Part 31
A celle du _naufrageur_ des côtes de l'Armorique,--qui, par des fanaux trompeurs, attire sur les récifs--un vaisseau chargé d'or,--qui y périra avec ses richesses--et ses passagers,--pour que de ses débris le naufrageur retire une ou deux planches pour réparer le toit de sa cabane.
Ils sont semblables à un homme qui mettrait le feu à la maison de son voisin--pour se faire cuire à lui-même un œuf à la coque.
[GU] J'avouerai aussi que je ressens d'ordinaire un enthousiasme fort modéré à l'avénement d'un nouveau ministère, quand je songe que, vu le cercle d'une trentaine d'hommes dans lequel on prend toujours les ministres,--chacun des arrivants a déjà au moins une fois été rejeté comme incapable ou pis que cela.
Ainsi, dans le nouveau ministère, composé de MM. _Soult, Martin (du Nord), Guizot, Duchâtel, Cunin-Gridaine, Teste, Villemain, Duperré, Humann_, M. Soult a été antérieurement ministre trois fois,--M. Guizot, trois fois,--M. Duchâtel, deux fois,--etc., etc.;--c'est-à-dire qu'ils ont été deux fois,--trois fois renversés sous les accusations les plus graves.
[GU] Pendant ce temps, le peuple, sous prétexte d'émancipation et d'instruction,--est devenu l'esclave obéissant des différents carrés de papier qui se publient sous le titre de journaux.--Le peuple s'agite, est mécontent,--malheureux,--sent de nouveaux besoins et perd d'anciennes ressources;--tout le monde l'égare--et le trompe,--et à force d'excitations,
Le peuple le _plus gai_ et le _plus poli_ de la terre n'est pas bien loin d'en devenir le plus misérable et le plus sauvage.
Dans l'espace d'un mois,--deux cents hommes ont assassiné le sergent de ville Petit.--Darmès a tiré un fusil chargé à mitraille sur un vieux roi, et sur sa femme et sa sœur.--Un ancien soldat, Lafontaine, s'avançant seul, sans armes, avec des paroles de paix, au-devant d'une foule furieuse, a été lâchement frappé par derrière d'un coup de couteau.
[GU] La forêt de Bondy ne sert plus d'asile au moindre brigand; la forêt Noire elle-même n'est plus fréquentée que par d'honnêtes charbonniers et de plus honnêtes fabricants de kirschenwasser, qui s'occupent à cueillir des merises sauvages. Le passage le plus périlleux que l'on connaisse aujourd'hui est le trajet des Tuileries à la Chambre des députés.
[GU] Le nouveau cabinet se compose de débris des divers cabinets précédents.--Ses partisans l'appellent--_ministère de réconciliation_.--Ses adversaires,--_ministère de l'étranger_.--Ceci est le cri de ralliement.
[GU] Le parti conservateur considère le nouveau ministère comme une des dernières cartes qui lui restent à jouer contre une révolution anarchique.
Le parti, dit du progrès, concentre ses forces et annonce qu'il ne soutiendra plus un ministère qui ne sortira pas de ses rangs.--On prend du champ et on se prépare à une grande bataille.
Il y a à l'Opéra une demoiselle _Albertine_ dont j'ai déjà eu occasion de parler;--on la désigne dans les coulisses sous le nom de Fénelon--à cause qu'elle s'est chargée de l'éducation des princes.
[GU] M. Gouin--qui était ministre, il y a quelques jours,--en voyant les falaises du Havre, s'est écrié: «Que d'argent il a fallu pour exécuter de tels travaux!»
[GU] A propos des fortifications de Paris qui ne peuvent être terminées avant six ou huit ans,--on rappelle ce seigneur avare qui, apprenant que ses pages manquaient de chemises,--se sentit touché de compassion. «Vraiment,--dit-il,--ces pauvres enfants!--Il fit venir son jardinier et lui ordonna de semer du chanvre.--Quelques-uns des pages ne purent dissimuler un sourire. «Les petits coquins! s'écria le seigneur, ils sont bien contents,--ils vont avoir des chemises.»
[GU] M. Thiers prend tous les jours des leçons de tactique avec le colonel Chalander.--Il paraît que le ministère du 1er mars,--qu'on avait appelé _Mars_ Ier, se prépare à commander un jour nos armées.--Les petits soldats de plomb sont hors de prix.
[GU] Lors de l'ambassade de Perse,--M. de Sercey, près d'arriver, s'aperçut qu'il n'avait aucun présent à offrir au shah.--Comme il parlait de son embarras à ce sujet à un de ses secrétaires d'ambassade,--il avisa sur une table une paire de vieux pistolets montés en argent. «Qu'est-ce ceci? demanda-t-il.--Rien autre chose,--répondit le secrétaire, que de vieux pistolets à moi.
--Mais,--c'est que voilà mon affaire,--donnez-les-moi.
--Volontiers.
--C'est bien!»
Arrivé, M. de Sercey offrit au shah différentes bagatelles qu'il trouva à acheter,--et fit savoir indirectement aux officiers--qu'il y avait encore un présent;--mais un vrai présent,--quelque chose d'une valeur inappréciable, qu'on se déciderait peut-être à donner, quoiqu'on y tînt beaucoup:--des pistolets ayant appartenu à l'empereur Napoléon!--Ah! si M. de Sercey voulait les donner au shah... mais ce sera difficile;--cependant, il ne faut pas se désespérer.--Qui sait si l'ambassadeur ne se laissera pas toucher par de bons procédés?--Enfin, après de longs pourparlers,--de nombreuses hésitations,--de provoquantes coquetteries,--on a fini par donner au shah les pistolets du grand homme.
[GU] On faisait, devant M. de Balzac, un éloge mérité d'un de ses ouvrages: «Ah! mon ami,--dit le romancier à l'un des interlocuteurs, vous êtes bien heureux de n'en être pas l'auteur!
--Et pourquoi cela?
--Parce que vous pouvez dire tout le bien que vous en pensez,--tandis que moi--je n'ose pas.»
[GU] On a remarqué que, dans le conseil des ministres,--c'étaient le ministre de la guerre et le ministre de la marine qui se prononçaient pour la paix, tandis que le ministre du commerce demandait la guerre, qui tue le commerce;--le ministre des travaux publics demandait la guerre, qui interrompt les travaux;--le ministre des relations extérieures demandait la guerre, qui détruit toutes relations.
[GU] On assure que le roi a dit:--«Ah! on prétend que je veux la paix à tout prix;--eh bien! qu'on touche seulement à Strasbourg!»
[GU] Voici l'hiver:--les cerisiers abandonnent leurs feuilles jaunes au vent qui a déjà dépouillé les tilleuls;--le sorbier, bientôt, va seul garder ses ombelles de fruits rouges comme des grains de corail.--Dans une petite ville de la Creuse,--les _dames_ du pays s'occupent déjà d'organiser un bal au profit des pauvres;--les _patronesses_ ont pensé à un costume qui les fit reconnaître.--On est facilement tombé d'accord d'un nœud de ruban tombant sur l'épaule;--mais ce qui n'est pas facile de décider,--c'est la couleur de ce ruban.--La politique s'est glissée dans la question.
On ne peut adopter une couleur agréable à un parti sans exclure les autres de la fête, sans les mettre à la porte de la philanthropie. Le rouge est un symbole républicain. Le vert, le blanc appartiennent à l'opinion légitimiste, le violet est bonapartiste, le jaune est ridicule. On se rappelle les couplets qui se chantaient en 1815, et sur la mesure desquels on cassait les glaces du café de la Paix, du café Lemblin et du café Valois.
On entonnait sur l'air de la _Carmagnole_:
Que ferons-nous des trois couleurs? Le bleu c'est la candeur, Le rouge, la valeur, Le blanc c'est la bêtise, C'est la devise Des Bourbons.
Les gardes du corps répondaient:
Que ferons-nous des trois couleurs? Le rouge c'est le sang, Le bleu c'est les brigands, Le blanc c'est l'innocence, C'est la devise Des Bourbons.
Puis on prenait en chœur les tabourets, et on se fêlait la tête.
On a pensé un moment que le lilas pourrait réunir toutes les opinions et éluder la difficulté; mais plusieurs d'entre les dames patronesses ont trouvé dans leur teint des raisons suffisantes pour refuser formellement de mettre du lilas.
On a donc forcément abandonné le lilas pour passer au rose, et le rose a eu un moment du succès; mais deux des plus belles et des plus spirituelles d'entre les dames patronesses ont déclaré que les rubans roses sur une robe blanche étaient du dernier commun; que rien n'est si laid que le commun, et qu'elles ne pousseront pas la philanthropie au point d'être laides au bénéfice des pauvres.--Tout porte à croire que le bal n'aura pas lieu.
Il y a des personnes qui prétendent que ces bals au profit des pauvres devraient être appelés: _des pauvres au profit d'un bal_;--mais, quelque forme que prenne la charité,--il faut la bien accueillir et ne la point décourager.
[GU] Un homme qui parle de tout et n'a qu'un chagrin, qui est de ne pouvoir parler que de cela,--a quelquefois le malheur de mettre quelque confusion dans ce qu'il dit:--en annonçant le nouveau ministère,--il donnait les portefeuilles de la justice et du commerce à MM. _Martin Gridaine et Cunin_ (du Nord).
[GU] Dans le programme encore secret de la fête des cendres,--il est question de faire paraître tout à coup un homme à cheval dans le costume de l'empereur Napoléon;--cet homme, après être resté quelque temps en vue,--partira ventre à terre et disparaîtra.
Quelques personnes ont fait remarquer avec raison qu'à une époque comme la nôtre, il fallait être bien sûr de l'homme auquel serait confié ce rôle important.--Il est à craindre qu'il ne prenne son rôle au sérieux et se proclame empereur des Français.--Pour moi, je ne m'y fierais pas.
[GU] Je me suis plaint, dans un volume de _Guêpes_, d'un portrait qu'on a fait de moi et dont le seul aspect aurait pu m'exposer aux poursuites du parquet.--Voici l'histoire de ce portrait:
Il y a deux ans,--je crois,--M. Célestin Nanteuil fut envoyé chez moi pour je ne sais quelle galerie ou musée; je n'étais pas chez moi. Il m'attendit; une autre personne m'attendait également: tous deux trouvèrent un bon feu et des cigares.--Au troisième cigare, M. de Nanteuil toussa et dit:
--Il est onze heures et demie.
--Onze heures trente-cinq, dit l'étranger.
--Il n'arrive pas, dit M. de Nanteuil.
--Il n'arrive pas, dit l'étranger.
--Monsieur est homme de lettres?
--Non, monsieur, et vous?
--Je suis peintre, et je m'appelle Célestin Nanteuil.
--Ah! monsieur, j'ai vu de vous de fort jolies choses.
--J'en ai peut-être vu de vous aussi, monsieur.
--Monsieur, veuillez me donner du feu, mon cigare est éteint.
--Monsieur, très-volontiers.
--Je viens, dit M. de Nanteuil, pour faire le portrait de Karr.
--Il est fâcheux qu'il ne soit pas là.
--Euh! pas très-fâcheux!--Je l'ai vu plusieurs fois, et je le ferais, à la rigueur, de mémoire.--Il n'y a qu'une seule chose qui m'embarrasse; je ne sais pas s'il a les cheveux longs ou courts.
--Très-courts.
--Très-bien!--Ah! voici sa robe de chambre, probablement.
Et M. de Nanteuil avise une sorte de froc en velours noir.
--Je vais toujours dessiner la robe de chambre.
La robe de chambre fut mise sur une chaise,--mais elle était vide, et les plis tombaient mal.
--Cela n'ira jamais.--Mon Dieu, monsieur, si j'osais...
--Osez, monsieur.
--Il s'agirait de rendre à moi et au maître du logis un petit service.
--J'aime beaucoup le maître du logis, et je serais enchanté d'être agréable à un homme de talent comme vous.
--Veuillez donc mettre cette robe de chambre pour que les plis fassent mieux.
--Très-bien, cela va à ravir;--voilà qui est presque fini. Il me semble que vous avez les cheveux à peu près de la couleur des siens.
--Les siens sont moins bruns.
--C'est égal, je puis toujours faire les cheveux.
--Voici les cheveux.--De quelle couleur a-t-il les yeux?
--Je ne sais trop, bleus ou verts.
--Ah diable! les vôtres sont noirs;--mais qu'est-ce que cela fait!
--Ah!
--N'a-t-il pas les moustaches un peu longues?
--Oui.
--Ma foi, ceci doit être ressemblant.
--A qui?
--A lui.
--Comment, à lui! c'est moi qui ai posé.
--C'est moins étonnant que si on n'avait pas posé du tout.--Attendez-vous encore?
--Oui, et vous?
--Moi, non; mon portrait est fini. Obligez-moi de dire à M. Karr que je l'ai attendu.
--Il sera désolé.
--Un peu de feu, s'il vous plaît.--J'ai l'honneur de vous saluer.
--Monsieur, votre serviteur.
C'est ce qui a donné l'idée au libraire d'en faire faire un autre. Je ne vous dirai pas toutes les opinions diverses de mes amis au sujet de ce portrait de Giraud,--qui est un excellent dessin.--Les uns me disent:
«Tu n'es pas flatté.
Les autres:--«Tu es bien plus laid que cela.»
--Ah! mon ami, vous étiez bien mieux ce jour où, sur la falaise d'Etretat,--assis près de moi sur la mousse...
--Je le crois bien,--madame,--mais je ne posais pas, ce jour-là,--et un portrait est toujours le portrait d'un homme qui pose.
[GU] M. Raspail a fait de belles choses!--Sa lettre bizarre, dans laquelle il accuse M. Orfila d'avoir lui-même empoisonné sinon M. Lafarge, du moins son cadavre, demandait une réponse.--M. Orfila répond par un cours contre madame Lafarge.--Chaque jour, publiquement,--il fait bouillir des chiens,--les uns empoisonnés, les autres étranglés, et il se livre à de longues séries d'expériences servant de _preuve_ à celles qu'il a faites à Tulle. Depuis un mois, plus de quinze cents chiens innocents ont été victimes de la discussion qui s'est élevée entre ces deux messieurs.
[GU] On m'écrit de Chartres pour me prier de détacher une guêpe sur la prison de la ville.
Voir le commencement du présent volume où il est expliqué que les pauvres _guêpes_ sont _in partibus infidelium_.
Ce n'est pas seulement à Chartres qu'existe l'abus dont on se plaint, c'est-à-dire un accroissement de peine qui ne se trouve dans aucun code ni dans le texte d'aucun jugement.--Les prisonniers et même les prévenus sont privés de tabac à priser et à fumer. Cette privation est si pénible pour beaucoup d'entre eux, qu'ils prisent du poivre qu'on laisse entrer sans obstacle.
[GU] On dit avec raison que, sous le gouvernement des hommes, ce sont les femmes qui gouvernent:--et que, sous le pouvoir des femmes, on est gouverné par des hommes.--En effet, si le ministère du 15 avril représentait mademoiselle Plessis, du Théâtre-Français,--celui du 1er mars est le règne de madame Dosne et de mademoiselle Fitzjames de l'Opéra;--avec le nouveau cabinet, mademoiselle Rachel rentre aux affaires.
[GU] Le métier de roi ne vaut plus rien:--le roi de Hollande a fait sa liquidation,--la royauté d'Espagne a fait faillite.--M. Mathieu de la Redorte, ambassadeur en Espagne, vient de donner au ministère la démission qu'il avait reçue des événements.
[GU] Le nouveau gouvernement espagnol a imaginé de tirer un parti avantageux des diverses croix,--ordres,--cordons,--toisons, etc., que le gouvernement de la reine Christine avait un peu prodigués.--On envoie à tous les dignitaires une petite note acquittée,--avec prière de la payer dans le plus bref délai, sous peine d'être dégradés.
Cette manière de distribuer des honneurs ressemble parfaitement à l'industrie des marchandes de bouquets du boulevard de Gand, qui jettent un bouquet dans votre voiture--ou le glissent dans votre gilet, et, à quelques pas de là, vont en demander le prix.
[GU] On a renoncé,--comme je l'ai fait remarquer plusieurs fois,--à appliquer la peine de mort aux malheureux que l'étourderie ou des folies de jeunesse ont poussé à empoisonner leurs parents.
Mais il est une chose qui devait échapper aux égards de la justice comme à la faveur royale,--une chose pour laquelle, loin d'abaisser la pénalité, on l'a encore aggravée.
Je veux parler de la mauvaise habitude qu'ont certaines personnes de secouer les tapis par les fenêtres; j'ai déjà dit avec quelle sévérité et quelle sollicitude on poursuit ce genre de délit.
Il serait à désirer que les citoyens voulussent bien se conformer aux ordonnances relatives à cette défense, et donner un peu de loisir à l'administration, qui, depuis bien longtemps, n'a pu s'occuper que des tapis, et semble négliger une foule de soins importants.
[GU] M. Sébastiani a été nommé maréchal de France le 21 octobre, c'est-à-dire le jour anniversaire d'un jour où il se laisse surprendre par les Cosaques et enlever cent voitures de bagages et cent prisonniers,--le 21 octobre 1812.
Les jeunes journaux rendent la vie bien amère à leurs anciens sur lesquels ils ont l'avantage de n'avoir pas d'antécédents.--Ils fouillent dans leurs vieilles années et en exhument des palinodies presque incroyables. Je ne connais rien de plus complet en ce genre que deux numéros de la _Gazette de France_, publiés le 20 et le 21 mars 1815, dans l'espace de vingt-quatre heures.
GAZETTE DE FRANCE.
_Lundi 20 mars 1815._
FRANCE.
M. le prince de la Tremouille est entré hier au soir, à huit heures et demie, dans nos murs. Ce prince a été salué par le _cri national de: Vive le roi!_ devenu le _cri de ralliement_ pour tout ce qui _porte un cœur français_.
On attend demain le duc de Bourbon. La vue de ce prince nous rappellera _quel est l'homme_ qui voudrait envahir l'héritage du _bon Henri_, et NOUS _serons glorieux de marcher_, s'il le faut, sous les ordres d'un descendant du grand Condé.
--Les 16, 17 et 18, les troupes de toutes armes, destinées à _marcher contre l'ennemi_, sont sorties.
_Bonaparte_, qui est parti d'Autun le 16, continue à répandre sur sa route le _mensonge_, la _corruption_, l'_appel au parjure_ et la calomnie.
Mais l'opinion le _repousse avec horreur_: la France ne voit en lui que la guerre civile et la guerre étrangère, qu'il traîne à sa suite; _elle se rallie tout entière_ au seul nom de ce roi qui lui a apporté la paix et la liberté. Elle unit son amour aux respects de l'Europe pour son auguste monarque! _elle combattra, elle vaincra_, et pour elle et pour lui.
_Le temps n'est plus_ où des agitateurs pouvaient compter sur la facilité du peuple français pour le séduire, l'entraîner _dans les plus affreux égarements_, et l'employer lui-même à opérer son propre malheur.
L'armée, _toujours fidèle à l'honneur, à son prince, à la patrie, ne servira point l'ambition de ses plus cruels ennemis! Elle servira jusqu'à la mort_ son souverain légitime.
GAZETTE DE FRANCE,
_Mardi 21 mars 1815._
EMPIRE FRANÇAIS.
Aujourd'hui, entre huit et neuf heures du matin, l'_empereur_, dont la marche a été retardée par l'_affluence immense_ du peuple accouru de toutes parts sur sa route, est descendu aux Tuileries. Il n'y a pas d'_expressions_ pour rendre l'_enthousiasme_ et les _acclamations des citoyens de Paris rassemblés_ dans les Tuileries, sur le Carrousel et dans tous les environs.
Le peuple a partagé tous les nobles sentiments des soldats.
Napoléon a débarqué avec une poignée d'hommes, il est vrai; mais à chaque pas, il a trouvé des _amis fidèles_ et des _légions dévouées_. Il lui a suffi de se présenter devant elles pour être à l'instant même reconnu et salué comme _leur empereur et leur père_, il lui a suffi de se présenter devant le peuple pour réveiller partout le _profond sentiment_ de la _gloire nationale_.
Hier encore on nous disait que l'_empereur Napoléon_ traînait à peine quelques hommes à sa suite, que la désertion régnait dans ses troupes, accablées de fatigues et exposées à tous les besoins. _Il faut plaindre ceux_ qui ont pu recourir à un pareil système le déception.
Partout les légions et le peuple réunis lui ont ouvert les portes des villes; offert leurs bras et leur courage. Oui, le mouvement qui vient d'éclater fait renaître les beaux jours où l'_armée et le peuple confondaient leur enthousiasme pour la liberté_.
_Ceux_ qui ont voulu faire _marcher_ nos soldats contre l'empereur ne connaissaient pas l'ascendant de la gloire sur les _cœurs français_.
Vous revoyez dans Napoléon celui qui, conduisant toujours nos phalanges à la victoire, éleva au plus haut degré la gloire des _armées_ et du _nom français_.
[GU] M. BERLIOZ ET LE FESTIVAL.--Je ne crois pas que jamais un homme ait eu à subir autant de contre-temps que M. Berlioz;--à son début, cependant, il fut soutenu par deux classes de gens: par de jeunes artistes qui voudraient voir détruire les règles pour n'avoir pas à les apprendre,--et par quelques journaux--ennemis de tout ce qui a forme ou figure de loi; celles de l'harmonie comme celles du code; comme celles du bon sens;--comme celles du savoir-vivre;--c'est ce qu'ils se plaisent à appeler leur indépendance.
Après des difficultés inouïes, surmontées avec courage, noblesse et persévérance,--M. Berlioz trouva MM. Léon de Wailly et Barbier, qui lui firent un opéra;--cet opéra, écrit par des hommes d'un talent réel,--avait, même pour nous, qui n'aimons pas la musique de M. Berlioz, d'incontestables qualités.
On promena M. Berlioz de l'Opéra à l'Opéra-Comique; on lui fit réduire sa pièce de trois actes en un, après quoi on la trouva trop courte.--On obtint de M. Armand Bertin, du _Journal des Débats_, qu'il consentirait à entendre quelques airs. M. _Armand Bertin_, gros homme assez commun, hocha la tête,--et M. Berlioz perdit tout espoir d'être jamais représenté.
Mais lors de _Quasimodo_, opéra de la fille du _Journal des Débats_, on eut un peu besoin de M. Berlioz, et on l'attacha au journal. De ce jour, toute sa destinée changea, tous les bonheurs lui tombèrent sur la tête comme des tuiles.--Un nouveau collaborateur, un des noms les plus illustres de la littérature, M. Alfred de Vigny, vint jeter encore quelques perles dans le poëme (les _Ciseleurs_), et l'opéra fut joué.
Mais ce serait peu pour un protégé par le _Journal des Débats_.--Il n'est pas jusqu'aux deuils publics qui ne soient pour M. Berlioz un sujet de joie et une source de gloire.--Le duc de Trévise est tué par la machine de Fieschi.--On demande une messe à M. Berlioz;--on ne joue pas sa messe, on indemnise M. Berlioz.
--Sois tranquille, ô mon fils! disait le Journal des Débats;--attends avec patience la première calamité, elle est à toi, je te la donne d'avance.
Et M. Berlioz regardait mourir les illustrations, attendant qu'il s'en trouvât une digne de sa messe.
--Faut-il entonner? disait-il à chaque mort.
--Pas encore.
Enfin le général Danrémont fut tué devant Constantine,--et le _Journal des Débats_ dit à M. Berlioz: «Prends ta harpe, mon fils, et chante-nous un peu ta _messe_.»
M. Berlioz a chanté,--et il a été décoré;--puis on l'a chargé de l'hymne de l'anniversaire des journées de Juillet.--Il a plu à M. Berlioz de donner un _festival_ dans la salle de l'Opéra, et la salle de l'Opéra lui a été confiée;--il lui a plu de conduire l'orchestre,--et Habeneck lui a cédé son bâton de commandement.
[GU] Cependant ici a failli reparaître l'ancien guignon de M. Berlioz: les musiciens de l'orchestre ont refusé de jouer sa musique, et ont écrit au ministre de l'intérieur pour demander à aller ce jour-là travailler aux fortifications de Paris.--Aux répétitions, les cors se sont mis à jouer dans un autre ton que le reste des instruments;--la trompette à clef, au lieu de compter les _pauses_, a joué: _Au clair de la lune, mon ami Pierrot_;--les cordes des basses, coupées à moitié, ont éclaté au milieu d'une mesure avec un horrible bruit;--derrière les pupitres se sont fait entendre des cris de divers animaux avec des explications bouffonnes:--CCOCORICO, _le coq, armes de France_;--MIAOU, _la chatte amoureuse_;--OUAP, OUAP, _le petit chien qu'on lui marche sur la patte_, etc., etc.--On se rappelait qu'à un concert donné, il y a quelques années, par M. Berlioz, au Théâtre-Italien,--les musiciens avaient été engagés jusqu'à minuit;--au milieu d'un morceau, l'un d'eux tira sa montre, avertit ses camarades qu'il était minuit, et, sans achever la mesure, tous éteignirent leurs bougies, serrèrent leurs instruments, et quittèrent le théâtre.
Pour cette fois, cependant, les choses se sont arrangées et la représentation a passablement marché.
[GU] Pendant un entr'acte du _festival_,--M. Bergeron est entré dans une loge voisine de celle où était M. de Girardin avec sa femme,--l'a brusquement frappé au visage et a disparu en criant: «_C'est moi Bergeron!_» M. de Girardin s'est élancé à sa poursuite et a été,--je ne sais pourquoi,--retenu par ses amis. Quelques raisons qu'ait à donner M. Bergeron, il n'y en a aucune qui justifie un tel acte de violence en présence d'une femme.