Volume dépareillé contenant le texte des Chroniques abrégées. Il
commence au règne de Philippe-le-Bel et se termine avec le premier chapitre du règne de Charles VI.
Nº 1541 ^A et B.
Deux volumes in-folio, vélin, à deux colonnes et miniatures; XVe siècle; reliés en maroquin.
Cet exemplaire de la leçon définitive n'a pas été terminé. La copie s'arrête à la fin du chapitre XXe de Charles V, année 1369. Le scribe a montré beaucoup d'intelligence dans cette transcription dont je me suis fréquemment servi. Elle offre la variante précieuse que j'ai placée dans les _Addenda_, à la fin de la vie de Philippe de Valois. Le chapitre du comte de Champagne donne le nom: _Gastebrulles_.
Début: «Cil qui cest euvre commence a tous ceulx qui ceste hystoire liront salut en nostre Seigneur. Pour ce que pluseurs gens se doubtoient de la genealogie des roys de France de quel original et de quelle lignie ilz sont descendus emprist ceste euvre a faire par le commendement de tel homme qui ne le pot ne deut refuser. Mais pour ce que sa lettreure et sa simplesce de son engin ne suffist mie a traitier de euvre si haulte hystoire, etc.»
Fin: «Item, que veues et considerees les choses dessus dictes lesquelles sont venues a la cognoissance du roy de France. Et nouvellement il nous appert que le roy dAngleterre et le prince ne doivent user desdictes souverainetes et ressors. Et que tout ce que fait en ont doit estre rappelle et mis au neant. La VIIe...»
BIBLIOTHÈQUE DE SAINTE-GENEVIÈVE. Msc. coté L. F. 2.
Un volume in-folio parvo, vélin, à deux colonnes, miniatures, vignettes et initiales; fin du XIIIe siècle; relié en veau fauve.
Cette précieuse leçon est d'une écriture extrêmement belle. Le récit de nos chroniques est poursuivi jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. C'est à ce point là que le volume s'arrêtoit originairement, comme la preuve doit s'en tirer des célèbres vers de présentation transcrits à la suite d'une feuille de garde qui sépare le règne de Philippe II de la vie de saint Louis. Comme je l'ai dit à la fin de la vie de Philippe-Auguste, le volume fut exécuté pour Philippe-le-Hardi, et l'abbé de Saint-Denis chargea de ce grand travail l'un de ses moines. Dans la miniature curieuse placée au-dessus des vers de présentation, le moine agenouillé offre le livre au roi, et l'abbé de Saint-Denis étendant la main gauche sur la tête du moine s'exprime ainsi:
Phelippes rois de France qui tant es renommes, Je te rens le romans qui des rois est romes; Tant a cil travaillie qui Primas est nommez Que il est Dieu merciz parfaiz et consumez, etc.
La vie de saint Louis, ajoutée au volume primitif, doit avoir été transcrite vers le milieu du XIVe siècle. Tandis que le surnom de _saint_ donné partout à Louis IX prouve déjà que cette transcription est postérieure à l'année 1298, le caractère des initiales, surtout celui de la première, me décideroit à la rejeter au règne du roi Jean, quand même certaines modifications palpables de l'ancienne orthographe françoise ne justifieroient pas cette conjecture. Ainsi l'on trouve partout _le conte_ au lieu du nominatif du XIIIe siècle et de la première moitié du XIVe _li quens_. Quoi qu'il en soit, cette vie de saint Louis n'en a pas moins été le modèle exactement suivi par Henry du Trevoux, copiste du manuscrit de Charles V; et ce volume lui a seul permis, dans le chapitre des amours de Thibaud, d'écrire correctement le nom de _Gace Brulé_.
Je ne fais donc pas difficulté de le regarder comme le plus ancien manuscrit des Chroniques françoises proprement dites de Saint-Denis. Et qu'il ait été mis entre les mains de Henry du Trevoux, c'est ce qu'il me sera facile de démontrer par les observations suivantes:
1º La reproduction du manuscrit de sainte Geneviève est exacte dans le nº 8395, partout où quelque mot tracé légèrement à la marge du volume modèle n'a pas averti Henry du Trévoux de changer quelque chose à la première transcription. Ainsi au folio 158 rº, Primas avoit réuni les deux chapitres 7 et 8 du IVe livre de Charlemagne; mais le reviseur de son travail a écrit à la marge, au point où devoit finir le 7e chapitre: _Ca_m. VIII. Et Henry du Trévoux de se soumettre à cette indication et de remettre en place la rubrique du VIIIe chapitre. (Voy. fº 125 vº.) Une autre omission analogue est indiquée dans le texte de Primas, au fº 187 vº, et réparée par Henry du Trévoux au fº 148 rº.
Bien plus: au fº 202 rº de Primas, l'index offre treize chapitres; mais cette distribution est embarrassée, parce que, entre le septième, où s'arrête la vie de _Louis-le-Baube_, et le huitième, l'incidence de l'histoire des Normands devient l'occasion de quatre rubriques distinctes de ces treize chapitres. En cet endroit le préparateur a donc écrit: «Henry ne faites ci pas de capitres usque ad signum--car ces capitres ne servent ci de rien.» Henry du Trévoux n'a donc en conséquence énoncé avant la vie de _Louis-le-Baube_ que sept chapitres (fº 160 rº).
Au fº 209 rº de Primas, on lit à la marge d'une miniature: «Henry ne laissies ci point dhystoire.» En effet dans le passage correspondant du manuscrit 8395, fº 165 rº, on ne trouve qu'une petite initiale à la place de la miniature ou _histoire_ du modèle.
Tous ceux qui ont feuilleté des manuscrits anciens à miniatures ont pu souvent remarquer, à l'extrémité des marges extérieures, des piqûres d'épingle ou d'aiguille en nombre égal à celui des lignes de l'écriture. Le volume de Primas va nous apprendre l'usage de ces piqûres. A la marge du fol. 211 vº, je lis: «Faut .I. ystoire de .VI. poins.» Et dans le travail de Henry du Trévoux l'endroit correspondant est rempli par une grande initiale carrée de la longueur de six points ou lignes.--Au fol. 219 rº de Primas, on recommande _deux vignettes de huit poins_; et dans la copie de Henry, deux vignettes carrées occupent l'espace de huit lignes dans l'endroit indiqué.--Au fol. 156 vº de Primas, je trouve écrit à la marge: _Hystr. double XXVI lignes_. Au fol. correspondant du numéro 8395, on a mis une _histoire_ ou miniature double tenant la place de vingt-six des lignes de la copie.
Je dois encore remarquer que ce volume présenté à Philippe-le-Hardi étoit encore la propriété de Charles V, comme l'atteste la signature de ce grand roi, tracée à la fin du volume. Ainsi pour exécuter la leçon du nº 8395, Henry du Trévoux n'aura pas eu besoin de quitter la librairie royale du Louvre.
FIN.
NOTE DU TRANSCRIPTEUR
On a représenté _entre signes soulignés_ les caractères italiques. Les petits caractères en exposant dans les références des manuscrits sont précédés du signe ^.