Part 33
Je ne me sens pas, à beaucoup près, aussi impressionnable que messieurs les honorables, et je me vois forcé d'attribuer une immense puissance au débit, à la voix et aux gestes des orateurs.
Et tous ces discours qui ont produit tant d'effet à la Chambre, me semblent alors «les carcasses d'un feu d'artifice tiré, avec ses fusées vides et ses bombes crevées.»
[GU] Le parti de M. Thiers a des déserteurs qu'il serait trop long de compter. Il y a, à la Chambre, comme partout, un très-grand nombre de gens fermes et immuables dans leurs convictions, que rien ne peut ébranler, et qui sont invariablement dévoués au _pouvoir actuel_.--Fermes appuis de M. Thiers, qu'ils étaient récemment, ils donnent aujourd'hui leur concours à M. Guizot, et sont prêts à le donner à M. _Barrot_,--s'il devient, un de ces jours, _pouvoir actuel_ à son tour.
Le parti doctrinaire, dont M. _Guizot_ a été si longtemps le chef, a perdu MM. _Duvergier de Hauranne_--_de Rémusat_,--_Jaubert_,--et _Piscatory_, qui ont passé à l'admiration de M. Thiers.
La position parlementaire perdue, il faut la refaire par la presse. De ces quatre messieurs, deux savent écrire;--ils ont été incorporés au _Siècle_ sous M. le lieutenant général Chambolle.
M. Duvergier de Hauranne va rarranger, pour le théâtre de la Renaissance, quelques-uns des vaudevilles de sa jeunesse, si injustement sifflés sous leurs anciens titres de _Une visite à Gretna-Green_,--et _l'Amant comme il y en a peu_.
Il est fâcheux pour ces messieurs que ce ne soit pas au moment de l'avénement de M. Guizot qu'ils se soient séparés de lui:--leur scission aurait eu un éclat de désintéressement en faveur de M. Thiers, qu'elle n'a pas eu au moment où il est rentré aux affaires.
[GU] Le ministère du Ier mars avait cet avantage sur S. M. Louis-Philippe, que tous les soirs deux étoiles s'allumaient pour lui. Ces deux étoiles étaient deux lanternes qui servaient d'enseigne aux deux journaux du soir, le _Messager_ et le _Moniteur parisien_.--Ces journaux, tous deux honorés des communications officielles,--disaient absolument la même chose; aussi, tandis qu'on se demandait: «A quoi servent donc au ministère deux journaux du soir?» chacun des deux journaux se demandait à quoi servait l'autre.--Le ministère Soult-Guizot a pris le parti de supprimer à l'un des deux et son appui et ses communications et surtout sa subvention. On a longtemps hésité entre M. Brindeau et M. Beaudoin,--rédacteurs en chef de ces deux feuilles sans rédaction.--M. Brindeau, il est vrai, a pris dans le fameux procès Gisquet une position d'homme vertueux qui rend son concours d'un excellent effet pour un gouvernement;--mais M. Beaudoin a retrouvé en 1830--des drapeaux tricolores qu'il avait cachés dans sa cave. M. Brindeau est plus homme du monde,--M. Beaudoin est plus homme d'affaires.--M. Beaudoin a la croix d'honneur, M. Brindeau porte des transparents rouges.
Après de longues délibérations, on a soufflé la lanterne de M. Beaudoin.
[GU] On lit dans le journal l'_Abbevillois_:
«L'observation faite par l'auteur des _Guêpes_, que le plus sûr moyen d'empêcher la fraude dans la vente du pain était d'en taxer les diverses qualités au kilogramme, a porté ses fruits: M. le préfet de police de Paris vient de prendre un arrêté qui prescrit la taxe et la vente du pain au poids.»
Mais voici qu'aujourd'hui on me fait remarquer que, depuis cette ordonnance,--les boulangers vendent du pain qui n'est pas cuit.
[GU] On assure que sous beaucoup de rapports le roi est très-ignorant de ce qui se passe,--et qu'on lui fait croire de singulières choses,--entre autres, que les écrits de M. de Cormenin sur la liste civile ont excité contre le vicomte de lettres une telle indignation, que le peuple lui jette des pierres dans la rue.
Quelques jours après l'attentat de Darmès, comme on prononçait devant le roi le nom de M. de Cormenin:
«Ce pauvre M. de Cormenin, dit Sa Majesté, il paraît qu'il est comme moi, qu'il ne peut plus sortir.--Il fait un temps affreux; eh bien! je ne puis m'empêcher de porter envie à ceux qui se crottent tranquillement dans les rues.»
[GU] Le jour où le canon a annoncé que la duchesse d'Orléans venait d'accoucher,--quelqu'un a dit: «Voyez les Parisiens, comme ils sont contents!--C'est un prince de plus... à outrager... à chasser.»
En effet, dès le lendemain, certains journaux attaquaient déjà le duc de Chartres sur ses manières... de naître.--Il n'avait encore fait que cela.
Un libraire a profité de ce que M. de Chateaubriand avait donné de l'eau du Jourdain pour le baptême du duc de Chartres--pour annoncer les œuvres complètes de l'auteur de René.
[GU] La reine d'Espagne, Christine, est à Paris,--où le roi Louis-Philippe l'a parfaitement reçue;--c'est une belle personne,--un peu trop grosse, mais ses yeux ont une remarquable intelligence.--Ses adieux aux Espagnols, qui ont été publiés par les journaux, sont d'une grande éloquence.--Elle voulait aller en Italie--et le général d'Houdetot a eu quelque peine à la décider à venir à Paris.--Il est vrai de dire qu'en fait de gouvernement constitutionnel,--pour se servir d'une expression populaire:--_elle sortait d'en prendre_.
[GU] Il y a au ministère de l'intérieur un bureau qui s'appelle bureau de l'esprit public.--C'est de ce bureau que partent des instructions, des discours et des articles tout faits pour les journaux de Paris et de la province et pour messieurs les préfets des départements.
Ce bureau, depuis l'avénement de M. Duchâtel, n'est pas encore organisé.--M. Duchâtel a fait prévenir par le télégraphe M. Malacq, qui était en province, qu'il eût à revenir promptement prendre la direction de l'_esprit public_, dont mademoiselle Rachel avait fait l'intérim.
D'un autre côté, M. Villemain, qui, par respect pour la hiérarchie, ne veut pas influencer le choix de M. Duchâtel, a cependant promis au maréchal Soult de surveiller un peu l'orthographe des défenseurs du ministère. Il a proposé un grand cabinet où l'on ferait de la polémique d'avance à l'usage des départements.--Ce cabinet serait mis sous la direction de M. Lerminier,--ce jeune savant qui, placé dans sa chaire par la volonté d'un ministre, n'en est sorti que par la force des pommes cuites et autres.
Ce choix étonne d'autant plus certaines personnes, que M. Villemain est un homme d'esprit, qui sait dans l'occasion sacrifier aux grâces comme aux muses.
[GU] Une guêpe, qui était partie dans les vergues de la _Malouine_, revient après un long voyage et me dit: «Quel charmant talent que celui de ton ami Dumas!--quelle verve entraînante!--Mais pourquoi parle-t-il quelquefois de choses qu'il ne connaît pas?--Ainsi, vois par exemple le _Capitaine Paul_, 1er volume:
_Hauteur et finesse des mâtereaux_. (Page 20.)
Qu'est-ce que des mâtereaux? ce sont les pièces de bois avec lesquelles on fait les mâts légers; mais appeler mâtereaux des mâts, c'est comme si on appelait une corde un _chanvre_.
(Page 24.) _Une barque conduite par six rameurs_; le mot barque est inintelligible pour un marin quand il s'agit d'un canot, d'une embarcation.--Le mot _rameur_ s'employait lors du bon temps des galères; mais, depuis, on dit _canotiers_, _avirons_, _nager_, au lieu de _ramours_, _rames_ et _ramer_.
(Page 79.) _Le matelot placé en observation_, ou plutôt, comme on le dit toujours, le _matelot de vigie_, ne crie: _Une voile_! que dans les navires de Robinson Crusoé; à bord des autres bâtiments, il crie: _Navire_!
(Page 88.) _Le navire en mer était un peu plus fort que la frégate l_'Indienne, _et portait trente-six canons_; comme dans la page 103 il est dit que c'était un brick, il en résulte que le brick était d'abord de trente-six canons, ce qui ne s'est jamais vu et ne se voit pas encore, attendu que les plus grands bricks sont de vingt pièces, et qu'ensuite ledit brick était plus grand qu'une frégate, ce qui se voit encore moins.
(Page 99.) Toute la _voilière_ du grand mât endommagée. Qu'est-ce que la _voilière_?
(Page 102.) _Le grand mât du drake tombe comme un arbre déraciné_.
Alors, comment l'_Indienne_, abordant ledit drake par la hanche de bâbord,--c'est-à-dire sur l'arrière du grand mât, peut-elle engager ses vergues dans les vergues du brick de trente-six canons, son ennemi, dont le grand mât n'est plus debout?
Et la guêpe s'envola,--en faisant avec ses ailes un petit bruit d'_et cætera_.
[GU] A chaque instant, on apprend quelque nouvelle évasion des bagnes.--Depuis peu de temps, neuf forçats ont quitté _clandestinement_ le bagne de Rochefort.--Joignez à cela les circonstances atténuantes qui envoient aux bagnes des gens qui méritent mieux que cela, et vous ne pourrez voir sans inquiétude rentrer dans la _société_ des gaillards qui ne sont pas destinés à en faire l'ornement.
[GU] A la chute du ministère du 1er mars,--il était à présumer qu'on suspendrait les travaux des _forts détachés_. En effet, c'était en vue de la guerre que l'on fortifiait Paris, et le nouveau ministère détruisait les chances de guerre.--Cependant, on a continué à travailler et surtout à faire des marchés, dont quelques-uns sont au moins singuliers.
Ainsi, les travaux de Noisy, sous prétexte de _soumission au rabais_, ont été adjugés à M. Benoît, moyennant une _augmentation_ de vingt-deux pour cent sur le devis.
Tandis qu'à Charenton M. Lebrun les a eus à sept francs trente-trois centimes de rabais, ce qui fait que le mètre de maçonnerie qui coûte vingt francs à Charenton coûte vingt-six francs à Noisy.
[GU] Pendant la lecture de l'adresse à la Chambre des députés--_une voix_ a bien voulu emprunter quelques mots aux _Guêpes_--au moment où le président est arrivé à cette phrase: «_Si notre territoire est menacé_.» M. Barrot s'est écrié: «_Oui, quand on sera à Strasbourg_.»
[GU] Attendu que, sous le _ministère parlementaire_, on a tout fait sans le concours des Chambres--et qu'il ne leur reste plus qu'à approuver des mesures et des dépenses qu'on a eu soin de trop avancer pour qu'on puisse revenir dessus aujourd'hui,--il était à craindre que nos honorables représentants ne fussent embarrassés pour occuper la session.
Mais un député a fait une découverte qui doit nous rassurer à ce sujet.
Depuis longtemps on sentait un embarras financier sans en pouvoir apprécier et définir les causes. L'opposition se plaignait d'un scandaleux gaspillage des deniers publics.--Les ministères qui se succédaient gémissaient de l'insuffisance du budget.--On n'avait d'argent ni pour exécuter de grands travaux, ni pour fonder des entreprises utiles.--Les plus forts économistes de la Chambre y perdaient leur latin.
Mais M. Chapuys de Montlaville a mis le doigt sur la blessure.--Il a découvert qu'il y a quelque part, dans un village des Basses-Pyrénées, un greffier de justice de paix qui grève indûment le budget de cent francs par an.
Ce fait va être dénoncé à la Chambre, et tout porte à croire qu'on fera justice de la rapacité du greffier. Par suite de quoi tout ira le mieux du monde.
[GU] A une des dernières séances de la Chambre des députés--quelqu'un disait ce que _Scaliger_ disait des Basques, dont le patois l'étonnait un peu: «_On assure qu'ils s'entendent entre eux, mais je n'en crois rien_.»
[GU] Plusieurs journaux et plusieurs personnes de la cour ont cru imaginer une flatterie gracieuse--en rappelant, à propos du voyage que la reine d'Espagne a fait à Fontainebleau,--le séjour qu'y a fait autrefois une autre reine et une autre Christine,--qui y fit assassiner son amant, Monadelschi,--et qui, bien plus encore,--parlait latin, était fort laide--et s'habillait presque _en hussard_.
[GU] M. Thiers et le gouvernement avaient les idées les plus fausses sur la situation de l'Égypte et sur la puissance du pacha.--M. Cochelet était là et n'y voyait rien. M. Drovetti, qui n'a jamais eu une position officielle, était mieux éclairé.--Ainsi, un jour, à _Auteuil_, tandis que M. Thiers se livrait à des développements de théories singulières à propos de l'Égypte, M. Marochetti, le sculpteur, qui est très-familier dans la maison et qui a été renseigné par M. Drovetti, disait à demi-voix à une autre personne: «Mon Dieu, comme on le trompe!»
[GU] Pour les fêtes des _Cendres de l'Empereur_,--on annonce que l'on chantera une messe de Chérubini,--_la même_ qui a été chantée à la mort de Louis XVIII.--Il semble qu'on aurait bien pu faire pour Napoléon les frais d'une messe neuve, qui n'eût pas servi.--Les héros ne sont pas si communs,--et, grâce au gouvernement constitutionnel et à la presse,--deux choses puissantes sans être grandes,--envieuses et aimant à rapetisser,--ils sont aujourd'hui à peu près impossibles.
Si cependant on ne pouvait faire autrement que de lui donner une messe d'occasion,--il y eût eu plus de convenance à ne pas prendre précisément la messe faite pour Louis XVIII.
[GU] M. Thiers va décidément écrire son histoire du consulat.--M. Thiers écrit l'histoire comme il la fait,--c'est-à-dire qu'il oblige les faits à entrer bon gré, mal gré, dans les nécessités d'une idée plus ou moins fausse qu'il s'est formée d'avance.--Cette période si courte n'aura pas moins de dix volumes.
[GU] M. Vivien, à sa sortie du ministère, s'est fait inscrire sur le tableau des avocats.--Il est à la fois ignoble et immoral qu'on ait retranché la pension de vingt mille francs qu'on donnait autrefois à un ministre.--Un ministre sans fortune est placé entre deux nécessités.--Il faut qu'il se _fasse_ de quoi vivre pendant qu'il est aux affaires,--ou qu'il rentre tristement dans une carrière abandonnée et souvent perdue. Ainsi, je ne confierais pas une affaire importante à M. Vivien, qui serait obligé de la plaider devant des juges auxquels, pour la plupart, il est impossible qu'il n'ait pas eu quelque chose à refuser pendant qu'il était au pouvoir.
[GU] Deux élections vont avoir lieu à l'Académie,--par suite de la mort de MM. Pastoret et Lemercier.
M. Guizot met en avant MM. Hugo et de Saint-Aulaire.
M. Thiers, continuant sa rivalité,--pousse MM. Berryer et Casimir Bonjour.
[GU] Le ministère a causé un assez grand scandale par la destitution de M. Jourdan, directeur des contributions directes,--pour donner une place à M. Legrand (de l'Oise), député--et seulement parce qu'il est député.
[GU] M. Legrand est de cette opinion insaisissable qu'on appelle le tiers parti,--qui n'assiste pas à la Chambre dans les occasions graves,--ou va se rafraîchir à la buvette.--M. Legrand se fait de temps en temps hisser à quelque chose tout en faisant destituer quelqu'un.--On l'a vu successivement devenir secrétaire général du commerce, auquel il n'entend rien,--et faire destituer M. Marcotte,--brave fonctionnaire du côté droit,--plus tard, M. Bresson, digne fonctionnaire du juste milieu,--aujourd'hui, M. Jourdan, vieux patriote de 89 et rédacteur du _Moniteur_.
[GU] M. Thiers et M. Barrot chantent la _Marseillaise_ et ne s'en tiennent pas là.
Ils obtiennent dans certains journaux et auprès de beaucoup de gens un grand succès avec des phrases qui rappellent beaucoup les couplets que chantait Lepeintre aîné en 1821, à l'époque où il y avait dans tous les vaudevilles un soldat laboureur qui disait:
Et, s'il le fallait pour la France, Je repartirais à l'instant.
Ou bien:
Je repartirais à l'instant, S'il le fallait pour la France.
Que l'on variait en disant:
Et s'il le fallait à l'instant, Je repartirais pour la France.
Après le discours de M. Barrot, surtout,--on fredonnait dans la Chambre ce couplet d'Henri Monnier:
Ami certain de la valeur, Fidèle amant de la victoire, Il eut pour marraine la gloire, Et pour père le champ d'honneur.
Je suis peu fier d'être à peu près Français quand je songe qu'il y a tant de gens qui ne s'aperçoivent pas que tout cela est parfaitement ridicule.
On ne s'épargne les reproches d'aucun genre. «Vous, vous êtes allé à Gand,» dit-on à M. Guizot.
«Oui, mais vous, vous avez été volontaire du drapeau blanc,» répond M. Guizot à M. Barrot.
«Vous déshonorez la France,» dit M. Thiers.
«Vous avez gâté sa fortune,» répond M. Villemain pour M. Guizot.
Voilà ce qu'il y a de triste et d'embarrassant dans ces débats:--c'est que M. Thiers et M. Guizot ont parfaitement raison l'un et l'autre dans les reproches qu'ils s'adressent.
D'une part,--M. Guizot a bien l'air d'avoir joué M. Thiers pendant son ambassade à Londres;--et la visite faite au roi à Eu par le même M. Guizot a quelque droit de paraître à M. Thiers le commencement d'un accord contre lui,--ce qui est, à vrai dire, le fond et la cause de tout son grand ressentiment, bien plus que l'honneur du pays, la gloire de nos armées, etc., dont il se soucie médiocrement.
D'autre part, il est vrai que le ministère actuel, qui est _déterminé_ à la paix,--aura beaucoup de peine, non pas à la conserver,--mais à la conserver honorable,--les plus sages concessions ayant un air de lâcheté après les fanfaronnades et rodomontades qu'on a faites de tous côtés.
A quoi il faut ajouter que ces rodomontades sont du fait de M. Thiers.
De sorte qu'il faudrait repousser toute solidarité avec M. Thiers,--et ne pas reconnaître même qu'on lui succède,--mais reprendre les affaires au point où les avait laissées le ministère du 12 mai.
La raison et tous nos intérêts conseillent la paix;--mais la paix sera humiliante et honteuse,--à moins que les représentants du pays ne protestent par un blâme sévère contre la conduite de M. Thiers pendant son ministère.
[GU] Rue Saint-Georges, cour remarquable par une grande facilité de langage,--on a une manière bizarre de répondre aux objections:--tout le monde est _un polisson_. On assure que cette qualification a été appliquée à M. de Metternich.
[GU] On ne sait pas encore _le mot_ d'une bouffonnerie par laquelle M. Delessert, préfet de police,--a sommé par huissier deux journaux--le _National et le Commerce_,--d'avoir à rectifier une erreur commise dans le compte rendu d'un discours de M. Guizot,--en vertu de l'article 18 de la loi du 9 septembre.
Voici quelle était cette erreur: le _National_ et le _Commerce_ avaient imprimé _méchamment_:
«_La paix partout, la paix toujours_.»
Tandis qu'au contraire,--M. Guizot avait dit à la tribune:
«_La paix partout, toujours_.»
[GU] DÉNONCIATION CONTRE LES DIRECTEURS DU MUSÉE.--Après les premières campagnes d'Italie, les tableaux qu'on transporta à Paris arrivèrent, pour la plupart, dans un tel état de détérioration, que d'abord on les regarda comme irréparables.
M. Denon fut chargé par le gouvernement d'en tenter l'essai. M. Denon s'entoura de ce que l'école française comptait de grands talents; et ce fut avec le concours de Gros, de Girodet, de Gérard et de quelques autres qu'il entreprit cette difficile opération, blâmée tout d'abord par le public, qui criait au sacrilége de ce qu'on osait toucher à ces reliques.
Un procédé de nettoyage fut adopté, et l'on exposa publiquement plusieurs tableaux nettoyés à moitié.
Cette exposition satisfit complétement. Ces hommes habiles firent _eux-mêmes_ les restaurations, et la France posséda le plus beau musée du monde et celui où les tableaux étaient dans le meilleur état.
Canova lui-même, chargé par les puissances alliées, en 1815, de présider à notre dépouillement, convenait qu'il y avait une sorte de profanation à détruire une chose aussi complète et dont la plupart des pages importantes avaient été ressuscitées par les soins et le talent de nos artistes. Après 1815, M. de Forbin fut nommé directeur général des musées royaux.
Depuis vingt-cinq ans tous ceux qui sentent la peinture voient chaque jour détériorer notre précieux reste de collection, à ce point qu'on le croirait livré à une secte d'iconoclastes qui travaillent incessamment à l'anéantissement des bons modèles.
Les moyens conservateurs qui sont d'un effet lent, mais certain, ne conviennent pas à l'entreprise, qui cherche un bénéfice sur les travaux qu'elle fait exécuter au rabais par ses badigeonneurs à la journée.
On récure avec l'_ammoniac_ ou l'alcali ces tableaux que l'on veut dévernir. On risque de les perdre comme on a fait d'un magnifique _Largillière_, que l'on a fait gercer à ne plus oser le montrer; mais cela va vite, cela suffit. Ou bien on accumule les uns sur les autres une multitude de vernis, dont on fait une croûte opaque qui empêche de voir le ton du maître. C'est ce qui arrive pour presque tous nos tableaux italiens. Ou pourrait, un par un, examiner tous les tableaux du musée du Louvre, et il ressortirait de cet examen la preuve de cette industrie coupable.
Sous le nº 94 du livret, qui représente le _Crucifix aux anges_, de Lebrun, vous verrez un des plus funestes exemples que je puisse citer, tant le côté gauche du tableau est couvert du plus pitoyable barbouillage.
Le nº 1304, l'_Expérience_, charmant tableau par Mignard, dont le ciel, entièrement refait par un infime talent, fait mal aux yeux par son manque d'air et le ton criard qui ôte toute l'harmonie de cette œuvre.
Le nº 184, qui est la ravissante _Sainte Cécile_ du même maître, est tacheté de mauvais repeints, heureusement dans les accessoires.
Mais que dire du nº 684, le _Triomphe de la Religion_, par Rubens? L'aspect de ce tableau dans l'état où on l'a mis justifie toutes les expressions de dégoût et de colère que l'on peut employer. Ce tableau est maculé de la manière la plus incroyable; une barre épaisse, et plus grossièrement mastiquée que par le plus maladroit des vitriers, le traverse par sa moitié, et un barbouillage d'un ton faux est frotté négligemment sur les épaisseurs, de façon à en faire mieux voir la grossièreté. S'il y a un motif ou une excuse à un pareil fait quand on a à sa disposition tous les moyens connus, et qu'il y a dans un pays des hommes de talent, il faut se hâter de le faire connaître, sous peine d'encourir le blâme le plus énergique.
On peut en dire autant du Jules Romain nº 1073, la _Nativité_, tableau fendu et qui se perd faute de soin; des affreux repeints du _Jupiter et Antiope_, du Corrége, nº 955, et de tant d'autres! Mais que faire et que dire contre une administration et une agglomération de médiocrités qui vivent dans l'abondance de cette exploitation, et dont l'existence dépend du succès de leur guerre à tout ce qui est intelligence et progrès!
M. de Forbin est le directeur des musées, MM. de Sénonne et Granet sont les cornacs de cette ménagerie mâle et femelle de barbouilleurs à la journée, qui se ruent sur les tableaux pour faire curée de chaque jour; et comme tout cela occupe toutes les issues, cultive toutes les protections et accapare tout, cela a toutes les chances de durée. En voulez-vous un exemple? Un homme animé du sentiment des arts a trouvé un moyen de nettoyer les tableaux vernis, sans nuire à l'éclat du vernis, ce qui est d'un avantage immense pour la conservation de la peinture, puisque, une fois bien vernis, on peut ne jamais dévernir. Cet homme a cédé à la sollicitation d'un des membres de l'Académie et a soumis son procédé à l'examen de la section de peinture. L'expérience est venue justifier tous les désirs de l'inventeur, et l'on a, séance tenante, résolu qu'un rapport favorable serait fait. Mais qu'est-il arrivé? On a réfléchi qu'une pareille attestation pourrait mener à une application aux tableaux du musée et dérangerait l'exploitation si productive de messieurs tels et tels; et l'Institut a _naïvement_ fait écrire, par son secrétaire, que la commission nommée pour examiner ce procédé, n'étant pas suffisamment éclairée, n'avait pas décidé qu'elle ferait un rapport. La logique conduisait naturellement à un nouvel examen si le premier ne suffisait pas; mais l'Institut est au-dessus de ces misères.
[GU] C'est une singulière société que celle-ci,--où la bourgeoisie qui est arrivée à tout,--qui est comblée de tout,--loin de songer à défendre sa conquête,--n'a pu perdre sa vieille habitude de crier.
TYPE.--M. Ganneron--que le gouvernement actuel a trouvé épicier,--et qui est devenu.