Les guêpes ­— séries 1 & 2

Part 20

Chapter 203,876 wordsPublic domain

L'ennui est l'ennemi de l'homme.--La guerre, le désespoir, la faim, la fièvre, ne tuent pas autant d'hommes d'esprit que l'ennui; et, pour comble de mal, il ne tue pas les sots.

DIXIÈME MÉDITATION.--Pendant un mois passé hors de chez moi,--un mois pendant lequel mon domestique et mes amis sont sûrs que je ne puis pas rentrer,--il est horrible de penser tout ce qu'on peut tramer contre moi.

Mes belles roses auront presque fini de fleurir;--celle que les jardiniers m'ont prié de baptiser, à laquelle j'ai donné le nom de C... S..., était près d'épanouir ses pétales d'un jaune si riche;--dans un mois il n'en restera plus rien;--il y a un an que je l'attends,--il faudra l'attendre encore un an. On aura fumé ce qui me reste de mon tabac du Levant.--On aura rendu mes pigeons savants,--ils sauront faire l'exercice et jouer aux dominos.--On aura pêché les poissons qui habitent le bassin du jardin.

Un mois sans courir au soleil--quand les prairies sont en fleurs;--un mois sans me laisser dériver entre les saules dans ma chaloupe;--un mois sans nager avec Gatayes.--L'été passe si vite, et il y a si peu d'étés dans la vie,--et il n'y a que ceux de la jeunesse qui comptent.

ONZIÈME MÉDITATION.--O sainte liberté!--c'est sur la mousse des bois,--sous les tentes vertes, formées par le feuillage des chênes, que tu as placé ton empire.

Il passait alors un cabriolet.--Cocher!--je monte;--au chemin de fer,--et je me suis enfui à Saint-Germain,--où je me suis installé.--J'irai quelquefois clandestinement voir mes roses,--odalisques gardées par les hideux eunuques de la police, dont j'aurai à tromper la surveillance.

J'ai quelquefois parlé légèrement des cousins;--j'en ai un ici qui me donne une excellente hospitalité; la forêt est magnifique; je monte à cheval.--J'ai un appétit terrible; je crains bien d'engraisser dans l'exil.

[GU] 16.--Au commencement du ministère Thiers,--il y avait cent vingt conservateurs--qui, sous le nom de deux cent vingt et un, s'étaient juré fidélité.--On les a pris un à un, et les plus fougueux ont déjà cédé.--Les _Chasseloup_, _Chegaray_,--ont consenti à dîner chez le président du conseil.

Bientôt on verra le général Bugeaud appelé à un commandement supérieur. On compte beaucoup, pour rallier le plus grand nombre des derniers récalcitrants, sur une fournée de préfets que l'on médite; et, ce qui est bien plus rare et bien plus beau, sur une fournée de receveurs généraux.--Dans cette fournée, on saura intercaler certaines gens de la presse et de la tribune,--sans les faire paraître sur la liste des copartageants.--C'est une bien indirecte et bien certaine manière de rétablir les grandes subventions à la plus accréditée des feuilles quotidiennes.

--Voilà les concerts à peu près finis.--Mon Dieu! si je n'étais pas fils d'un pianiste distingué,--quelle sortie je ferais contre les pianistes!--Mon père, et quelques anciens pianistes qui n'ont fait que bien peu d'élèves qui aient conservé leurs traditions, faisaient et font encore sortir de cet instrument, où tout est en bois,--des sons vibrants et pleins.

Les pianistes modernes,--presque tous, ont plus d'agilité que de sentiment, remplaçant les sons par des bruits,--délayent et noient,--sous le nom de variations,--une pauvre petite mélodie dans les flots de gammes et de notes frappées, coulées, saccadées,--et, si je les applaudis quelquefois quand ils ont fini, je les prie bien de croire que c'est seulement pour les récompenser de ce qu'ils finissent.

--On a donné, à la Chambre des députés, communication des pétitions ayant pour objet la réforme électorale.--Le rapport, très-consciencieux, a été fait par un savant magistrat,--M. de Golbéry.--Nous n'avons pas besoin de répéter ici notre opinion, déjà exprimée à plusieurs reprises, sur l'extension du droit de suffrage et sur le suffrage universel.--La discussion a eu lieu entre MM. Thiers, Garnier-Pagès et Arago.

M. Garnier-Pagès--a fait, il faut le dire, de notables progrès comme homme politique;--il étudie sérieusement les questions, et les traite en logicien.--Pour M. Arago, il a fait reparaître de vieux arguments vermoulus,--qui ne répondaient qu'à des attaques que personne ne songeait à faire. M. Thiers a été extrêmement faible.--Mais la Chambre a senti que, dans un cas aussi grave, elle devait le soutenir, pour ajourner indéfiniment la prise en considération de la réforme électorale.

--M. Bugeaud a cité un toast récent porté par M. Garnier-Pagès dans un de ces banquets ridicules--que j'ai, il y a bien longtemps, appelés gueuletons politiques,--où des gens se disent: «La patrie est en danger,--mangeons du veau et portons des toasts.»--Ce toast--de M. Pagès--répond à un argument que j'ai mis en circulation il y a trois ou quatre ans.--Je disais: «L'égalité que demande le parti républicain est plus qu'un rêve, plus qu'une bêtise;--c'est une bêtise odieuse, parce qu'elle tend, non pas à ajouter des pans aux vestes,--mais à couper les pans aux habits.»

«Nous ne couperons pas les pans des habits, a dit M. Garnier-Pagès,--mais nous en mettrons aux vestes.»

--Dans cette séance,--le même M. Pagès a adressé aux ministres une interpellation un peu brutale peut-être, mais dont la franchise ne me déplaît pas.--Il s'agissait de MM. Capo de Feuillide et Granier de Cassagnac.--M. Thiers, qui a perdu la tête, a horriblement pataugé.--Il aurait été le plus ridicule des hommes sans M. Cousin, qui a eu la bonté de l'être plus que lui.--A propos de M. de Feuillide, M. Thiers _ne connaît pas cet homme_;--cependant je crois savoir que M. Thiers lui a dit,--parlant à lui-même: «Eh bien! monsieur, avouez qu'il n'y a que les gens du Midi pour être aujourd'hui ce que nous sommes l'un pour l'autre, après avoir été ce que nous étions hier.» La réponse de M. Cousin: «_Cette personne_ est venue me demander des passe-ports,» rappelle celle d'un enfant qui avait reçu un coup sur l'œil en jouant avec des camarades que ses parents avaient proscrits, et qui, ne voulant pas avouer sa désobéissance, répondit à la question qu'on lui faisait sur sa blessure: «_Maman, c'est moi qui m'a mordu l'œil._»

Le mot est resté proverbe,--et _donner des passe-ports_ se dit aujourd'hui pour exprimer honnêtement une chose qui n'est pas honnête.

--Dans la discussion sur la réforme électorale,--M. Thiers s'est rendu coupable d'une phrase que nous dénonçons aux femmes: «Il faut exclure de cette prétention un certain nombre d'hommes qui, comme LES FEMMES _et les enfants_, n'ont pas la _raison nécessaire_.»

[GU] 17.--Il y a trois ou quatre ans,--l'hiver a tué presque tous les lis des jardins (ceux des Tuileries n'ont pas été plus heureux que les miens de la rue de la Tour-d'Auvergne).--Un journal légitimiste a prétendu qu'on avait répandu sur ceux du château une substance corrosive; ce que je ne crois pas, par cette raison que je viens de dire, que les miens sont morts comme les autres. Toujours est-il que je ne me suis pas aperçu qu'on les ait remplacés.--C'est un tort: le lis est une fleur splendide et magnifique, et sa proscription serait une petite et ridicule pensée.

Pauvres fleurs!--ce n'était pas assez de leur prêter parfois un ridicule langage; de les faire servir à exprimer les plus sottes idées du monde; de les lier à toutes les fadeurs des troubadours, des poëtes élégiaques et des fabulistes; on les a jetées dans les luttes politiques.--On se rappelle la rose rouge et la rose blanche d'York et de Lancastre.

Si le lis est proscrit aujourd'hui,--en 1815, les libéraux firent entrer une pauvre innocente fleur dans la politique et dans l'opposition avancée.--Les violettes, qui, jusque-là, avaient caché si soigneusement sous l'herbe leurs améthystes parfumées,--hantèrent les clubs et les estaminets, et résolurent,--égarées qu'elles étaient, de chasser un gouvernement _imposé par les baïonnettes étrangères_. La Restauration lança ses procureurs généraux, qui étaient des gaillards à en remontrer aux plus forts d'aujourd'hui, contre les pauvres violettes; elles furent déclarées suspectes et ennemies de l'État,--et mises sous la surveillance de la haute police; ordre fut donné aux agents de la force publique, et notamment à la gendarmerie royale, de saisir et d'appréhender au corps toute violette qui oserait se montrer dans les lieux publics,--et on vit la gendarmerie d'alors s'empresser, à la seule odeur de la violette, de cerner une maison et de faire une visite domiciliaire.--C'est à cette époque que le jardinier Tripet père crut devoir _guillotiner_ les _impériales_ de son jardin.

[GU] 18.--Le prix de l'Académie, qui était l'éloge de madame de Sévigné, a été donné à madame... Tastu, je crois.--L'accessit à madame Laya.--La littérature tombe en quenouille, sous le ministère de ce cher M. Cousin;--les femmes de lettres, qui, en général, ne brillent,--j'en excepte une,--ni par l'élégance, ni par le bon goût, ont exigé de lui qu'il se lavât les mains;--il a cédé;--c'est ce qu'il appelle, selon le précepte d'un philosophe plus ancien et plus philosophe,--sacrifier aux grâces.

On se rappelle--l'horreur avec laquelle M. Cousin repoussa, sous le ministère de M. Villemain, ce qu'il appelait un _titre vain_,--c'est-à-dire sans produit.

Le disciple de Platon--entend la doctrine de son maître comme l'entendait une mère de danseuse, qui, se plaignant de l'amour de sa fille pour un homme pauvre, appelait cela «_son ridicule amour platonique_.»

Du reste, il est parfaitement constaté maintenant au ministère de l'instruction publique--que, pour avoir une pension d'homme de lettres, il faut être jolie femme.

[GU] La discussion s'est entamée à la Chambre sur la prolongation du privilége de la Banque de France. La Chambre a montré d'une manière évidente son ignorance, son indifférence, son insuffisance et tout ce que vous voudrez de plus monstrueux.--Beaucoup de membres étaient absents;--les autres ne se mêlaient pas de la question, qui fut discutée au milieu de tout entre M. Thiers et M. Garnier-Pagès.

M. Garnier-Pagès a, sur ce sujet, abandonné ses théories républicaines,--et étudié la question depuis plusieurs années; le joli Vert-Vert universel, M. Thiers, qui la _piochait_ depuis quinze jours, se sentait plus fort qu'il ne l'est d'ordinaire; il avait fait de nombreuses descentes chez son ami, M. d'Argout, pour lui chipper des renseignements,--pour défendre, en même temps que les intérêts de la Banque, ceux du papa beau-père Dosne, qui est régent de l'établissement,--et qui a donné en dot à son gendre tout ce qu'il possède de lumières sur la question.--M. Pagès, tout en reconnaissant les services rendus par la Banque de France, qui a, depuis sa création, fait baisser énormément l'intérêt de l'argent, a émis l'opinion fort juste qu'elle pouvait en rendre de nouveaux, au lieu de se renfermer dans les limites de ceux qu'elle a déjà rendus. Au résumé, le privilége est prolongé jusqu'au 31 décembre 1867.

Dans cette discussion, les hommes du métier,--M. Fould, par exemple, qui a été élu,--si on se le rappelle, parce que, disaient les voltairiens, _il fallait bien qu'il y eût un juif à la Chambre_,--comme s'il n'y avait pas déjà assez de chrétiens raisonnablement juifs, comme MM. Jacques Lefebvre, Lebœuf, etc., etc., etc.,--M. Fould, qui représente un principe, n'a fait qu'un discours insignifiant. A quoi servent donc alors ces manieurs de gros sous?

--Du reste, nous allons voir la Chambre montrer la même incapacité et la même indifférence pour les questions d'intérêt matériel qui vont s'y présenter,--questions qui exigent des connaissances spéciales que MM. les avocats ne pourront pas remplacer par des aunes de phrases.

La navigation intérieure,--les céréales, les paquebots--et surtout les chemins de fer, question où personne ne pourra mettre le holà de l'intérêt général sur les pétitions des intérêts particuliers.

Les anciens orateurs avocassiers de la Chambre ne brillent que dans les vieilles questions grotesquement exhumées par eux, de la réforme électorale, des envahissements du clergé,--du cumul, etc., etc.

--On répétait à un théâtre... je ne sais lequel,--une pièce de MM. Vanderburch et Laurencin.--Au milieu de la répétition, la jeune première s'arrête et dit:

--Quel est l'air de ce couplet?

--Monsieur Laurencin, dit le directeur,--quel est l'air de ce couplet?

--Ma foi, je n'en sais rien, répondit M. Laurencin;--c'est Vanderburch qui l'a fait,--il faut le lui demander.

--Il est à son château à Orléans.

--Comment faire?

--J'y vais.

M. Laurencin va aux messageries.

--Avez-vous une place pour Orléans?

--Oui.

--Pour quand?

--Pour tout de suite; on attelle.

--Où?

--Sur l'impériale.

--Il pleut.

--J'en suis désolé.

--Alors prêtez-moi un parapluie;--je ne fais qu'aller et venir.

On part, on passe la nuit en voiture, on arrive à Orléans.

--La chapelle Saint-Mesmin?

M. Laurencin s'égare, arrive crotté, mouillé, hors d'haleine.--Il sonne, arrive au cabinet de M. Vanderburch.

Celui-ci, qui est un homme très-hospitalier, s'écrie:

--Oh! te voilà; tant mieux.--Tu restes quelques jours?

--Il ne s'agit pas de cela; sur quel air as-tu fait le couplet de la jeune première?

--Nous causerons de ça; déjeunons.

--Je ne déjeune pas; sur quel air le couplet?

--Mais quel couplet?

--Celui de la jeune première de notre pièce.

--Oh! eh bien! le voilà:--Tra la la la.

M. Vanderburch chante l'air;--M. Laurencin se sauve;--on veut en vain l'arrêter.--Il regagne Orléans, monte en voiture et revient à Paris avec son air.

[GU] 19.--A propos des banquiers ou autres orateurs plus ou moins israélites et barbares qui veulent parler à la Chambre,--nous leur donnerons l'exemple de M. de Rothschild, leur maître à tous.--On se rappelle le cri d'exécration qui s'est élevé dernièrement contre les juifs de Damas. M. de Rothschild, pour l'honneur du nom juif,--pour prévenir le contre-coup dans l'opinion de l'Europe, a voulu plaider publiquement l'innocence de ses coreligionnaires.--Il a d'abord recueilli des pièces émanées d'autorités respectables, il les a fait mettre en ordre sous ses yeux par une main habile;--puis il a fait rédiger un récit qui a été plus tard signé de Me Crémieux, avocat juif, teinturier ordinaire de MM. les juifs qui ont le besoin et le moyen d'être éloquents;--et ensuite il a fait insérer le tout, le même jour à la fois, dans tous les journaux de Paris et de Londres, et on a vu toutes les feuilles, même les plus catholiques, mordre à l'appât de l'annonce et proclamer la défense des juifs. Il y aurait un beau chapitre à faire sur la quatrième page des journaux.--Le ministère l'a senti, mais il n'a pas su le faire spirituellement; au lieu d'_acheter des organes_ aux uns, de _donner des passe-ports_ aux autres, il n'avait qu'à acheter aux courtiers d'annonces la quatrième page de tous les journaux.--Par ce moyen, au lieu de s'élogier dans ses propres journaux, qu'on ne lit pas,--il se faisait donner, dans les journaux de ses adversaires,--tous les éloges qu'on y donne quotidiennement et sans mesure--aux pâtes de Nafé,--au Kaïfa,--aux toiles métalliques, aux biberons artificiels, aux allumettes chimiques, etc.

Les conseils et les exemples de M. Véron ont pu être en cela fort utiles au ministère actuel--qui, sauf le peu d'économie de ses opérations et les moyens employés, arrive pour les résultats à gouverner par les réclames, comme on vend la pâte Regnault, et se confond tellement dans les esprits, avec ce vénérable béchique, qu'il obtiendra peut-être dans l'avenir le titre de gouvernement pectoral ou ministère Regnault.

[GU] 20.--Pendant que je suis à Saint-Germain,--je dois constater la manière dont on va,--ou plutôt dont on ne va pas sur le chemin de fer, à cause de la concurrence dont la compagnie est menacée sur la route de Versailles,--concurrence qu'elle n'a pas à redouter pour le chemin de Saint-Germain.--Elle a transporté sur celui de Versailles toutes ses meilleures machines. Le Parisien, qui est si fier avec les rois, est sans cesse sous la tyrannie des cochers de fiacres, des conducteurs d'omnibus et des ouvreuses de loges de théâtres, qui ne se gênent pas avec lui et le maltraitent jour et nuit pour son argent, sans qu'il ose jamais se rebiffer ni se plaindre.--Il est presque ordinaire qu'on mette une heure pour aller de Paris à Saint-Germain, un peu plus du double du temps nécessaire;--il n'est pas déjà si amusant d'être en chemin de fer entre des talus de terre crayeuse,--procédé par lequel, comme me le disait un jour Armand Malitourne: _on va, mais on ne voyage pas_.

--La forêt, admirablement coupée pour la chasse, est pleine de chevreuils.--On m'assure qu'elle ne renferme que trois cerfs.--Quel que soit le nombre de ces victimes ordinaires des chasses vraiment royales,--ils sont l'objet d'une triste économie.--Quand il doit y avoir une chasse à Rambouillet ou à Versailles, on en prend un dans des filets, on le garrotte, on le conduit en voiture au rendez-vous de chasse;--là on le poursuit, on le force, mais courtoisement, sans lui faire de mal;--ensuite on le prend, on le remet en voiture et on le reporte chez lui.--Cela a l'air d'une chasse de théâtre, et le cerf d'un comparse chargé du rôle de cerf--qui _a ses feux_ et qui peut recommencer le lendemain les mêmes exercices;--peut-être, pour prêter davantage à l'illusion, devrait-on les instruire _à faire le mort_.

Madame de Feuchères possède un grand nombre de cerfs à Morte-Fontaine; elle avait fait offrir d'en céder quelques-uns au prix de trois cent cinquante francs chaque.--On les a trouvés trop chers.

--J'ai à constater avec une grande reconnaissance l'empressement et la bonne grâce que les personnes de la famille royale, auxquelles je me suis adressé pour les pauvres marins d'Étretat, ont mis à répondre à mon appel.

Voici la liste de nos souscripteurs.--Nous avions annoncé que nous ne recevrions pas plus d'un louis de chaque personne,--pour ne pas ruiner nos amis de Paris, et ne pas avoir à faire plus tard une souscription en leur faveur parmi nos amis d'Etretat.--Deux n'ont pas tenu compte de l'injonction;--nous n'avons pas osé priver nos pauvres compagnons de l'excédant. Gatayes et moi nous nous sommes d'abord adressés à nos amis, puis à cinq ou six de ceux que nous voudrions qu'ils le fussent.

J'avais écrit à MM. Garnier-Pagès et Laffitte, _amis du peuple_; ces messieurs ne m'ont pas répondu.

Il ne s'agissait de rien moins que de secourir trente-six familles--de marins blessés et malades,--ou de veuves de marins noyés,--formant un total de _cent quatre vingt-sept_ enfants sans pain.--Nous vous envoyons, mes bons amis, avec cet argent si utile, les noms--de ceux qui ont pensé à vous.

SOUSCRIPTION POUR LES PÊCHEURS D'ÉTRETAT.--S. M. Louis-Philippe, 500 francs; S. A. R. madame Adélaïde, 200; LL. AA. RR. le duc et la duchesse d'Orléans, 300; S. A. R. le prince de Joinville, 100; mesdames d'A..., 5; Beaudrant, 20; MM. Bourdois (Ach.), 5; Bottier, 5; le comte de Brève, 5; madame Carmonche, 20; MM. Curmer (Léon), 20; Cler (Albert), 5; Contzen (Alex.), 20; de Cormenin, 25; madame la comtesse de Cubières, 20; MM. le baron de Curnieu, 20; le marquis de Custine, 20; Delisle, 10; Duvelleroy, 5; Érard (Pierre), 20; Ernouf (A.), 5; Gatayes (Léon), 20; Gaussen, 5; Grangier de la Marinière, 20; Gros, 5; Halévy (F.), 10; Hugo (Victor), 20; Janin (Jules), 20; Karr (Alphonse), 20; madame L... B..., 10; MM. Laîné, 5; Lamaille (aîné), 5; de Lamartine, 20; Langlois (Charles), 10; Larrieu (A.), 5; Larrieu (E.), 5; le marquis de Miremont, 5; madame Mollart (Clara-Francia), 20; le comte de Montalivet, 20; Osmont, 5; Pape, 15; Pellier et Baucher, 20; Pihan (Louis), 15; Rul, 5; R..., 20; de Salvandy, 20; de Saulty (Alb.), 15; Servais, 5; lord Seymour, 50; MM. Véron, 20; Villart, 5.--Total, 1,750 francs.

21.--M. Clauzel a fait à la Chambre des députés le rapport de la commission relativement au transport et à la sépulture des restes de Napoléon. Ce rapport n'a eu qu'un médiocre succès, quoiqu'on en attribue la rédaction à M. Frédéric Soulié,--les autres discours du maréchal ayant généralement été attribués à Frédérick Lemaître. La commission offre deux millions, au lieu d'un, qu'on lui demandait pour la translation et le monument.

[GU] 23.--Hier, à l'Opéra, on donnait une représentation par ordre;--le duc et la duchesse de Nemours y assistaient.--En face d'eux,--dans une loge d'avant-scène, on remarquait avec étonnement mademoiselle Albertine,--ex-danseuse dudit théâtre, que de grands personnages avaient le droit de croire à Londres. (Voir les _Guêpes_ d'avril.)

[GU] 24.--La Chambre a parlé, discuté et voté, avec un tumulte qui ressemblait à un vacarme dans l'école,--sur le transport du cercueil de Napoléon.--M. Glais-Bizoin--a fait entendre des paroles d'avocat rancunier et mesquin.--Napoléon les détestait,--et j'aurais voté le second million pour cela seul.

M. Gauguier,--a répété, avec un attendrissement qui a nui à la clarté de son discours, plusieurs refrains de M. de Béranger. M. de Lamartine a prononcé un discours plein d'élévation, de poésie et de raison.--Que de perles!--M. Odilon Barrot a fait de ces grandes phrases sonores à proportion qu'elles sont creuses, si familières aux avocats.--Beaucoup de membres de la Chambre ont saisi ce prétexte de se rallier au ministère; c'est un passe-avant pour les consciences à livrer. Le ministère s'est réuni à la commission et a demandé deux millions.--On a marchandé; l'apothéose a été un peu mélangée d'avanie.--On n'a accordé qu'un million et les Invalides.

--Il ne peut décidément se traiter à la Chambre une question un peu importante sans que MM. les avocats en profitent pour créer un barbarisme.

On a, ce mois-ci,--parlé pendant trois jours de l'_industrie_ BETTERAVIÈRE.

Et pendant quinze jours des cendres de Napoléon, qui n'a pas été brûlé, que je sache.

MM. les avocats parlent tant, que les mots de la langue française ne suffisent plus à leur consommation.

[GU] 25.--Le _Journal des Débats_ n'est plus déjà si méchant contre le jeune Vert-Vert, président du conseil;--il le tolère aujourd'hui,--il l'honorera demain;--il communique déjà, pour les choses frivoles, par mon ami Janin,--dont l'esprit et la gaieté font pour le ministère des affaires étrangères le plus charmant abbé de cour;--et pour les grosses choses, les choses dites sérieuses, par M. de Bourqueney, secrétaire d'ambassade en disponibilité,--rédacteur-pigeon-voyageur de la feuille,--protégé par MM. de Broglie et Sébastiani, et aspirant pour compte à l'ambassade de Bruxelles.

--M. Léon Pillet est officiellement directeur de l'Opéra. C'est une manière pour M. Thiers de compléter sa reconnaissance, et de mettre en mains sûres l'Opéra, qui a plus d'importance politique que ne le croit le vulgaire,--par les loges, stalles, etc., que l'on envoie aux députés;--par les influences plus intimes du chant et de la danse.

J'ai dit que l'ambassade en Perse n'avait eu pour but que d'ôter certaines entraves au répertoire.

On connaît l'histoire d'une estafette envoyée à franc-étrier sous le ministère du 15 avril, à Rambouillet, pour ramener à Paris M. Duponchel qui chassait chez M. Schikler. M. Duponchel prit la poste à six francs de guides et arriva au _ministère_ où il s'agissait de rengager mademoiselle Fitz-James.

C'est, d'ailleurs, le complément de la politique un peu Médicis, de M. Thiers, que j'ai dénoncée le mois dernier.

[GU] AM RAUCHEN.--LES FEMMES.--L'opinion attache du déshonneur, pour le mari, aux fautes de la femme.--Le pauvre mari est comme cet enfant que l'on avait donné pour camarade à un prince, et que l'on fustigeait quand le prince ne savait pas sa leçon.

[GU]Il y a cela de particulier dans la mauvaise humeur des femmes, qu'il faut nécessairement qu'elle ait son cours, les meilleurs arguments, les raisons les plus évidentes, les preuves les plus convaincantes, ne font à ce cours que ce que les cailloux font au cours d'un ruisseau: le ruisseau murmure un peu plus fort et continue son chemin.