Part 21
[356]Et en cest an meisme, fu un moine de Morigni, une abbaïe emprès Estampes, qui, par sa curiosité et par son orgueil, voult susciter et renouveller une hérésie et sorcerie condampnée qui est nommée en latin _ars notoria_, et avoit pensé à luy donner autre titre et autre nom. Si est cette science telle que elle enseigne à faire figures et empreintes, et doivent estre différentes l'une de l'autre et assigniées chascune à chascune science; puis doivent estre regardées à certain temps fais en jeunes et en oroisons. Et ainsi, après le regart, estoit espandue science, laquielle en ce regart on vouloit avoir et acquérir. Mais il convenoit que on appellast aucuns noms mescogneus, lesquiels noms on créoit fermement que c'estoient noms de déables; pour quoy pluseurs celle science décevoit et estoient déceus, car nul n'avoit oncques esté usant de celle science que aucun bien ou aucun fruit en eust raporté; noient moins icelui moine reprouvoit icelle science, jasoit ce qu'il fainsist que la benoicte vierge Marie luy fust apparue moult de fois, et ainsi comme lui inspirant la science; et pour ce à l'honneur d'elle, il avoit fait pluseurs images paindre en son livre[357] avec pluseurs oroisons et caractères très piteusement, de fines couleurs, en disant que la vierge Marie luy avoit tout révélé. Lesquielles ymages appliquées à chascune science et regardées après les oroisons dites, la science que on requéroit estoit donnée: et plus, car fussent richesces, honneurs ou délices que on voulsist avoir, on l'avoit. Et pour ce que le livre prometoit telles choses, et que il esconvenoit faire invocacions et escrire deux fois son nom en ce livre, et faire escrire le livre proprement pour soy, qui estoit couteuse chose, autrement il ne luy vaudroit riens s'il n'en faisoit un escrire à son coust et à ses despens; à juste cause fu condampné le dit livre à Paris et jugié, comme faux et mauvais contre la foy crestienne, à estre ars et mis en feu.
[Note 356: Cet alinéa renferme sur la superstition du moine de Morigny bien d'autres détails que la continuation latine de Nangis.]
[Note 357: _En son livre_. «Et avoit en ce livre sept images peintes qui représentoient les sept sciences que l'on voulult savoir.» (Msc. 218, S. F.)]
VII.
_Coment le seigneur de Partenay fu accusé de hérésie._
En cest an avint en Poitou que le sire de Partenay, noble homme et puissant fu accusé par devers le roy sus pluseurs cas de hérésie de par l'inquisiteur[358] qui estoit frère de l'ordre des Prescheurs. Lequiel seigneur quant il fu accusé, le roy, à petite délibéracion, toutes voies comme bon crestien[359] le fist prendre et arrester tous ses biens, et mettre en prison au Temple à Paris. Après, en la présence de pluseurs prélas, clers de droit, et grant multitude de gent, ledit frère qui estoit breton appellé frère Morise, proposa en la présence du dit seigneur de Partenay moult d'articles touchans hérésie, et requist qu'il respondist et jurast de la vérité. Lequiel seigneur, au contraire, proposa moult de choses contre le dit frère pour lesquielles il affirmoit luy non estre digne de l'office d'inquisiteur; né ne voult respondre né jurer, ainsois appella à court de Rome de son audience, sé aucune estoit.
[Note 358: _De par l'inquisiteur_. «Fratrem Mauritium.»]
[Note 359: _Comme bon crestien_. C'est du roi qu'il s'agit.]
Lors le roy, quant il entendi ce, et non voulant au dit seigneur clorre la voie de droit, ses biens premier restitués, il l'envoia à la court de Rome bien acompaignié de bonne garde; et comme il fu venu en la présence du saint père, et le dit inquisiteur eust proposé contre le dit seigneur les articles autrefois proposés, le pape luy assigna autres auditeurs et commanda à l'inquisiteur que sé aucune chose autre il vouloit proposer avec, il le proposast devant eux: et ainsi selon la coustume de Rome, la cause demoura à court bien et longuement.
En la fin de cest an, Loys le conte de Flandres fu receu très noblement en la ville de Bruges et donna aux bourgois pluseurs franchises et libertés, pour quoy il firent très grant joie en la réception de sa personne. Mais entre les autres choses, souverainement leur desplaisoit que, le conseil des Flamens mis arrière, il usoit du conseil à l'abbé de Verzelay, fils jadis de Pierre Flote qui fu occis à Courtrai avec le bon conte d'Artois Robert, l'an mil trois cens deux; lequiel abbé, pour la mort de son père, il reputoient estre anemi des Flamens, en telle manière que sé aucune chose estoit ordenée en la conté de Flandres, combien que elle fust justement et bien ordenée, s'il sceussent que elle fust ordenée par le dit abbé et la chose ne venist à leur désir et à leur volenté, il disoient que faussement et mauvaisement avoit esté faite et ordenée. Dont il convint que le conte comme contraint et contre sa volenté, renvoiast l'abbé en son abbaïe.
En ce meisme temps fu et ot grant dissencion en la ville de Bruges: car comme le conte eust assise une taille assez griève ès villes champestres d'entour Bruges et à Bruges aussi, et les collecteurs l'eussent levée trop plus grande que elle n'avoit esté assise, avint que les païsans et les bonnes gens forains furent merveilleusement esmeus et courrouciés: si s'assemblèrent et orent parlement à ceux de Bruges du moien estat; lesquiels avoient esté grevés meismement par les hommes riches de Bruges. Et quant il se furent conseilliés ensemble, il ordenèrent que par toutes les villes à certaine heure il sonneroient la cloche, et seroient près et appareilliés sans nul deffaut et bien armés. Ainsi furent comme il avoient ordené; et quant il furent tous près, il entrèrent soudainement en la ville de Bruges avec un chevetaine qu'il avoient fait entre eux, et occistrent et mistrent à mort des gens au conte et pluseurs des gros et des riches de la ville de Bruges.
VIII.
_Coment Galeace conte de Milan desconfit la gent du pape en bataille, et coment la royne de France mourut._
Après la mort de Mahieu[360] le visconte de Milan, succéda et ot la visconté Galeace son fils, chevetaine des Guibelins. Encontre ce Galeace envoia le pape, le roy Robert, le cardinal de Poget et monseigneur Henri de Flandres, (frère du conte de Namur), lequel fu chevetaine de moult de gent d'armes: lequiel chevetaine Henri assembla et ajousta aux gens d'armes qu'il avoit, les Guelphes, lesquiels entre Plaisance et Milan assemblèrent encontre icelui Galeace en champ de bataille: forte fu et aspre la bataille, si fu occis le frère au cardinal, et le cardinal s'en fui tost et isnellement quant il vit la desconfiture: ainsi monseigneur Henri qui estoit chevetaine se retrait honteusement, et fu grant pièce que on disoit qu'il estoit mort; mais après il apparut qu'il s'estoit sauvé cautement. Si fu la victoire de celle bataille aux Guibelins, et furent mis à mort des Guelphes mil et cinq cens personnes.
[Note 360: _Mahieu_. Maffeo Visconti.]
Environ la mi-karesme, comme le roy retournoit des parties de Thoulouse et il fust venu à Yssoudun, une ville qui est en Berry, la royne qui le suivoit et qui estoit grosse, avant qu'il fust temps d'avoir enfant enfanta un fils, un moys avant son terme ou environ: lequiel tantost après qu'il fust baptisié, mourut; et aucuns jours aussi passés mourut la royne, et fu enterrée à Montargis en l'églyse des frères Prescheurs[361].
[Note 361: _Des frères Prescheurs_. Plusieurs manuscrits portent ici:
«_En l'églyse des seurs des frères Prescheurs_.» Et le manuscrit nº 9622-3.3. justifie cette leçon en portant: «Et ensevelie chiés les seurs S. Dominique asquelles elle avoit dévocion; car ele avoit une tante en celle ordre qui estoit prieuresse du Val de Notre-Dame en Allemaigne, à deux lieues de Lucembourg, avec qui ele avoit esté norrie; et là fu-ele prinse quant ele fu amenée au roy.»]
IX.
ANNÉE 1324
_De la dissencion qui fu entre le duc de Bavière et Federic pour l'empire; et après, d'une grant dissencion qui mut entre les gens du roy de France et les gens du roy d'Angleterre en Gascoigne._
En l'an après mil trois cens et vingt-quatre, moult de roberies, pilleries, rapines et arsures furent faites entre les électeurs de l'empire de Rome pour la cause de l'eslection faite en descort et célébrée. En la fin fu assignée, d'une partie et d'autre, jour de bataille à plains champs[362], c'est assavoir le derrenier jour de septembre. Si ot le duc de Bavière de sa partie le roy de Boesme, et le duc d'Osteriche Federic avoit d'autre part grant multitude de Sarrasins et de Barbarins, lesquiels il mist au front de la bataille; et estoit ducteur de celle compagnie Henri frère du duc d'Osteriche. Encontre eux fu le roy de Boesme et ot la première bataille, quant il furent assemblés, si ot trop grant estour, et trop fort chapleis de une part et d'autre, trop merveilleusement: tant que en la fin les Barbarins et les Sarrasins furent tués et occis: le roy de Boesme emporta glorieuse victoire et une honnorable journée. Si fu pris en celle bataille Henri le frère du duc d'Osteriche et le jour ensuivant qui fu le premier jour d'octobre se combati le duc de Bavière encontre le duc d'Osteriche Federic, lequiel il prist avec pluseurs autres nobles barons; et occist avec ce grant partie de la gent le duc d'Osteriche. Henri se délivra tantost de sa raençon: il donna au roy de Boesme pour sa dite raençon onze mille mars d'argent fin esprouvé; et avec ce luy restitua une terre laquielle le père de ce Henri, c'est assavoir Aubert le roy des Romains, avoit osté par violence au roy de Boesme. En celle terre estoient seize bonnes forteresces, que cités que chastiaux bien fermés, avec pluseurs autres villes champestres qui ne sont pas mises au nombre. Ceste terre reçut le roy de Boesme avec le nombre d'argent dessus dit de Henri frère le duc d'Osteriche, et puis le délivra de sa prison franchement. Mais non obstant la prise de Federic duc d'Osteriche, Leopol son frère et ses autres frères ne cessèrent de guerroier le duc de Bavière par pluseurs guerres et batailles continuels; si n'osta mie la prise du devant dit Federic la guerre, mais agreva et acrut de jour en jour.
[Note 362: A Muldorf.]
En icest an meisme, le roy Charles, après la mort de la royne Marie qui estoit suer du roy de Boesme, prist à femme Jehanne sa cousine germaine fille du noble prince jadis conte d'Evreux, messire Loys de France, frère au père du roy Charles, et par conséquent son oncle: si fu requise dispensacion au Saint-Père pour affinité du lignage, laquielle fu donnée et ottroiée.
En ce temps, fu en Gascoigne grant dissencion entre les gens du roy de France et les gens du roy d'Angleterre: car le sire de Monpesat édifia une bastide de nouvel en la seigneurie du roy de France, laquielle il disoit estre de la seigneurie du roy d'Angleterre; et comme question en fust mue et débat entre les gens du roy de France et les gens du roy d'Angleterre, à la parfin sentence fu donnée pour le roy de France, et fu celle bastide garnie des gens du roy de France et appliquiée à son droit et à sa seigneurie. Dont il avint que le seigneur de Monpesat, comme triste, dolent, despit et courroucié de ce fait; appella en son aide le seneschal au roy d'Angleterre, et assaillirent à grant force de gent icelle bastide, et firent tant qu'il entrèrent dedens par violence; et eux entrés, tous ceux qui estoient de la partie au roy de France mistrent à l'espée, et pendirent des greigneurs, et destruirent la bastide et acraventèrent jusques à terre; tous les biens qu'il trouvèrent pristrent et emportèrent au chastel de Montpesat. Ce fait et ces choses venues à la cognoissance du roy, jasoit ce que par soy meisme, sans requerir autre, il se peust bien estre vengié de l'injure et de la vilennie qui luy avoit esté faite, noient moins, luy voulant toutes ces choses faire par raison, segnifia au roy d'Angleterre que l'injure qui luy avoit esté faite en sa terre luy fust amendée. Adonc le roy d'Angleterre envoia en France Aymes cousin germain au roy de France de par sa mère[363], avec noble chevalerie d'Angleterre, et luy donna povoir d'accorder, de traitier et de confirmer tout entièrement, sur le fait de l'amende que le roy de France requeroit à avoir. Lors quant il furent venus, le roy de France voult et requist, pour l'amende, que le seneschal et le sire de Montpesat, avec aucuns autres qui avoient à ce fait esté et donné conseil à ce maléfice et mauvais fait faire et perpétrer, luy fussent bailliés et, avec ce, le chastel de Montpesat rendu. Les Anglois oïrent la requeste du roy: et quant il virent que le courage du roy ne se vouloit à autre amende fléchir né accorder, se consentirent faintement à la volenté du roy; et comme il s'en voulsissent retourner en Gascoigne, il envoia avec eux un de ses chevaliers appellé messire Jehan d'Erbley[364], afin que en sa présence fust faite, au nom du roy de France, l'exécution de l'amende. Mais avant qu'il venissent au terme où il devoient aler, les Anglois distrent au dit messire Jehan, qu'il s'en retournast, sé il ne vouloit perdre la teste. Lequiel s'en retourna au roy et luy conta et dist coment les Anglois l'avoient moquié, et coment il garnissoient les forteresces et les chastiaux et s'appareilloient de tout leur povoir à guerroier. Quant le roy ot oï ces nouvelles, il reputa Gascoigne estre forfaite, et à luy par droit et justice devoir estre appliquiée, tant pour ce qu'il avoit cité le roy d'Angleterre et semons à certain lieu et jour où il devoient tous deux estre, et l'avoit le roy d'Angleterre accepté, mais il ne vint né envoia; tant aussi pour ce que la composicion de l'amende dessus dite, laquielle Aymes, frère du roy, avec pluseurs nobles de sa compagnie avoient accordé, ne voult mettre à exécution. Et pour ce le roy envoia en Gascoingne son oncle messire Charles de Valois conte, avec Phelippe et Charles fils du dit conte, et messire Robert d'Artois conte de Biaumont le Rogier, à grant multitude de gens d'armes esleus, environ la feste de la Magdaleine; lequiel messire Charles, quant il fu venu à Agien, la cité se rendi tantost sans bataille et sans cop férir, (combien que le roy d'Angleterre les eust grandement encouragié à eux tenir fort contre le povoir du roy de France. Mais il ne firent riens especiaument pour deux causes: la première qu'il leva une taille d'argent en la cité qui merveilleusement les greva; la seconde qu'il en mena avec soy une fille de la ville qui estoit très gracieuse et très belle, dont les bonnes gens furent tous mal meus contre luy).
[Note 363: «Rex Angliæ fratrem suum de secundâ uxore patris sui, cognatum germanum Regis Franciæ ex parte matris, Edmondum.» Et non pas _Raymondum_, comme on lit dans l'édition du _Spicilége_. Edmond étoit comte de Kent.]
[Note 364: _D'Erbley_. «Domino Joanne de Ambleyo, milite regis.»]
Après vint le devant dit Aymes à une grant ville et fort qui est appellée la Riole, et comme il les eust encouragiés de eux forment tenir contre le povoir de France, il s'en voult aler à Bourdiaux; mais les habitaus de la Riole luy distrent, que sé il s'en aloit il en seroient moins fors encontre l'ost de France qui venoit sur eux. Si ne s'en osa aler, ainsois demoura, à fin que par son absence la ville ne fust plus légièrement prise.
Quant le conte de Valois entendi que le frère du roy d'Angleterre avec ses Anglois estoit à la Riole, il aproucha de la ville pour la asségier; si en ot aucuns de l'ost, desquiels le seigneur de Saint-Florentin estoit chevetaine et ducteur, qui estoient desputés à garder les issues et les entrées; si se combatirent à ceux de la Riole et ceux de la Riole à eux, mais il furent chaciés et embatus arrière en la ville, et s'approchièrent plus près des portes. Ceux de la ville qui apperceurent leur anemis entalentés de eux mal faire, issirent à greigneur nombre et quantité qu'il n'avoient fait devant; et nostre gent françoise viguereusement les reçurent, si les enchacièrent comme devant: mais pour ce qu'il s'approchièrent trop près des portes, il furent surpris et vaincus. En celle bataille, fu occis le seigneur de Saint-Florentin et pluseurs autres nobles et non nobles, dont le conte de Valois, messire Charles, fu merveilleusement irié. Si fist drescier ses engins et ses perrières, et asségia la ville de toutes pars, et en telle manière que ceux de dedens ne povoient bonnement issir né entrer sans grant péril de leur corps et de leur vies: car il faisoit geter à ses engins grosses pierres dedens la ville qui quassoient les murs et abattoient et froissoient les maisons. Aussi avoit-il fait faire eschafaus qui joignoient aux murs, par quoy on se povoit combatre à ceux dedens, main à main. Et quant ceux de la ville se regardèrent et virent en si grant péril comme de perdre corps et biens, il envoièrent ambassadeurs pour traiter de pais; laquielle fu ordenée en telle manière: premièrement, la ville seroit rendue, et des habitans de la ville ceux qui vouldroient estre encore sous la seigneurie du roy d'Angleterre s'en iroient ailleurs querre habitacion, sauf leur corps et leur biens; secondément, ceux qui vouldroient demourer en la ville feroient serement de loyauté à tenir du roy de France, et d'obéir aux gardes que on y metroit. Des choses accordées le frère du roy d'Angleterre, neveu du conte de Valois messire Charles de par sa mère, fu laissié aler en Angleterre parler au roy pour savoir s'il voudroit tenir les convenances qu'il avoient promises au roy à Paris; et sé le roy d'Angleterre les tenoit, paix seroit tenue et fermée, sé non il devoit retourner à son oncle messire Charles pour le présenter[365] au roy de France, et en faire sa volenté. Et afin que on eust seurté de luy et qu'on fust seur de sa retournée, on retint en hostage quatre chevaliers d'Angleterre, en telle condicion que s'il ne retournoit, on leur coperoit les testes et seroit la guerre comme devant. Et, avec ce, furent trièves données jusques à la Pasque ensuivant. Ainsi se parti le frère du roy d'Angleterre et vint à Bordiaux; puis passa en Angleterre. Dont aucuns murmuroient contre messire Charles de Valois grandement, et disoient qu'il le deust premièrement avoir amené au roy ou atendu la volenté du roy avant qu'il luy eust donné congié de passer en Angleterre. Toutes voies par la bonne proesce et chevalerie du dit messire Charles fu prise la Riole, et le chastel de Monpesat abatu et arrasé par terre, dont le seigneur estoit n'avoit guères trespassé, selon ce que aucuns créoient, de doleur et de tristesce. Et ainsi fu ramenée toute Gascoigne en la seigneurie du roy sans moien[366], excepté Bordiaux, Baionne et Saint-Sever qui se tindrent et demourèrent sous la seigneurie du roy d'Angleterre. Depuis, à la femme et aux enfans du seigneur de Montpesat furent rendus tous leur héritages, par telle condicion qu'il les recognoistroient perpétuellement au temps à venir à tenir du roy de France. Si manda le roy que la bastide que les Anglois et le seigneur de Monpesat avoient destruite fust toute neuve refaite et repairiée.
[Note 365: _Pour le présenter_. Pour être présenté comme prisonnier.]
[Note 366: _Sans moien_. C'est-à-dire probablement: sans retard.]
En cest an commanda le pape en vertu d'obédience, aux prélas, évesques et à tous autres religieux qui ont office et povoir de preschier, que le procès qu'il avoit fait contre Loys de Bavière, il preschassent et publiassent en leur sermons; desquiels procès la cause fu ceste:
X.
_Coment le pape geta sentence de privacion d'empire contre Loys de Bavière._
[367]Comme l'empereur Constantin eust donné à l'églyse de Rome et à Saint-Sylvestre la dignité de l'empire perpétuellement à tenir et posséder ès parties d'Occident, lequiel est establi à estre ordené par un prince séculier, qui doit estre esleu par les électeurs d'Alemaigne qui à ce faire sont ordenés et députés, desquiels l'eslection, combien que elle soit justement faite et célébrée, doit estre offerte à l'examination de la court de Rome, et la personne de l'esleu doit estre examinée en la foy crestienne, et savoir de luy sé il a intention de garder et deffendre de tout son povoir les droits de l'églyse. Et, après ces choses, reçeu du Saint-Père le serement de l'empereur, le pape le doit confermer et luy enjoindre l'office et l'administration de l'empire; lesquielles choses en l'eslection du dit Loys de Bavière furent défaillans et délaissiées; car les esliseurs le eslurent en discort et y ot contradicion; et les uns eslirent Loys duc de Bavière, les autres Federic duc d'Osteriche. Et ainsi chascun voult prendre à soy et usurper le droit de l'empire par force d'armes; dont il avint qu'il se combatirent, si fu pris le duc d'Osteriche, comme dit est dessus, et sa bataille desconfite; et tantost Loys de Bavière s'en va faire couronner et usurper les drois de l'empire, en soy appellant roy des Romains _semper Augustus_ en ses lettres, et ordenant des choses qui appartiennent à empereur duement ordené et establi et confirmé, au grant préjudice et déshonneur de la court de Rome et de toute saincte églyse; laquielle chose pape Jehan non aiant povoir de ceste chose dissimuler, meu à juste cause et contraint en conscience, fist semondre ledit duc de Bavière qu'il venist à luy respondre sus les choses devant dites. Lequiel au terme qui luy estoit assigné ne vint né comparut; mais envoia tant seulement trois procureurs qui autre chose ne rapportèrent de la court fors que le terme de la citation ou de la semonse fu aloignié jusques à trois mois. Auquiel terme ledit Loys, né par luy né par autre, ne vint à court né ne se comparut né aussi ne donna aucune response; et pour ce le Saint Père voyant saincte églyse estre ainsi desprisiée, commanda, en vertu de saincte obédience, à tous prélas, barons, et à tous autres, que nul en ceste rebellion ne luy prestast aide, conseil né faveur encontre saincte églyse: né ne fust appellé empereur, ainsois absoloit tous les vassaux du serement de féauté, sé aucuns en avoient fait audit Loys de Bavière, ou se aucuns luy en devoient: et quiconques iroit contre le commandement du Saint Père, s'il estoit prélat fust suspendu de son estat, s'il estoit lay qu'il fust escommenié et sa terre mise en entredit. Mais avant que le pape jetast ceste sentence, il attendi encore, comme débonnaire père fait son enfant, l'espace de trois moys, pour veoir s'il retourneroit à obédience de saincte églyse: lequiel Loys de Bavière mettant tout en nonchaloir fist pis que devant, en appelant contre le pape au concile à venir, en le diffamant et en opposant article de hérésie, et luy appellant hérite; et disant que à luy nul n'estoit tenu d'obéir, pour ce qu'il avoit fait une décrétalle en laquelle il condamnoit une hérésie qui maintenoit que Jhésucrist et ses disciples n'avoient riens eu en commun, qui est appertement contre le texte de l'évangile qui dit le contraire en pluseurs lieux. Pour tiex fais désordenés geta le pape sa sentence devant dite de privacion de empire et de serement des barons, comme dit est.
[Note 367: Ce chapitre ne se trouve pas dans la continuation latine de Nangis.]
En celuy temps, fist le pape preschier que quiconques iroit combatre conte Galeace et ses frères jadis fils Mahieu le visconte de Milan, lesquiels estoient condampnés comme hérites, il aroit aussi grant pardon et indulgence comme ceux qui vont Oultre-mer contre les Sarrasins et les mescréans. Item pape Jehan condempna, du consentement de tous les cardinaux, l'erreur et l'érésie de ceux qui disoient et dient que Jhésucrist, tant comme il fust en ce monde ça aval en terre devant sa passion, né les apostres aussi n'orent nulle riens terrienne qui fust leur[368]. Et de ceste erreur issoit une autre que nient avoir simplement, en général né en espécial né en propre né en commun, est plus grant perfection de avoir aucune chose en commun; et ceste erreur fu condampnée avec l'autre.
[Note 368: La fin de cet alinéa est inédit.]