Part 24
MAI.--Condamnés à la vertu.--M. de Remilly.--M. Molé.--M. Soult.--M. Janin.--_S. M. Louis-Philippe._--Le duc d'Orléans.--_La carte_ à payer.--Les nouvelles recrues.--Les chevaux du roi.--M. Hope.--M. de Vigogne.--M. de Strada.--Napoléon, Louis XVIII, Charles X.--Les chevaux d'Abd-el-Kader.--Pacha.--M. de Montalivet.--Le duc d'Aumale.--M. Adolphe Barrot.--M. Gannal.--Les dames bienfaisantes.--M. Panel.--M. de Flottow.--Combien coûte sa musique aux Polonais.--M. de Castellane.--Les lions.--Règlement de la salle de danse de madame veuve Deleau.--Question du pain.--M. Bugeaud, protecteur de la viande française.--Petits cadeaux.--Les circonstances atténuantes.--Le numéro 1266.--M. de Rovigo.--M. de Saint-Pierre.--Me Dupin et le maréchal Clauzel.--Le soleil.--Un perruquier.--Folie de vieille femme.--M. Thiers.--M. de Rémusat.--M. Gisquet.--M. Pillet.--Mademoiselle R.--Les femmes laides.--M. Cousin, disciple de Platon.--M. Villemain.--Madame Collet, née Revoil.--M. Droz.--Un homme qui a froid.--Chansons de table.--M. Guizot.--M. Véron.--Le roi et M. Thiers dévoilés.--M. de Cormenin couronne des rosières.--Les initiales.--Longchamps.--M. de Feuillide.--M. Méville.--Babel.--M. Altaroche.--M. Desnoyers.--Sur la société des gens de lettres.--Un conseil de révision.--M. Listz.--Un monsieur très-méchant.--Histoire d'un peintre et de son tailleur.--Mémoires d'une jeune fille.--Les lovelaces du ministère.--Mesdames L..., E..., B..., etc.--Politique des femmes.--M. Thiers et Antinoüs.--M. de Balzac et Appollon.--Le fidèle Berger.--M. Vivien.--M. Pelet (de la Lozère).--L'Angleterre.--Commerce à main armée.--Le soufre et l'opium.--Embarras des journaux ministériels.--Les baisers de M. de Rambuteau.--M. Poisson.--Frayeur de l'auteur des _Guêpes_.--Une matinée chez madame W***.--Les vicomtes.--M. Sosthènes de la Rochefoucauld.--M. de Chateaubriand.--M. Ch. Delaunay.--M. d'Arlincourt.--Comment appeler les _auditeurs_ quand ils n'écoutent pas?--Dupré et M. Isabey.--Le chapeau à fresques.--Réjouissances à l'occasion du mariage du duc de Nemours.--Le char-à-bancs.--M. Fould.--M. Michel de Bourges.--Madame de Plaisance.--M. Roussin n'ose pas s'accorder ses propres faveurs.--Un juré innocent.--Aux lecteurs des _Guêpes_.--M. Vivien.--M. Baudet.--M. Villemain.--M. Hugo.--_Post-Scriptum._--Amnistie 199
JUIN.--Report d'autre part.--Le petit Martin.--M. Thomas.--Description du petit Martin.--M. Pelet de la Lozère.--L'oubli des injures.--Madame Dosne.--Les mariages.--M. d'Haubersaert.--La machine impériale.--Ier MAI. Les discours au roi.--M. Pasquier.--M. Séguier.--M. Cousin.--M. de Lamartine.--Madame Dudevant.--Madame Dorval.--Madame Marliani.--M. de Balzac.--M. François Cornu.--M. Anicet Bourgeois.--Le mari de la reine d'Angleterre.--Les Chinois.--Encore M. Cousin.--M. de Pongerville.--Madame Collet née Revoil.--Les feuilles amies.--Deux cent mille francs.--Avantage qu'ont les rois morts sur les rois vivants.--M. Duchâtel.--Mademoiselle Rachel.--Madame de Noailles.--M. Spontini.--M. Duprez--M. Manzoni.--Le père de la duchesse de Nemours.--Les injures anonymes.--Conseils à M. Jules ***.--M. de Montalivet.--M. Dumont.--M. Siméon.--Les restes de Napoléon.--M. Thiers.--M. de Rémusat.--M. Guizot.--M. Molé.--La caque sent toujours le hareng.--M. Taillandier.--La plume d'une _illustre épée_.--Le maréchal Clauzel.--Miei Prigioni.--Méditations.--Les lis et les violettes.--Madame Tastu.--Madame Laya.--M. Valée.--M. Cavaignac.--M. Fould.--M. Jacques Lefebvre.--M. Lebœuf.--M. Garnier-Pagès.--M. Thiers.--M. D'Argout.--M. Dosne.--M. de Rothschild et les juifs de Damas.--La quatrième page des journaux.--Les chemins de fer.--Trois cerfs.--Chasse courtoise.--Souscription pour les pêcheurs d'Étretat.--Rapport de M. Clauzel.--M. Frédéric Soulié.--M. Frédérick-Lemaître.--Une représentation par ordre.--Mademoiselle Albertine.--M. Glais-Bizoin.--M. Gauguier.--M. de Lamartine.--Apothéose peu convenable.--Les barbarismes de la Chambre.--Le _Journal des Débats_ s'adoucit.--M. Janin.--M. de Bourqueney.--M. de Broglie.--M. Sébastiani.--M. Léon Pillet.--M. Duponchel.--M. Schikler.--Mademoiselle Fitz-James.--_Am Rauchen_ 233
JUILLET.--Report d'autre part.--Les médailles des peintres.--M. Jaubert,--M. de Rémusat décorés malgré eux.--Un ex-dieu.--M. Cousin,--M. Jouffroy,--Il n'y a pas de savants.--M. Arago. M. G. de Pontécoulant.--M. Mathieu de la Redorte.--MM. Étienne,--Véron,--Jay.--M. Neveu.--M. Ganneron.--M. Lherbette,--MM. Baudoin, Duprez et Éliçabide.--Mme Lafarge et Mlle Déjazet.--Hommage que l'auteur se plaît à rendre à sa propre sagesse.--M. Fauvel, maire d'Étretat.--M. Meyer-Beer.--M. Lemercier.--M. Hugo.--Les tribuns du peuple.--Léon Gatayes.--M. Janin.--M. Théodose Burette.--Mme Francia Mollard.--M. le vicomte d'Aure.--M. Baucher.--M. Malpertuis.--La revue.--Le puff du gouvernement.--L'empereur de Russie.--M. Ernest Leroy.--Le cheval de Tata.--_Attentat_ du 13 juin.--Portrait du couteau.--Gueuleton.--Convoi, service et enterrement de la proposition Remilly.--Libations.--M. Waleski.--Ordre du jour.--Témérité de M. Roussel, chef de bataillon de la garde nationale de Montreuil.--La Fête-Dieu.--Un monsieur découvre que je suis un _mouchard_.--Adresse.--Dernières séances de la Chambre des députés.--Mort de Redouté.--Bohain's french newspaper.--Le satrape Valée.--M. Bugeaud.--Les pianos et les voisines.--La curée.--M. Pariset.--La Chambre des pairs.--M. Pasquier.--Divers Pasquiers.--M. Decaze.--M. de Saint-Aulaire.--M. Auguis.--M. Jouffroy.--M. Chambolle.--M. Gouin.--M. Vincent.--M. Blanqui aîné.--M. de Bourgoin.--M. de Fontenay.--M. Deffaudis.--Gaillardises d'icelui.--On donne une place à M. Drouin parce qu'il a un mauvais caractère.--MM. Laffitte et Arago, aristocrates.--M. de Balzac.--Amende honorable.--_Am Rauchen_ 267
FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME.
Paris.--Imprimerie A. Wittersheim, 8, rue Montmorency.
COLLECTION MICHEL LÉVY
LES
GUÊPES
ŒUVRES
D'ALPHONSE KARR
Format grand in-18.
LES FEMMES 1 vol.
AGATHE ET CÉCILE 1 --
PROMENADES HORS DE MON JARDIN 1 --
SOUS LES TILLEULS 1 --
LES FLEURS 1 --
SOUS LES ORANGERS 1 --
VOYAGE AUTOUR DE MON JARDIN 1 --
UNE POIGNÉE DE VÉRITÉS 1 --
LA PÉNÉLOPE NORMANDE 1 --
ENCORE LES FEMMES 1 --
MENUS PROPOS 1 --
LES SOIRÉES DE SAINTE-ADRESSE 1 --
TROIS CENTS PAGES 1 --
LES GUÊPES 6 --
En attendant que le bon sens ait adopté cette loi en un article, «la propriété littéraire est une propriété,» l'auteur, pour le principe, se réserve tous droits de reproduction et de traduction, sous quelque forme que ce soit.
Paris.--Imprimerie de A. Wittersheim, rue Montmorency, 8.
LES
GUÊPES
PAR
ALPHONSE KARR
--DEUXIÈME SÉRIE--
NOUVELLE ÉDITION
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
RUE VIVIENNE, 2 BIS
1858
Reproduction et traduction réservées.
LES
GUÊPES
Août 1840.
Les tailleurs abandonnent Paris.--Les feuilles de vigne.--Une fourmi aux guêpes.--On prend l'auteur en flagrant délit d'ignorance.--Il se défend assez mal.--M. Orfila.--Les banquets.--M. Desmortiers.--M. Plougoulm.--Situation impossible du gouvernement de Juillet.--Le peuple veut se représenter lui-même.--M. de Rémusat.--Danton.--Les cordonniers.--Les boulangers.--M. Arnal.--M. Bouffé.--M. Rubini.--M. Samson.--M. Simon.--M. Alcide Tousez.--M. Mathieu de la Redorte et le coiffeur Armand.--La presse vertueuse et la presse corrompue.--M. Thiers.--Le duc d'Orléans.--M. E. Leroy.--Le cheval de Tata.--Un bourreau.--M. Baudin.--M. Mackau.--Le Mapah.--M. V. Hugo.--M. Jules Sandeau.--Les bains de Dieppe.--Mme *** et la douane.--M. Coraly prévu par Racine.--M. Conte.--M. Cousin et M. Molé.--Une fournée.--Mademoiselle Taglioni et M. V. de Lapelouze.--Coups de bourse.--M. de Pontois.--Plusieurs noms barbares.--M. de Woulvère.--M. de Ségur.--Naïveté des journaux ministériels.--Un ministère vertueux et parlementaire.--Chagrins d'icelui.--M. Chambolle s'en va-t-en guerre.--MM. Jay et de Lapelouze le suivent.--Situation.--_Am Rauchen._
[GU] 1er JUILLET.--Les maîtres tailleurs ayant voulu exiger de leurs ouvriers qu'ils eussent des livrets comme en ont ceux des autres états,--ceux-ci ont abandonné Paris, et vivent dans les guinguettes qui entourent la ville.--Si l'on ne réussit pas promptement à mettre d'accord les ouvriers et les maîtres, il est difficile de prévoir ce que deviendra Paris.--Plusieurs de nos élégants, plutôt que de montrer des gilets déjà vieux d'un mois,--se renferment chez eux et font semblant d'être à la campagne. Paris deviendra sauvage;--ses habitants seront obligés avant peu d'en revenir à l'ancienne feuille de vigne ou de figuier.
Cela me fait songer aux bizarres transformations qu'a subies ce vêtement de nos premiers pères.--Le mariage est, dit-on, d'institution divine; mais, quand Dieu l'a institué, la parure d'une femme n'avait rien de ruineux.--Elle pouvait changer de toilette quatre fois par jour sans inconvénients pour la fortune de son mari.--Mais aujourd'hui--que les feuilles de vigne ont des _volants_, et qu'il en faut douze aunes pour qu'une femme soit mise décemment, beaucoup de gens restent célibataires par économie.
Voyez, en effet, cette jeune femme sortir de chez elle,--et comptez quelle armée innombrable a dû s'occuper de préparer pour elle les divers ajustements qui ont remplacé la feuille de figuier de la Bible.
Par où commencerai-je,--mon Dieu! je vais prendre pour exemple,--madame, la plus petite peut-être des choses qui composent votre parure, ce soulier si étroit et si cambré.
Eh bien! madame,--avant que vous ayez des souliers, il a fallu un herbager et des gens pour élever l'animal dont la peau forme cette mince semelle,--un boucher pour tuer l'animal,--un mégissier,--un chamoiseur,--un tanneur,--un corroyeur,--avec leurs divers ouvriers,--pour donner à la peau les diverses préparations qu'elle a à subir.
Pour la soie dont est fait ce joli soulier,--après qu'on a nourri et élevé les vers,--opération pour laquelle il faut planter, cultiver, effeuiller les mûriers;--puis, qu'on a étouffé les chrysalides dans les cocons, etc., etc.,--c'est-à-dire, après qu'une quinzaine d'ouvriers différents s'en sont occupés,--il reste encore à filer la soie,--la dévider,--la passer au moulin,--la blanchir et la teindre.--Alors, seulement, on la porte aux métiers;--une fois l'étoffe fabriquée, elle passe encore par une foule de mains avant d'arriver à celles de votre cordonnier;--là, il faut un coupeur,--une couseuse,--une brodeuse, etc., et, si j'ajoute tous les ouvriers qui, sans appartenir à la fabrication du soulier, ont cependant eu à faire des travaux sans lesquels le soulier n'eût pu exister, tels que ceux qui ont fabriqué les outils des différents ouvriers désignés,--ce ne serait pas trop de compter que deux cents personnes se sont occupées de votre chaussure.
Quand je vous aurai dit--qu'une épingle a subi dix-huit opérations différentes, dont aucune ne peut se faire par moins de deux personnes, et plusieurs en exigent un plus grand nombre, sans compter toutes celles qui ont été nécessaires pour l'extraction du minerai et pour sa transformation en cuivre;
Si je vous parle de ces perles qui pendent à vos oreilles et qu'il a fallu chercher dans les gouffres de la mer;
Vous aurez tort de vous étonner si je vous affirme,--vous faisant grâce de calculs dont je ne vous donne que le résultat,--que vous n'oseriez mettre le pied dehors sans que six mille hommes se soient occupés de vous faire une feuille de vigne convenable.
[GU] 2.--Voici la lettre que je reçois,--relativement au volume du mois dernier:
«Monsieur, où diable avez-vous découvert que les _lauriers-roses_ produisent de l'_acide prussique_?
«Ah! vous confondez une _apocynée_ avec une _rosacée_,--vous!
«Vous mériteriez, vous et vos guêpes, un déjeuner de véritable _acide prussique_. UNE FOURMI.»
Voici ce que je réponds à la fourmi:
«Fourmi, vous avez raison et j'ai tort,--le _laurier-rose_, auquel les botanistes n'accordent pas d'être un laurier,--mais un _nérium_, ne contient pas d'_acide prussique_ ou _hydrocyanique_.
«Mais--il contient un principe délétère tellement subtil, que ses émanations seules, au rapport de quelques auteurs, ont suffi pour causer la mort.
«Un homme, pour avoir mangé d'un rôti cuit au moyen d'une broche faite avec le bois de _nérium_,--devint fou, eut une syncope et mourut.» (LIBANTIUS, _Comment. de venenis_.)
«M. Orfila, dans sa _toxicologie_, met le laurier-rose au nombre des poisons narcotico-âcres,--et il avoue avoir tué beaucoup de chiens avec l'extrait et avec la poudre de cet arbrisseau;--je ne pense pas que ce principe ait reçu de nom.
«Ainsi donc, fourmi,--mon erreur, que je reconnais humblement, repose sur le mot,--et mes guêpes n'en ont pas moins, selon mes ordres,--puisé dans la fleur du laurier-rose de quoi rendre leurs piqûres suffisamment désagréables. Recevez, fourmi, mes remercîments et mes compliments empressés.»
[GU] 3.--J'ai souvent ri des gueuletons patriotiques;--mais, si j'étais à la place des gouvernants,--ou de ceux qui veulent ou peuvent le devenir,--ou de ceux qui attendent quelque chose d'eux, je prendrais peut-être plus au sérieux les banquets qui ont eu lieu au boulevard Montparnasse et à Belleville ces jours-ci.--La carte pourrait en être chère.
Sous la Restauration, le parti libéral, grotesquement uni au parti bonapartiste, passa quinze ans à dire au peuple qu'il était esclave,--qu'il _gémissait_ dans _les fers_.--Chaque fois qu'il faisait trop chaud on qu'il faisait trop froid,--on lui disait: c'est la faute du gouvernement; les melons sont chers, c'est la faute du gouvernement;--il pleut, c'est la faute du gouvernement;--il ne pleuvait pas du temps de l'empereur.
Le _peuple souverain_ voulut enfin reconquérir _ses droits_, ne fût-ce que pour les connaître.--Les faiseurs de phrases lui crièrent: _Peuple français, peuple de braves, en avant, marchons!_--et ils le laissèrent marcher tout seul,--les ruisseaux coulèrent rouges,--beaucoup de braves gens se firent tuer.--On renvoya Charles X,--on mit Louis-Philippe sur le trône,--et les avocats remplacèrent les seigneurs.--Hélas! ne pouvait-on donc remplacer les _gentilshommes_ que par des hommes si vilains!
Pour ce qui est d'autres changements, il n'en fut pas question.--Il ne s'était pas écoulé six mois que la décoration de Juillet, que le bout de ruban,--que quelques-uns avaient payé d'un bras ou d'une jambe,--était de mauvaise compagnie;--au bout d'un an, il servait, dans les émeutes et dans les foules, à désigner aux agents de police et à la force armée ceux qu'on devait arrêter de préférence.
Tout montra jusqu'à l'évidence qu'on n'avait dit tant de mal de l'ancienne royauté--que pour y faire brèche,--comme à une ville dont on veut s'emparer;--mais, la ville prise, on se hâta de rebâtir les murailles endommagées et de s'y fortifier;--ceux qui s'étaient partagé le butin,--et c'étaient en général ceux qui avaient pris le moins de part au combat,--traitèrent les autres précisément comme ils avaient été traités eux-mêmes par le pouvoir de la Restauration:--les autres répétèrent contre leurs alliés de la veille tout ce qu'ils avaient dit ensemble contre le pouvoir déchu.--Le pays fut divisé en deux camps comme auparavant,--je ne tiens pas compte des subdivisions, et les partis qui n'étaient pas du pouvoir répétèrent au peuple,--qu'il était _esclave_, qu'il gémissait dans les _fers_,--etc., etc.;--ce que le peuple écoute et croit tout aussi bien que la première fois.--D'autres faiseurs de phrases entonnèrent:--_Peuple français, peuple de braves,_--_en avant, marchons!_--et le laissèrent marcher seul, absolument comme les autres.--Il y eut encore du sang de répandu,--le parti populaire, vaincu à plusieurs reprises,--fut traité comme l'eussent été les vainqueurs de Juillet s'ils n'eussent pas été les plus forts;--car je ne sais si je commets ici un crime de lèse-quelqu'un ou de lèse-quelque chose;--je ne sais aucun moyen raisonnable de nier ceci,--que la Révolution de juillet est une émeute réussie,--comme l'émeute du 6 juin est une révolution manquée.
Aujourd'hui le pouvoir défend les principes que défendait la Restauration;--ses ennemis l'attaquent avec les armes qui renversèrent la légitimité.--Si ce n'étaient quelques noms changés par-ci par-là,--je ne vois pas que la situation soit différente en rien--de celle où on serait si Charles X, au lieu de mourir, était rentré en France.
Seulement de ceci je ne tire pas, comme beaucoup d'autres, la conclusion que la chose est à recommencer,--je maintiens au contraire que, si on la recommençait, il en serait absolument de même, ou peut-être pire.--Que ceux qui disent aujourd'hui ce que disait sous la Restauration le pouvoir actuel--feraient, en cas de succès, précisément ce qu'il fait aujourd'hui.--Que tout changement par la force n'est jamais un assez grand bien pour ne pas être un grand mal:--voyez aujourd'hui,--voici M. Barrot aux affaires,--les radicaux ne veulent plus de M. Barrot.--Que les radicaux arrivent aux affaires,--les communistes n'attendent pas même si longtemps pour se séparer d'eux--et, quoique je ne devine guère au delà des communistes,--je suis convaincu--que, s'ils arrivaient à leur tour,--il se trouverait un parti pour lequel ils seraient des aristocrates et des liberticides.
Certes, la position des hommes qui ont pris le pouvoir en juillet 1830 était difficile;--ils avaient érigé la force en droit.--Si aujourd'hui--ils ne peuvent arrêter leurs principes d'alors,--ils seront renversés,--et ils ne peuvent lutter contre ces principes--que par d'autres principes qui les condamnent pour avoir renversé leurs prédécesseurs;--car voilà ce que disent leurs ennemis:--si le peuple en sa qualité de _peuple souverain_, a eu le droit de mettre--M. Dupin (remarquez bien, ô messieurs Plougoulm et Desmortiers, que je dis M. Dupin) à la place de M. Trois-Étoiles,--il a parfaitement le droit de mettre aujourd'hui M. n'importe qui à la place de M. Dupin.
Mais s'il n'a pas le droit de mettre M. n'importe qui à la place de M. Dupin,--il n'avait pas le droit de mettre M. Dupin à la place de M. Trois-Étoiles.
Donc M. Dupin ne peut être qu'à la condition de n'être plus.
Diable!
Ce que je dis là a pour but de montrer tout ce qu'on a déjà fait de chemin sur la pente rapide de l'absurde;--ce ne doit pas être, selon moi, une raison pour continuer.--La force n'est pas un droit, elle est la négation de tout droit,--comme le droit est la négation de la force.--Il y a bien d'autres révolutions à faire que les révolutions de rues,--et des révolutions plus grandes et plus belles.--Il en faut partout, excepté peut-être là où on en veut faire;--il en faut dans l'éducation, dans le travail,--dans les impôts,--dans l'administration,--dans l'industrie.
Mais--ceux-là (et je m'adresse aux hommes de tous les partis),--ceux-là surtout les retardent, qui, sous prétexte du _progrès_ et du _bien public_, se disputent ignoblement--les lambeaux de tout ce qui se paye et de tout ce qui se vend.
Toujours est-il, pour en revenir aux banquets, que ces braves gens, voyant que leurs représentants ne s'occupent à la Chambre:--les plus forts que de leur ambition ou de leur avidité personnelle, les plus niais que de l'avidité et de l'ambition des autres;--le tout entremêlé--de gueuletons et de dîners,--où l'on choque les _verres pleins contre les mots vides_; ont avisé que,--pour cela du moins, ils n'avaient pas besoin de représentants,--et que rien ne les empêchait de boire et de manger eux-mêmes, au lieu de boire et de manger par procuration.
M. de Rémusat--s'est opposé à la continuation des banquets,--c'était son devoir;--car, si le gouvernement de Juillet n'était pas le gouvernement de Juillet,--personne n'oserait,--je pense,--lui demander d'autoriser des réunions dont le but avoué est son renversement,--et la propagation de doctrines telles que l'_abolition de la propriété_, etc., etc. (Voir ce que nous avons dit--du gouvernement sauvage dans le volume de janvier.)
Il y a eu un banquet à trois francs par tête,--et un banquet à deux francs.--On parlait mal au second des convives du premier,--auxquels--je rappellerai que Danton fut principalement condamné pour une carte de restaurateur excédant vingt-deux francs.
[GU] 4.--Les cordonniers suivent l'exemple des tailleurs, et se retirent sur le Mont-Aventin.
Je ne sais plus dans quelle ville les boulangers ont refusé de continuer à travailler.
Tout le monde s'occupe de politique,--tout le monde veut être gouvernement,--excepté cependant les quelques-uns dont c'est l'état et le devoir;--mais à quelles oreilles est-ce que je dis cela?--Bon Dieu! que ce désaccord entre les maîtres et les ouvriers,--ce besoin d'une nouvelle organisation du travail est une question _politique_,--mille fois,--cent mille fois plus importante--que les misérables questions de ministères--qui occupent, divisent ou réunissent la Chambre des députés. Il faut le dire,--il y a au moins dans le saint-simonisme et le fouriérisme,--au milieu de rêveries et de saugrenuités, des tentatives et des efforts pour arriver à un but de réorganisation sociale.
[GU] 5.--Dernièrement,--M. Arnal, acteur comique du théâtre du Vaudeville,--dédia à M. Bouffé, comédien du Gymnase, un poëme en vers. Dans ce poëme, M. Arnal se plaignait du peu de considération qu'ont encore les comédiens dans la société,--et il demandait sérieusement,--en attaquant un _odieux préjugé_,--
Vernet, Bouffé, Samson--ont-ils la croix?
La mesure du vers, ou celle de sa modestie, l'empêchèrent de mettre, «_et Arnal._»
Comme l'état de M. Arnal est de faire rire,--je trouvai son vers assez heureux, et j'en ris un moment, sans y attacher d'importance.--Le gouvernement, à ce qu'il paraît, se préoccupa davantage du vers de M. Arnal, et se demanda pourquoi quelques comédiens n'avaient pas la croix. On l'avait bien donnée, il est vrai, à M. Simon, premier _diable vert_ de l'Opéra,--mais c'était plutôt comme garde national zélé--que comme _diable vert_ qu'il avait obtenu cette distinction.--On songea alors à donner la croix à M. Rubini, chanteur du Théâtre-Italien.
Napoléon la refusa à Talma,--et eut raison.--Il serait charmant, en effet, de voir sur un journal:--Le chevalier de la Légion d'honneur Alcide Tousez--a fait pouffer de rire--dans le rôle de ***. Le chevalier de la Légion d'honneur Arnal a été assailli de pommes cuites.
Allons donc,--messieurs les comédiens,--vous gagnez, dans une année, plus d'argent que n'en gagnent dans toute leur vie une foule de gens savants, distingués, laborieux.--Un ténor a de bien plus forts appointements qu'un ministre,--une danseuse qu'un général en chef.--Il n'est pas un comique un peu bien placé qui, en exagérant, trois fois par semaine, les infirmités que la nature peut lui avoir données,--ne réunisse ses trente mille francs au bout de l'année.--Allons, messieurs,--laissez donc la considération aux pauvres diables.--Nous vivons d'ailleurs à une époque où on n'y tient guère, et où vous pourrez leur acheter toute leur considération pour le quart de vos appointements.
M. Alphonse Royer,--littérateur distingué,--qui désirait la croix depuis longtemps, sans avoir pu l'obtenir, est allé se faire Turc,--et prendre à Constantinople une fort belle position.
[GU] 6.--M. Mathieu de la Redorte,--ambassadeur d'Espagne,--est parti depuis plusieurs jours.--On allait voir, chez le coiffeur Armand,--douze perruques à la Louis XIV, commandées pour ses gens.--Il emmène des voitures et des livrées extraordinaires.