne veulent plus permettre qu’on y aille;--en quoi j’ai raison, à mon tour, quand je dis que tous ces fervents apôtres de liberté n’attaquent les tyrannies et les abus--que comme on attaque certaines villes, non pour les détruire, mais pour s’en emparer et s’y installer à leur tour.
Au commencement de la saison, du reste,--on aurait dit que Dieu allait célébrer sa fête lui-même en se donnant un petit régal de vengeance. Les fleuves sont sortis de leurs lits et ont un moment supprimé des provinces tout entières,--puis, un peu plus tard, avec une ironie plus poignante, il a fait retirer les fleuves et a livré les hommes à des adversaires grotesques: il a paru un instant que les hannetons et les chenilles allaient manger en herbe les fruits et les moissons; et je ne sais alors ce qu’eussent fait les hommes--quelque protégés qu’ils eussent été par les carrés de papier auxquels ils sont abonnés:--_ne pas oublier de renouveler avant le 15 courant_.
[GU] On a joué avec grand succès, à l’Opéra, un très-joli ballet de MM. Th. Gautier et Saint-Georges,--sous le nom de _Giselle_ ou _les Willis_.--On a applaudi avec raison un clair de lune de M. Cicéri.--Je ne vois pas pourquoi je ne dirais pas que j’ai publié, il y a sept ou huit ans,--dans un volume appelé _Vendredi soir_,--un petit roman d’une vingtaine de pages sur cette tradition allemande.
[GU] On dit que M. Ancelot est fâché d’être de l’Académie.--Il ne peut plus se mettre sur les rangs, lui qui en avait une si longue habitude, qu’apprenant la mort de M. de Cessac, il a fait une visite à M. de Pongerville, et que ce n’est qu’après un quart d’heure de conversation qu’il s’est rappelé tout à coup qu’il n’avait plus rien à demander à son mielleux confrère.
[GU] Sitôt qu’il y a de l’argent quelque part, il se rue dessus une foule avide et insatiable.--A peine le crédit a-t il été accordé au ministère pour les dépenses de la cérémonie funèbre de Napoléon,--que les prétentions les plus saugrenues sont arrivées au ministère de l’intérieur.
Tel veut qu’on lui rembourse le bénéfice qu’il a manqué de faire ce jour-là.--Du Havre à Paris, tous les maires font des réclamations pour leur commune et demandent des indemnités.--Ici, une cloche a été fêlée par un sonneur trop enthousiaste: là, le marché a été dépavé par la foule accourue sur le passage du convoi.
[GU] On cite un monsieur qui demande une indemnité pour son habit déchiré dans la foule.
L’administration de l’Hôtel des Invalides demande sept à huit mille francs pour restaurer l’orgue de son église,--engorgé,--dit-elle,--par la poussière de la cérémonie.
Or, nous savons que cet instrument est depuis dix ans dans un tel état, qu’on n’a pas pu s’en servir une seule fois,--et l’invalide qui remplissait les fonctions d’organiste a été enterré il y a cinq ou six ans sans qu’on ait songé à le remplacer.
[GU] Depuis la mort de M. de Cessac,--les sollicitations académiques ont recommencé.
Un ministre a envoyé une personne de confiance à un des quarante--pour le prier de ne pas promettre sa voix.
L’académicien a répondu au messager du ministre: «Vous direz à Son Excellence que j’ai pour elle la plus haute considération,--que je suis son tout dévoué serviteur, que je voterai comme elle le voudra,--qu’il faut qu’elle m’envoie mille francs.»
[GU] Il y a quelques jours, un assassin était sur le banc de la cour d’assises.--Les jurés, après une absence de quelques minutes, viennent dire que l’accusé est coupable,--et cette fois, par hasard, sans circonstances atténuantes.--Il est condamné à mort.--A ce moment, un brave homme, dans l’audience, tombe subitement frappé d’apoplexie.--On s’empresse,--on le ramasse,--on l’entoure, il est mort. «Est-ce le père de l’assassin?--Non, il est plus jeune que lui.--Est-ce son fils?--Non, il est presque de même âge.--Est-ce son ami?--Nullement, dit un jeune homme en perçant la foule, il ne le connaissait pas,--c’est un curieux comme vous et moi.»
C’était, en effet, un homme condamné à mort par le sort commun de tous les hommes, qui n’admet pas de circonstances atténuantes.
Justice humaine,--pauvre chose! la plus forte peine qu’elle puisse imposer est une peine que tous subissent fatalement, et les innocents qu’elle absout aussi bien que les criminels qu’elle condamne.
[GU] A propos de circonstances atténuantes,--le jury de la cour d’assises du Cantal vient de les appliquer avec un discernement égal à celui du jury de la Seine.
Un homme de cinquante ans, ayant déjà subi six condamnations, se prend de querelle avec ses deux beaux-frères, et, en plein jour, les tue tous les deux à coups de fusil,--menace les témoins, dont un est son beau-père, de leur faire subir le même sort, puis retourne à son village, raconte, à qui veut l’entendre, le crime qu’il vient de commettre.--Le soir, il force un des habitants de lui donner une lanterne, avec laquelle il va froidement considérer ses victimes pendant plus d’une heure. Le jury du Cantal a vu là des circonstances atténuantes.
Décidément ceci est par trop...--Comment! l’assassin condamne, de son chef, deux hommes à mort,--et lui en est quitte pour les travaux forcés!--Toutes ces décisions forment autant d’encouragements dont on n’hésite pas à profiter.
[GU] Un condamné politique, M. Charles Lagrange, soumis à la surveillance,--s’est occupé à Mulhouse d’industrie et d’affaires.--Aujourd’hui il arrive à Paris avec un passe-port en règle, voyageant pour faire des observations dont il est chargé par une compagnie sur le chemin de fer de Rouen.--On l’arrête pour rupture de ban et on lui fait un procès.--C’est une sottise:--un homme qui travaille, un homme qui s’occupe activement de gagner sa vie, n’est pas un homme dangereux.--Il vaut bien mieux voir vos ennemis politiques prendre ce sage parti que de les tenir en prison.--C’est mille fois plus sûr pour vous.--Mais vous faites de la rigueur excessive, aussi bien que de la faiblesse extrême, toujours à contre-temps.
[GU] M. Garnier-Pagès est mort;--c’était un homme d’esprit et de talent,--qui a montré, en outre, de l’énergie, de la bonne foi et de la loyauté, en se séparant des hommes et des journaux de son parti au sujet des fortifications, contre lesquelles il s’est courageusement élevé, au risque de perdre une partie de sa popularité; seule et triste récompense des luttes qui ont usé le peu d’existence que la nature lui avait donnée.--L’autorité a sagement évité toute manifestation de force militaire au convoi du député du Mans,--où tout s’est passé avec ordre et décence.
[GU] Mon ami *** rentrait tard chez lui,--près de la Madeleine; il voit un enfant qui pleurait près d’un tas noir.
--Qu’as-tu, petit?